Flagrants délires (pas drôles)
Du temps de Claude Villers et de Pierre Desproges, les tribunaux radiophoniques étaient désopilants. Avec Nicolas Demorand, ils sont devenus consternants.
J'ai pris l’habitude, ces dernières années, d'écouter Nicolas Demorand à la radio. Enfin, pas Demorand lui-même, mais plutôt sa réinterprétation des « Matins » ― une version plus dynamique, plus in touch, que les incarnations précédentes de l’émission phare de France Culture.
C'est que ce n’est pas rien, le choix d’une station à écouter au saut du lit ! Et si la fréquence favorite de l’intelligentsia a fini par me séduire, après des siècles d’addiction matutinale à France Inter, c’est précisément par sa capacité à réconcilier le tempo d’une radio d’information et la sérénité d’un vrai lieu de réflexion. Mais Demorand, en vérité, a toujours eu tendance à m’agacer. Sa désinvolture, son côté dandy, sa propension à débattre avec ses invités au lieu de les interviewer, m’ont plus d’une fois fait grommeler sous la douche.
Son transfert sur France Inter devait toutefois me poser un sacré problème d’arbitrage : fallait-il le suivre au royaume des poulets de Loué, au motif que je m’étais accoutumé à ses manières de salonnard trendy ou, au contraire, rester fidèle à la poignée de chroniqueurs du studio d’en face ? Echanger un Alain-Gérard Slama contre un Guy Carlier ? Troquer un Olivier Pastré contre un Jean-Marc Sylvestre ? Remplacer un Alexandre Adler par un Bernard Guetta ? Abandonner un Olivier Duhamel au profit d’une Hélène Jouan ? Présenté comme ça, le choix coulait de source. Et pourtant, et pourtant...
Plusieurs mois après ce bouleversement d’une routine aussi essentielle au bon déroulement de ma journée que ― mens sana in corpore sano ― le jogging que je m’impose dès potron-minet, je suis toujours aussi indécis que l’âne de Buridan, slalomant entre les deux radios sans la moindre loyauté. L’invité d’Inter m’intéresse-t-il particulièrement ? Bing, la démagogie cynique de Carlier m’oblige, séance tenante, à reprendre le chemin de France Culture... Le social-libéralisme rigolard d’Olivier Pastré me donne-t-il matière à réflexion ? Paf, me revoici sur Inter, irrité par les efforts d’Ali Baddou à jouer les doubles de son prédécesseur au lieu de s’inventer une personnalité.
Ce matin, en tout cas, j’étais sur France Inter, attiré par la présence d’un Alain Finkielkraut dont je savais qu’il chercherait à tuer les rumeurs de son ralliement à Sarkozy. Enfin, moi, je le savais. Mais pas Demorand qui, semble-t-il, ne lit pas Le Monde, le quotidien ayant publié un communiqué du philosophe dénonçant comme « fantaisistes » et « sans aucun fondement » les « informations » complaisamment relayées par Le Canard, Libé et le Nouvel Obs.
De fait, l’animateur était surtout très fier d’avoir mis la main sur cet archétype de l’ex-soixante-huitard-acquis-aux-forces-de-la-réaction, digne représentant du sarkozysme sinistre dont on nous rebat tant les oreilles depuis quelques temps. Se préparant joyeusement à l’exécution publique du fossoyeur de la pensée progressiste une fois sa confession obtenue (à défaut de contrition), il devait d'ailleurs commencer, la fine mouche, par lui demander son avis sur la candidate socialiste...
Entendons-nous bien : je ne partage absolument pas la position d’Alain Finkielkraut à l’égard de Ségolène Royal, qu’il sous-estime complètement. Et d’ailleurs, il ne s’agirait pas de la première occasion d’affirmer ici que le philosophe se trompe, sa lecture « ethnique » des émeutes de 2005 me semblant radicalement erronée. Mais cette entreprise de transformation d’un penseur authentiquement libre en crapule réactionnaire, raciste et bushiste ― entreprise dont Demorand se faisait ce matin l’auxiliaire ― doit inquiéter jusqu'à ses détracteurs.
« La rumeur de mon ralliement à Sarkozy, expliquait justement (en substance) le philosophe, sous les dénégations véhémentes de son procureur interviewer, participe d’une logique aussi dégueulasse que transparente. Il suffit qu’André Glucksmann ou Pascal Bruckner annoncent qu’ils roulent pour le ministre de l’Intérieur pour que la machine infernale se mette en branle : les anciens-gauchos-intellos-sionistes favorables à la guerre en Irak ont achevé leur métamorphose. Bref, ils sont devenus des néo-conservateurs américains à passeport français ».
Que Finkielkraut n’ait jamais soutenu, au contraire, l’opération militaire américaine en Irak et qu’il soit possible que des intellectuels français juifs (ou présumés tels) ne soient pas les clones les uns des autres est devenu anecdotique, la liste en son temps concoctée par Frère Tariq servant désormais de grille de lecture de l’échiquier politique français. Et pour les Demorand de ce monde, obsédés par le rangement des uns des autres dans autant de petites boîtes méthodiquement étiquetées, la seule question qui comptait, une fois entérinée, d'assez mauvaise grâce, l’idée que non, décidément, l’homme n’avait pas la moindre intention d’intégrer le comité de soutien à Nicolas Sarkozy, était : « Mais bon sang de bonsoir, êtes vous de droite ou de gauche ? »
Je n’aimerais pas être la place d’Alain Finkielkraut, intellectuel à forte visibilité ayant fait le choix de penser et de dire la complexité du monde en des termes moins binaires qu’un animateur de radio conscient, lui, des impératifs de simplification qu’impose une audience de masse. Et si j'ai moi-même choisi, pour le moment encore, de rester attaché à la gauche officielle, je veux demeurer capable, autant que lui, de réévaluer ces clivages dès qu'ils ne relèvent plus que d’un dogme vide de sens.
A l’inverse de l’auteur de la Défaite de la pensée, donc, je continue de jouer le jeu. Je peux poser un regard pragmatique sur certaines des propositions économiques de l'UMP et déplorer que le PS n'y reconnaisse pas la copie mal digérée d’une démarche social-démocrate sans cesser de voter pour lui. Je peux, volontairement, ignorer l'archaïsme identitaire qui déclenche ces « J’aime pas les riches ! » démagos dans l’espoir que, d’une manière ou d’une autre, une gauche de gouvernement éclairée se débrouillera pour nous conduire au blairisme sans passer par la case Thatcher. Mais je n’en condamne pas moins le discours des orthodoxes qui ne voient plus, en ceux qui se démarquent de leur prêt-à-penser, qu’autant d'ordures droitières.
Alain Finkielkraut, n’en déplaise à Nicolas Demorand ou à n’importe lequel de ses juges autoproclamés, n’est pas un réactionnaire raciste « nostalgique de mai 67 ». Ses fameux commentaires sur l'équipe de France de football, au mieux maladroits, au pire stupides, il s'en est expliqué (et même excusé) soixante-quinze fois à l'inverse d'un Georges Frêche, serial xénophophe assumé. Et l'inviter dans une émission de radio ne devrait pas devenir le moyen, pour tel ou tel animateur-vedette, de s'en prendre à bon compte à l'intégralité des horreurs du monde... Mais peut-être finirais-je par écouter Radio 4, une station sans pub ni tribunaux populaires, pour éviter ce genre de balivernes. Tenant compte du risque toujours présent, évidemment, d'être accusé de bushisme ou pire, de blairisme, cette radio émettant en anglais. Bah, il faut bien prendre des risques de temps en temps.
© Commentaires & vaticinations
C'est très bien Radio 4, le Today programme. Dommage qu'on ait toujours le droit à Jacques Myard comme représentant du député français de base. Il n'y a vraiment que lui qui parle anglais ?
Rédigé par: mrk | mercredi 07 février 2007 at 18:34
Alain Finkielkraut, un «penseur libre» ?
Pour avoir entendu plus d'une fois son émission du samedi matin sur France Culture, je le considère définitivement comme une «crapule réactionnaire, raciste et bushiste».
Écoutez-le, et il vous apparaîtra incroyable qu'un tel discours puisse avoir droit de cité sur le service public...
Rédigé par: actarus | mercredi 07 février 2007 at 19:00
"il vous apparaîtra incroyable qu'un tel discours puisse avoir droit de cité sur le service public..."
Public donc de gauche? Belle logique.
Rédigé par: ... | mercredi 07 février 2007 at 19:17
J'ai écouté l'émission ce matin, car j'étais en voiture où la radio est sur France Inter(j'ai quitté l'écoute, à la maison de France Inter pour celle de France Culture en raison du manque de controverse de FI!) et voilà un débat (?) mouvementé! Inouï en ces temps de cirage de pompes...Mais hélas, Mr Demorand n'invectivait pas un présidentiable mais un philosophe. Pff, facile de jouer au dur devant Finkielkrauth, philosophe et cultivé!! Pourquoi n'a-t-il pas de telles envolées avec les hommes politiques (notamment NS)?
Certes, j'ai aimé la diatribe mais Dieu que c'était triste...
Merci Monsieur le Philosophe d'avoir été à la hauteur!!!
Rédigé par: Katell Bouali | mercredi 07 février 2007 at 19:25
Nicolas Demorand ne voulait pas entendre l'hommage rendu à Mendès-France et à Michel Rocard. Manifestement, lorsque l'on critique Diam's, la "Michael Moorisation de la gauche", l'aveuglement sur Ahmedinejab, la Chine et Chavez, le jeunisme de Voynet, l'anti-intellectualisme de Royal, la comparaison entre négationisme et islamophobie... on ne peut être qu'un vieux réac' de droite raciste etc. On ne saurait appartenir au camp du Bien. Lamentable.
J'ai rarement entendu un interviewer aussi médiocre, que résume bien cet échange :
- AF : Ou bien il y a à Paris un double, quelqu'un qui me ressemble, qui
veut porter mon nom et qui est très agité. Première hypothèse. La seconde,
il s'agit d'une rumeur, sans le moindre fondement, colportée, non seulement
par Internet (lieu où tout est permis, tout est possible, et où s'annule la
différence de la vérité et du mensonge) mais par un certain nombre de
journaux, ce qui est tout de même plus embêtant. Tout cela est faux !
- ND : Vous démentez, mais Nicolas Sarkozy avait déclaré qu'"Alain
Finkielkraut fait honneur à l'intelligence française", on aurait pu imaginer
que vous lui apportiez votre soutien en retour ?
- AF : La question n'est pas d'imaginer. Nous vivons un phénomène de grande
empleur qui est la disparition de l'honneur du travail et le journalisme est
touché aussi. Je ne dis pas : tous les journalistes ; mais certains
préfèrent à l'humilité devant les faits, à la vérification des faits, un
combinaison d'arrogance et de négligence et une logique déductive, qui
consiste à dire quoi...
- ND : Considérant ses écrits, c'est crédible qu'Alain Finkielkraut
soutienne Nicolas Sarkozy !
- AF : Renaud nous a bien expliqué que Sarko était facho, nous savons
(puisque nous ne l'avons pas lu) que Finkie est facho, donc, de facho à
facho, le soutien est logique et se déduit de lui-même. Et, version un peu
plus forte, Glucksmann est sioniste (écoutez le nom), Finkielkraut est
sioniste, Glucksmann le sioniste apporte son soutien à Sarkozy le sioniste,
donc Finkielkraut...
- ND : Là vous surinterprétez...
p.s.: au fait, voici le lien vers le site dont Finkie parle à un moment : http://www.grioo.com/info9074.html
Rédigé par: Ludovic | mercredi 07 février 2007 at 21:57
J’ai peut-être moi aussi des œillères, mais il y a une chose que je n’ai jamais supporté chez certains politiques, militants et journalistes soumis à une doctrine c’est la hargne et la haine qui transpirent de leur paroles.
Demorand fait partie de ces gens qui transpirent cette agressivité primaire qui ne réfléchit pas, qui s’écoute parler, qui est hermétique à la réflexion et à la recherche de la compréhension de l’autre.
Pardonnez moi mais votre candidate nous a apporté hier aussi la preuve de cette agressivité primaire, cette démagogie qui n’a rien d’autre à dire et à faire que de tirer à boulets rouges sur les adversaires au lieu de s’interroger et à proposer des chemins positifs et optimistes pour l’avenir du pays.
Pareillement j’ai constaté que les militants de gauche glissés par TF1 (J. Monod entre autres) parmi les citoyens de l’émission de lundi pour savonner la planche de N. Sarkozy montraient la même hargne et agressivité à la limite de l’insulte.
Que faut-il en conclure, ai-je des œillères, mais décidemment j’en viens à me demander si l’intelligence fine dont la gauche se prévalait dans le passé n’aurait pas changé de bord…et naturellement dans ce cas les précurseurs de ce changement seraient des intellectuels …
Rédigé par: vienne | mercredi 07 février 2007 at 22:03
Vienne : "Que faut-il en conclure, ai-je des œillères, mais décidemment j’en viens à me demander si l’intelligence fine dont la gauche se prévalait dans le passé n’aurait pas changé de bord…et naturellement dans ce cas les précurseurs de ce changement seraient des intellectuels"
Le problème des "intellectuels", c'est qu'ils aiment croire que leur rôle dans la vie publique est d'une grande importance. Si Ségolène Royal les irrite, c'est en partie parce que le PS a refusé de se positionner clairement "2e gauche" (Hollande a choisi la "synthèse" avec les minoritaires plutôt que risquer la scission du parti), mais surtout parce que sa démarche est clairement anti-élitiste : si la réponse du militant de base a autant de valeur que celle de l'élite éclairée, si toutes les bourdes sont autant de bonnes nouvelles témoignant de sa proximité et de sa simplicité, alors on peut se passer des corps intermédiaires (parlementaires, intellectuels,...).
C'est ainsi que je conçois l'engagement de Glucksmann et Gallo, ainsi que celui de Finkielkraut. Ce dernier pense qu'il peut être contre-productif d'affirmer son soutien à un candidat, qu'il est plus utile de pointer les problèmes de société que de se rallier à tel ou tel (dans les circonstances actuelles il a sûrement raison). Les autres espèrent peut-être se rapprocher du pouvoir ? C'est flagrant dans le cas d'Alain Minc. Dans Ouest contre Ouest, Glucksmann raconte comment il ne fut pas écouté par Dominique de Villepin lors d'une réunion au Quai d'Orsay, en dépit du risque de rupture au sein du camp occidental qu'une position trop violemment pacifiste ferait courir : à mon avis, il a bien écouté Nicolas Sarkozy (cf. son entretien dans le numéro 2 de la revue Le Meilleur des Mondes) et s'il se rallie publiquement à Sarkozy c'est qu'il croit pouvoir être influent dans les années à venir, quitte à perdre ses amis et à être ostracisé par les médias de gauche.
Rédigé par: Ludovic | mercredi 07 février 2007 at 22:42
Le truc étrange (mais j'ai peut-être mal entendu) était le moment où il a dit que la preuve de la décadence de la Gauche était la constitutionalisation de l'abolition de la peine capitale.
Heu... C'est Chirac la Gauche pour lui ?
Rédigé par: Phersu | mercredi 07 février 2007 at 23:41
J'a retrouvé une curiosité, la plaidoirie de Luis Rego, le jour de la venue de Jean-Marie Le Pen, au Tribunal des Flagrants Délires (en 1983, je crois). Je la poste sur mon site (http://tde.typepad.com), car vos commentaires ne prennent pas le html. Preuve que ces tribunaux radiophoniques étaient désopilants, non ?
Rédigé par: Thierry Do | mercredi 07 février 2007 at 23:54
retourne sur France Culture..
Rédigé par: Christie, même plus binaire | jeudi 08 février 2007 at 05:01
Tout le monde dans la gauche (réelle ou prétendue) ferait moins de procès d'intentions à tout le monde si l'on y signait enfin un traité d'hostilité cordiale, où nous tomberions collectivement d'accord pour admettre que nous ne sommes pas d'accord. Les querelles de clocher de plus en plus agressives au sein de la gauche proviennent du fait que quand deux frères siamois ne peuvent plus se supporter, eh bien il faut régler la question au bistouri, dussent les deux frères siamois risquer leur vie dans l'opération.
Mais de toute évidence, une campagne présidentielle n'est pas le meilleur moment pour cette clarification nécessaire... La synthèse au PS (aussi synthétique que le bifteck de synthèse) a rendu la gauche démocrate totalement schizophrène. En fait, ni les uns ni les autres ne sont vraiment méchants. Mais tout le monde pète les plombs...
Il est temps de penser au divorce dans l'intérêt des enfants: nous nous supporterons mieux quand nous ne coucherons plus ensemble.
Evidemment, entre-temps, Sarkozy aura été élu, et ce n'est pas une perspective réjouissante. Mais bon, la responsabilité principale en reviendra peut-être davantage aux électeurs de droite qu'aux schizophrènes de gauche que nous sommes tous, non?
Rédigé par: Poil de lama | jeudi 08 février 2007 at 10:12
Mrk,
Radio 4 est une excellente radio. Tout comme le Guardian est un excellent quotidien. Mais on devrait tout de même se débrouiller pour avoir quelques médias de qualité de ce côté-ci de la Manche.
Actarus,
Je l’écoute, justement. Et je ne suis pas toujours d’accord avec lui. Mais le fait que je puisse penser différemment de lui n’enlève rien à la liberté de sa pensée et n’implique pas qu’il faille l’empêcher de s’exprimer. Sauf, bien sûr, à considérer que vous (ou ceux qui pensent exactement comme vous) devraient être les arbitres de la pensée libre et les gardiens de ses lieux d’expression.
Alain Finkielkraut n’est pas la caricature que vous en faites. Mais, ultimement, s’il l’était, son discours serait tellement éloigné du consensus qu’il serait difficile d’en faire autre chose qu’un penseur libre.
Katell Bouali,
Effectivement. Et à l’heure où la présence de Marine Le Pen se banalise sur les plateaux, au moment où le borgne joue les papas gâteaux sans contradicteurs sur les antennes, cette virulence à l’égard d’un intello est lamentable.
Ludovic,
Je voulais mettre un lien vers l’émission mais il serait devenu caduc le jour suivant. Il faudrait que l’on puisse avoir un youtube radio pour ce genre d’archives permanentes.
Vienne,
Ségolène Royal est une femme politique engagée dans une campagne très dure. Elle ne va pas se contenter d’encaisser les coups sans réagir. Demorand est un journaliste dont les points de vue m’intéressent beaucoup moins que ceux des personnes que la rédaction de France Inter choisit d’inviter. Il ne me semble pas logique de les mettre sur le même plan.
Phersu,
Je me souviens de cette référence, mais pas du fait qu’il l’ait attribuée à la gauche. En tout cas, je n’étais pas loin d’être d’accord avec lui. On pourrait trouver encore d’autres moyens d’abolir ce qui a déjà été aboli : ça nous ferait passer le temps et tout le monde serait d’accord. Tiens, Bayrou pourrait s’occuper de ça.
Thierry do Espirito,
Je me souviens très bien de cette excellente plaidoirie de Luis Rego. C’était l’époque, justement, où quand Le Pen venait dans les médias, c’était pour se faire étriller. Les philosophes, eux, ils venaient pour exposer des points de vue.
Christie,
C’est probablement ce que j’ai de mieux à faire. Mais Baddou : bof bof...
Poil de lama,
Séparer la gauche de l’extrême-gauche ? Mon rêve ! Comme celui d’Aron avant moi, et de bien d’autres avant lui. Vive le divorce !
Rédigé par: Hugues | jeudi 08 février 2007 at 10:39
Hugues:
Si tu étais simplement un nom parmi les contributeurs de ton blog, je me contenterais de hausser les épaules à cette remarque stupide. Mais tu es un copain qui me connais et a déjà parlé avec moi des heures et des heures, et donc *tu sais parfaitement que je ne suis pas un gauchiste*, de même que je sais parfaitement que tu n'es pas un sarkozyste rampant. Mais c'est ça votre problème, à vous les adeptes supposés de la gauche "moderne": vous ne serez jamais foutus d'admettre qu'entre l'extrême gauche et vous, il y a des gens qui ne sont pas des gauchistes et qui ne sont pourtant pas du tout, mais alors pas du tout de votre avis (et pas non plus de l'avis des gauchistes, d'ailleurs, même si vous n'êtes pas assez subtils pour le comprendre)... Manque de chance pour votre stratégie électorale, ce marécage nauséabond dont vous feignez d'ignorer l'existence, c'est tout simplement LA BASE ELECTORALE DU PARTI SOCIALISTE. Tous des cons dans mon genre, peut-être, mais votre candidate sera élue avec les voix de ces cons ou pas du tout...
Donc, à votre place, j'arrêterais de traiter ces cons de gauchistes. Sinon ces cons ne voteront ni gauchiste, ni Sarkozy, ni Ségolène: il y a beaucoup, beaucoup d'autres choix, largement assez pour que votre belle du Poitou se plante, et c'est bien ce qu'elle est en effet en train de faire et de belle manière. Je vous signale que c'est beaucoup moins en raison de ses innombrables lapsus qu'à cause de votre manque de respect absolu pour VOTRE base électorale.
Rédigé par: Poil de lama | jeudi 08 février 2007 at 10:56
Moi, je trouve que Nicolas Demorand est un excellent journaliste, avec des sources pertinentes et un goût très sûr.
http://maitre.eolas.free.fr/journal/index.php?2007/02/08/532
Rédigé par: Eolas | jeudi 08 février 2007 at 16:44
Actarus, c'est l'albator de la pensée !
On peut lire aussi ceci
http://www.liberation.fr/culture/233742.FR.php
(au départ une connerie de Milner mais qui ne doit pas caher le problème de fond)
Rédigé par: Tlön | jeudi 08 février 2007 at 17:43
Les pertinentes interventions de Poil de Lama ne font que renforcer la sensation nuageuse que j'éprouve à vous lire, Hugues: après votre dernier billet (ainsi que vos interventions auprès des commentateurs), que j'ai trouvé particulièrement partisan au sens "suivre la ligne du Parti", voire rigide à la Colonel Fabien, vous paraissez tellement à court de convictions sincères envers votre candidate que votre qualification de FKK en tant esprit libre (si ne pas faire comme Glucksman est tout ce qu'il vous faut!) m'a tout l'air de ne se fonder que sur une chose: il n'appelle pas à voter Sarkozy.
Vous me semblez tellement engagé dans la bipolarisation des choix politiques, tellement persuadé qu'être de gauche c'est voter SR, que vous en finissez par faire monter à la surface cette impression qui ressort de tous ces bruits du PS
A savoir que tout le monde est bien embêté que les encartés aient choisi la Dame de Melle, mais que finalement, vu que personne n'a d'imagination, ça fera l'affaire.
Bref, vous jouez perdant.
Rédigé par: leblase | jeudi 08 février 2007 at 18:39
Poil de lama,
Mais je ne te traite pas de gauchiste, même si j'ai effectivement du mal à comprendre ta démarche du moment et cette décision de voter Bayrou tout en pestant contre la dérive « gauche moderne » du PS.
Et au final, je ne sais plus ce que tu reproches concrètement à Ségolène : quel est donc ce manque de "respect pour la base électorale" dont tu parles ? Comment se manifeste-t-il ? Et évitons, ce coup-ci, d'en revenir à obsession de la cassette Méry : elle ne concerne pas la candidate et n'est tout de même pas devenue le péché originel à l'aune duquel le PS doit être jugé pour les siècles des siècles.
Eolas,
Il ne peut tout de même pas dire que des conneries, surtout lorsqu'il est confronté à Bové...
Tlön,
J'ai vu le truc de Milner et je suis moi-aussi resté assez interloqué. J'ai lu Les Héritiers il y a bien longtemps et je n'aime plus beaucoup Bourdieu, ce poltergeist de la sociologie française. Mais ce procès en antisémitisme est vraiment bizarre. Cela dit, ça n'a rien à voir avec Finkielkraut qui, d'après ce que j'ai compris, en est également resté comme deux ronds de flan.
Leblase,
A court de conviction ? Non, je ne crois pas. En tout cas, j'espère avoir l'occasion de continuer à en faire preuve, de cette conviction qui est censée me manquer, dans les semaines à venir.
Mais au fait, vous me reprochez quoi ? De ne pas monter dans le bateau de la cruchisation ? De ne pas me mettre à clamer que la candidate est une erreur de casting, qu'elle est stupide et que le PS ferait mieux de se mettre en veille jusqu'en 2012 ? Ça n'arrivera pas.
Si vous faites référence à mon papier sur le vote Bayrou, et que vous y voyez l'expression d'un appel à "suivre la ligne du parti", grand bien vous fasse. Il ne me semble pas qu'il s'agisse d'un jugement honnête de la démonstration qui était faite dans ce texte et qu'il serait d'ailleurs stupide de refaire ici, puisqu'un clic suffit à le retrouver. Tout comme il serait absurde de rappeler, encore une fois, les raisons de soutien à Ségolène -- soutien que vous avez le droit de ne pas apprécier mais que vous pourriez, pourquoi pas, respecter.
Enfin, un peu de cohérence. Après m'avoir reproché mon stalinisme dans la défense de la ligne du parti, vous « m'accusez » de me faire l'avocat de Finkielkraut, dont on a vu qu'il n'était pas particulièrement chaud pour voter PS... Dans mon esprit, la note le concernant n'a strictement rien à voir avec la présidentielle, mais tout à voir avec la capacité d'un intellectuel à s'exprimer sans être renvoyé à son bushisme au motif qu'il sort du consensus –- que l'on soit d'accord ou pas avec lui.
Rédigé par: Hugues | jeudi 08 février 2007 at 20:42
Allons donc, le fait de ne pas penser comme vous aimeriez qu'on pense impliquerait-il automatiquement qu'il s'agisse d'un jugement malhonnête?
Quel accueil surprenant!
Par ailleurs, le terme de "démonstration" me paraît quelque peu exagéré si vous faites référence à vos argumentations pour le vote utile.
Moins mesuré, j'aurais pu dire qu'il s'agissait presque d'une incantation, tant votre humour habituel manquait à l'appel.
Quant à FKK, je ne vous accuse de rien: je remarque qu'il semble trouver grâce à vos yeux dès l'instant où il n'appelle pas à voter Sarko.
Moins non plus d'ailleurs, et grand bien me fasse, comme vous dîtes.
Rédigé par: leblase | jeudi 08 février 2007 at 21:56
Bah, qu'est-ce que tu nous casses les pieds avec tes histoires ? T'as qu'à écouter Rire et chansons...
Rédigé par: SM | jeudi 08 février 2007 at 23:09
Hugues:
La principale chose que je reproche à Ségolène, c'est d'être la candidate du PS, c'est-à-dire d'une machine électorale sans convictions, au service d'ambitions personnelles très souvent détestables et parfois carrément malhonnêtes. L'histoire de la cassette m'a particulièrement énervé, en effet, mais il y en a eu de plus graves, dont celle absolument impardonnable des lycées d'Ile-de-France (complicité pénale, établie et confirmée devant les juges, entre la droite et la gauche pour se partager le même magot volé au contribuable). Et ne me dis pas que c'est vieux, la clique à la tête du PS de l'époque est toujours en place aujourd'hui.
La deuxième chose que je reproche à Ségolène, c'est d'avoir été ouiste et anti-noniste, c'est-à-dire d'avoir, tout comme toi, absolument refusé d'entendre les critiques sur l'indigence du contrôle démocratique des institutions européennes -- or ces critiques sont bien de gauche, démocrates, républicaines, peut-être irréalistes mais assurément ni nationalistes, ni trotskistes, contrairement aux tombereaux d'injures que vous n'avez cessé de déverser sur la tête des électeurs socialistes.
La troisième chose que je lui reproche, c'est la prétendue démocratie participative, que je tiens sans aucune nuance pour un attrape-gogos particulièrement méprisant du peuple.
La quatrième chose que je lui reproche (oui, ça ne vient qu'en quatrième, parce qu'elle est loin d'être claire sur le sujet), c'est la conversion rampante au social-libéralisme, position qui ne me séduira jamais -- mais qui m'exaspérerait sans doute beaucoup moins si elle était assumée avec un peu de courage politique et non pas avec l'hypocrisie dont tu es le premier exaspéré.
Ce n'est sans doute pas tout (par exemple, je trouve aussi son discours inconsistant quand il n'est pas carrément crétin), mais ça fait largement assez pour que je ne puisse envisager l'idée de voter pour cette candidate qu'à contrecoeur. Je n'ai pas le sentiment qu'elle est de mon camp, ni que je suis du sien. A la rigueur, les ségolénistes peuvent espérer de moi un soutien tactique dans des contextes bien précis, mais pour le mariage d'amour, des clous.
Rédigé par: Poil de lama | vendredi 09 février 2007 at 00:24
Pour revenir un peu sur le sujet initial de cette note, voici un lien vers une interview accordée le 8 février par Alain Finkielkraut à Libération :
http://www.liberation.fr/actualite/politiques/233781.FR.php
Je renonce (temporairement ?) à expliquer comment l'on peut soutenir Ségolène Royal et être d'accord avec certaines des assertions du philosophe. Nous sommes vendredi et la semaine a été chargée. Je suis trop fatigué.
Rédigé par: Hugues | vendredi 09 février 2007 at 10:52
Le député Eric Besson envisage de porter plainte :
http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/bref/234079.FR.php
Un de plus !
(Sur http://www.grioo.com/info9074.html , il explique à un moment qu'il a encore 6 procès pendants).
Au fait, quelqu'un a-t-il lu le bouquin de Sébastien Fontenelle (20 minutes/Vive le feu) sur "La position du penseur couché" ?
Rédigé par: Ludovic | vendredi 09 février 2007 at 17:33
Oui et non !
Finkel abuse de sa position de "penseur officiel" et s'endort dans sa bulle. Demorand, je l'ai trouvé juste dans ces questionnement et, enfin, cela a cessé de ronronner dans la campagne…
:-)
Rédigé par: filaplomb | lundi 12 février 2007 at 10:14
Je n'ai ni la culture, ni la capacité de réflexion nécéssaire pour une analyse pertinente de l'échange entre le sieur Finkel et Nicolas Demorand. Je sais juste que le second m'a rendu fidèle aux matinales de FI par justement son aptitude à interviewer avec finesse ses invités. De mon point de vue, il peut se laisser déborder par son enthousiasme mais je préfère ça à la tiedeur de beaucoup d'autres (et puis, j'ai découvert ce blog grâce à ce débat et je suis bien contente !!).
Rédigé par: anne | mardi 13 février 2007 at 10:29
Trois petits mots pour dire, en temps que chômeur, donc gros profiteur du système en place, j'ai eu le temps d'écouter Daniel Mermet, sur Inter, et son émission sur la Corée... Du journalisme à la limite de l'effroi : http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1112
Rédigé par: Bob Wood | mercredi 28 février 2007 at 02:27
Mermet ? Mais je croyais qu'il était favorable à l'émergence d'un modèle anti-américain fondé sur la collectivisation des moyens de production ? Quel est son problème avec la Corée du Nord ? Il ferait mieux de s'en prendre aux capitalistes du Sud, avec leur débauche de consommation décadente...
Rédigé par: Hugues | mercredi 28 février 2007 at 17:11