mercredi 24 juin 2009

UGC Les Halles : les vécés étaient fermés de l'intérieur

Au Ciné Cité du Forum des Halles, on est prié de prendre ses précautions avant le départ pour Hollywood. Mais on peut aussi se rebeller.

Vécés Je l'avoue, je ne déteste pas les méga-complexes dont UGC s'est fait une spécialité — ces « cités du cinéma » aux allures de terminal d'aéroport. Les fauteuils y sont confortables, les écrans taille XXL et la programmation suffisamment éclectique pour faire voisiner un film d'auteur azerbaïdjanais avec un blockbuster hollywoodien. Question atmosphère, on est bien loin du petit cinoche d’art et d’essai du quartier latin mais, après tout, rien ne vous empêche de gratter quelques accords avec Johnny Guitar au Champo un soir et d’aller espionner OSS 117 aux Halles le lendemain. Et si Paris a perdu près d’une centaine de salles entre 1977 et 2006, il reste possible d’y voir à peu près tout ce qu’on veut — et en VO par-dessus le marché !

Le Ciné Cité du Forum des Halles, c’est un peu le navire amiral du réseau UGC. Dix-neuf écrans (sans compter les sept salles de l’annexe Orient-Express), des bornes d’achat automatiques pour ne pas faire la queue trop longtemps, des comptoirs à bonbecs un peu partout... Rien ne manque au bonheur de celui qui ne fait pas d’allergie trop violente à la transposition au septième art des process de la grande distribution. Enfin, « rien ne manque », il faut le dire vite. Et quiconque s’est un jour laissé tenter par le gobelet géant de Coca Zéro sur lequel l’établissement marge infiniment plus que sur la billetterie proprement-dite s’en sera rendu compte : à une ou deux exceptions près, il n’y pas de toilettes dans les salles

Bon, dit comme ça, ça n’a l’air de rien. Et il n’est pas impossible que l’on me reproche en commentaire d’aborder un sujet aussi trivial quand la planète est à feu et à sang (après m’avoir accusé d’apprécier les multiplexes capitalistes, de consommer du Coca impérialiste et d’utiliser une caisse automatique génératrice de chômage, évidemment), mais j’assume. Après tout, s’il est possible de s’offrir un aimable nanar franchouillard sans faire l’impasse sur un classique du western à sous-texte politique, on doit pouvoir s’intéresser simultanément au réchauffement climatique et aux aménagements sanitaires d’un hyper-UGC… Donc, au Ciné Cité des Halles, il vaut mieux, comme pour un voyage scolaire en autocar, avoir pris ses précautions avant le début du film. Car à l’heure du générique de fin, c’est un trio de cerbères en uniforme qui viendra vous empêcher de refluer vers les pipi-rooms planquées derrière les comptoirs à M&Ms.

« Non monsieur, pas par ici ! La sortie, c’est de l’autre côté », assène fermement l’ouvreur déguisé en steward Air France au spectateur que les clowneries de Jean Dujardin ont peut-être fait pisser de rire, mais qui n'en a pas moins besoin de se soulager avant de remonter sur son Vélib’.

— Hum, très bien… Mais moi, j’aimerais bien aller aux toilettes quand même, si ça ne vous ennuie pas…

Tu parles ! Autant pisser dans un violon : « Désolé. Vous pouvez retourner dans le hall après la sortie mais, ici, on ne passe pas… »

La première fois qu’un truc pareil vous arrive, citoyen modèle que vous êtes, vous obtempérez en grommelant avant d’attaquer les trois kilomètres de couloirs souterrains mal éclairés qui mènent à la sortie. Mais une fois dehors, c'est-à-dire à huit étages de distance du hall du cinoche, vous commencez à vous demander si on ne vous a pas pris pour un vulgaire visiteur de province (quoi ! Il fréquente les multiplexes, boit du Coca et méprise la province par-dessus le marché !!! Mais il n'a vraiment aucune conscience...). Qu’importe, c’est justement parce que vous n’êtes pas un agent d’EDF perpignanais en stage dans la capitale que vous décidez d’aller jusqu’au bout de cette histoire et de tenter le trek vers l’entrée du cinéma, histoire d'y faire valoir vos droits imprescriptibles de propriétaire de vessie. En vain : là encore, on ne passe pas.

« Non monsieur, je ne peux pas vous laisser entrer dans le cinéma sans ticket pour la prochaine séance », indique un clone de l’ouvreur qui vous avait déjà interdit de toilettes quelques minutes plus tôt — à moins qu’il ne s’agisse du même type ayant cavalé comme un dératé jusqu’à l’entrée pour finir de vous tourmenter.

Vous insistez bien un peu, mais rien n’y fait. Il ne vous reste plus qu’à repartir la queue basse (ok, elle était facile celle-là), en pestant contre l’inhumanité de cette société ultranéolibérale. La fois suivante, pour autant, vous vous êtes préparé. Oh, pas au sens où vous êtes allé aux toilettes avant le film (l’idée est tout de même, maintenant que vous êtes un adulte et que vous n’êtes plus forcé de voyager en autocar avec votre prof de SVT, d’aller pisser où et quand vous en avez envie), mais plutôt parce que vous avez décidé de passer outre les interdictions de l’ouvreur en chemise blanche et pantalon bleu :

— Mais monsieur, vous n’avez pas le droit ! Faites le tour !
— C’est ça, vous m’avez déjà fait le coup. Et de toute manière, je n’ai pas envie de vous demander la permission d’aller aux toilettes…
— Mais monsieur, c’est le règlement !!!
— Le règlement, c’est de mettre des toilettes à la disposition des clients…
— Ah monsieur, c'est comme ça ! Et si vous ne respectez pas les règlements, il ne faut pas aller au cinéma ! Qu’est-ce qui se passerait si tout le monde faisait comme vous ?

Si tout le monde faisait comme moi ? Eh bien il deviendrait possible d’aller pisser quand on veut, ce qui me paraîtrait plutôt positif, comme on dit chez les fabricants de pellicules 35 mm. Et d’ailleurs, « tout le monde » semble justement avoir envie de faire comme moi, ma rébellion n’étant pas passée inaperçue et provoquant même celle de toute une troupe d’objecteurs de conscience urinaire :

— C’est vrai, ça, qu’est ce que c’est ce cinéma où l’on n’a pas le droit d’aller aux toilettes !
— Ouais, c’est dingue : il faut supplier et on vous envoie balader !

Un vieux monsieur très remonté brandit même sa canne en direction de l’ouvreur : « Mais vous croyez que je peux me retenir, à mon âge ! » Nous sommes maintenant à la limite de l’émeute et les trois serre-files, débordés, sont bien forcés de s’écarter pour laisser passer la horde de pisseurs en colère. Clairement, quelque chose de plus grand, de plus fort qu’une simple réaction de clients mécontents vient de se produire. Plus jamais, nous ne nous laisserons interdire de faire pipi par un management inique et inaccessible aux impératifs de la physiologie humaine ! Plus jamais nous n’accepterons de nous soumettre aux diktats d’un architecte travaillant à l’économie pour l’implantation de ses tinettes, comme à ceux du diplômé d'école de commerce chargé d’optimiser les flux de cochons de payants pour réduire l’intervalle entre deux séances ! Un petit pas vers les toilettes pour les cinéphiles, un grand bond en avant pour l’espèce humaine...

Mais bon, je vous laisse, j'ai un truc urgent à faire. Comment ça, il faut que je fasse le tour...

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vendredi 19 juin 2009

« Est-il absurde de désirer l'impossible ? »

A Paris comme à Téhéran, la réponse est non.

Burqa Il va falloir que j'arrête de fréquenter ces sites, blogs et autres fils de commentaires selon lesquels le complot américano-sioniste est derrière tout ce qui se passe sur la planète. Ça pèse sur mon moral et j'en viendrais presque à croire que les opinions de ce genre ont cours au-delà de quelques cercles de marginaux paranoïaques.

Tiens, l'affaire iranienne, par exemple : il n'est pas nécessaire de s'appeler Yves Lacoste pour comprendre que le régime des ayatollahs est à bout de souffle et que les moins de trente ans relativement éduqués qui forment le gros de ses sujets aimeraient bien changer d’air. Pour autant, il se trouve un tas de gens pour affirmer que nos médias mentent sur ce qui est en train de se produire à Téhéran, pour suggérer que « l'Occident » cherche en fait à déstabiliser un pays dont il entend récupérer les ressources pétrolières et, last but not least, pour conclure qu'Israël mène la danse en sous-main dans le cadre de son projet de destruction des sites nucléaires persans...

La foule dans les rues ? Une manipulation de la CIA. Les bourrages d'urnes ? Une rumeur propagée par la presse impérialiste et, croyez-le ou non, par Sarkozy himself ! Les banderoles en anglais des manifestants pro-Moussavi ? La preuve éclatante de la mascarade… Bon, ok, je sais bien que la petite bande d'aficionados du chavismo-ahmadinejadisme qui patrouille le Web 2.0 à la manière de pasdarans en quête de bonnes femmes mal voilées n'a ultimement pas plus d'importance que les chauffeurs de taxi qui vous donnent leur avis sur le crash de l'Airbus d'Air France — mais tout de même !

Bah, souhaitons bon courage aux démocrates iraniens qui n'hésitent pas à défier les voltigeurs au péril de leur vie ! Et espérons seulement qu'il leur arrive, de temps à autre, de tomber sur un papier du Monde Diplo décrivant la dérive fasciste de l'Hexagone : quand on est forcé de subir le totalitarisme intégriste hérité de Khomeiny, on ne doit pas avoir l’occasion de rigoler bien souvent.

*

Ça n'a rien à voir avec le sujet précédent (enfin, un peu tout de même), mais je suis bien embêté par ce débat sur l'interdiction possible de la burqa en France. Non pas que ma bienveillance à l'égard d'Obama m'ait conduit à changer d'avis sur la question du voile — je reste hostile au port d'insignes religieux « ostentatoires » dans les écoles ou par les agents du service public —, mais l'idée d'interdire à une adulte de s'habiller comme elle en a envie pour se promener dans les rues me met mal à l'aise.

La burqa est incontestablement un instrument d'asservissement de la femme et son rôle militant et prosélyte est une évidence. En proscrire le port n'en serait pas moins un renoncement à nos libertés individuelles, une sorte de patriot act à la gauloise dont nous ne pouvons pas nous accommoder. Je veux, moi-même, pouvoir traîner dans Paris avec un entonnoir sur le crâne si ça me chante (ne vous marrez pas, ce n'est pas plus grotesque que de s'enrober d'un drap noir pour descendre les poubelles et je crois me souvenir que le plus fidèle courtisan du Général était autrefois représenté la tête couverte d’une chantepleure par les dessinateurs du Canard enchaîné).

On trouvera peut-être paradoxal d'encourager la lutte contre le voile à Téhéran et de refuser son interdiction chez nous mais c’est ainsi. La liberté et la démocratie sont des concepts compliqués et je ne pense pas qu'apporter son soutien au Guide suprême de la révolution soit le meilleur moyen de les promouvoir. N’importe lequel des 600 000 ados sommés de répondre, hier encore, à la question « Est-il absurde de désirer l’impossible ? » vous le confirmerait.

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jeudi 11 juin 2009

Ultralibéralisme 2.0

Les droits d'auteur, c'est tellement un truc de vieux que même Jacques Chirac veut leur faire un sort.

Conseil_constitutionnel Alors comme ça, il faudrait se féliciter du retoquage d'Hadopi par le Conseil constitutionnel ?! Ben quoi, il n'est tout de même pas si fréquent de voir l'omniprésident freiné dans ses ardeurs réformistes par un commando de vieilles barbes ; d'habitude, il revient plutôt à une poignée d'ados boutonneux de le forcer à manger son chapeau…

A tout prendre, pour autant, la situation n'est pas si originale. Et si les croulants de la rue Montpensier en arrivent à faire du téléchargement illégal un nouveau « droit de l'Homme », c'est sans doute plus par sollicitude à l'égard des pirates en culottes courtes que pour l'alimentation de leurs propres lecteurs MP3. Rappelons que Jacques « Mulot » Chirac lui-même est membre du Conseil et qu'on l’imagine mal récupérant le dernier album de Madonna sur une plateforme suédoise de peer-to-peer.

De fait, l'idée générale, dans certains cercles, est que la France n'est plus qu'une dictature livrée à la police secrète d'une réincarnation glabre de Napoléon III. S'opposer à une énième mesure fascitoïde, après la semestrialisation de la classe de seconde (horreur !) et l'évaluation des compétences des profs de fac (malheur !), était donc bien le minimum que l'on puisse attendre des gardiens de la loi fondamentale — un véritable devoir de résistance, même !

En l'espèce, la dernière initiative élyséenne susceptible de nous rappeler les heures les plus sombres de notre histoire consistait à menacer les mélomanes partageurs d'effroyables sanctions, comme la privation de leur accès à Internet après soixante-douze avertissements par mail ou par courrier. Inutile de dire qu'on l'a échappé belle : confisquer des Freebox au moment même où Guantanamo ferme ses portes aurait montré à quel point la France s'enfonce chaque jour un peu plus dans l'abjection totalitaire.

Mais bon, l'orage est passé, les méchants ont reculé et que l’on ne vienne plus nous bassiner avec ces histoires ridicules de droits d’auteurs — ces digues absurdes élevées par le pouvoir afin de mieux protéger le grand capital des assauts des combattants de la liberté. La musique, le cinéma, la littérature, tout ça, ça ne se monnaye pas ! Les artistes, les vrais, ne se préoccupent pas de savoir s’ils vont s'enrichir, concentrés qu’ils sont sur la diffusion de leur œuvre en direction du plus grand nombre. Ah, c'est sûr, il faut bien qu’ils gagnent un peu d'argent de temps en temps mais, hey, entre leurs allocations d’intermittents et la future grande tirelire solidaire de la licence globale, ils devraient s’en sortir, non ?

Allez, encore bravo au Conseil constitutionnel ! Et attendons avec impatience qu'il reconnaisse le caractère obsolète d'un droit du travail devenu, la technologie aidant, si facile à contourner. Droits d'auteur, droits des salariés, tout ça, c'est un peu pareil, non ? A l'heure du Web 2.0, il est grand temps de faire un peu de ménage !

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dimanche 19 avril 2009

Le blog au bois dormant

Bloguer est formidable, mais chronophage. Com-Vat va rester en jachère quelque temps, histoire de permettre à son exploitant de cultiver d'autres champs d'écriture.

Jachère fleurie Entre Durban demain, les élections européennes qui s'annoncent, la réforme de la carte électorale, les séquestrations de patrons, bla bla bla, les sujets d'articles de manquent pas et mon envie d'ajouter mon grain de sel à la cacophonie ambiante est toujours aussi forte. Mais c'est souvent au détriment d'autres désirs — des désirs que j'ai décidé de replacer au premier plan dans les semaines et les mois qui viennent.

Commenter l'actualité politique n'était d'ailleurs pas le seul objet de Com-Vat, que je considère aussi comme un laboratoire d'écriture et le moyen de tester ceci ou cela auprès de lecteurs exigeants et sourcilleux. Les petites exceptions françaises, nées ici, en sont la meilleure preuve, même si elles n'étaient, je l'espère, qu'une mise en bouche. Du coup, si donner mon avis sur la dernière initiative sarkozyenne ou la manière la plus efficace de sortir la planète de la crise m'empêche de me consacrer à un travail un peu plus personnel, c'est un problème (d'accord la crise aussi reste un problème, mais moins pressant).

J'ai bien pensé réorienter le blog sur ces enjeux-là, mais je crois qu'il ne s'agit pas d'une bonne idée. D'abord pour des questions pratiques de rythme de production, mais aussi parce que je préfère me débarrasser des tics, des gimmicks et des contraintes de l'écriture sur le Web pour ce que je veux accomplir. Truffer un texte de liens hypertextes parce que c'est pratique, se contenter d'être allusif parce que l'on finit par écrire pour le petit groupe de lecteurs qui commentent, ne pas faire trop long, ça finit par être enfermant... Et je ne crois pas non plus que les sujets que je veux aborder soient à leur place sur un blog.

Bon, je me rends bien compte du vide que cette absence risque de créer. Vous laisser seuls avec les gentils et les méchants, c'est sûr, ça n'est pas très sympa. Et l'idée qu'il existait encore quelque part un petit espace hors-usinage où le sarkozy-bashing n'est pas devenu l'unique moyen de développer une alternative de gauche au conservatisme UMPiste, où le libéralisme est autre chose qu'un gros mot pour intellectually challenged, c'était sans doute réconfortant. Bah, il vous reste le blog de Manuel Valls : il est moins rigolo, mais on ne peut pas tout avoir.

En tout état de cause, je le rappelle, Com-Vat, ne s'arrête pas. Il se repose et il est possible qu'il soulève une paupière de temps à autre avant de se réveiller totalement. Les quelque 500 articles rédigés depuis octobre 2004 restent en ligne et les commentaires ouverts, d'autant plus que le caractère cyclique de l'actu offre fréquemment une seconde jeunesse à des textes anciens. Tiens, tapez un mot quelconque dans la zone texte du moteur de recherche en haut à droite et, vous verrez, c'est étonnant...

Allez. J'y vais. A très bientôt.

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dimanche 12 avril 2009

Ententes cordiales et renvois d'ascenseur

Si l'ascenseur social est en panne, les fabricants de monte-charge ne connaissent pas la crise.

Ascenseur Croyez-le ou non, il n'existe dans le monde que quatre sociétés capables de renouveler le parc d'ascenseurs de mon immeuble : l'Américain Otis, l'Allemand Thyssen, le Suisse Schindler et le Finlandais Koné. Quatre, ce n'est pas beaucoup, surtout pour un immeuble qui n'est pas exactement un méga-complexe à la Parly 2, tout juste une « résidence » moyenne de 250 appartements. Et alors que le marché de l'ascenseur est en pleine effervescence, compte tenu de l'introduction de nouvelles normes impliquant, avant 2018, le remplacement ou la rénovation majeure de la presque totalité des cabines de France, on imagine que la concurrence est rude entre ces quatre-là...

On l'imagine, mais on se trompe. La concurrence, ce concept au nom duquel des entreprises s'affrontent pour obtenir un marché, ne fait pas partie du lexique des fabricants de monte-charge à l'heure du boom — surtout à l'heure du boom. Les représentants des copropriétaires, associés au syndic, c'est-à-dire la boîte à laquelle nous rétrocédons un pourcentage de toutes les dépenses qu'elle nous convainc de faire, ont pourtant rédigé un appel d'offre impeccable, propre à faire rougir n'importe quel Gérard Dallongeville. Mais ça n'a pas ému Koné, le Finlandais, qui n'a même pas daigné répondre à toute une série de sollicitations. Une opération d'un peu plus d'un million d'euros ne fait manifestement pas vibrer ses forces commerciales, qui ont d'autres chats à fouetter à coups de câbles d'ascenseurs.

Chez l'Helvète Schindler, on répond. Mais avec une proposition totalement hors-sujet, apparemment susceptible de convenir à des immeubles de grande hauteur et sur la base d'une technologie ultra-avancée dont la NASA raffole... Avec nos 10 étages par bloc, inutile de dire que cette offre est difficile à retenir. Un peu comme si le gestionnaire du parc de vélos de La Poste se voyait proposer des Ferrari au moment de renouveler les bécanes de ses facteurs. D'autant plus que tout ça nous amène à une facture de 50% plus élevée que celles des deux derniers candidats de cette StarAc du septième ciel ! Toutes les tentatives de conduire Schindler à proposer quelque chose de plus en phase avec le cahier des charges seront d'ailleurs vaines : ce sera les ascenseurs de la tour de Burj Dubai ou rien. On l'a compris, le Suisse, comme le Finlandais, de nos cages d'ascenseur, il ne veut pas entendre parler ; il nous le fait simplement savoir de manière un poil plus polie que son homologue nordique.

Reste les deux larrons dont on a déjà suggéré qu'ils étaient plus raisonnables : Otis le Yankee et Thyssen le Teuton. Leurs offres à eux sont, à un pouillème près, rigoureusement identiques et il ne nous reste plus qu'à arbitrer entre leurs factures clonées. « Mais ça a tout d'un marché bidon, s'exclame un copropriétaire qui sort manifestement d'un déjeuner avec Adam Smith. Quatre acteurs seulement, un marché forcé par la mise en place de normes obligatoires, une entreprise qui ne soumissionne même pas, une autre qui propose une solution délibérément décalée et deux finalistes dont les prix sont identiques... C'est dingue ! »

« Oui, renchérit un autre de mes voisins, c'est complètement scandaleux ! Refusons de nous laisser avoir et repoussons ces travaux qui, de toute façon, ne sont pas obligatoires avant 2018 ! »

« Impossible, rétorque le directeur du cabinet-conseil que le syndic a mandaté pour nous aider à choisir entre ces deux offres à raison d'une commission supplémentaire : si vous attendez, vous paierez encore plus cher car les prix augmentent de 15 à 20% par an dans ce secteur et on peut même prévoir que vous n'aurez plus qu'une seule offre la fois suivante... »

Ah, dans ce cas... Une pièce d'un euro, admirablement dotée de deux faces, permet alors de finaliser ce choix cornélien : pile c'est machin, face c'est truc. « De toute manière et avec l'un ou l'autre, prévient le spécialiste en se marrant presque, les délais de construction du devis seront dépassés, il faudra attendre que des pièces introuvables soient usinées et vous resterez sans ascenseur pendant deux mois minimum... »

Bon, c'est face alors. Point suivant à l'ordre du jour ?

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jeudi 09 avril 2009

Wight is Wight, etc.

Hier soir, je suis allé applaudir Bob Dylan au Palais des Congrès. Je n'y ai pas rencontré Nicolas Sarkozy qui était venu la veille, mais c'était formidable quand même.

Desire J'aime bien raconter que mon tout premier disque était un album de Bob Dylan — Desire pour être précis. J'aime bien le raconter, mais c'est faux. Ou plutôt pas complètement vrai. Mon tout premier disque, c'était le 45 tours de Nicolas Peyrac So far away from LA. Pas franchement honteux pour un gamin de 11 ou 12 ans ayant tanné sa mère pour qu'elle le lui offre après en avoir été saturée sur RMC, mais avouons qu'on était assez loin de Dylan. Presque autant que de LA, en fait…

D'ailleurs, pour être tout à fait honnête, Desire n’est même pas mon deuxième disque ! Non, mon deuxième disque c’est Dolanes Melody, un tube de variétoche à la trompette signé Jean-Claude Borelly. Celui-ci, je crois que c’est à ma grand-mère que je l’avais demandé (je ne sais pas si ma mère serait allée jusque là). Le Dylan n’est donc que mon troisième disque, mais parce que c’est tout de même le premier que je me sois acheté avec mon propre argent de poche, il est bien, d’une certaine manière, malgré tout, mon premier disque si vous voyez ce que je veux dire.

Du coup, encore aujourd’hui, j’ai un attachement très particulier à cet album bourré de hits majeurs, Hurricane en tête. Ok, ce n’est pas le meilleur, ce n’est pas le plus fort. Ce n’est même pas le plus dylanien puisqu’il est largement co-écrit avec Jacques Levy, un prof de fac auteur de comédies musicales à ses heures. Mais bon, je vous l'ai peut-être déjà raconté, Desire est un peu mon premier disque ! Mieux, c’est grâce à lui que j’ai vraiment commencé à écouter de la musique — du rock, du blues, de la pop — et que j’ai fini par planquer le Jean-Claude Borelly quand j’avais des copains à la maison (mais pas le Nicolas Peyrac qui, semble-t-il, n’était pas totalement inacceptable bien qu’un poil incongru sur mes étagères, entre un Creedence Clearwater Revival ou une Patti Smith).

J'en suis convaincu : si j’avais joué d'un instrument, au lieu de sécher systématiquement mes cours de guitare pour aller faire des conneries avec mon gang, j’aurais probablement fait « du Dylan ». Enfin, ça aurait été « du Hugues » mais les spécialistes — ceux qui assurent que Desire n’est pas l’album le plus personnel de Dylan — disserteraient sans doute sur la filiation naturelle entre mes premiers albums et les siens, en dépit de nos backgrounds radicalement différents, lui dans le Minnesota, moi dans les Bouches-du-Rhône ; lui rencontrant Woody Guthrie, moi tombant sur, euh, je ne sais pas moi, Francis Lalanne dans un bar du Vieux-Port en 1984. Mais je n’ai pas fait de musique. Je me suis contenté d’en écouter et le monde du rock ne s’en est pas plus mal porté (en tout cas, il ne s’en plaint pas).

Ah, du Dylan, c’est sûr, j’en ai avalé jusqu’à faire pleurer les voisins de rage. Heureux propriétaire d’à peu près tous ses disques, j'ai progressivement transformé ma collection de vinyles en CD avant de passer au MP3, histoire de rester dans le vent (blowing in the wind ?). Pour autant, j’avais beau avoir écouté du Dylan sur tous les formats d’enregistrement, en live, ça, je n’en avais jamais eu l’occasion... Vous savez ce que c’est : ce genre de type ne passe par Paris qu’une fois tous les dix ans et, généralement, vous n’êtes au courant des dates de concerts que lorsque tout est complet. Mais il semble que mon ange gardien ait l’oreille musicale, ces temps-ci : tiens, pas plus tard qu’en novembre dernier, je me suis débrouillé pour aller entendre Leonard Cohen, autre grande idole à moi, à l’Olympia.

Ce coup-ci, j’ai pu passer deux trop courtes heures dans un fauteuil du Palais des Congrès de la Porte Maillot, à juger de ce que Mr Zimmerman avait encore dans le ventre à bientôt 70 ans. Résultat des courses : ça marche encore, même s’il faut parfois attendre le milieu d’une chanson pour la reconnaître, entre ces arrangements déconcertants et cet accent nasillard et non filtré par un producteur de studio. Même Like a Rolling Stone, cet hymne à la déchéance de ceux qui n’ont plus de maison vers laquelle rentrer, ça m’a pris un moment... Mais pour le reste, nickel : musiciens impeccables, public enthousiaste, sièges confortables. Presque trop confortables, d’ailleurs, ces gros fauteuils rembourrés, s’il faut vraiment trouver quelque chose de négatif à dire au sujet d’un concert sans accroc. Car le palais des Congrès, cet auditorium pour assemblée générale d’actionnaires d’Arcelor-Mittal, est-il le lieu idéal d’une étape parisienne pour l’auteur de North Country Blues ? Sans doute pas.

En tout cas, c’est un endroit qui convient à Nicolas Sarkozy qui, je l'apprend du Figaro au moment de trouver une chute, assistait au concert de la veille avec Carla. Il est vraiment fort, l'hyperprésident : parce que débarquer dans un papier consacré à Bob Dylan, il fallait le faire. Allez, the times, they are a-changing !

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vendredi 03 avril 2009

Philippe Val à France Inter : les ultra-gentils en pétard

Le patron de Charlie Hebdo assure savoir survivre par temps obscurs. Ça risque de lui être assez utile...

Philippe Val La rumeur selon laquelle Philippe Val prendrait la tête de France Inter déchaîne à ce point les passions de la gauche authentique qu'on croirait le bonhomme membre fondateur de l'UMP (au minimum). Et les commentaires qui s'empilent sous les papiers de Rue89 et de Libé relayant l'info sont tellement extravagants qu'on se demande par quel chemin tordu le directeur de Charlie Hebdo — ancien duettiste comique anar et défenseur acharné de la liberté d’expression — est devenu un tel objet de détestation chez les ultra-gentils.

Enfin, je dis qu’on se le demande, mais c’est juste une façon de parler. Parce qu’il n’apprécie pas les beauferies de Siné et n’exige pas la fin immédiate de l’économie de marché tout en refusant de se dire de droite (sans doute le pire de ses crimes, j'en sais quelque chose), il s’est retrouvé enfermé dans la même Bastille virtuelle mais politiquement correcte que BHL, Glucksman, Manuel Valls ou Laurent Joffrin — Bastille édifiée à l’intention des « sionistes sarko-compatibles » ou, plus prosaïquement, de quiconque est classé à la dextre de Jean-Luc Mélenchon.

Moi, j’aime bien Philippe Val. Et si je ne me suis pas retrouvé exactement sur les mêmes lignes que lui à la sortie du film de Daniel Leconte sur le procès des caricatures, je me féliciterais de son arrivée sur Inter. Et même, que dis-je, et surtout, si ça doit donner des boutons à Daniel Mermet, alter-équivalent gaulois de Rush Limbaugh...

Ça ne m’empêche d’ailleurs pas d’être choqué par la mise au rebut parallèle de Jean-Paul Cluzel, le patron de Radio France, pour homosexualité ostentatoire (si c’est bien le motif de sa disgrâce). Mais je constate que les mêmes qui crient au scandale en apprenant la nomination potentielle de Val à la Maison Ronde se foutent comme d’une guigne du remplacement de Cluzel par Jean-Luc Hees. Enfin : disons qu’ils crachent quand même à l’occasion sur Hees, mais qu'ils ont du mal avec un Cluzel qu’ils trouvaient trop catho pour faire un bon pédé.

Bon courage, Val : si c’est plus qu’une rumeur, Eric Besson risque de devenir l’un des seuls hommes de gauche à accepter de t’adresser la parole en public. Enfin, si l'on ne compte pas BHL, Glucksman, Manuel Valls ou Laurent Joffrin, naturellement…

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