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mardi 20 février 2007

Pragmatisme solidaire

La société solidaire que Ségolène Royal veut construire n’est pas un obstacle au retour de la croissance, au contraire. Mais l'intox sarkozyste n'aide pas à en convaincre les électeurs.

HandicapsignsparkingtowingDe ma période américaine, je conserve pas mal de souvenirs forts, comme celui d’une société complexe dont la brutalité intrinsèque serait largement pondérée par la générosité naturelle de ses concepteurs.

Ainsi, je me souviens d’avoir été surpris, dès mon arrivée, par le très grand nombre de handicapés circulant ici et là, déjeunant dans les restaurants, visitant les musées, encaissant mes chèques à la banque... Pour être tout à fait honnête, je m’étais d'abord inquiété de cette présence massive d’aveugles ou de types en fauteuil roulant, échafaudant moult théories sur ce nouvel indice des carences sanitaires au pays du veau d’or. Car l'existence d’autant d’infirmes, en comparaison d’une France respirant la santé, démontrait forcément la supériorité de notre modèle social sur le leur. Et clairement, ces malheureux n’avaient tout bêtement pas les moyens de financer le traitement qui, chez nous, les aurait rafistolés fissa !

A la longue, j’allais pourtant comprendre que cette visibilité témoignait d’un réel souci de faciliter l'existence des invalides, ces derniers jouissant en fait de la possibilité de se déplacer à leur guise et de participer à la vie de la société ― au travail comme dans les loisirs. Emplacements de parking nombreux et respectés, ubiquité des rampes d’accès aux immeubles, toilettes publiques spacieuses et équipées, indications en braille sur les boutons d’ascenseurs, feux piétons doublés d’un système sonore, salles de spectacles adaptées et, surtout, absence manifeste de stigmatisation dans le regard de l’autre... Une fois ces mille détails repérés, c’est d'ailleurs le sentiment d’appartenir moi-même à une société égoïste et, ultimement, rétrograde, qui devait prendre le dessus sur mon chauvinisme pavlovien.

Je ne sais pas de quelle manière les Américains imposent à leurs architectes de tenir compte des besoins des handicapés. Je ne sais pas non plus comment ils obligent les employeurs à les recruter. Et je n’ai pas la moindre idée de la façon dont ils s’y prennent pour que tout le monde trouve absolument normal de bavarder avec une bibliothécaire à lunettes noires ou un programmeur paraplégique. Mais je sais que la rareté des fauteuils roulants est, sous nos latitudes, directement corrélée à la préférence des chefs d’entreprises pour le paiement d’amendes (dérisoires, il est vrai) en lieu et place du recrutement d'un collaborateur motivé et compétent mais trop, hum, différent. Je sais aussi que cette rareté a quelque chose à voir avec l’absence d’ascenseurs dans le métro, de planchers plats dans les bus, d’accessibilité des lieux publics, bref de tous ces dispositifs dont le coût serait noyé dans la masse de nos dépenses de structure mais qui nous semblent, finalement, moins indispensables qu’à ces crapules de yankees...

Je pensais à ça, hier soir, en assistant au grand oral télévisé de Ségolène et à son échange avec un monsieur souffrant d'une sclérose en plaques. Enfin, disons que je me suis mis à y penser une fois évacué l’agacement initial de la voir se focaliser, véritable guérisseuse d’écrouelles, sur les misères de ce panel trop caricaturalement « France d’en-bas »  ― un panel comme destiné à maintenir la candidate socialiste dans le rôle de mère de famille inculte composé pour elle par la war room sarkozyste ces dernières semaines.

Au-delà de cet agacement initial, donc, je me suis surtout rendu compte qu'elle était la seule à s'intéresser à ces sujets bêtes comme chou, sans qu’ils n'interfèrent le moins du monde avec le reste de son discours, cette vision d’une France scandinavisée, à la fois solidaire et réconciliée avec ses entreprises. Elle donnait l'impression, en fait, d'avoir compris que le concret de chez concret, à tout prendre, avait bien plus de sens que les clichés sur la souffrance prolétarienne de Laguiller ou les lieux communs ouvriéristes de Besancenot.

La question est de savoir si les électeurs, éblouis par le bateleur de la place Beauvau et ses fameux « 4 points de prélèvements obligatoires en moins », réaliseront à temps à quel point le terrain sur lequel Ségolène Royal se situe est le bon, ses gaffes, réelles ou supposées, n'ayant que l'importance que Nadine Morano veut bien leur donner. Les handicapés, dont je ne me permettrais pas de dire que leurs problèmes sont symboliques, en deviendraient presque la métaphore idéale du choix qui se présente à nous : inclusion et nouveaux modes de pensée d'un côté, exclusion et vieilles recettes de l'autre.

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Voici les sites qui parlent de Pragmatisme solidaire:

Commentaires

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Enfin un sujet ou elle peut deployer toute ses competences. J'espere que DSK lui confiera la cohesion sociale quand Bayrou lui demandera de former son gouvernement.

"Je ne sais pas de quelle manière les Américains imposent à leurs architectes de tenir compte des besoins des handicapés. "

Le montant des dommages évalués par les tribunaux.

Autant dire que si ça fonctionne, c'est précisément parce que le gouvernement ne s'en mêle pas et laisser jouer à plein la lutte des classes pardon, des communuatés.

Juste...excellent ce commentaire n°1! Facile mais trop bon, comme disent les jeunes (handicapés ou non).
Vive la Scandinavisation états-unienne !

>>je me suis surtout rendu compte qu'elle était la seule à s'intéresser à ces sujets bêtes comme chou, sans qu’ils n'interfèrent le moins du monde avec le reste de son discours.

Les autres, les autres...
C'est bizarre, mais les autres pensent peut-être que la question du handicap, est à l'image du reste de sa campagne. Lente à démarrer.

Bayrou et sarkozy ont largement discouru là dessus, certains soutitrant et signant les discours depuis plusieurs mois.
Ségo a raison de vouloir occuper le terrain, mais attend un peu qu'elle se lance vraiment avant de jouer à "qui intègre le plus le handicap".
Tu risquerais d'être surpris.


sur le "bateleur de la place Beauvau" et ses quatre points de Pib de réduction des prélèvements obligatoires; voir ce déchiffrage du chiffrage du l'UMP :

http://www.voteragauche.org/?2007/02/20/15-dechiffrer-le-chiffrage-de-lump

Les americains y arrivent en faisant respecter la loi (en particulier par des dommages punitifs) ce que les gouvernements Francais sont incapable de faire.

Plus encore les americains y arrivent parce qu'ils sont civiques (ce qui frappe le plus en arrivant en France c'est le manque de civisme des français, y compris des policiers, parce que dans ce domaine quelques pommes pourries et tout le panier est inmangeable).

Enfin ils y arrivent parce que l'ecole forme des citoyens obeissants, la religion forme des hommes humbles et les universités forment des elites sans foi ni loi (en caricaturant un peu).

Scope,
Mais je croyais que Bayrou voulait le poste de vice-Premier ministre chargé de l'Environnement dans le gouvernement Borloo... Bah, ça change tout le temps.

Passant,
Comme au Danemark et en Suède alors, ces sociétés connues pour leur juridisme et leur approche communautariste des problèmes ? Tu dois avoir raison, le volontarisme politique ne sert à rien.

Manu,
Je me demande bien pour qui tu vas voter. Enfin, je subodore que ta préférence va vers l'un de ces partis qui nous propose une forme ou une autre de révolution, mais je me demande lequel.

Protéine,
Je ne voyais pas ça comme un concours. Mais si d'autres font avancer les choses, qui s'en plaindra ?
En tout cas, je n'ai pas le sentiment d'avoir entendu ce genre de chose ailleurs. Sans doute suis-je un observateur inattentif de cette campagne.

Voter à gauche,
Mais que voilà une initiative bienvenue !

Denis,
Ok. Donc, ça n'est pas pour nous. Nous ne sommes pas civiques, nos tribunaux n'ont pas de dents, et nos facs sont en déshérence. Les handicapés devraient faire comme les chercheurs, rejoindre des terres plus hospitalières.

Il me souvient vaguement que l'actuel président de la République s'était fait élire sur la promesse de faire quelque chose de super bien en faveur des handicapés; genre "grande cause nationale" ou quelque chose du même acabit. Hélas, une fois élu, s'il a fait quelque chose de grandiose en la matière, disons que ça m'a échappé.

Bon, pas beau Chirac, remplaçons-le par Ségolène qui fera forcément nettement mieux! Youpi, votons Ségolène.

Sauf que...

Sauf que je rêve ou le Parti socialiste a déjà été au pouvoir, y compris à des époques où il y avait déjà des handicapés en France? Je rêve ou il a, encore maintenant, des députés qui peuvent asticoter les ministres pour leur demander de tenir les promesses de Chichi (bon, peut-être pas Ségolène, qui est rarement présente à l'Assemblée, mais il y en a de plus assidus qu'elle)?

L'emmerdant avec les hommes politiques, c'est qu'il faut toujours les croire sur parole, mais que quand on compare leurs belles promesses à leur action passée, y a toujours comme qui dirait un hiatus. Une vague impression que pour eux les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent.

Combien on parie que si je soumets la question à Sarkozy, Bayrou, Buffet, Voynet, Bové, Besancenot, Laguiller, Villiers, Le Pen -- j'obtiendrai exactement les mêmes promesses qu'avec Ségolène?

Ce qui pourrait faire la différence, ce serait si les socialos pouvaient montrer un bilan de ce qu'ils ont fait en la matière (en plus, si ça se trouve, ils auraient quelque chose à montrer, comme le financement de bus à plancher horizontal par les régions où ils détiennent la majorité; en Ile-de-France, je ne serais pas étonné qu'ils aient réellement de quoi se vanter; en Poitou-Charentes, j'en sais rien).

Qu'ils le montrent, leur bilan, y a pas de honte (a priori). Evidemment, ils s'exposent à quelques commentaires acides des associations de handicapés si le bilan est maigre... mais on n'a rien sans rien.

Hugues,

C'est dommage de dire c'est pas pour nous...

Surtout que les modeles scandinaves aussi sont bases sur le civisme, alors le PS a interest a s'y mettre !

Cette illusion que la France peut devenir Social Démocrate quand la Social Démocratie est tout ce que la France n'est pas.
Je ne veux pas revenir sur le caractère de passagers clandestins qui semble animer autant de Français et déjà mentionné par Denis, qui m'a frappé et irrité lorsque je suis rentré dans mon beau pays.

Je veux parler du caractère homogène en valeur et en comportement, du coût de la remise a plat complète du financement de notre Etat Social, de la remise a plat complète de notre Fonction Publique de la remise a plat complète des statuts divers et variés auxquels les Français sont tant attachés, de la remise a plat complète des mentalités vers le pragmatisme, le donnant donnant, l'efficace.

Bref quand tous les Français seront prêt à payer des impôts peu progressifs et très élevés au lieu de passer la balle aux « riches » (c'est-à-dire aux autres), à partir à la retraite entre 65 et 67 ans a éliminer les statuts et les régimes spéciaux, a forcer vivement les chômeurs et les RMI-stes a se bouger en échange d’indemnité plus substantielles, etc. alors oui, je croirais que la Social Démocratie est possible dans ce pays.

En attendant la compassion, la guérison des écrouelles, l'état maternel réglant tous les problèmes, l’écoute et le feedback positif a tout crin, ce n'est pas de la Social Démocratie, c'est du rad-soc vieille école, du Mitterando-Chiraquisme, et ce n’est pas pour moi.

Amen.

Denis,
J'étais sarcastique. Nous sommes évidemment tout à fait capable d'y arriver. Il nous manque peut-être la volonté politique qui servirait de déclencheur. Mais n'est ce pas ce qu'elle propose ?

Merlin,
A nouveau, les Français ne sont pas plus incapables de développer leur version de la social-démocratie que les autres. Ils acceptent déjà de payer, d'une manière détournée, autant d'impôts que les Danois. Pourquoi refuseraient-ils les avantages qui vont avec ?

Cher Hugues,
je vous félicite de votre évolution récente : ainsi, vous "subodorez" simplement que je vote pour un parti "révolutionnaire". Il y a encore quelque temps, vous l'auriez "su". Alors, puisque nous en sommes à nous aimer (d'ailleurs, vous me tutoyez toujours), je vais vous faire une confidence sur l'oreiller : moi aussi je me demande bien pour qui je vais voter. En 2002, j'avais voté pour les Verts (remarquez bien que je n'ai pas dit : pour Noel Mamère) parce que c'étaient les seuls à avoir deux-trois idées réellement novatrices ET importantes. Là, Voynet, trop c'est trop, j'peux pas, comme dirait l'autre. Quant à Besancenot ou Buffet, je n'aime guère la manière dont ils ont sabordé la superbe victoire du référendum pour leurs intérêts : le PS n'aurait pas fait mieux. Bové ? Oui, mais si on se retrouve avec Sarko-le Pen au 2e tour...bref, l'éternel chantage au vote utile.
En même temps, la "social-démocratie" (rires) telle qu'elle est présentée par le désenchanteur Merlin fait froid dans le dos.
Du coup, reprenant l'adage de cette bonne vieille fripouille de Mitterrand : "laissons du temps au temps".

subordonner un permis de construire à la prise en compte d'éléments HQE est un premier pas vers l'intégration des handicapés, l'accessibilité et l'utilisation des lieux étant l'une des cibles.

Normalement aucun batiment public ne devrait voir le jour sans que l'accès en soit possible.

Reste à changer la vision des français sur le handicap, c'est pas gagné.

De facon détournée, vous avez raison. Le jour ou cela sera sur la table de facon transparente nous verrons les réactions. Et peut être auront nous une meilleure gestion des deniers publics.

De plus la SD ce ne sont pas que les impôts. C'est aussi, entre autre, l'égalité des statuts. Éradiquons le statut de 1946, amis gaziers et électriciens c'est le grand soir qui s'annonce!

C'est aussi une société culturellement fermée, ce qui risque de poser des problèmes avec la globalisation des cultures et les migrations humaines.

La France en était a la rupture avec le capitalisme en 1981, elle découvre la Social Démocratie en 2007, vivement Demain, et elle découvrira le marché et le Libéralisme.

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