Un premier marathon ne s'improvise pas. Il faut du Zyban, de la volonté et une programmation FM adéquate. Revue de détail.
Nouvelle étape dans le processus de transformation de ma carcasse d’ex-fumeur en muscle machine étincelante : la préparation du prochain marathon de Paris. A ceux d’entre-vous qui auraient pu être privés des épisodes précédents, je rappellerais avoir pris les décisions concomitantes, il y a deux ans, d’arrêter de consommer les un à deux paquets de clopes quotidiens qui faisaient mon ordinaire depuis l’âge de 18 ou 19 ans et de m’offrir un ensemble short / chaussures de sport.
Les moteurs de cette aventure ? Rien de bien original : l’approche de la quarantaine (cap désormais officiellement franchi) ; le sentiment de ne plus disposer des ressources énergétiques que les trentenaires débutants tiennent pour éternelles ; le désir, sans doute un peu vain, de ne pas découvrir un jour dans la glace que le grand type mince et brun que j’étais, ou que je pensais être, s’était mystérieusement mué en un gros type chauve.
Sur ce dernier point, courir, même vite et longtemps, ne me rendra probablement pas les longues boucles qui faisaient ma fierté lorsque, grand amateur de Genesis et de Led Zeppelin, je remuais, dans ma chambre d’ado, la tête de droite à gauche au rythme du final de Stairway to heaven – guitare imaginaire en main..
Mais peu importe, avec ou sans cheveux (il m’en reste tout de même quelques-uns, n’allez pas croire…), craignant d'être placé sur la trajectoire dangereuse de la prise de poids, je me suis d’abord mis à courir quelques minutes ici et là, histoire de dire que je faisais quelque chose de vaguement sportif en guise d’aide au sevrage. Je me suis ensuite pris au jeu en adoptant un rythme plus intensif : six sorties par semaine (une demi-heure du lundi au vendredi, deux heures le dimanche).
J’aurais pu me satisfaire de ce nouveau mode de vie, jugeant l’expérience suffisamment concluante. Mais l’abandon de la cigarette n’ayant pas (pas encore ?) totalement modifié ma personnalité, je suis resté dans cette tendance à l’excès qui, dit-on, me caractérise. Je me suis donc inscrit à une série de courses (deux semi-marathons, un « 20 km de Paris »…), améliorant chaque fois mes performances (performances d’ailleurs assez modestes mais, bon, je n’avais pas le projet de gagner ces courses – enfin, pas à l'époque…).
En tout cas, le ver du marathon était bien dans le fruit dès le début de ma cure de Zyban, la molécule miracle grâce à laquelle j’ai pu entreprendre cette expérience. Et si la distance qui sépare Athènes de la plaine qui devait donner son nom à cette course de 42 km 195 avait été plus importante, je serais sans doute en train de me préparer à galoper sur 169 km 267.
Donc, depuis dimanche dernier, j’ai entamé un programme de 18 semaines devant s’achever sur une participation au 29ème marathon de la capitale. Concrètement, ma demi-heure de jogging matutinale s'est transformée en 60 à 75 minutes quadri-hebdomadaires de battage de pavé parisien et mes deux heures dominicales sont censées subir une inflation progressive jusqu’au jour J (2h15, 2h30, 3h30, 4h00…). Calé sur l’idée que je suis capable de boucler l’épreuve en moins de 4h30, « ça devrait le faire » – pour reprendre l'affreuse mais pertinente expression de ces jeunes qui ont des cheveux mais ne courent pas.
En réalité, je doute parfois d’être capable de parvenir jusqu’à la ligne d’arrivée. Mais j’essaie de ne pas trop y penser, mon attitude générale, en dehors des périodes de rhume descendu sur les bronches, étant de considérer que je pourrais probablement gouverner le monde avec talent si l'opportunité m'en était offerte. Alors courir un marathon, comme 35 000 autres pékins ? ! No problemo ! comme disent les malades qui choisissent le marathon de Madrid, considéré comme l’un des plus durs à cause de la calor. Le marathon de Paris, qui ne compte que peu de côtes et se tient début avril, ne pose pas les mêmes problèmes. Donc j’y crois et j’ai la chance de bénéficier de l'appui d'un réseau inappréciable de supporters, voire de fellow-marathonians (à commencer par ma moitié, laquelle a déjà tenté, avec succès, l’aventure l’an dernier).
Mais la vie de coureur de fond n’a pas que des avantages. Pour se lever tous les matins à 6 heures, enfiler ses Mizuno (les coureurs authentiques ne courent qu’en Asics ou en Mizuno, les Nike étant réservées au commun des mortels, aux gros, aux chauves, aux jeunes…) et se précipiter dans les rues sombres et froides de Paris, il faut, au moins au début, faire preuve d’un certain courage. Il faut, aussi, apprendre à se coucher plus tôt (souvent) et éviter les excès (plus rarement). C’est un autre mode de vie. Mais il y a des compensations, surtout lorsque l’on se regarde dans la glace ce qui, même s’il ne s’agit pas d’une activité à plein temps, se produit tout de même avec une certaine régularité.
Ah, dernier point qu’il me semble intéressant d’aborder au bénéfice d’éventuels lecteurs qui, impressionnés, subjugués même, par mes efforts, seraient tentés de marcher courir sur mes traces, transistor en bandoulière : la radio des petits matins n’est pas des plus excitantes. Entre 6 et 7, la bande FM ne s’adresse que rarement aux anciens fumeurs en baskets à prétentions intellectuelles. Sur France Inter, c’est Nicolas Stoufflet, un type « super sympa et plein de bonne humeur », qui officie entre météo, info-trafic et chroniques médicales. Bof, deux fois bof… Il y a bien l’Eloge du savoir sur France Culture, mais les thèmes traités sont aléatoires et s’il est parfois question d’Histoire, de politique ou de sciences appliquées, les sujets sur l’évolution de la géométrie non-euclidienne et la physique quantique ont tendance à bouleverser la régularité de mon rythme cardiaque. Il y a aussi BFM, mais à cette heure-ci, entre la Bourse en action et les mêmes infos financières répétées 15 fois sur un ton enthousiaste par des gens dont on se demande parfois s’ils comprennent ce qu’ils lisent, l’économie n’est pas très bien servie.
Le dimanche, en revanche (une expression à la mode, ce « en revanche ». Très BFM du matin. J’avais d’abord décidé de ne jamais m’en servir mais j’ai fini par m’y faire), courir avec France Culture devient intéressant à partir de 11h00, grâce à l’Esprit public de Philippe Meyer, immédiatement suivi par les petites perles de François Rollin (L’œil du larynx). A partir de 11h00 seulement, d’ailleurs, car plus tôt, le désert radiophonique, pour qui ne goûte guère les messes en direct de l’église Saint-Aldebert-des-Champs à Ploufignac, est assez désespérant. On peut toujours passer par L’Atelier numérique de BFM et prendre des nouvelles du Web, mais c’est limite (8h00 à 10h00).
Non, j’oubliais, on peut également, mais j’ai moi-même arrêté après saturation, tenter Ni dieu ni maître, l’émission de la fédération anarchiste sur Radio libertaire. Un couple de vieux anars maugrée, entre 10 et 11, en parcourant la presse de la semaine. D’une incroyable mauvaise foi, généralement totalement ignorants des sujets qu’ils commentent, ils s’indignent de tout et sont capables de déceler l’action souterraine du pouvoir religieux, des Américains, et de la gauche non-libertaire dans n’importe quel contexte. Amusant, oui, c’est vrai. Mais comme je l’ai dit, on sature…
Notez pourtant que, depuis quelques temps, j’ai commencé à courir sans radio. J’entends dire ici et là qu’il s’agit du début de la sagesse, une heure de course sans distraction étant l’équivalent spirituel, à une dizaine de calories près, de soixante minutes de méditation zen. Pour un type comme moi, qui ne voulait pas grossir, c’est à prendre en considération. Merde, où sont mes Mizuno ?
© Commentaires et vaticinations
Quand t'es sous la couette, au chaud, que t'entends la pluie, qu'il est 5h57... t'arrives à te lever pour aller courir ????? ça me fascine.
Et après tu te dis quoi, je cours 8 km ou je cours 1 heure ou je cours jusqu'au café m'en griller une (ce que j'ai fait la dernière fois, shame on me) ?
Bref, j'admire.
Rédigé par : Cyrille 20/20 | vendredi 17 décembre 2004 à 14:08
Vois-tu, petit scarabée, le fait que le chemin de la sagesse soit long et tortueux n'est pas qu'un cliché pour bonze en manque d'imagination. Le chemin de la sagesse est long et tortueux parce qu'il fait juste un peu moins de 42 km et qu'il faut des Mizuno pour le parcourir.
Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Tu peux déposer ton offrande à côté des bâtonnets d'encens.
Rédigé par : Hugues | vendredi 17 décembre 2004 à 14:32
Moi je cours en New-Balance car ça me donne de l'équilibre. Mes Mizuno ça ne se met qu'une unique fois comme leur nom l'indique.
Rédigé par : Monsieur Caca | vendredi 17 décembre 2004 à 15:13
Ce qui est chiant avec les calembours, et je ne dis pas ça parce que tu t'appelles Monsieur Caca (il ne faut jamais se moquer du nom des gens), c'est quand ils sont rigolos et que je n'en suis pas l'auteur. Mais je te pardonne pour cette fois car je sais que tu es de bonne volonté.
Rédigé par : Hugues | vendredi 17 décembre 2004 à 15:35
Ce qui est énervant, c'est que je sais que je prends ton chemin. Mon arrêt (raté) de la cigarette d'il y a deux ans m'a fait prendre 8 kilos que je n'ai pas perdus, malgré une inscription au gmynase club.
Ma chevelure est encore aussidrue qu'à mes seize ans, quand je glissais aussi en faisant de longs riffs sur une guitare imaginaire.
Mais je sais que mpoi aussi, je me mettrai à courir. Reste à repousser ce moment le plus tard possible, en fumant de bonnes clopes !
Rédigé par : versac | lundi 20 décembre 2004 à 10:49
Ben tu sais ce que as à faire. Et remonter la pente est plus long si tu pars de plus bas (on dirait du Raffarin, non ?). Donc, pour la nouvelle année : Zyban, jogging et lecture de mon blog s'imposent.
Rédigé par : Hugues | lundi 20 décembre 2004 à 13:03
cela me fait penser que je dois m'inscrire aussi au marathon de Paris (objectif de l'année:).
Allez je mets mes new balances et j'y vais ... zouh
~laurent
look de sportif ... non là je me survends ;)
Rédigé par : ~laurent | lundi 03 janvier 2005 à 07:16
Moi, c'est bon je suis inscrit. Mais il ne reste plus que 5 000 places !
Rédigé par : Hugues | lundi 03 janvier 2005 à 17:57
Bon, ben bonne course alors...
Juste un truc, un conseil, si tu l'acceptes, de coureur à coureur : tes sorties du dimanche, jamais plus de 3 heures ! Tu entamerais de façon dangereuse ton capital pour le jour J. Ne dépasse en règle générale pas 70 kilomètres sur 4/5 séances par semaine. Pour le reste, bravo pour la motivation du petit matin.
Rédigé par : coco | mercredi 16 février 2005 à 17:27
ha ben alors ! Moi aussi j'ai souffert tout l'hiver. On se retrouve dimanche alors :)! quel objectif?
Rédigé par : la_dilettante | lundi 04 avril 2005 à 16:07
Au pire, je vais même pas finir. Au mieux, je gagne carrément la course et je passe à la télé dans une pub pour le Zyban. Mais je me vois plutôt à 4h30...
Rédigé par : Hugues | lundi 04 avril 2005 à 16:09