Les blogueurs qui ne se limitent pas à la mise en ligne de leurs photos de famille écrivent parfois des choses intéressantes. Et lorsque ces « choses intéressantes » le sont suffisamment pour être publiées sur du papier, elles valent la peine d’être signalées… sur le web.
J’ai toujours eu envie d’écrire. Ecrire des livres s’entend. Tout gosse, à l’âge où l’on envisage souvent de devenir pompier, flic ou gardien de square, j’avais déjà cette idée en tête. Et plus tard, au moment où l’on se projette davantage en rock star qu’en fonctionnaire à uniforme, je restais obstinément focalisé sur cette idée – aussi déterminé à vivre de ma plume et de mon imagination qu’un candidat à la Star’Ac à vivre de son potentiel marketing.
Mais, à l’instar de ces milliers d’aspirants à la gloire télévisuelle impitoyablement recalés par les sélectionneurs de TF1, je ne suis pas devenu écrivain. Et je ne peux d’ailleurs m’en prendre qu’à moi-même, aucun responsable de casting ne s’étant cruellement dressé entre moi et mon rêve. Bon, je vis quand même de ma plume, ou au moins de mon clavier, puisque je suis devenu journaliste. Mais pour rester dans l’analogie Star’Ac-ienne, ce réajustement à la baisse de mes ambitions est probablement comparable à la transformation d’une ex-future vedette de variétés en animateur de promotions Justin Bridou chez Carrefour. Il y a bien un micro, du public, de la lumière mais, comment dire, ce n’est pas exactement la même chose…
Pour autant, et c’est là que va s’arrêter cette analogie qui m'agace déjà, ce désir d’écriture n’a jamais coïncidé, dans mon esprit, avec argent facile ou notoriété. Une certaine reconnaissance, peut-être, mais sans plus. Non, ce qui me tentait, et continue d’ailleurs de me tenter, c’est le sentiment de liberté tous azimuts que j’associe à l’existence de l’écrivain (il va sans dire que nous parlons ici de l’écrivain à succès, le lifestyle de l’écrivain maudit et famélique étant évidemment moins enthousiasmant). Liberté d’expression, liberté de ton, liberté de vie et de mort sur des personnages librement créés, liberté économique (nous parlons d’un écrivain à succès, vous dis-je !), liberté d’emploi du temps, liberté vestimentaire… Tout un tas de libertés engendrées par sa seule capacité à inventer et à raconter des histoires.
Le journaliste, c’est vrai, écrit aussi. Il écrit même parfois à peu près ce qu’il veut, y compris lorsqu’il est censé s’en tenir aux faits : la France n’est pas exactement le royaume de la rigueur médiatique et l’écrivain rentré qui somnole en moi s’autorise parfois quelques écarts sans conséquences. Mais le journaliste ne bénéficie d’aucune des autres libertés de l’écrivain et n’atteint l’aisance économique qu’au prix d’immenses sacrifices, l’intérêt des sujets qu’il traite étant, généralement, inversement proportionnel au niveau de son compte en banque.
A ce stade, Il est légitime de se demander pourquoi ce malheureux, écrivain par vocation, journaliste par nécessité, n’abandonne pas la promotion du saucisson (bon sang, l’analogie est de retour) pour mettre, enfin, son imagination au travail. La question est légitime mais elle est sans réponse. Vraiment. Sans réponse. Depuis toujours, je commence des choses que je ne termine pas. J’ai des idées, d’excellentes idées même, je crois, mais je ne les exploite pas. Je rédige vite – ce qui est la moindre des choses pour quelqu’un qui gagne sa vie de cette façon – mais je n’écris rien. Mon style est à peu près potable (là encore, je suis payé pour ça), mais je n’en fais rien. Je suis velléitaire. C’est comme ça.
Evidemment, je peux toujours me dire que, si je me mettais un jour à écrire sérieusement, je n’aurais aucune certitude d’être publié. Et si j’étais publié, quelle chance aurais-je de vendre suffisamment pour vivre de mon art ? Et pour vivre « bien » ? Et pour envoyer mes gosses au ski ? Et pour acheter un frigo américain qui fait des glaçons ?
Bon, on l’aura compris, entre mon absence de volonté et ma recherche de confort matériel, le risque existe, pour moi, de terminer mon existence au rayon charcuterie (c’est la dernière fois, promis). Et pourtant, et pourtant… Les choses ont bien failli changer il n’y pas si longtemps, à la faveur de l’une de ces restructurations dont les entreprises qui se vendent à des fonds d’investissements ont le secret. Licencié, donc, et encouragé à prélever chaque mois 57% de mon salaire antérieur sur une manne financière courageusement accumulée par mes frères encore structurés, j’avais enfin le temps de me consacrer à la muse. Et que croyez-vous qu’il arrivât ? Et bien rien, nibe, nada, queud’…Pas une ligne.
J’ai fait comme tout le monde dans cette situation. J’ai traîné ma boîte aux prud’hommes et j’ai cherché un nouveau job. Et une fois ce job trouvé, j’ai recommencé à me dire que, merde, putain, quel gaspillage d’opportunité… Quel manque de capacité à se saisir du temps perdu qui, comme le chantait si bien Bernie dans Antisocial, ne se rattrape plus.
La raison de ces épanchements, ici et aujourd’hui, n’est certainement pas due à un soudain coup de blues propédeutique au week-end. La fin de semaine s’annonce bien, merci, et mon horoscope me promet même une bonne surprise pour dimanche – c’est dire. Non, le départ de cette note, en fait, c’est la parution du livre de Christie, la Christie de « Sans moi », sur ses années à Jouy-en-Josas (Mes années HEC).
Pour les non-initiés, signalons donc que Jouy-en-Josas est le patelin de la banlieue parisienne où se trouve HEC et que Christie (ancienne élève, fille d’ancien élève, fille d’ancienne élève et épouse d’ancien élève) a décidé de narrer sur papier son passage par la « fameuse » école de commerce. Or, il se trouve que je connais cette Christie et que, en dépit de mes préventions à l’égard de son alma mater, je suis assez épaté par sa capacité à mener à bien les objectifs qu’elle se fixe, au moins au plan de l’écriture.
Modérément attirée par une carrière chez Procter & Gamble, elle a en effet préféré, une fois son diplôme obtenu, se mettre à écrire des bouquins de management en collaboration avec, justement, des gens ayant choisi la lessive comme gagne-pain. Ce filon épuisé, elle s’est ensuite lancée dans la rédaction rémunérée des mémoires de quiconque voulait bien lui confier les siennes. Cette excellente initiative, proche d’un projet que j’avais moi-même envisagé au cours de ma période d’inactivité forcée, est d’ailleurs un succès. Modeste certes, mais un succès tout de même.
Mais le livre qu’elle publie aujourd’hui, plus personnel, est une nouvelle étape dans un parcours réellement intéressant – dont les biographies de petits vieux et les énoncés des « Dix règles d’or de l’entretien d’évaluation des salariés » ne sont sans doute que les prémices. Je dois cependant avouer ne pas encore avoir lu l’ouvrage en question, n’ayant appris sa parution qu’hier ; mais j’ai la ferme intention d’en faire l’acquisition rapide.
Au final, je lui souhaite bon vent et je ne désespère pas, un jour, pourquoi pas, de lui voir annoncer sur son propre blog la parution de mon premier livre. Après tout, un type qui s’est arrêté de fumer et se prépare, cinq jours par semaine, à courir le marathon, a peut-être plus de ressources qu’il ne le croit lui-même. Même s’il n’est pas passé par HEC. Surtout s’il n’est pas passé par HEC.
© Commentaires et vaticinations
Der Wille zur Macht, mein Freund !
Rédigé par: sk†ns | vendredi 14 janvier 2005 à 17:04
Natürlich.
Rédigé par: Hugues | vendredi 14 janvier 2005 à 17:09
Yo tanbien!
Rédigé par: 20/20 | vendredi 14 janvier 2005 à 17:42
hmm, en fait les filons ne s'épuisent pas, ils se nourrissent les uns les autres.. j'ai toujours voulu écrire pour moi, et toujours aimé rencontré les gens de manière privilégiée : c'est cela que je peux faire grâce à mes métiers.
Depuis 10 jours j'éprouve "c'est si ingrat de sortir un livre, deux ans de boulot très seul pour.. quoi ?" alors que les rencontres avec les clients, ce que tu leur as apporté, ce qu'ils t'ont apporté, les engueulades, les éblouissements, l'envie de recommencer un autre livre avec eux ou de m'enfuir à toutes jambes, ça je le garde pour toujours.
Et tu pourras demander à mon comptable, ce job est tout sauf alimentaire !
Faut vraiment qu'on déjeune un de ces 4.. en plus j'adore le quartier où tu travailles, il me manque à vrai dire.
Rédigé par: sans moi | vendredi 14 janvier 2005 à 17:51
putain je comprends rien... agatha christie a fait HEC ?
Rédigé par: Monsieur Caca | vendredi 14 janvier 2005 à 18:12
Mais non, Monsieur Caca, c'est celle du film "La dernière tentation de Christie"
Rédigé par: Hugues | vendredi 14 janvier 2005 à 18:19
Christie,
Mon quartier est super pour la bouffe, c'est vrai. J'ai deux McDo, une Croissanterie, un Pizza Hut et un Quick à moins de 5 mn ! On dira ce qu'on voudra, la France est restée le pays de la gastronomie. Viens donc un de ces jours, je te paye un sandwich au surimi véritable avec mes tickets restaurant.
Rédigé par: Hugues | vendredi 14 janvier 2005 à 18:29
il y a aussi à deux pas un super resto italien dont tu me donneras des nouvelles..
Rédigé par: sans moi | vendredi 14 janvier 2005 à 18:32
qui a eu l'idée saugrenue d'inventer un sandwich au tsunami ? aucun respect.
Rédigé par: Monsieur Caca | vendredi 14 janvier 2005 à 18:37
Hugues, tu sais parler aux dames…
Sinon, quelle xénophobie alimentaire !
Rédigé par: sk†ns | vendredi 14 janvier 2005 à 19:52
Un bon truc pour l'entraînement au « marathon » : imagine une horde de « fascistes skinheads anti-macaque » à tes trousses. Tu devrais avancer, et longtemps.
Rédigé par: sk†ns | vendredi 14 janvier 2005 à 19:57
Sk†ns,
Pour la bouffe, Mc Do est américain, Quick est Belge, Pizza Hut est, hum, italien (enfin presque) et la Croissanterie est française. Donc pas d'anti-macaquisme alimentaire dans ce commentaire, juste de l'anti bouffe pas bonne (et qui ne te rendra même pas la monnaie sur les tickets restos).
Sur le second point, je préfère affronter cette horde de brutes avinées. Si je me mets à courir, je ne leur laisse vraiment aucune chance et je suis justement pour l'égalité des chances.
Rédigé par: Hugues | vendredi 14 janvier 2005 à 21:07
les blogueurs qui ont du talent perceront sans doute, le blog n'est jamais qu'un moyen. mais par-ce que la blogosphère est une "communauté", on pourrait attendre de ceux-ci qu'ils se regroupent vers un webzine-blogfanzine collectif.
j'ai tendu une perche dans l'web à ce sujet "at home"... Il serait surprenant que rien de plus ne se fasse... Mais les premiers blogueurs français vont prochainement être édités, l'élan pourrait venir... Quoi que Max (star)académicien du blog, c'est moyen...
Rédigé par: nico | dimanche 30 janvier 2005 à 23:01
Je préfère effectivement éviter d'être candidat à une staracadémisation de mon blog...
Rédigé par: Hugues | lundi 31 janvier 2005 à 10:11