Tartufferies, clauses de cession et idées saines
Le rachat de la Socpresse est inquiétant, compte tenu des propos tenus par Serge Dassault sur le thème des "idées saines". Mais les démissions en cascade qui viennent d'être enregistrées dans le groupe ont-elles quelque chose à voir avec la déontologie journalistique ?
Ok, la cause est entendue : Serge Dassault est con. Et même doublement con. Con à cause de sa vision du monde incroyablement primaire, d’ailleurs assez sidérante compte tenu de la surface sociale du personnage (polytechnicien, patron d’un groupe industriel de taille mondiale à forte dimension technologique), mais également con pour ce désir d’étaler publiquement cette vision du monde. Un peu comme s’il avait choisi France Inter pour assurer fièrement la promotion de quelque habitude malsaine, quelque perversion en principe inavouable.
Bien entendu, un diplôme de l’école la plus sélect du royaume et la direction d’une entreprise majeure ne sont pas les gages d’une intelligence hors du commun. Juste la preuve que le système de reproduction des élites fonctionne toujours à plein régime. Mais l’on pouvait tout de même, naïvement, s’attendre à un tout petit peu plus de subtilité de la part du titulaire d’un tel CV. Las, il suffit de se souvenir de Marcel, le papa de Serge, pour se rendre compte de la forte compatibilité entre diplômes prestigieux, management de haut niveau et connerie insondable.
Pour ceux d’entre-vous qui n’auraient pas connu cette époque bénie où Marcel Dassault présidait encore aux destinées du groupe qui porte son nom rappelons que, lui aussi, avait le goût des idées saines et ne dédaignait pas de les exprimer par voie de presse. Mais il avait sans doute moins d’ambition que son rejeton dans ce domaine et préférait, pour propager son auguste pensée, s’acheter des pleines pages dans les quotidiens et y publier d'ahurissants dialogues sur le mode comico-socratique. Pertinemment titrées « Au café du commerce », ces causeries mettaient en scène deux Français de bonne volonté accoudés à un zinc et permettaient généralement de résoudre un problème de société en quelques répliques taillées au coin du bon sens (« Le chômage, voyez-vous cher ami, si tout le monde voulait bien travailler, ben y’en aurait plus »).
Rebaptisé Tonton Marcel par Le Canard, l’inventeur du Mirage (sic) avait également investi dans une série d’aventures communicantes (Jours de France, le magazine que l’on feuilletait chez le coiffeur de maman ; un quotidien de « bonnes nouvelles » dont j’ai oublié le nom et que je suis incapable de retrouver sur le net, seuls quelques numéros étant parus) et dans quelques productions cinématographiques d’anthologie (La Boum, La Boum II, La Boum III). On le voit, Serge a de qui de tenir, même s’il a préféré s’offrir le tiers de la presse française plutôt qu’une publication de salle d’attente pour marcher sur les traces de son paternel.
Pourtant, lorsque Dassault le jeune (re-sic) s’est retrouvé sous les feux de l’actualité, par la grâce de déclarations consternantes sur ses vérités politiques, j’ai trouvé certaines des conséquences de cette affaire plus intéressantes que la nature des propos tenus. N’importe quel commentateur en herbe, en effet, devrait être capable de s’indigner avec compétence en apprenant que notre marchand d'armes préféré avait l’intention d’utiliser Le Figaro ou Le Progrès de Lyon comme porte-voix de ses idées sur les dangers de la gauche. Et tout ou presque a déjà été exprimé sur le sujet.
Mais quel regard porter sur l’annonce de la démission programmée (dans le cadre de la « clause de cession ») de quelque 10% des journalistes de la Socpresse, démission dont on nous dit qu’elle serait liée aux craintes de ces champions de l’indépendance des médias face à l’irruption de l’affreux bonhomme ?
La clause de cession, tout le monde ne le sait pas, est un dispositif légal permettant à un journaliste de démissionner en cas de rachat de son journal (ou de l’entreprise qui publie le journal). Complément de la « clause de conscience », dont elle découle logiquement, elle permet au journaliste de ne pas se plier à un changement de ligne éditoriale ou à une transformation idéologique de son titre à laquelle il ne souscrirait pas. Dérogatoire du droit commun du travail, elle autorise en outre le journaliste démissionnaire à percevoir les mêmes allocations chômage qu’un salarié licencié et impose, c’est un point majeur, à l’entreprise de lui verser une indemnité égale à un mois de salaire par année d’ancienneté.
Ainsi, si Alternatives Economiques était rachetée par Les Echos pour être transformée en mouthpiece des gnomes de Zurich, les journalistes du magazine de l’horreur économique auraient la possibilité de s’en aller avec des indemnités et de s’inscrire aux ASSEDIC. Mais ils pourraient faire de même si leur titre était repris par Le Monde Diplomatique, le journaliste n’ayant pas à justifier sa décision en cas de modification du capital du journal. Signalons d’ailleurs que des exigences de justification existent en cas de recours à la clause de conscience proprement dite (sans modification du capital de l’entreprise). C’est ainsi que la métamorphose, il y a quelques années, de Voici, passant du statut de journal pour mémères (patrons et recettes de cuisine) à celui de feuille de ragots, avait conduit à une bataille juridique de longue haleine entre Axel Ganz (Prisma Presse) et ses journalistes.
Mais dans le cas des journalistes de la Socpresse, ce qui m’intrigue, c’est l’idée que des gens ayant œuvré si longtemps au succès des journaux de Robert Hersant, puissent, tout d’un coup, se déclarer choqués par l’arrivée d’un type comme Dassault à la tête de leur maison.
Là encore, un petit rappel historique s’impose pour ceux de mes lecteurs qui, trop jeunes, pourraient ne pas savoir grand chose d’un homme qui, après avoir flirté avec la collaboration, entrepris un beau jour de mettre la presse régionale en coupe réglée, rachetant et rationalisant à tour de bras afin de constituer l’empire désormais détenu par le beau Serge. J’ai moi-même eu l’insigne honneur de débuter dans la carrière dans l’un de ces titres régionaux récupérés par Hersant, dans la foulée de la fusion de deux quotidiens que tout opposait politiquement (dans une opération réminiscente, à l’échelle locale, de l’affaire Figaro-Aurore). D’où mon grand étonnement, en entendant certains maréchaux de l’ancien empire du Papivore s’interroger sur les couleuvres qu’ils pourraient avoir à avaler par la faute de Dassault, couleuvres aujourd’hui totalement indigestes.
268 journalistes, donc, sur les 2 748 qu’emploie le groupe, seraient déterminés à aller voir ailleurs après avoir réalisé que Dassault était, horresco referens, « de droite ». Mais combien d’entre eux, pour ne parler que des déontologues du Figaro et de ses satellites, ont accepté sans rechigner de travailler sous Max Clos, Jean de Belot, Louis Pauwels, Yves de Chaisemartin, Michel Nozières, etc. ?
Combien d’entre eux ont accepté, du côté de la presse quotidienne régionale, de participer à l’affadissement progressif de leurs titres sous la période Hersant, voire à la mise au service des élus locaux, lorsqu’ils étaient du même bord que notre ami Serge, de leurs éditoriaux et commentaires « économiques » et « politiques » ?
Je lis dans Le Monde que le directeur de la rédaction du Progrès se poserait ainsi, à 57 ans, et après des années de bons et loyaux services, des questions sur « son avenir professionnel ». Je lis aussi que la plupart des journalistes qui pourraient eux aussi décider de fausser compagnie à leur nouveau patron, sont généralement proches de la retraite et ont derrière eux une carrière relativement longue dans leurs journaux respectifs.
Je ne vais pas attaquer le principe de la clause de cession, une mesure qui, lorsqu’elle est justifiée, peut permettre à des journalistes de préserver une certaine indépendance. Je ne vais pas non plus faire un procès d’intention à chacun de ces 268 journalistes qui, pour des raisons que je ne connais pas, vont quitter le groupe. Mais je suis sincèrement époustouflé par la transformation de ce qui n’est sans doute qu’un simple effet d’aubaine en geste noble et audacieux.
Un journaliste « senior », qu’il soit membre de l’encadrement ou pas, proche de la retraite, et qui se voit donner l’opportunité d’aller se consacrer à ses passions personnelles avec un viatique dépassant souvent les 150 000 euros serait stupide s’il ne considérait pas un instant cette proposition (le principe du mois de salaire par année de présence est plafonné à 15 ans, mais une commission arbitrale ad-hoc se réunit pour calculer les montants dus pour les années supplémentaires). De fait, un rachat est tout simplement la meilleure chose qui puisse arriver au titulaire d’un carte de presse au soir de sa carrière.
Un principe qui vaut d’ailleurs pour un journaliste beaucoup plus jeune, pour peu que son ancienneté dans l’entreprise au moment de la transaction soit relativement importante. Pour reprendre mon propre exemple, et en dépit de mon jeune âge relatif, c’est la reprise du groupe de presse qui m’employait depuis quelques années par un plus gros poisson qui m’a permis, un beau jour, de m’équiper en clin d’œil de l’apport personnel dont j’avais besoin pour m’acheter un appartement. Je peux assurer qu’à ce moment, les différences idéologiques entre racheté et racheteur étaient proches de zéro et que ma décision, comme celle de la plupart de mes confrères ayant eu la même attitude, était plus immobilière que déontologique.
Dassault est con, on l’a vu. Et il est authentiquement de droite. Mais Hersant, qui l’était encore plus (car c’est possible), n’était pas malheureusement pas con, ce qui le rendait bien plus dangereux (ou au moins autant). Et à ceux qui, des années durant, ont propagé les idées saines de ce dernier sans sourciller mais qui décident aujourd’hui, la main sur le cœur, qu’ils n’en peuvent vraiment plus, je recommande la lecture d’une pièce de Molière qui semble avoir été écrite pour eux. C’est le moment ou jamais, maintenant qu’ils vont avoir du temps pour lire.
© Commentaires et vaticinations

Donc, resumons: des entrées, des sorties, des trahisons, des alliances, au milieu:un Figaro et, pourquoi pas, allez pourquoi pas, carrément, comme ça, allez, allons-y, histoire de redonner un petit coup de fouet aux traditions natalistes nationales : des noces.
Bon.
Y'a surement moyen de monter un bon opéra bouffe avec tout ça... et puis en plus, il est un avantage non négligeable sur scène, c'est que quand on se deplace vers la droite, le public lui nous voit glisser vers la gauche.
Bien pratique ça quand même...
Rédigé par: ACcroc | le lundi 20 décembre 2004 à 15:01
Désolé mais je n'ai rien compris à votre commentaire. Je l'ai relu deux fois : mais non, rien à faire.
Rédigé par: Hugues | le lundi 20 décembre 2004 à 15:47
Les Noces de Figaro?
Beaumarchais?... Mozart?
Non?
Côté cour?... non... Jardin alors?...
Non plus.
Bon.
Je crois que le temps est venu pour moi de continuer à être belle et me taire.
Surtout.
Bien penser à se taire.
Rédigé par: ACcRoc | le lundi 20 décembre 2004 à 16:36
On peut être pour ou contre les idées de Dassault, mais je ne comprends pas très bien ce qu'on lui reproche dans cette histoire de la Socpresse: Qu'y a-t-il de mal à racheter ou créer un journal pour diffuser ses idées, quelles qu'elles fussent (de droite de gauche, intelligentes ou stupides...)?
Rédigé par: etienne | le mercredi 22 décembre 2004 à 11:35
au niveau du progrés de Lyon,il est sur que nombre de gens veulletn se barrer pour les raisons que tu décris et aussi parce que ce canrad est en train de mourir, faute de se renouveller.
Rédigé par: romain blachier | le mercredi 22 décembre 2004 à 17:51
Etienne,
Le problème, c'est que la presse est censée être indépendante du pouvoir politique ou commercial. Dassault est un industriel qui vit des commandes publiques (armement), il a donc intérêt à être proche du pouvoir et le pouvoir a intérêt à être proche de lui.
Mais ce n'est pas tout. En France, la presse quotidienne est désormais contrôlée à 70% par les deux principaux groupes d'armement du pays (Hachette et Dassault). Et la principale chaîne de télé (TF1) est contrôlée par un groupe de travaux publics (Bouygues) qui est également dépendant des commandes d'Etat (infrastructures routières, bâtiments publics...). C'est une situation unique au monde.
Romain,
Il est possible que des journalistes quittent Le Progrès pour d'autres raisons que le fric de la clause de cession, mais mon point reste valide : que faisaient-ils sous l'occup... Heu, sous Hersant ?
Rédigé par: Hugues | le mercredi 22 décembre 2004 à 18:56
Ce qui est amusant avec la langue française et la force de l'écriture, c'est que tu auras beau écrire la note la plus brillante et la mieux argumentée, à la fin de la lecture, quand on prend un peu de recul, on retient surtout l'excès de langage. Résultat atteint, pour moi, maintenant, je retiens que tu penses que Serge Dassault est un con. Bien joué...
Rédigé par: Cyrille 20/20 | le jeudi 23 décembre 2004 à 17:11
Heu... Oui, mais il faut aussi retenir qu'un certain nombre de journalistes de la Socpresse sont des tartuffes. Autrement ça marche pas. Vois-tu, petit scarabée, parfois, il faut retenir DEUX idées !
Rédigé par: Hugues | le jeudi 23 décembre 2004 à 19:50
Sans trop vouloir défendre les Tartuffes, Hersant avait un passé pire mais il laissait paraît-il pas mal d'indépendance à ses journaux. Il était plus à droite que Dassault mais aussi moins interventionniste (il a même acheté des journaux socialistes sans trop les transformer), ce qui justifie la méfiance des journalistes.
[Cela dit, je dis cela par ouï-dire, si ça se trouve, Hersant était tout aussi interventionniste, et Raymond Aron n'a pas voulu s'y compromettre].
Rédigé par: Phersu | le samedi 25 décembre 2004 à 15:52
J'ai justement (partiellement) vécu la prise en main par Hersant de l'un de ces journaux socialistes de province. Dans ce processus, la transformation du journal ne passait pas par la modification du contenu politique mais par la disparition progressive de tout contenu, politique ou autre.
Dans le Nord, la Socpresse de Hersant avait racheté deux titres : Nord Eclair (plutôt de droite) et Nord Matin (clairement socialiste). Petit à petit, les rédactions locales de Nord Matin ont laissé place à celles de Nord Eclair. Les pages "région", "France" et "International" de Nord Matin ont aussi été supprimées au profit de celles de l'autre canard, puis le sport, la culture, etc. Bref, au bout du bout, Nord Matin, "le journal de la démocratie socialiste", n'était plus qu'un logo sur la Une d'une partie du tirage de Nord Eclair. Aujourd'hui, Nord Matin n'existe plus, la Socpresse contrôle aussi La Voix du Nord (l'autre grand quotidien de droite du coin), ainsi que les titres des zones limitrophes et de la Belgique voisine. Pour le pluralisme, on fera mieux.
Mais un genre différent, on peut aussi citer le rachat par Le Provençal (proche du PS), du temps de Gaston Defferre, du Méridional (très à droite). "Gastounet", l'ancien maire de Marseille qui avait pris le contrôle du Provençal à la Libération, était, lui, suffisamment "pluraliste" pour laisser la rédaction en chef du Méridional à un élu du FN condamné pour incitation à la haine raciale après un édito resté célèbre du côté du Vieux-Port (Gabriel Domenech, une crapule aujourd'hui disparue, y dénonçait "les violeurs et syphilitiques algériens" qui venaient s'en prendre aux femmes des Français). Les deux journaux ont ensuite été fusionnés pour devenir La Provence, un journal sans le moindre intérêt et dont le tirage est inférieur au tirage cumulé des deux titres avant fusion (La Provence appartient désormais au groupe Hachette).
En tout état de cause, la PQR en France a été progressivement transformée en une collection de titres sans saveur et sans objet par les efforts conjoints de Hersant, de Hachette et de quelques potentats locaux qui avaient évidemment intérêt à contrôler l'info locale (Defferre hier, mais Jean-Michel Baylet aujourd'hui).
Dassault n'est qu'une nouvelle péripétie dans un processus de longue haleine, d'où mon regard assez peu confraternel sur cette avalanche de clauses de cession. Ouf.
Rédigé par: Hugues | le dimanche 26 décembre 2004 à 13:25
Bien entendu, en cas de rachat, la clause de cession entraîne immédiatement un calcul simple pour tous les journalistes salariés : nombre d'années d'ancienneté x salaire mensuel brut en net. Le chiffre obtenu a souvent de quoi faire réfléchir les cinquantenaires ayant 15, 20 ou 30 ans de maison, ainsi que certains trentenaires et autres quarantenaires ayant quelques années d'ancienneté et plein de projets...
Ceci dit, on pourrait également imaginer, que le projet du repreneur soit suffisamment motivant et ambitieux pour que les journalistes (qui pour beaucoup sont attachés à leut titre et à leur métier) aient envie de rester malgré la perspective d'un gros chèque. Cette situation serait assurément la préférée de la majorité des journalistes (la tienne y compris, je te connais, mon semblable, mon frère). Ce n'est évidemment pas le cas avec Dassault, il a clairement annoncé la couleur.
La question est donc : une autre situation est-elle possible ?
J'ajouterai, et c'est ma deuxième idée, que tu as omis de souligner une originalité pourtant remarquable du personnage : Dassault est aujourd'hui le seul citoyen français à croire qu'avec Chirac à l'Elysée, Raffarin à Matignon, un gouvernement 100% UMP, une majorité UMP à l'Assemblée Nationale et au Sénat, la gauche est encore au pouvoir en France. Il l'a lui-même affirmé sur France Inter. C'est sans doute ce que pense aussi Le Pen...
Rédigé par: Franck K. | le mercredi 29 décembre 2004 à 22:26
La clause de cession constitue un privilège censer palier le "faible" niveau de rémunération moyen. C'est exactement la même logique pour l'abattement fiscal...
La "conscience" ne pèse pas bien lourd dans ce savant mécanisme de compensation. Et cela depuis bien longtemps...
Rédigé par: RH | le jeudi 30 décembre 2004 à 10:34
Franck,
Bien entendu, il est toujours possible d'imaginer que le rachat d'un journal soit une chose positive et que des journalistes aient envie de rester. Mais le marché du travail étant ce qu'il est chez nous, les journalistes qui ne démissionnent pas lors d'une cession sont souvent des gens qui n'ont pas une ancienneté suffisante pour que le risque de se retrouver en carafe puisse être pris de manière raisonnable.
En France, et ce n'est vraiment pas le cas de tous les pays, il n'y a d'ailleurs pas de "marché du travail" proprement dit pour les journalistes. L'idée de marché sous-tend que l'information puisse circuler entre les parties, pour leur plus grand profit réciproque, comme dans le cadre d'un appel d'offre industriel. Mais les recrutements passent généralement par contact direct, rarement par annonce. Ce qui signifie qu'un jeune journaliste de province, même brillant, n'a à peu près aucune chance d'intégrer une rédaction parisienne.
Les journaux se privent de talents et les nouveaux talents ne se développent pas. D'où la très faible mobilité des journalistes français, qui s'installent dans un poste pour la vie (et y attendent tranquillement d'être racheté par Dassault, à quelques mois de la retraite).
En Angleterre, par contre, le marché est extrêmement fluide et les journalistes qui ne sont pas heureux quelque part n'hésitent pas à changer d'air. Tous les journaux recrutent par annonce, y compris les grands quotidiens nationaux, les radios, les télés (publiques ou privées), les agences, etc. A mon humble avis, l'opacité française n'est pas le terreau idéal d'une presse de qualité.
Et pour finir sur la vision du monde de Dassault. D'accord avec toi : il est effectivement con. Triplement si tu préfères.
RH,
Franchement, la clause de cession n'a rien à voir avec les arguments en faveur des privilèges fiscaux des journalistes -- privilèges sur lesquels j'ai bien l'intention de vaticiner dans un proche avenir...
Rédigé par: Hugues | le jeudi 30 décembre 2004 à 16:40
Contrairement à ce que vous semblez croire, la clause de cession des journalistes n'a rien à voir avec la nature de l'employeur. Elle a été instituée pour éviter que, tels les écuries de gladiateurs, les journalistes soient vendus avec le titre et qu'éventuellement, leur présence en valorise le prix. Dans les années vingt, des financiers achetaient de petits titres pour pas un rond, embauchaient des "grandes signatures" et revendaient le tout en se faisant un bénéfice monstre. La clause de cession a mis fin à ce manège.
Par ailleurs, il ne faut pas être grand financier pour comprendre que les employeurs ont un intérêt énorme à la clause de cession (au point de menacer des journalistes qui ne la prennent pas) car elle leur permet de dégraisser sans mal et surtout sans formalités ni contrôle, pour embaucher à vil prix des jeunes ou ne pas remplacer les partants car, contrairement aux licenciements, il n'y a pas d'obligations en la matière.
Jean Baruch.
Responsable des questions juridiques au Syndicat national des journalistes.
Rédigé par: Jean Baruch | le vendredi 11 mars 2005 à 09:15
Contrairement à ce que vous semblez croire, et comme je l'ai indiqué plus haut, j'ai une assez bonne expérience du fonctionnement de la clause de cession pour l'avoir moi-même exercée.
En tout état de cause, mon papier n'a pas été rédigé dans le but d'attaquer le principe de la clause de cession mais plutôt l'hypocrisie manifeste de certains journalistes entretenant le flou entre clause de cession et clause de conscience pour justifier leur départ du groupe "Hersant".
Mais je me permets tout de même de relever une petite contradiction dans vos arguments : je vois mal, en effet, comment la clause de cession peut à la fois empêcher les repreneurs de profiter de ces journalistes qui "font la valeur du titre" tout en leur permettant de se débarrasser des mêmes pour les remplacer par des jeunes "à vil prix"...
Rédigé par: Hugues | le vendredi 11 mars 2005 à 09:27
je cherche une photo de Axel GANZ...Avez-vous une photo à m'envoyer ???
Merci !
F
Rédigé par: zantman | le vendredi 28 avril 2006 à 05:51