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vendredi 18 juillet 2008

Charité bien ordonnée…

Formidable : grâce à ma nouvelle Carte Bleue aux couleurs de la Croix Rouge, je vais pouvoir donner plus d'argent à ma banque !

CbsgMa banque, la Kerviel & Bouton SA, sait se montrer généreuse. Elle propose depuis peu à ses clients de se doter d'une Carte Bleue « caritative » et de reverser cinq centimes par transaction à leur ONG préférée. Dans les pays où le co-branding des cartes de crédit n’est soumis à aucune restriction, ce genre d’initiative est, si j'ose dire, monnaie courante : les banques américaines ou britanniques proposent d’ailleurs ces produits depuis des années et les cartes Visa ou MasterCard aux couleurs d’une association de lutte contre le SIDA ou le cancer ne surprennent plus les caissières de Wal-Mart ou de Tesco.

Mais chez nous, où l’on aime bien s’entourer de contraintes réglementaires aussi obscures que protectrices de la cupidité des entreprises, c’est nouveau et il est normal que l’on se félicite d’une telle innovation. On peut aussi remercier Bruxelles d’avoir imposé cette mise au goût du jour au GIE Carte Bleue — quasi-monopole de la distribution des cartes bancaires en France — mais c’est une autre histoire (1)…

Parce que je suis moi-même au moins aussi généreux qu’une banque capable de cramer cinq milliards d’euros sur le DAX pour la beauté du geste, j’ai décidé d’échanger ma Visa standard contre un rectangle de plastique frappé d’une splendide croix rouge. Désormais, chaque fois que je ferai l’emplette d’un machin, d’un bidule ou d’un truc, la K&B créditera le compte de la magnifique institution créée par Henri Dunant (1828-1910) — un banquier helvète qui, tout comme l’émettrice de mes carnets de chèques, aimait son prochain comme lui-même.

Formidable, non ? On imagine l’appel d’air que représente pareil système pour les ONG concernées, compte tenu du nombre de transactions Carte Bleue enregistrées chaque année dans l'Hexagone (3,68 milliards en 2007, simples retraits à un distributeur non-compris)… A ceci près que, les Français ne procédant en moyenne qu’à 91 paiements par carte entre janvier et décembre, et la banque facturant 12 euros par an la carte co-brandée, c’est le montant mirifique de 4,55 euros qui devrait être transmis à Riton et à sa copine Adriana par souscripteur, les actionnaires et dirigeants de la K&B empochant la différence de 7,45 euros ! Sans préjudice de la cotisation annuelle sur la carte, qui reste inchangée à 44 euros quand la plupart des banques européennes ne facturent pas ce service…

Bien entendu, vous pouvez toujours tenter d’atteindre, voire d’exploser le seuil des 240 paiements par an à partir duquel la banque cesse de gagner de l’argent sur cette affaire et commence effectivement à en verser à la Croix Rouge. Dépensier comme je suis, j'ai d’ailleurs toutes les chances de me retrouver dans ce cas. Mais l’idée d’un système conçu pour accroître les profits d’un établissement financier sous couvert de générosité est tout de même un peu limite.

Cela-dit, la banque fera au moins l’effort de reverser ses cinq sous par transaction à la Croix Rouge (ou aux sauveteurs de la SNSM, ou à l’Institut Pasteur, ou à la Ligue contre le cancer…) si vous vous montrez vraiment prodigue. En revanche, si votre choix s’est porté sur une carte aux couleurs de votre sport favori, vos 12 euros supplémentaires ne serviront à rien d’autre qu’à vous distinguer comme amateur de ballon rond au moment de passer à la caisse chez Franprix ! Tss, franchement, on se demande ce que fichent les types qui gèrent les droits du foot dans ce pays…

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(1) Dans de nombreux pays, le co-branding des cartes de paiement est un instrument de fidélisation de ses propres clients et de braconnage des clients des voisins. Mais en France, où la concurrence est perçue comme diabolique, les banques s’organisent surtout pour préserver leurs parts de marché, rendre le transfert d’un compte compliqué et la comparaison de leurs tarifs impossible. C’est un peu comme dans la téléphonie mobile, où un nombre très restreint d’acteurs fige le marché et se méfie des innovations marketing ou réglementaires qui pourraient bouleverser le statu quo.

jeudi 17 juillet 2008

Vieux schnock

Siné n'est pas antisémite, mais anachronique. Et les journaux ont le droit de ne pas publier ce qui ne leur convient pas.

Sin J'ai hésité (pas longtemps) avant d'écrire quelque chose sur l'affaire Siné, dernier ajout en date au dictionnaire permanent de l'antisémitisme. Chaque nouvel « événement » de ce genre  permettant aux uns et aux autres de redéfinir, et la réalité, et la dimension spécifique du phénomène, le risque existe de lasser les lecteurs avec lesquels je suis (j'imagine qu'il y en a) sur la même longueur d'onde sur ce sujet. De toute manière, ne pas s'exprimer serait de l'auto-censure et s'il faut s'imposer de telles contraintes, autant ne plus rien écrire du tout.

Siné est une sorte de dinosaure dans le monde de la BD et du dessin de presse. Il dessine depuis le tout début des années cinquante ce qui en fait le contemporain, toutes choses égales par ailleurs, d'un Chaval ou d'un Jacques Faizant plutôt que celui d'un Cabu ou d'un Plantu — et a fortiori de n'importe lequel des jeunes Turcs qui travaillent aujourd'hui à Charlie-Hebdo. Tiens, Siné, lui, c'est à France-Dimanche qu'il a débuté. Je me demande si Malingrëy ou Lefred-Thouron ont même déjà entendu parler de France-Dimanche...

Mais il a surtout été de tous les combats progressistes exigeant un minimum de véhémence et de poings brandis. Il a été tour-à-tour anticolonialiste, antimilitariste, anti-impérialiste, anticapitaliste, anticlérical, bref, anti tout ce qui méritait de l'être lorsqu'on est au coup de crayon ce que Jacques Vergès — un temps son avocat — est à « la défense de rupture ». Rien ne le résume mieux, en fait, que ces citations de Pierre Desproges que je découvre avec un bel à-propos sur Wikipedia (ah ! Formidable outil, ce Wikipedia !) :

« Vous êtes de ces pacifistes bardés de grenades et de bons sentiments prêts à éventrer quiconque n'est pas pour la non-violence ».

Ou encore : « Siné possède la particularité singulière (bonjour les pléonasmes) d'être le seul gauchiste d'extrême-droite de France. »

Donc, mon point de vue sur la question du jour, c'est que Siné n'est pas un antisémite mais plutôt une sorte de fanatique du bien, un homme tellement convaincu de la justesse de ses causes qu'il accepte régulièrement de mettre son goût pour la non-violence sur pause le temps de casser tous les oeufs possibles pour obtenir l'omelette idéale... Il n'a rien contre les juifs eux mêmes, mais les déteste cordialement autant qu'il déteste les musulmans, les catholiques, les bouddhistes, les flics, les membres du PS (mention spéciale pour les membres du PS), les députés, les journalistes, les présidents de la République, la République, les Américains, les Russes... Les juifs, à vrai dire, c'est à peine s'il pense à eux lorsqu'il écrit que le fils Sarkozy épouse une héritière juive pour accaparer sa fortune !

Non, il pense surtout au méchant président de la République, à son méchant fils, à la méchante héritière d'une dynastie de méchants commerçants en méchant électroménager. Et en même temps qu'il y pense, il garde en tête tous les opprimés de la planète, ceux qui, d'une manière ou d'une autre, ne sont jamais que les victimes des présidents et des vendeurs de machine à laver. Il suggère à l'occasion que les vendeurs de machine à laver sont parfois juifs, et donc que les juifs sont parfois méchants. Disons que c'est une incidence, comme on entend désormais.

De fait, si ces qualificatifs ne démolissaient pas quelque peu l'idée que notre homme n'est pas antisémite, je dirais qu'il est une sorte de célinien ou d'ADG-ien « de gauche ». Un authentique anar « à la française » un poil anachronique, dont l'attitude et les prises de positions sont progressivement devenues illisibles par des gens qui ne savent même plus de quoi il parle ou à quoi il se réfère. Ça ne veut pas dire qu'il n'ait pas le droit de dessiner et d'écrire ce qu'il veut (personnellement, si l'on me chargeait d'une révision constitutionnelle, je proposerais sans doute quelque chose comme le premier amendement américain), mais ça signifie certainement que Charlie-Hebdo a le droit de ne plus imprimer les divagations d'un vieux schnock aux références trop datées. Surtout si aucun rédacteur en chef n'y jette un vague coup d'œil avant qu'elles ne se retrouvent en kiosque.

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samedi 12 juillet 2008

Pumping iron

Quelle est la différence entre Arnold Schwarzenegger et moi ? Il est gouverneur de Californie.

Pumping_iron La fréquentation d'une salle de musculation n'est pas une chose dont on est censé se vanter. Autant « faire de l'exercice » est socialement valorisé, perçu comme un comportement positif, autant passer plusieurs heures par semaine à soulever de la fonte est considéré comme l'antithèse de l'idéal sanitaire et civilisationnel du « vrai sport ».

C'est que rien de ce qui prétend transcender la poursuite d'une boule de cuir sur un morceau de gazon, ou encore les échanges mécaniques de petites balles jaunes au-dessus d’un filet, n’est réellement discernable dans les séances de torture que s’imposent les amateurs de « gonflette ». Pas d’esprit d’équipe, pas de fair play, pas de grand bol d’air vivifiant, aucune de ces métaphores de la vie superbement chorégraphiées pour un public de connaisseurs sur la pelouse du Stade de France ou l’argile de Roland-Garros… Non, juste la métamorphose vide de sens d’un gringalet en monstre de foire à l’aide d’haltères et de stéroïdes ! D’autant plus que les revues « pour hommes », cette nouvelle race de périodiques dont l’émergence précipite le déclin de la presse automobile, consacrent un numéro sur deux aux dix moyens imparables de se doter d’une tablette de chocolat abdominale digne du gouverneur de Californie. Hey, on imagine assez bien ce qu’il convient de penser d’une demi-portion dont le rêve est de ressembler à Terminator sur les conseils de FHM et de GQ !

Moi-même, je suis inscrit dans une salle de gym et, en principe, je ne le crie pas sur les toits. Deux fois par semaine, à l’heure du déjeuner, je descends dans les sous-sols d’un immeuble anonyme du quartier de la Bourse pour m’infliger ce qu’un Martien de passage pourrait interpréter comme un bel hommage à Torquemada (du moins en prenant pour hypothèse que notre Martien ait entendu parler de l’Inquisition, qu’il estime qu’elle soit digne d’admiration et que sa physiologie soit suffisamment proche de la nôtre pour qu’il se figure à quel point il est vain de chercher à soulever son propre poids au-dessus de sa poitrine allongé sur un banc en skaï. Mais bon, que savons-nous des Martiens et du regard qu’ils portent sur le fanatisme religieux et l’hypertrophie musculaire ?)

A ma décharge, je ne suis ni un ancien gringalet, ni un futur monsieur Univers. Juste un quadragénaire qui s’est rendu compte que remplacer le cassoulet-Kronenbourg du mardi et du jeudi par un peu d’exercice ne pouvait pas lui faire de mal. La faiblesse relative de mon investissement personnel dans la transformation de mon corps en sculpture d’Arno Breker a d’ailleurs été remarquée par mes camarades de souffrance, qui m’en font régulièrement la remarque, mi-rigolards mi-accablés, entre deux séries de squats : « Ben tu pourrais tout de même prendre un peu plus ! Tu ne te foules pas vraiment… »

Honnêtement, ils ont bien raison. Et l’idée de suivre leur exemple en me fixant un objectif de tour de biceps ne m’est jamais passée par la tête. D’abord, du sport, du « vrai », du consensuel, j’en fais déjà par ailleurs. Ensuite, je ne suis probablement pas de la fonte dont on fait les Monsieur Muscle : tiens, en trois ans de pratique régulière, c’est tout juste si j’ai atteint le stade auquel l’observateur négligent remarque que vous faites de la muscu… Mais qu’importe : moi, je le sais. Je me sens en forme, j’ai l’impression, lorsque je retourne au journal après une heure de gym et une douche, de recommencer ma journée depuis le début et j’aime bien l’idée d’avoir des pectoraux à un âge où mes semblables restés fidèles au cassoulet du midi ont surtout tendance à se laisser pousser les seins. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir préservé les poignées d’amour qui complètent si bien ma calvitie (les femmes adorent) et me donnent l’air d’avoir atteint une position sociale enviable. Un peu comme ces clés de Mercedes ou de Porsche que l’on pose négligemment sur une table de bistrot — l’impact écologique présumé en moins…

Du coup, le regard que je porte sur les culturistes authentiques n’est plus non plus si conventionnel. Et si la muscu est indubitablement une activité égotiste, l’effort qu’elle demande vaut bien celui qu’exigent la course ou l’aviron. La notion de « gonflette », d’ailleurs, qui tend à suggérer que le muscle se développe à l’aide d’une pompe à vélo pendant que son propriétaire feuillette le dernier numéro de Fitness magazine en sirotant du Gatorade, est totalement inepte et le niveau de concentration atteint par les meilleurs est très impressionnant. Il est vrai que l’atmosphère de l’endroit où vous choisissez de faire vos crunches, vos pull-ups, push-ups et autres flexions-extensions jargonneuses joue beaucoup sur la perception que vous vous ferez de ces forts des Halles en justaucorps Décathlon. Ma salle à moi, véritable repaire de livreurs, de serveurs et d’employés de bureau à 500 mètres de l’un des « gyms » les plus chics de Paris (où ma boss dispose d’un casier à son nom), parce qu’elle pue la transpiration, parce que les vestiaires y sont trop petits, parce qu’elle ne propose ni sauna, ni hammam, ni bronzage, convient parfaitement au double-objectif précédemment évoqué : modération cassouletière et fierté pectorale. Mais pour le gouvernorat de Californie, je pense que je vais passer mon tour...

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Le catalogue de l'homme moderne : 1 2 3

jeudi 10 juillet 2008

Guys with shoes do it better

N'est pas Zola Budd qui veut. Ni fakir, d'ailleurs…

Running_on_beachJusqu'à hier, je n'avais jamais tenté de courir pieds nus sur une plage… Enfin, quand je dis courir, je ne parle évidemment pas de sautiller dans les vagues en rigolant stupidement comme dans une publicité pour Hollywood chewing-gum. Non, je parle de courir pour de bon, sur une distance semi-sérieuse (10 kilomètres) et à une allure qui ne le serait pas moins (11 km/h). Expérience faite, le verdict est assez négatif : courir sur la plage est effectivement une activité à réserver aux ados hilares des castings de Publicis.

Premier problème lorsque vous courez sans chaussures, vous vous sentez un peu crétin. Je viens tout juste de renouveler mes Mizuno Wave et je n’aurais vraiment pas aimé découvrir que ces merveilles de la technique nipponne à plus de 100 euros peuvent être remplacées par, comment dire, rien du tout…Vous vous sentez aussi un peu à poil mais ça, sur une plage des Landes, du côté de Capbreton, c’est normatif.

Mais ces considérations sont manifestement sans objet pratique. Non, parlons plutôt de cette stupide plage en pente, qui vous oblige à cavaler à la façon d’un dahu. Ok, au retour, la pente de droite est devenue une pente de gauche, vos pieds ayant la possibilité de se sentir supérieur l’un à l’autre à tour de rôle mais, du point de vue de leur propriétaire, c’est assez peu confortable. Autre souci, le sable change constamment de densité : il y a bien quelques endroits où il est juste à point, ni trop ferme ni trop meuble, vous donnant l’impression que vos Mizuno ne valent finalement pas d’être mises deux fois (rires dans la salle) mais, au final, l’essentiel de la course se passe en terrain pourri. D’autant plus qu’il y a des cailloux. Oui, des cailloux. Et que ces fichus galets sont comme par hasard généreusement distribués là où le sable est le plus adapté à la course.

Enfin, le sable adapté à la course, il faut le dire vite. Ce n’est pas à des lecteurs aussi sagaces que les miens que j’apprendrais que le sable, c’est du verre. Et que le verre, ça coupe. Donc, martelez une sorte de tapis de microbilles de verre avec vos pieds pendant près d'une heure — vos pauvres petits petons habitués à leurs tatanes pour héros de mangas — et vos orteils meurtris vous donneront de leurs nouvelles…

J’ai lu quelque part que Zola Budd, la championne sud-africaine qui étonnait le monde en courant pieds nus dans les années 80, fait aujourd’hui dans l’agriculture. Je crois même qu’elle porte désormais des chaussures en permanence. On ne saurait lui donner tort : pour les produits agricoles, entre les Chinois et les méchants spéculateurs qui s’enrichissent en dormant, la demande est très forte. Quant aux chaussures, quelle magnifique invention.

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mardi 08 juillet 2008

Conversation courtoise

Vendre plus de livres et payer moins d'impôts, c'est possible. Mais il faut s'asseoir sur ses principes (et se disputer avec sa maman).

Cocarde— Allô, monsieur Serraf ? Monsieur Hugues Serraf ?
— Oui…
— Bonjour monsieur. Excusez-moi de vous déranger mais j'ai obtenu votre numéro de téléphone par l’intermédiaire d’Albin Michel…
— Ah… Excellent ! Que puis-je faire pour vous ?
— Voilà, je suis journaliste au Cri du contribuable. Je viens d’écrire un article sur votre livre et je voudrais vous inviter à une émission de radio…
— Le Cri du contribuable ? Ca doit être un journal de contribuables qui ont mal quelque part, ça ?
— Oui, c’est le journal de l’association des contribuables. Nous pensions que vous pourriez participer à notre émission de la semaine prochaine…
— Hum, pas si sûr : là tout de suite, je suis sur la plage. Mais de quelle émission s’agit-il ?
— Ben, de l’émission du Cri du contribuable sur Radio Courtoisie
Radio Courtoisie ? Ah non, désolé, ça n’est pas possible ça : c’est une radio d’extrême-droite !
— Mais non voyons, l’extrême-droite ça n’existe plus. Et puis c’est une radio associative où chaque émission est indépendante des autres. Nous, nous ne nous sommes pas d’extrême-droite, nous sommes juste des contribuables…
— Oui mais des contribuables qui ont mal et qui crient…
— Oui…
— Bon, c’est embêtant parce que vous avez l’air bien sympathique et que j’aime bien passer dans les émissions de radio qui font vendre des livres mais je ne suis pas, moi-même, un contribuable qui souffre et je ne peux pas passer sur une radio d’extrême-droite car ma maman ne me le pardonnerait jamais. Vous ne voudriez tout de même pas être la cause d’une dispute entre ma maman et moi, non ?
— Oh non !
— Bon tant pis alors, mais merci d’avoir pensé à moi…
— Pas de problème. Je vous envoie quand même l’article du Cri du contribuable ?
— S’il vous plaît…
— Au revoir monsieur Serraf.
— Au revoir madame.

Clic…

— Merde, c’est con… Une émission de radio, même sur Radio Courtoisie… C’est toujours une émission de radio, non…
— Arrête tes conneries ! Ca t’apprendra à faire des couvertures bleu-blanc-rouge : c’est ambigu. Ca attire n’importe qui.
— Comment ça, bleu-blanc-rouge c’est ambigu : c’est le drapeau français, le symbole de la Révolution bon sang ! Ah, Ségolène a bien raison de dire qu’il faut récupérer les symboles de la République kidnappés par les forces de la réaction !
— C’est ça, c’est ça… Passe-moi plutôt la crème solaire…

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vendredi 04 juillet 2008

Sacrée bonne femme

On dit qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. Moi, il m'aura fallu six ans pour m'intéresser à Ingrid Betancourt.

Ingrid_betancourt Je ne m'étais jamais vraiment intéressé à Ingrid Betancourt, dont je ne connaissais rien du combat politique avant son enlèvement et que je tenais, d’une certaine manière, pour un otage de luxe. Mondaine que ses relations au quai d’Orsay et dans le monde du spectacle avait transformée en « cause célèbre », comme disent les Américains lorsqu'ils croient parler français, elle m’agaçait presque…

Enfin, quand je dis qu'elle m’agaçait, c'est assez injuste : coincée dans sa jungle colombienne, malade comme un chien, vraisemblablement angoissée pour sa famille et ses proches, elle n’était évidemment pas directement responsable du battage médiatique organisé à Paris — de cette débauche de bons sentiments « apolitiques » renvoyant dos-à-dos brutes du FARC et gouvernement démocratique mais ignorant superbement les milliers d’anonymes endurant le même martyre tropical.

Bon, je m’en voulais bien un tout petit peu pour cette absence de compassion lorsque, passant devant l’Hôtel de Ville, je jetais un coup d’œil rapide à la photo « d’Ingrid » ; ce portrait géant d'une personne amaigrie et au regard vide dont on ne savait même pas si elle était morte ou vivante. Mais il me suffisait alors de tomber sur l’un ou l’autre de ses gosses à la télé — le grand benêt larmoyant, la petite nana pleurnicharde —, d’entendre un énième « artiste » affirmer sa solidarité béate pour leur « maman », pour revenir à mon indifférence polie.

Clairement, j’ai changé d’avis. Et d’avoir entendu s'exprimer, hier au journal de France 2, cette incroyable bonne femme pleine de courage et d’empathie (y compris pour ses bourreaux), d'avoir pris la mesure de sa sérénité, de son intelligence et son absence totale de naïveté à l’égard du contexte politique colombien ou international de son enlèvement et de sa libération, m'a totalement retourné.

Tiens, rétrospectivement, même le grand benêt larmoyant et la petite nana pleurnicharde trouvent enfin grâce à mes yeux de crapule insensible (pour les « artistes », il faudra sans doute attendre encore un peu).

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mardi 01 juillet 2008

Les petites exceptions françaises à la radio

Radio Mes « Petites exceptions françaises » étaient au programme de la chronique livres de France Info, vendredi dernier. Un lien audio est désormais disponible sur le site de la station et je trouve que ces trois minutes résument plutôt pas mal l’esprit du bouquin — même si j’avais eu bien plus de temps pour vendre ma salade dans « Sous les étoiles », l’émission de Serge le Vaillant sur France Inter.

C’est sûr, si j’étais président de la République, je pourrais m’inviter une heure sur France 3  en prime time : ça stimulerait les ventes. Mais bon, tout vient à point à qui sait attendre…

Le livre de l'année !

Aviez-vous lu ça ?

OJD

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