La Maison Blanche comme si vous y étiez
Il en va de la politique comme des névroses des familles de croque-morts : seuls les Américains savent en faire de la bonne fiction télé.
Cette période d’intense activité électorale, des « Midterms » à la montée en puissance de notre propre campagne présidentielle, me semblait propice à l'évocation de ce véritable programme de formation à la vie politique qu'est « West Wing » (« A la Maison Blanche »).
Evidemment, tout a déjà été dit sur la liberté de ton, l’humour ou la capacité à aborder les sujets les plus controversés des producteurs télé US, nos « Navarro » et autres « Commissaire Moulin » étant manifestement tournés sur une planète différente de celle où nous habitons, nous Français, quand les Américains ont l’avantage de partager le même univers que les personnages de leurs séries.
Car nos ennemis préférés ont beau être d’affreux obèses incultes et primaires, ils ont compris que la télévision, lorsqu’elle fait à ce point partie de la vie des gens, sert à autre chose qu’à distraire le prolétaire épuisé par sa dure journée de labeur et peut, pourquoi pas, stimuler sa réflexion d’adulte au même titre qu’un film ou un livre. J’ai moi-même découvert, assez récemment mais je me suis rattrapé depuis, ce petit bijou de feuilleton centré sur la vie quotidienne dans l'aile ouest de la Maison Blanche ― centre névralgique du pouvoir présidentiel outre-Atlantique.
Oh, rien de vraiment nouveau sous le soleil en termes formels, cet agrégat de personnages archétypaux jonglant, tant que bien que mal, entre vie professionnelle et vie personnelle nous étant familier depuis, disons, « Hill Street Blues », série initiatrice du concept. Mais le contexte d’une équipe présidentielle soudée autour de son patron et enchaînant les crises les plus sérieuses (conflits internationaux, élections, terrorisme, élaboration et vote du budget…) ou les événements les plus triviaux (réception des lettres de créances d’un nouvel ambassadeur, relations avec le Sénat, gestion du bipartisme...) n'a vraiment rien du déjà-vu ― comme on dit en anglais.
Bon, avouons que la bonté et l’honnêteté fondamentales des protagonistes, qu’il s’agisse de ce président Bartlett aux faux airs de DSK (il est interprété par Martin Sheen) ou de son vieux renard de chef de cabinet, agacent fréquemment, la moindre de leur décision ne pouvant être guidée que par le sens aigu de la justice et du bien commun qui caractérise les hommes politiques là-bas comme ici ... Pour autant, cette plongée quasi documentaire dans les méandres des institutions américaines est passionnante et les références historiques ou juridiques lâchées, l’air de rien, par tel ou tel personnage en contrepoint, généralement éclairantes.
Je crois comprendre que la première saison de « West Wing » avait été diffusée sur France 2 en VF, tard dans la nuit et de manière discontinue, avant d’être remplacée par je ne sais quel nanard : vous ne verrez donc pas ça à la télé. Mais qu’à cela ne tienne, le vidéo club du coin tient certainement l’intégrale de la série à votre disposition. Le service peer-to-peer de votre gamin aussi mais, tout aussi respectueux du droit que les justiciers de la Maison Blanche, je me vois mal vous conseiller de vous lancer dans le copyright infringement...
© Commentaires & vaticinations
P.S. : Martin Winckler, le toubib-écrivain spécialiste des séries américaines, s’était fendu, dans le Monde Diplo, d’un article à la gloire de « The West Wing » ― article sur lequel je viens de tomber en googlisant la série. Qu’un tel papier ait pu être commandé par l’Institut Français de l’Antiaméricanisme était déjà surprenant... Mais qu’il ait été publié dépasse carrément l’entendement. Bah, je suppute que l’ami Ignacio Ramonet était en déplacement à La Havane au moment des faits.
A la maison blanche passe sur France 4 en début de soirée (redif en journée dans la semaine).
Sinon, c'est une très bonne série, comme savent le faire les américains quand ils le veulent bien.
Rédigé par: Oook | dimanche 05 novembre 2006 at 23:49
Une excellente série, qui a malheureusement atteint son turning point dès le début de la deuxième saison, avec l'arrivée de la jeune et jolie républicaine au sein de l'équipe démocrate. les incohérences s'enchainent, les scénaristes perdent en inventivité, la lassitude m'a gagné...
Enfin, la premiere saison reste excellente !
Rédigé par: Matthieu | lundi 06 novembre 2006 at 03:29
La Maison blanche (West wing pour les puristes) est tellement une bonne série qu'elle anticipe presque sur les évènements politiques.
= Spoiler ! - Dans la saison 6 et 7, Santos est le candidat démocrate qui émerge aux primaires. Santos est d'origine mexicaine.
On notera qu''actuellement, Barak Obama, d'origine afro-américaine, est l'étoile montante des démocrates. Certains s'imaginent même qu'il pourrait devenir le candidat des démocrates en 2008....
Les similitudes avec les dernières saisons de la Maison blanche est tout simplement frappant.
Rédigé par: Jules | lundi 06 novembre 2006 at 07:43
Le côté "bonté et honnêteté fondmentale" des protagonistes est certe un chouya exagérée, surtout quand on a pris l'habitude de Sherry "pupute" Palmer (d'un autre côté, on va pas hurler au scandale si des politiciens de fictions sont "gentil") mais en fin de compte, c'est surtout la mise en scène de cette honnêteté que j'ai trouvé gonflante: entendre l'orchestre chaque fois que Bartlet dit un truc de profond et les pianos chaque fois qu'il a mal au dos, voir une mise en scène de soap pour adolescents quand Charlie drague la fille de Bartlet, et ainsi de suite: ce n'est pas en soit la série qui défrise le plus question mise en scène, même si par moment les côtés moins les moins reluisants de la politique américaine apparaissent (achetez l'Inde, on y est resté 200 ans en corrompant les notables locaux, faîtes comme nous, qu'il dit le conseiller british).
Ceci dit, voir un président US casser du chrétien intégriste en guise d'exercice de remise en forme reste un grand plaisir, surtout en ses périodes bushistes (mais avec un peu de chance, une San Franciscaine lui piquera la place en 2008, de quoi achever Cheney et ses copains fondmentalistes)
Rédigé par: Anonyme | lundi 06 novembre 2006 at 07:54
En effet, cette série passe le samedi soir à 20.45 sur France 4 (TNT). Deux numéros sont diffusés.
Et jusqu'à cet été, France 2 diffusait un épisode à minuit chaque dimanche soir je crois. Ces épisodes étaient doublement tardifs : non seulement ils étaient diffusés à un horaire nocturne, mais en plus ils étaient tirés d'une saison postérieure à celle diffusée sur France 4.
Cette série commence moi aussi à me lasser. Je ne rate aucun épisode, mais je suis du plus en plus distrait et de moins en moins attentif.
M'énervent aussi :
- leur "Merci Monsieur le Président" à tout bout de champ,
- leurs réparties hyper rapides faussement spirituelles,
- l'imperturbable bonne ambiance qui règne dans cette Aile Ouest les jeux de pouvoir et les égoismes entre collègues sont inexsitants,
- le côté jeune-démocrate-blanc hyperdiplomé-et-mignon de tous les personnages. West Wing aurait pu s'appeler "East Coast".
- Mme Bartlet, la First Lady, qui ne me revient pas
Ceci dit, je bloque tous mes samedis soir pour regarder la série... Elle est unique et ne ressemble à rien d'autre.
Rédigé par: BeM | lundi 06 novembre 2006 at 08:21
Votre héros en dit tout autre chose:
"Cinéma et télévision américains expriment toutefois une vision plus complexe de la réalité, rejetée en revanche par la droite fondamentaliste chrétienne."
Rédigé par: Laurent GUERBY | lundi 06 novembre 2006 at 10:06
lire aussi l'excellente page wikipedia sur le sujet
http://en.wikipedia.org/wiki/The_West_Wing_(TV_series)
Rédigé par: âne | lundi 06 novembre 2006 at 12:00
Tu oublies quand même l'Etat de grâce de France 2 et sa présidente. Pour un ségoliste, c'est regrettable.
http://programmes.france2.fr/etat-de-grace/
Rédigé par: Fin stratège | lundi 06 novembre 2006 at 12:16
T'aurais pas oublié un "y" dans le titre? Oui, tout là-haut là-haut... Voilà, tu Y es.
Rédigé par: Poil de lama | lundi 06 novembre 2006 at 13:49
Poil de lama,
Je ne sais pas si c'est d'avoir passé autant d'années à observer ces grandes cartes Vidal Lablache sur les murs de ta salle de géo, mais tu as l'oeil ! Pourquoi ne t'intéresses tu pas à une carrière de correcteur dans la presse automobile ?
Autrement, c'est réparé, merci. Et pour te récompenser, voici un lien vers ton morceau de musique préféré :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bolivianos%2C_El_Hado_Propicio
Rédigé par: Hugues | lundi 06 novembre 2006 at 14:40
Effectivement, l'article dans le Diplo était fort intéressant.
On peut être anti-bush sans être anti-américain "primaire"... même si le bilan est "globalement positif"...
Rédigé par: stefbac | lundi 06 novembre 2006 at 15:51
A la maison Blanche passe aussi sur France 2 à un horaire digne du service public : le samedi à 2 heures du matin, sa case horaire étant qui plus est mobile par rapport à l'horaire annoncé.
Rédigé par: Eolas | lundi 06 novembre 2006 at 17:41
Un petit détail à noter: West Wing est bien meilleure en anglais qu'en Français. Les doublures, sans être objectivement mauvaises, perdent quand même une bone partie de la vigueur de la VO, avec ses dialogues archi-rapides et très denses, et ses acteurs vraiment dnas le trip, il n'y qu'à voir Bartlet justement: quand il s'énerve en anglais, on a l'impression que les murs tremblent, quand il s'énerve en français, on a surtout envie de dire "ta gueule"
Bref, vive la VO
Rédigé par: Anonyme | lundi 06 novembre 2006 at 22:20
"Bon, avouons que la bonté et l’honnêteté fondamentales des protagonistes, qu’il s’agisse de ce président Bartlett aux faux airs de DSK (il est interprété par Martin Sheen) ou de son vieux renard de chef de cabinet, agacent fréquemment..."
Tu deviens presque haineux vis à vis de DSK, c'est quand même inquiétant.
Rédigé par: laurent | mercredi 08 novembre 2006 at 17:39