François Hollande vient de mettre la gauche authentique en pétard en rappelant qu’il ne serait pas raisonnable, de la part d’un élu socialiste, d’offrir sa signature à un autre candidat que celui du PS. Franchement, quelle outrecuidance !
Alors comme ça, l’inquiétude de l’état-major socialiste ne serait pas fondée, l’évocation d’un « 21 avril-bis » par François Hollande n’étant qu’une manœuvre visant à conforter la mainmise social-traître sur un peuple de gauche aussi naïf qu’innocent... Et la multiplication du nombre de candidats trotskistes, écologistes, altermondialistes, communistes, gaucho-souverainistes ou communautaristes n’étant que l’expression d’une saine vitalité politique, la volonté hégémonique du PS serait, en l’espèce, manifeste...
Au-delà du risque, tout à fait réel, d’une réédition du fameux premier tour de 2002 ― les mêmes causes produisant les mêmes effets ―, j’ai du mal à comprendre la logique (la dialectique ?) de nos camarades orthodoxes. Car enfin, soyons cohérents : soit le PS est une organisation définitivement acquise à la cause du libéralisme européo-mondialiste, auquel cas il est impensable d’aller chercher l’appui de ses représentants, soit il est effectivement le seul moyen, pour la gauche, de remporter l’élection en 2007 et il serait absurde de lui mettre des bâtons dans les roues (avec ou sans le paraphe de ses élus les plus œcuméniques).
Mais bon, la cohérence n’est pas le fort de la vingtaine de groupuscules se disputant, en France, l’héritage du vieux Léon et s’écharpant sur des arguties que même un pinailleur comme moi a renoncé à comprendre. Quoi qu’il en soit, les défenseurs des valeurs vraies de la vraie gauche exigent du PS qu’il les aide à grappiller le maximum de voix lors du premier tour, aux seules fins de peser sur lui dans l’éventualité d’un second tour qui ne réunirait pas Sarkozy et Le Pen. Intéressante construction théorique... Du coup, même François Hollande, que l’on savait pourtant bien disposé à l’égard des facteurs joufflus, décide de remettre les pendules à l’heure en suggérant qu’un élu socialiste choisissant d’accorder sa signature à tel ou tel avocat d’une sortie rapide de l’enfer capitaliste n’a plus grand-chose à faire rue de Solferino.
Ceci posé, on voit mal ce que reprochent encore les orthodoxes à un PS ayant multiplié les signes d’allégeance à leur vision du sens de l’Histoire au cours des derniers mois. Quels que soient les thèmes abordés, les sujets évoqués (ou les Ségolène écartées), les éléphants n’ont jamais été aussi en phase avec les gardiens du Temple. Tenez, sur l’immigration, par exemple : DSK a beau répéter que, non, bien évidemment, soyons sérieux, il n’est pas question d’ouvrir toutes grandes les portes du pays au vaste monde, le nouveau catéchisme nous enseigne que les barrières et les expulsions ne sont jamais légitimes. N’étant pas, moi-même, hostile à l’immigration en soi, j’attends tout de même que l’on m’explique comment réguler si les contrôles à l’entrée et les critères de régularisation sont forcément l’expression d’un vichysme larvé.
L’Europe est, elle aussi, définitivement passée par profits et pertes, le PS ne ratant plus la moindre occasion de battre sa coulpe et d’expliquer à quel point il s’était fourvoyé au moment du référendum ― seul Fabius ayant su conserver le cap. Et d’ailleurs, la recherche du fameux plan B semble avoir été fructueuse, un embryon de directive fondé sur notre expérience du service public ayant été déjà soumis à la Commission par le groupe des socialistes français au parlement européen : clairement, l’aboutissement du projet communautaire passera par la mise aux dimensions hexagonales d'un continent tout entier... Valmy, Jemappes, here we go again!
Renationalisation d’EDF, SMIC à 1 500 euros, résurrection du dirigisme industriel, distribution massive d’argent de poche aux jeunes en lieu et place d'un emploi, remplacement de tous les fonctionnaires partant en retraite, retour sur la réforme des retraites, aveu public de détestation des « riches » par l’ami François... Franchement, que manque-t-il encore aux électeurs des Taubira et autres Besancenot ne cherchant pas véritablement la fin du monde tel que nous le connaissons mais, au minimum, une version un peu plus solidaire de la société des hommes, pour voter pour le candidat PS et que l’on n'en parle plus ?
De toute façon, aucun des éléments du projet (qui n’est pas un programme, ne manquons jamais de le rappeler) récemment publié ne sera véritablement mis en œuvre. Renationaliser EDF dans un contexte de déficit abyssal n’aurait aucun sens, pas plus que de remplacer, au nom du dogme, tous les fonctionnaires des administrations centrales dont les fonctions ont été rendues caduques par les modifications de méthodes de travail. En outre, la démographie étant ce qu’elle est, oui les gens travailleront plus longtemps s’ils veulent, au minimum, préserver leur niveau de vie. Quant à « l’Europe française », seuls le dernier carré des gaullistes historiques et José Bové y croient encore...
Il en va de la présence d’un candidat de gauche au second tour (et de sa victoire sur Nicolas Sarkozy) comme du Loto : pour gagner, il faut tenter sa chance, ergo, passer le cap du premier tour. La présence massive de révolutionnaires professionnels se fichant éperdument de cet enjeu, partageant avec l’extrême-droite leur haine du système et leur soif d’en découdre, était déjà terrible. Qu’ils soient capables de nous entraîner dans leur délire est carrément tragique. D’où l’importance de soutenir l’ami Hollande lorsqu’il se mêle d’avoir une colonne vertébrale et se souvient de ce que sont les priorités d'une élection.
© Commentaires & vaticinations
Serait-ce donc la seule leçon que la fraise Tagada aurait retenu de la campagne de 2002? Il ne faut pas jouer avec les parainages.
Car peut-être faudrait-il rappeler au premier secrétaire que le PS, par les consignes de parainages données alors aux élus maires du PS, n'est pas pour rien dans la présence de Taubira et même de Besancenot dans la liste des "dissidents" de gauche qui auraient, selon l'analyse primaire effectuée rue de Solférino au soir du 21 avril 2002, empêché ce pauvre Lionel de concourir au second tour. Taubira pour mettre des batons dans les roues du Che, et Besancenot dans celle de Hue.
Et quelle étrange conception de la démocratie! Il existe une règle pour se présenter: recueillir 500 parainages. Les maires, tout élu PS qu'ils soient, élus sans doute au passage par des électeurs de sensibilité multiples, et non pas fonctionnaires du parti, et encore moins caporaux de monsieur le premier secrétaire, sont des citoyens libres de choisir à quel candidat offrir leur parainage.
Et revoilà la réthorique du vote utile. Parce que bien évidemment, il y a donc des votes inutiles. Donc des électeurs qui feraient mieux de s'abstenir. Tiens, si tous les électeurs qui ne votent pas PS s'abstenaient, et bien le candidat PS serait élu, avec uniquement des votes utiles...
Que le PS travaille à un programme commun avec toutes les sensibilités de gauche qui le désirent, le PC, les radicaux et les républicains au moins, et les autres candidatures s'effaceront d'elles même. Que le PS convainque l'électorat que son programme est le meilleur, que son candidat est le plus apte à diriger la France, et il n'y aura plus de problème de vote utile ou pas. Que le PS suscite un vote d'adhésion, et ce genre de déclaration n'aura plus aucune justification, si tant est qu'elle en ait eu une un jour.
Rédigé par: Krysztoff | mercredi 09 août 2006 at 18:47
Salut Hugues. Sans être franchement hostile à ton billet, permets-moi quand même de relever que ton gros bon sens flirte souvent avec la mauvaise foi (et d'ailleurs tu en es bien conscient, mon cochon). Tu nous dis: "soit le PS est une organisation définitivement acquise à la cause du libéralisme européo-mondialiste, (...) soit il est effectivement le seul moyen, pour la gauche, de remporter l’élection en 2007". Voilà l'exemple-type de ce qu'on appelle une fausse dichotomie: les deux choses peuvent être vraies simultanément (et c'est d'ailleurs un peu mon opinion)... comme d'ailleurs elles peuvent être fausses simultanément. Sans oublier qu'on pourrait ajouter un troisième terme à ton alternative: "soit encore le PS n'a au fond aucune conviction, mais est prêt à promettre la lune à tous ceux qu'il aimerait voir voter pour lui, quitte à essayer de prendre des décisions intelligentes sans aucun rapport avec ses promesses le moment venu". Après tout, Mitterrand raisonnait un peu comme ça, et ça ne l'a pas empêché de remporter quelques jolis succès électoraux...
Rédigé par: Poil de lama | mercredi 09 août 2006 at 21:41
Krysztoff,
"Parce que bien évidemment, il y a donc des votes inutiles."
Ben oui, à moins que, dans le cadre d'une élection, un vote qui ne serve pas à gagner puisse tout de même être considéré comme "utile". Quant à la mise en place d'un programme qui puisse convenir à la plupart des sensibilités de gauche hors extrêmes, si ce n'est pas déjà le cas, je ne vois pas vraiment ce qu'il faut faire (donne-moi donc quelques idées, camarade).
Poil de lama,
Tout à fait d'accord pour ton troisième terme, d'ailleurs longuement évoqué dans mon papier au sujet du vrai-faux programme du PS.
Personnellement, je préfèrerais un PS officiellement et franchement social-démocrate, capable d'annoncer à l'avance ce qu'il s'apprête à faire. Mais puisque nous n'avons pas cette chance, qu'il faut en passer par un projet susceptible de convenir à Marie-Georges Marchais et Olivier Laguiller pour remporter l'élection, allons-y.
Mais, encore une fois, que faire de plus ? Offrir directement les parrainages PS qui dépassent à tous les gauchistes du pays éprouvant le besoin de "témoigner" en prime time pendant la campagne ? Si les trotsko-alter-truc machin veulent vraiment contribuer à la victoire de la droite, à la fin de l'Europe, etc., qu'ils se démerdent seuls !
Rédigé par: Hugues | jeudi 10 août 2006 at 10:12
J'ai un curieux sentiment concernant l'attitude de la gauche, renforcé par une discussion récente avec des gens du PS. Ils sont persuadés qu'en 2007, "c'est leur tour". Cette quasi-certitude de la victoire expliquerait la dureté de la bataille pour l'investiture...
Il me semble au contraire (pure intuition sociologique) que la droite a toutes les cartes en main pour l'emporter en 2007, que la France penche pesamment du côté "conservatisme autoritaire", qu'elle dispose d'un champion hyper identifié en la personne de Nicolas Sarkozy, donc que, somme toute, les chances de la gauche sont rien moins que maigres - et qu'elle aura besoin de toutes ses forces, et d'un minimum de cohérence/discipline pour espérer l'emporter. Dans ce cadre, la proposition Hollande semble cohérente. Qu'il utilise l'épouvantail du 21 avril est de bonne guerre. L'échec de Jospin n'est-il pas dû à son incapacité à faire le ménage dans la prolifération des candidatures à gauche?
Rédigé par: Marc | samedi 12 août 2006 at 18:18
J'attends avec impatience la publication sur internet de listes d'élus ayant refusé le parrainage à un candidat de gauche[*] à l'élection présidentielle. Après tout, tout le monde sait bien qu'internet a été créé par des gens de gauche[*] aui sauront donc utilement l'employer à leurs fins propres.
Le PS imagine-t-il pouvoir conserver la ville de Paris sans le soutien des verts ? Il est vrai qu'en rebaptisant le parvis de Notre-Dame "Place Jean-Paul II" avec le soutien de la droite catho au Conseil Municipal, l'hypothèse d'une grande coalition à l'allemande PS-UMP redevient crédible.
[*] Hors-PS, s'entend
Rédigé par: Un peu plus à gauche, chef ! | jeudi 17 août 2006 at 07:08
Hugues,
Dire qu'il est des votes inutiles, "ceux qui n'aident pas à gagner", est méprisant et à mon sens anti-démocratique. Je m'explique.
Jusque dans les années 70, c'est dire à une époque que je connais très bien, puisque mes parents n'étaient pas encore mariés, et moi pas vraiment né (rire), le PCF était le premier parti de gauche. Donc si ton raisonnement est juste, le vote socialiste, le militantisme socialiste celui de la deuxième gauche étaient inutiles puisqu'ils ne permettaient pas de gagner. Ce sont pourtant bien les Mendès France,les Gilles Martinet, les Michel Rocard, les François Mitterrand, et j'en passe, qui ont permis de contruire la victoire de 1981, celle 1988, et on ne peut pas dire, malgré les désaccords que l'on peut avoir, les erreurs qui ont été commises, que le bilan est nul.
Deuxièmement, on constate que l'extrême gauche n'est forte que lorsque la gauche est au pouvoir (c'est en tout cas le cas de la LCR). Je doute que celle ci fasse les 10% cumulés de 2002. Donc le risque est négligeable.
Troisièmement, l'histoire de la gauche et en tout cas de la gauche non communistes n'est pas faite d'unformité. Si notre projet est si brillant que cela et notre campagne mobilisatrice, il n'y a aucune raison que les électeurs se détournent de nous au premier tour.
Quatrièmement, ce n'est pas en cassant le thermomètre que l'on empêche la fièvre de monter. Actuellement, le FN n'a pas de représentation à l'assemblée nationale, et je le regrête car cela donne du sens aux péroraisons Lepéniste sur "la bande des 4". Gardons nous de faire de groupuscules "révolutionnaires" mais aux comportements électoralistes, les victimes de notre "stalinisme" d'autant qu'il n'est pas évident que le vote qu'ils attirent aille forcément au PS, au premier comme au second tour.
Oui, on peut dire qu'il n'est pas naturel d'aider des partis qui nous critiquent. Nous aidons bien les communistes et les Verts à avoir des élus, alors que franchement, sans nous, ils ne seraient plus rien depuis longtemps. Je pense que la campagne se gagne sur les idées et non sur un coup bureaucratique. Après tout, le (la) candidat(e) PS n'a aucune chance de gagner s'il ne trouve pas des électeurs entre le premier et le second tour, et ceux, même s'il (elle) faisait 25 ou 30% au premier tour ... De plus, il y a beaucoup de petites communes dont les maires sont de gauche, parfois au PS, se présentent sans étiquettes, ... Ca laisse beaucoup de latitude quand même. Glückstein avait cartonné en promettant une campagne contre l'intercommunalité ...
Laissons doc l'extrême gauche s'agiter. Elle ne dit pas toujours que des conneries, et la richesse du débat démocratique nécessite sa survie. De toute façon, quand on voit dans quel état est la candidature anti-libérale à la gauche du PS ...
Rédigé par: Simon | vendredi 18 août 2006 at 14:04