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mercredi 01 décembre 2004

Mais pourquoi Gotlib s’est-il arrêté de dessiner ?

GotlibNon, non, non ! Trois fois non ! Ce titre n’annonce pas, après l’épisode Pif, une lecture déconstructioniste de l’œuvre de Marcel Gotlib, la reprise en main du Taume 2 des Rubriques-à-brac révélant quelque affreux secret politique ou sexuel.

Non, non, non, donc. Mais l’idée m’est venue, en dévalant l’avenue de la République, ce matin-même, de consacrer une note à la mystérieuse disparition de l’une des personnalités ayant le plus contribué à la formation de la mienne. Ne vous méprenez pas : il n’est pas mort. Enfin je ne pense pas. Je crois d’ailleurs savoir qu’il vit paisiblement dans une petite maison de la banlieue ouest de Paris et je me souviens même de l’avoir croisé, il y a quelques années, à la sortie d’un cinéma des Champs-Élysées. Et ce jour-là, c’est sûr, il n’était pas mort.

Le mystère, en fait, vient plutôt des raisons qui l’ont poussé à arrêter de dessiner il y a plus de 20 ans, se contentant, jusqu’à une époque récente, d’écrire des éditos pour Fluide Glacial. Au profit des jeunes générations élevées au jus de mangas et qui pourraient ne même pas savoir qui est Gotlib, osons cette comparaison : la Voie lactée, ça vous dit quelque chose ? Oui ? Cet agglomérat de planètes de tailles et de poids disparates dont l’existence est conditionnée par leur relation à un gros machin jaune et chaud… Ok ? Et bien, Gotlib, dans l’univers de la BD, dans la galaxie de la figuration narrative, dans la cosmogonie de la narration figurative, était un peu l’équivalent de ce gros machin jaune et chaud. Le truc central, quoi. Tout le reste n’étant que billevesées, balivernes et coquecigrues.

Une fois cette comparaison osée, on est bien en droit de s’inquiéter des raisons pour lesquelles le soleil s’est brusquement arrêté de soleiller. Est-il tombé malade ? A-t-il été amputé d’un bras ? S’est-il entiché d’une femme fatale l’ayant vicieusement sommé de choisir entre elle et la muse ? A-t-il un jour été saisi par le doute en prenant conscience de la vacuité et de la futilité de l’existence, lâchant sa plume (ou son pinceau, c’est selon) pour ne plus jamais la ramasser ? S’est-il, au cours d’une improbable crise de foi, souvenu que le Talmud prohibe la représentation graphique de l’Homme ?

Je n’ai pas, malheureusement, de réponse à cette question et je serais heureux si cette note, une fois enfouie dans les limbes du cybermonde, ressurgissait un jour avec une explication raisonnable. Après tout, Google works in mysterious ways. Mais je peux toujours, à défaut, poursuivre ma vaticination en rendant hommage au grand Marcel. Des Rubriques-à-brac aux Trucs-en-vrac, des Dingodossiers aux Cinémastocks, de Gai-Luron à Rhâ Gnagna, de Pervers pépère à Hamster Jovial, de Super-Dupont à...  Tout était déjà là.

Comme dessinateur, son trait efficace et nerveux autorisait toutes les audaces et son évolution graphique, depuis les salles de classe de l’élève Chaprot jusqu’aux histoires de cul de Rhââ-lovely, pourrait être découpée en périodes et faire l’objet d’un véritable catalogue raisonné. Comme auteur, une fois débarrassé de l’influence (influence positive, soit, mais il faut bien tuer le père) de Goscinny, il s’inscrivait dans une triple-tradition judéo-franco-américaine dont Johan Sfar est, d’une certaine manière, l’un des héritiers.

Entre Marcel Aymé et le théâtre de boulevard, entre Sacha Guitry et le Mad de Harvey Kurtzmann (inspirateur de l’esprit Fluide à ses débuts ou du premier Echo des Savanes, lequel est d’ailleurs tombé bien bas), entre la Guerre des Boutons, Spinoza, la psychanalyse et l'underground, il était une sorte d’éponge absorbant mille trucs, pour les assimiler peu ou prou et les régurgiter sur son propre mode. Pour un spécialiste du commentaire et de la vaticination, ce sont là des choses précieuses.

Mais je relis mes dernières lignes et je me rends compte que je suis en train de rédiger sa nécro. J’en oublierai presque la dérision ce qui, dans le cadre d’un hommage au propagateur de l’inoubliable histoire du fou qui repeint son plafond est tout simplement inadmissible (quoi, vous ne connaissez pas l’histoire du fou qui repeint son plafond ? Allez la chercher sur le Ouaibe mon vieux, faut quand même pas exagérer…). Non, Marcel Gotlib n’est pas mort, mais il ne dessine plus. Il a vendu Fluide Glacial, a sorti une compilation assez inégale d’inédits et vit, retiré de tout, quelque part où il y a des arbres (des pommiers ?). Mais s’il vous fallait une idée de cadeau pour les fêtes, vous êtes désormais servis.

© Commentaires & vaticinations

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Vous avez du brocoli ?
Encore une fois respect pour cette note qui me replonge au coeur de ma culture... A emmener sur l'île déserte, pour les matins diffciles.

Pour les matins difficiles, va courir. Encore que, sur une île déserte, on doit vite avoir l'impression de tourner en rond.

En tout cas, merci pour tes encouragements. Et c'est pas fini. J'ai encore plein de trucs comme ça en magasin. Mais pour aujourd'hui, j'ai pensé que l'évocation de Gotlib pourrait calmer un peu les angoisses de mes dizaines de milliers de lecteurs à travers l'Europe dans l'attente des résultats du référendum du PS.

D'ailleurs, je me demande si Gotlib est favorable à la constitution européenne. Je pense que oui, si l'on réinterprète le célèbre hymne à la coopération transfrontalière des premiers Dingodossiers : "lou pescadou no pas fraichou".

"Cet agglomérat de planètes de tailles et de poids disparates dont l’existence est conditionnée par leur relation à un gros machin jaune et chaud" : ce serait pas plutôt le système solaire, par hasard ?

Ouah lui, tout de suite les grands mots... Oui oui, peut-être, c'est possible. D'accord, mais bon quoi, hein...

Ah oui, il me manque aussi... Mon copain, qui est Britannique, connaît "Et père il colle au zoo ce porc Jerzy" (en anglais ils ont "Alonzo Fondler Pear Tree", mais sans les dessins!). Mais curieusement tu ne cites pas LE bouquin de référence: Gotlib, par Numa Sadoul (il a l'air épuisé; je le possède, mais je ne l'ai pas sous la main).

Je ne l'ai pas lu le livre de Sadoul. Mais je te soumets cette idée qui me vient en lisant ce rappel de l'interdiction (légitime) de se pencher au-dehors (il ne faut pas non plus utiliser les toilettes pendant que le train est en marche, mais c'est une autre histoire). "Ce porc jerzy" et "Sporgersi" sonnent presque comme "potrzebie", un vocable étrange utilisé comme gimmick dans Mad (http://www.urbandictionary.com/define.php?term=potrzebie). Ca n'a rien à voir mais j'ai pensé qu'il fallait le signaler, le risque étant que personne n'établisse ce parallèle étonnant. Avoue que ce serait bête.

Mais il me semble que la Note répond à sa question.
Quand on lit les Rhaagnagna, on sent quand même qu'il était un peu épuisé dans son dessin et bien que je partage complètement l'avis sur R.A.B., je lui suis aussi reconnaissant de ne pas s'être forcé après les années 70 s'il se sentait aussi vidé d'idées.

Cela dit, quand il écrit, il a encore de beaux restes.

Excellente question, très joli hommage.On a peine à imaginer la pression engendrée par une intense production comme la sienne pendant les années Pilote. Si on s'arrête on ne remonte plus aussi facielement à bicyclette. Si on perd en cours de route un ami, (Alexis) on ne roule plus de la même façon.Le peloton s'étire, s'éloigne et on se retrouve derrière la voiture balai. Mais c'est pas triste.Et…
Mandryka, après une éclipse est toujours là.

En effet, je découvre grâce à vous et avec intérêt le site légumier de Mandryka, un auteur que j'avais un peu oublié. Mais le Concombre et Chourave, tout ça, les histoires de Glabougnots et de Berduleux, ça mérite toujours le détour... D'ailleurs, tiens, je rajoute ici des liens vers ces pages maraichères :

http://www.leconcombre.com
http://www.leconcombre.com/bax/new/letter-25.html

fan de Gotlib, je possede meme les premiers numéros de fluide glacial, que pour rien au monde
je n'échangerai.
très belle note.

Je sors de chez lui, et je peux te dire qu'il "pète la forme" :)
Concernant ta question-titre, tu pourras lire la réponse le mardi 18/04/2006 sur http://blogobulles.blog.20minutes.fr/

où peut on trouver les oeuvres complètes BD de Gottlieb? merci

Mon fils de 14 ans a lu tous mes Rubrique-à-brac et j'ai repris la cocc en avatar.Vive lui !

Je suis professeur et voudrais utiliser une planche de Gotlib pour une de mes séquences : "L'Art d'utiliser les restes" qui est parue dans le journal pilote de 1967 (le 388) et qui, du moins je l'espère, a été repris dans les dingodossiers mais je ne sais lequel. Pouvez-vous m'aider?

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