Le correspondant du Times à Paris nous aime. Formidable ! Mais il fait désormais preuve d'indulgence pour notre approche de la fiscalité. Est-il temps pour lui de changer d'affectation ?
J'ai beau ne pas déborder d’affection pour le Times, cette espèce de Figaro londonien, j'apprécie beaucoup le blog de son correspondant parisien, Charles Bremner. D'abord parce qu'il est informatif et plutôt bien écrit, mais surtout parce qu’il est manifestement l'œuvre d’un authentique francophile.
Or la francophilie, dans le contexte de la presse britannique, est presque une aberration. Et la moindre évocation des Français par un membre de la NUJ dans l'exercice de ses fonctions est invariablement encombrée de clichés sur leur absence d’hygiène, leur refus du respect des règles ou leurs manières étranges... Le lecteur de Manchester et de Birmingham, d’ailleurs, serait presque déçu si ces lieux communs xénophobes ne lui étaient pas servis à intervalles réguliers ― qu’il soit amateur de vulgarité tapageuse (The Sun) ou de condescendance amusée (The Economist).
Bon, à la décharge de mes confrères d’outre-Manche, les clichés en question ne sont pas totalement dénués de fondement, même si nous faisons désormais de gros efforts en matière de renouvellement de sous-vêtements. Mais au final, et même un traître à la patrie tel que moi est forcé de l’admettre, ce systématisme dans la raillerie frise souvent l’insupportable. D’autant plus que la réciproque n’est pas vraie, l’anglophilie, voire l’anglomanie de nos propres plumitifs étant légendaire. Et si ces derniers ne rechignent pas non plus à l’usage de la caricature à l’égard de nos voisins du dessus, le profil du gentleman en chapeau melon est tout de même plus valorisant que celui du quasi-clodo en tricot marin et béret basque censé être notre marque de fabrique...
Le blog de Charles Bremner ― et je dis bien le blog, dans la mesure où ses articles « officiels » sacrifient parfois à la tradition, à moins qu’ils ne soient retravaillés sans son consentement par quelque rewriter allergique à l’ail ― est d’une toute autre nature. L’homme, c’est une évidence, aime la France. Il l’aime même au point de ne pas considérer, comme la plupart de ses compatriotes, qu’elle serait encore plus formidable sans les Français. Du coup, il lui arrive parfois d’aller au-delà du raisonnable dans les interprétations rationnalisantes qu’il propose à ses lecteurs de nos mystérieuses petites intrigues. Dernier exemple en date : l’affaire des « riches à 4 000 euros » et ses contorsions embarrassées visant à expliquer pourquoi le salaire d’une infirmière britannique en milieu de carrière fait de vous un affreux capitaliste dans l’Hexagone...
Les Français ne le savent pas toujours, qui voyagent peu à l’étranger, mais leurs salaires directs sont parmi les plus faibles du « premier monde ». Pas leurs coûts salariaux, évidemment, qui restent les mêmes que dans la plupart des pays comparables en termes de PIB par habitant, mais bien ce qui leur reste après déduction de l’ensemble des cotisations versées à tout un tas d’organismes aux finalités obscures. Et il n’est pas rare, pour un étranger amené à travailler en France, d’être surpris, sinon choqué, par la faiblesse des émoluments qui lui seront proposés en plus de ses Tickets Restaurant.
Mais si Charles Bremner mentionne l’existence de ces prélèvements en indiquant qu’ils représentent quelque 20% du salaire nominal d’un Français, il semble faire l'impasse les « charges patronales », la fameuse « face cachée » du bulletin de salaire. Pour autant, le concept même de « charges patronales » n'est qu’une vaste fumisterie, le salarié devant nécessairement produire suffisamment de richesses pour couvrir la totalité de la dépense le concernant pour être employable (l’idéal est même qu’il produise un peu plus si un minimum de profit est envisagé). Par voie de conséquence, ce n’est pas de 20% mais de 60% de son revenu théorique qu’il se trouve privé. Et à coûts salariaux globaux identiques en France et en Grande-Bretagne, le Gaulois recevra 40 quand le Grand-Breton touchera 80, confirme l'OCDE. Inutile de préciser lequel de nos deux amis sera capable d’investir dans une longère périgourdine facilement accessible via EasyJet.
Attention, explique encore Charles Bremner à ses lecteurs : ce système a priori confiscatoire, pour parler comme le premier sarkozyste venu, correspond en réalité à un choix de société, les Français étant généralement d’accord pour permettre à un Etat avisé de dépenser à leur place l’argent qu’ils gagnent. S'ensuit d'ailleurs le portrait d’une France à la limite de la suédisation, avec ses services de santé haut de gamme et ses retraites confortables... Hum : le hic, c’est qu'un pays comme la Suède, comparable à la France en termes de pression fiscale, fait rarement la Une des journaux ― même britanniques ― pour ses campings urbains, ses banlieues déshéritées en révolte, son chômage de masse, l'absence de pérennité de son système de pension ou ses écoles en ébullition.
Moi-même, social-démocrate bon teint, je ne verrais pas le moindre inconvénient à ce que mon gouvernement prélève et redistribue quelque 50% du PIB si les résultats étaient au rendez-vous et permettaient, effectivement, de bâtir le modèle à la fois compétitif et solidaire dont bénéficient Suédois ou Danois. Mais l’idée d'alimenter, chaque mois, la vingtaine d’organismes aux sigles abscons qui se bousculent sur ma fiche de paye sans cesser d'enjamber, pour me rendre au boulot, le même nombre de SDF qu’un habitant de San Francisco me semble de plus en plus grotesque.
Le débat sur la « fortune » du duo Royal-Hollande, fortune dont il n'est pas certain qu'elle lui permettrait d'investir dans une maison Phénix en banlieue d'Oxford, illustre bien cette dérive. Tout comme la transformation d'un revenu mensuel de 4 000 euros en symbole d’une richesse insolente quand le vrai scandale se situe plutôt du côté du niveau inacceptable des salaires directs, d'une structure fiscale faisant reposer l’essentiel du financement du pays sur le travail et, surtout, de l'inefficacité croissante de la dépense publique.
Au final, je n’en veux pas vraiment à Charles Bremner, dont je continuerai d'apprécier l’humour et, à la vérité, le tact. Mais peut-être s'est-il laissé aller, insensiblement, à adopter jusqu'aux modes de pensée les plus idiosyncratiques de ceux qu'il était venu observer. Et si, reprenant ses esprits, le correspondant du Times décidait d’aller explorer une contrée nouvelle, souhaitons qu'il s'agisse, justement, de la Suède ou du Danemark et que son nouveau blog devienne l’ordinaire de nos élites. Qui sait, elles en tireront peut-être quelques leçons...
© Commentaires & vaticinations
A part ta Royalophilie, t'es vraiment un mec bien. ;-)
Ohhhh, je déconne. Tu sais bien.
Rédigé par: Vinvin | jeudi 18 janvier 2007 à 11:19
oulàlà, mais y'a aussi beaucoup de sarkozystes qui sont tout à fait d'accord avec ce que vous dites; Vive les impots qui servent ! je suis meme pret à en payer plus !
mais en attendant que l' Etat sache s'en servir aussi bien que la suede, je prefererais en laisser un petit peu plus fructifier par les français...
Rédigé par: mowglii | jeudi 18 janvier 2007 à 12:10
Vinvin,
Tu déconnes, ok. Mais sur la royalitude ou la mecbiennitude ?
Mowglii,
Les sarkozystes souhaitant revenir sur leurs erreurs passées et rejoindre la sphère social-démocrate seront les bienvenus. Ca va leur coûter un peu d'argent, évidemment, mais ils auront au moins l'impression de faire le bien.
Rédigé par: Hugues | jeudi 18 janvier 2007 à 12:26
Il doit bien parler des grèves et des syndicats en France ?
En tout cas, s'il ne le fait pas, je le fais, c'est important. Une parole un peu iconoclaste à l'intérieur du PS, comme celle de Hugues...
Fragmenté, manquant d'effectifs, souvent contestateur plus que partenaire, le syndicalisme en France doit être réformé. Il est nécessaire que les syndicats retrouvent une légitimité et une représentativité qu’ils sont loin de posséder aujourd’hui.
Nous proposons des réformes immédiates, et l'ébauche d'un nouveau système à moyen terme, en s'inspirant du modèle allemand. Plus de pouvoirs, plus de contraintes et de responsabilités.
Nous envisageons ainsi une rationnalisation du droit de grève, comme M. Sarkozy. Sauf que pour nous il s'agit de faire des syndicats des partenaires et des acteurs puissants, et non pas de les contraindre car "ils gênent".
Ils doivent prendre leurs responsabilités en conciliant réalisme et visée transformatrice et non se contenter d’être des forces de revendication et de contestation.
Quelles évolutions pour le syndicalisme en France ?
http://rfrn.over-blog.com/article-5297548.html
Et : Syndicalisme : le modèle allemand
http://rfrn.over-blog.com/article-5297491.html
Qu'en pensez vous ? Dans quelle mesure peut-on limiter le droit de grève? Le modèle allemand est-il notre horizon ?
Allez fends toi d'un petit article sur le syndicalisme nouveau. ;-)
Jani-rah
Réformisme et rénovation
Rédigé par: jani-rah | jeudi 18 janvier 2007 à 12:29
Qu'est-ce qui t'arrive, Hugues, t'es malade? Tu viens de nous pondre un billet totalement consensuel...
Une tentative pour noyer le poisson, peut-être? Genre "Hollande n'est pas d'accord avec sa chère et tendre sur un sujet qui risque de fâcher les électeurs de la susdite, mais ça n'empêche pas que l'un et l'autre sont des gens très respectables et que la paix et l'amour peuvent régner dans son comité de soutien"?
Ben tu vois, si Ségo, Hollande et toi-même aviez eu ce genre de discours au moment où on causait de la constitution européenne, peut-être que j'envisagerais encore de voter pour la candidate du PS... Là, j'ai peur que tu n'arrives un peu tard avec ton discours peace and love.
Mais bon, peace and love à toi aussi, brother...
Rédigé par: Poil de lama | jeudi 18 janvier 2007 à 14:29
>
C'est toujours très difficile de faire ce genre de comparaisons
(et il se trouve que, vivant à l'étranger dans un système ou (i)
les impôts sont prélevés à la source, (ii) les cotisations
socials, santé en particulier, sont volontaires, (iii) le niveau
de vie est très différent, je me rend compte du problème à chaque
fois que je cause avec quelqu'un resté au pays, ce qui m'arrive
quand même de temps à autre).
Il y a au moins deux raisons à celà :
1) Comment sont comptées dans ces chiffres des choses comme les
cotisations sociales ou les impôts ? En France, le "40" évoqué
s'entend une fois payé retraite, assurance chômage, assurance
santé, et certains impôts (ou assimilés, disons des choses qui ne
sont pas de "pures" assurances maladie/vieillesse/etc.); mais
avant les impôts sur le revenu. Qu'en est-il au Royaume-Uni ? Le
"80" est il compté à périmètre égal, c'est à dire une fois payé
retraite-assurance maladie ?
2) Quel est le coût de la vie... 4000 euros, ça fait 2600 livres.
Etant donné le coup de la vie (aïe) au R.-U., je ne suis pas
certain que ce soit un salaire énorme. Il me semble que c'est ce
que touche un ingénieur/universitaire débutant par là-bas, et il
n'a pas un niveau de vie tellement supérieur à son homologue
Français, de ce que je peux voir chez des amis ou collègues. Il me
semble que les calculs de l'OCDE ("PPP", purchasing power parity)
disent que le pouvoir d'achat en France et UK varie comme 3 à 2
(avec la même somme, je peux acheter 2 trucs au Royaume-Uni et 3
en France).
Bon, en l'espèce le deuxième argument ne tient pas (puisque le
ratio 40:80 est "à coûts salariaux égaux", soit quand l'employeur
dépense 100). Mais en revanche, il contribue à expliquer le
salaire de l'infirmière britannique, qui n'est pas si mirobolant.
Sinon, je ne peux qu'approuver la conclusion ("je suis d'accord
pour payer des impôts mais I want my money back", comme disait qui
vous savez). Quoique, à propos de "my money back", attendez donc
d'avoir des enfants à l'université...
Rédigé par: JF | jeudi 18 janvier 2007 à 14:40
Oui et puis l'infirmière britannique à 4000 E, elle vient en France chez le dentiste ou se faire opérer d'une appendicite parce qu'en Grande Bretagne il faut attendre des mois, de sorte que pour ne pas risquer une péritonite elle vient en France dans une clinique privée où il faut payer cash, voyage A/R non compris. Il lui reste combien sur son salaire ensuite? C'est vrai qu'en voulant faire du tourisme en passant, ça lui fait aussi des vacances.
En plus, pour la précarité en angleterre, ils sont champions je crois... Ils doivent faire combien de jobs part-time, pour payer leur loyer (très cher, outre-Manche)?
C'est sur qu'en lisant cet article, ceux qui gagnent plus ou moins 1000 E vont pleurer sur le sort de ceux qui en gagnent 4000, les pauvres...
Rédigé par: Lory Calque | jeudi 18 janvier 2007 à 14:53
Poil de lama,
Tu vois bien, avec les commentaires d'après le tien, que nous ne sommes pas vraiment dans le consensus.
JF, LoryCalque,
Je n'ai pas rédigé ce papier pour repartir sur un débat déjà usé jusqu'à la corde. Sur la situation sociale en Grande-Bretagne, si vous souhaitez connaître le fond de ma pensée, deux notes au moins (et leurs commentaires) :
http://hugues.blogs.com/commvat/2006/04/a_tale_of_two_c.html
http://hugues.blogs.com/commvat/2005/03/lhorreur_conomi.html
Mais en gros, la Grande-Bretagne est un pays dont la croissance est forte et qui connaît le plein emploi. Son PIB/habitant, inférieur de 25% au notre il y a 15 ans, lui est désormais supérieur de 10%. L'absence de chômage permet aux salariés de reprendre la main sur le marché du travail et de forcer à une augmentation des rémunérations. Le coût de la vie est plus élevé mais, même en tenant compte de ce différentiel et en appréciant les revenus en parités de pouvoir d'achat, le niveau de vie est plus élevé.
Quant aux Anglais qui font la queue dans nos hôpitaux, il s'agit d'un mythe fondé sur les mauvais résultats d'un système de santé dont la qualité s'est largement améliorée sous la gauche blairiste (d'où les départs de médecin français vers la GB) et s'il est un endroit qui nous envoie effectivement de nombreux malades, c'est l'Italie (voir les hôpitaux de Marseille ou de Nice) -- le seul pays européen dont la situation soit pire que la nôtre.
Le fait qu'un patient britannique ait été soigné à Lille il y a 10 ans, et que des retraités installés en Bretagne ou dans le Périgord se fassent traiter sur leur lieu de résidence a surtout à voir avec une utilisation normale des services de leur pays d'accueil, un peu comme ces Français qui passaient leur retraite en Espagne avant que ce pays ne décolle économiquement.
Car si j'utilise l'exemple anglais, c'est parce que le connais bien et que l'idée de ma note m'est venue en lisant le blog du Times. Mais la démonstration sur les niveaux de salaires directs serait la même, toutes choses égales par ailleurs, avec l'Allemagne, l'Irlande, les Pays-Bas, la Belgique, les pays scandinaves, la Suisse et l'Italie du Nord. Même l'Espagne voit ses salaires directs rattraper (et dépasser en Catalogne, à Madrid ou au pays Basque) les salaires directs français (net-net).
Pire encore, certains salaires directs, dans certaines professions, sont désormais supérieurs en Chine et en Inde à leurs équivalents français. Et je ne parle pas d'expatriés mais de salariés locaux. Bien entendu, ces gens-là ne bénéficient pas de la couverture sociale, etc. qui est soi-disant la contrepartie de nos faibles revenus. Mais il ne me semble pas que la situation sociale que nous connaissons, comme le niveau de déficit de tous organismes de santé et de retraites, soit le signe d'un système qui fonctionne -- ou du moins qui continuera à fonctionner.
Mais encore une fois, mon "modèle" n'est pas la Grande-Bretagne. Mon "modèle" reste à inventer puisqu'il doit s'insérer dans la culture et le contexte français. Mais il me semble que les choix scandinaves sont les plus probants en termes de "développement humain" global.
http://en.wikipedia.org/wiki/Human_Development_Index
Rédigé par: Hugues | jeudi 18 janvier 2007 à 15:27
Hugues:
>
Je me suis aperçu après avoir écrit que la question du niveau de vie était un peu hors sujet. (Le reste sur les queues dans les hôpitaux etc., c'est pas moi, c'est l'autre...)
L'autre question est moins hors sujet, quand même : j'aimerais bien que vous me confirmiez que le 40:80, c'est bien à périmètre égal (i.e., après avoir payé l'assurance maladie et retraite, qu'elle soit privée ou d'état, mais avant les impôts). Sinon, ça ne veut pas dire grand chose....
JF
Rédigé par: JF | jeudi 18 janvier 2007 à 17:11
JF,
Yes. Il s'agit d'informations reprises d'un rapport de l'OCDE que j'ai placé en lien, rapport portant sur la fiscalité sur le travail (hors impôt sur le revenu, souvent prélevé à la source) et tenant compte de la totalité des cotisations salariales et patronales. C'est ce que l'OCDE appelle le "coin fiscal".
Donc, oui, sur une base de coût salariaux à 100 brouzoufs (unité monétaire internationale utilisée par commodité) versés par l'employeur, le Français cherchera à joindre les deux bouts avec 40 et le Britannique avec 80 (parfois un peu moins, parfois un peu plus, puisqu'il a la possibilité de "sortir" (opt out) de certaines cotisations retraite ou santé obligatoires en France.
Et dans le cas de l'Allemagne, par exemple, où les contributions obligatoires (patronales ou salariés) sont souvent plus élevées qu'en France, le salaire direct reste notablement plus fort.
La faiblesse des salaires directs français n'est donc pas le corollaire de prestations sociales ou de services plublics supérieurs, comme le prouvent les pays scandinaves...
Rédigé par: Hugues | jeudi 18 janvier 2007 à 17:22
En Italie, le système sanitaire est régionalisé depuis longtemps et toutes les régions n'offrent pas le meme niveau de prestations. Il y a donc de fortes chances pour que les italiens qui vont dans les hopitaux de Nice ou de Marseille viennent de Lombardie, où on trouvent effectivement les plus hauts salaires mais où les prestations sanitaires ont été réduites à une peau de chagrin par la Ligue du Nord.
Pour l'Angleterre, je me souviens d'une émission à la télé française il y a 2 ans et pas 10, sur des anglais venant en Normandie pour des prestations demandant alors 7 mois d'attente minimum chez eux.
Les effets bénéfiques du blairisme on donc mis longtemps à se faire sentir...
Rédigé par: Lory Calque | jeudi 18 janvier 2007 à 18:16
Quelques chiffres :
http://sortir-impasse.blogspot.com/2007/01/qui-sont-les-riches.html
Rédigé par: Laurent GUERBY | jeudi 18 janvier 2007 à 23:31
Le coeur de la discussion, c'est finalement la question du rapport
qualité-prix de la protection sociale. Bon, la qualité est
difficile à évaluer, restons en au prix.
Je viens de m'amuser à faire les comptes pour mon propre salaire
-- je suis dans un système sans protection sociale d'Etat(1), donc
toutes les assurances santé-retraite sont privées. Ca ne facilite
pas les comparaisons, j'ai fait le calcul sur la base d'une
couverture médicale illimitée.
A chaque fois que je coûte 100 Bzf(2) à mon employeur, 50 arrivent
sur mon compte en banque, 33 payent mes cotisations retraite &
maladie, et 16 mes impôts sur le revenu. Donc, toujours à
périmètre égal (après cotisations sociales mais avant impôts),
je gagne 66% de ce que je coûte à mon patron. C'est mieux que la France (40) mais moins bien que le R.-U. (80).
Ca semble donc confirmer que, au banc d'essai, le système Français
est relativement inefficace.
Ceci dit, après avoir dormi là-dessus, la question du coût de la
vie et du niveau de vie n'est pas totalement neutre. Un médicament
coûte sensiblement le même prix partout, quelque soit le coût de
la vie local. Sauf que le médoc qui coûte 10£ à un anglais, me
coûte à moi 140R : ca représente 0.8% de mon salaire mensuel, mais 0.4% de celui de mon collègue londonien.
Il est donc prévisible que la proportion des dépenses de santé
soit plus élevée dans les pays à revenu faible.
En l'espèce, ça change pas grand chose à la conclusion. Ca lisse
un peu le différentiel France-UK (plus précisément, ça l'explique
par des motifs autres que l'efficacité relative des deux
systèmes). Mais ça creuse considérablement le différentiel
RSA-France ("notre" système privé est nettement plus efficace que
la sécu Française).
Pour finir sur une note intrigante : la sécu des étrangers (CFE)
est nettement moins chère. En ce qui me concerne, la CFE me coûte
à peu près la moitié de ce que me coûte le privé local, pour des
niveaux de couvertures comparables (en % du salaire, toujours). Donc au
final, j'ai un truc du genre, par efficacité décroissante :
NHS britannique > CFE > Privé > Sécu en France
.. allez comprendre.
JF
(1) Enfin, techniquement si, mais mieux vaut ne pas en parler pour
éviter de se mettre à pleurer...
(2) Abbréviation standard du Brouzouf...
Rédigé par: JF | vendredi 19 janvier 2007 à 07:58
Bien que largement d'accord, cherchons la nuance.
La hausse du pib par hab par rapport à il y a 10 ans tient aussi à une réévaluation de la livre par rapport au franc-euro me semble t'il.
La Grande Bretagne a encore du pétrole et surtout du gaz, ce qui a pu l'aider.
La France a en contrepartie de la neige, du soleil, et Ségolène Royal...
Rédigé par: jani-rah | samedi 20 janvier 2007 à 13:29
Vous n'avez manifestement jamais mis les pieds à San Francisco...
Rédigé par: manu | dimanche 21 janvier 2007 à 21:42
JF,
Mais le médicament ne coûte pas 10 euros à l'Anglais : c'est l'ordonnance. La visite chez le médecin est gratuite et il faut payer un minimum de 6 £ au pharmacien quelle que soit la nature de l'ordonnance, son coût réel et le nombre de produits.
En France, la Sécu ne prend en charge qu'un pourcentage variable de la consultation et des médicaments, qu'il faut régler avant d'être remboursé.
Ce que la Sécu ne rembourse pas doit être compensé par une assurance privée (les "mutuelles", qui ne sont pas toujours mutualistes"). Ce qui signifie que le patient sans mutuelle qui ne serait pas assez pauvre pour avoir droit à la CMU, est moins bien loti que son cousin anglais.
Manu,
Moi, oui, en fait. Mais toi, je veux bien parier quelques brouzoufs que non. Voici quelques infos générales :
http://en.wikipedia.org/wiki/Homelessness_in_the_United_States#Situations_in_specific_U.S._cities
Et quelques infos touristiques :
http://www.sfgate.com/cgi-bin/article.cgi?f=/c/a/2003/12/03/MNGGA3EE811.DTL
Rédigé par: Hugues | lundi 22 janvier 2007 à 10:15
Perdu !
cela dit, merci pour vos liens, qui confirment le nombre impressionnant (voire hallucinant dans certains quartiers) de SDF que j'ai vus à San Francisco. C'est bien ce que je disais : ça n'a aucune comparaison avec Paris.
Décidément, tout ce qui est excessif est insignifiant.
Allez, bon prince, je vous fais les brouzoufs en £ sterling. Un (petit) verre de vin argentin trafiqué à 6 livres dans le premier wine bar venu de Londres, et vous serez quitte !
(A ces prix, d'ailleurs, j'espère qu'elle gagne effectivement 4 000 Euros/mois, votre infirmière...)
Rédigé par: manu | lundi 22 janvier 2007 à 18:36
Cher Hugues, c'est un lecteur régulier (et même croisé en décembre à la Républog) qui écrit. J'ai trouvé ce billet intéressant et je reconnais le Hugues que j'aime à lire depuis longtemps. Là où je veux en venir, c'est qu'étant donné ce que tu exposes ici, comment t'estimes-tu en accord avec Ségolène Royal ? Avec Royal en particulier, et avec le PS de façon plus générale ? Je suis franchement perplexe.
Pour commencer, il est clair que tu n'as pas le même rapport à l'argent que la plupart des socialistes (même Hollande, si on en croit sa fameuse sortie récente). Tel que je le perçois, pour un socialiste moyen tu es un affreux libéral. Tu es à des années-lumière d'un certain esprit qui a aussi voté non au TCE.
En fait, que tu n'apprécies pas Sarkozy, je peux le comprendre, mais que tu votes Royal, c'est très étonnant (je me répète je sais). Surtout pour quelqu'un qui a pas mal d'idées concrètes et qui les exprime, au contraire de cette candidate.
Quoiqu'il en soit, ça ne serait pas un mal de trouver plus de socialistes dans ton genre, à l'esprit positif et moderne (reste à définir ce terme, mais quand je pense que tu es dans le même parti qu'un Mélenchon...).
Rédigé par: OlivierJ | mardi 23 janvier 2007 à 12:38