Télégramme de Suisse
De retour d'Oxford, court séjour à Genève. Là encore, quelques impressions rapides.
Remarqué dans la Tribune de Genève, section des petites annonces : « Aline, très grosse poitrine non refaite, toutes pratiques sexuelles, fellation et sodomie acceptées du lundi au samedi. Contacter le 022... » Les Suisses sont des gens étonnants. Au pays du « tout propre en ordre », la prostitution est aussi invisible dans les rues qu’omniprésente dans les pages des quotidiens. Ici, pas de sous-entendus hypocrites à la Pariscope : on annonce la couleur. Mais Calvin y retrouverait ses petits, puisque la dame ferme son guichet le jour du Seigneur.
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La presse reste effectivement un excellent moyen de faire passer un message sur les bords du Léman. Témoin, cet encart publié, à ses frais, par Jean-Luc Bideau (toujours dans la TDG). L’acteur y donne son avis sur le référendum du 11 mars prochain et appelle ses concitoyens à voter contre l'interdiction de « l’affichage libre ». On le comprend : si le Oui l’emporte, il ne sera plus possible d’afficher la moindre information culturelle ou associative dans les rues de Genève, seuls les emplacements commerciaux et payants restant autorisés. On trouvera tout de même ironique qu’il faille s’offrir un encadré dans le journal pour défendre la gratuité de l'affichage mural...
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Cette histoire d'affichage libre me conforte dans une terrible impression (les promoteurs de la loi affirmant lutter contre la « saleté »). Ces dernières années, Genève est devenue plus propre, plus suisse ― moins française, quoi... Il n’y a plus de tags sur les murs et les voitures garées n’importe comment se font rares.
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A Genève, les taxis ne s’arrêtent qu’aux stations et refusent d’être hélés dans la rue. Il y a bien le bus, mais le chauffeur ne vend pas de tickets et les distributeurs automatiques installés aux arrêts ne prennent que les pièces (et ne rendent pas la monnaie). Ca n’a l’air de rien, mais ça peut vous fiche en l’air une soirée. Etonnez-vous, après ça, de voir des Français resquiller !
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Dimanche prochain, la question de l’affichage sauvage ne sera pas la seule à être posée aux électeurs. Un autre dilemme se pose à eux, bien plus impliquant celui-là. Il est en effet envisagé de remplacer les 87 caisses d’assurances maladie privées qui se disputent les faveurs des Helvètes par une structure unique, véritable sécu à la française. Inutile de dire qu’à droite, on est assez mal à l’aise à l’idée de voir émerger une caisse nationale à la comptabilité transparente, théoriquement indépendante des lobbies pharmaceutiques... J’espère que sur ce coup, Jean-Luc Bideau, votera Oui. En tout cas, il ne s’est pas exprimé publiquement sur ce point. Ni dans la Tribune, ni sur les murs.
©Commentaires & vaticinations
Une sécu à la française ?
Ce...ce serait du communisme !
C'est une plaisanterie, j'espère.
Rédigé par: manu | jeudi 08 mars 2007 at 20:38
C'est interessant ce referendum.
Je me demande ce qui vous pousse à choisir le oui. Si c'est une connaissance intime des enjeux du referendum, pourriez vous nous en faire profiter ?
Sinon, est-ce par un a priori favorable a la centralisation ? Ou a une preference pour l'unique face a la multitude ? Ou est-ce que c'est pour se rassurer que nous autres français ne sommes pas dans l'erreur ?
Dans le dernier cas, je vous rassure, les américains aussi ont une Social Security, organisme fédéral financé par un impot special. On est en bonne compagnie.
Personnellement (faute de detail sur le debat) je trouve superbe que le peuple Suisse puisse prendre directement ce genre de decision qui engage profondement le modele de societe.
Rédigé par: Denis | vendredi 09 mars 2007 at 05:49
Manu,
T'inquiètes, le Non l'emportera probablement. Vous les nonistes, vous êtes bien tous les mêmes !
Denis,
Mais je ne suis pas suisse moi-même. J'ai juste passé quelques jours à Genève pour le boulot et il se trouve que je connais un peu la ville pour y être allé souvent à une certaine époque. En tout cas, et même si les votations sont nombreuses dans ce pays, j'ai l'impression que le débat qui les précède est d'assez bonne qualité. Même si l'abstention gagne du terrain là-bas comme ici.
Rédigé par: Hugues | vendredi 09 mars 2007 at 09:21
Hugues, pourrais-tu, s'il te plaît, nous donner la suite du numéro de téléphone au début de l'article. Il se trouve que je dois aussi me rendre en Suisse et que je m'en voudrais de passer à côté des exceptions genevoises...
Ceci dit, billet très intéressant. Dommage que certaines informations ne soient pas complètes...
Rédigé par: Voyageur | vendredi 09 mars 2007 at 12:42
" Aline, très grosse poitrine non refaite, toutes pratiques sexuelles, etc."
Tu cherches à augmenter tes recherches Google ?
Tu vas t'attirer un public classieux.
Rédigé par: aymeric | vendredi 09 mars 2007 at 14:31
Pour faire un bon mot, vous êtes tout de même capable de dire un peu n'importe quoi...
Quel rapport entre le TCE et la Sécurité sociale ?
Au fait, cette caisse unique sera-t-elle soumise à une concurrence libre et non faussée ?
Rédigé par: manu | samedi 10 mars 2007 at 11:11
@Manu : Hugues n'a sans doute pas besoin de moi pour prendre sa défense mais le nonisme a quelque chose d'universel dans le refus du changement et l'esprit de réaction. Il peut se parer des atours du progressisme (pour le référendum constitutionnel) ou du conservatisme (pour la sécu des Suisses) mais il revient toujours à contester un changement "pour ce qu'il est" même si la situation initiale est considérée comme insatisfaisante et que le changement apporte une amélioration objective.
Rédigé par: Gilles | samedi 10 mars 2007 at 12:18
En effet, Gilles, Hugues n'a pas besoin de vous pour paraphraser ainsi sa pensée.
En tous cas merci pour cette intervention très impressionniste : "le nonisme a quelque chose [quoi ?] d'universel dans le refus du changement [lequel ?]".
Comme le disait l'un des mes professeurs un jour de faible inspiration :
"Il y a chez Malherbe un je ne sais quoi...qui conduit à un je ne sais quoi...de sécrétionnel."
Rédigé par: manu | samedi 10 mars 2007 at 17:39
Il semble que le nonisme réactionnaire soit en forme, ces jours-ci : les Suisses viennent de refuser, à 70%, la création d'une caisse de sécurité sociale unique, en lieu et place des 87 structures privées et régies par le marché qui existent actuellement.
Comme d'hab, les francophones refusent moins massivement que les germanophones mais même Genève dit Non, à 54,5% (quand je vous dis que cette ville est de plus en plus suisse).
Autre mauvaise nouvelle, ouiste celle-là : les Genevois ont approuvé la criminalisation de l'affichage sauvage.
Loin, très loin d'être submergés par les affiches non commerciales, les promoteurs de Genève ville sans âme avaient pourtant proposé d'interdire totalement ce mode de communication.
55,01% des électeurs ont donc accepté une nouvelle loi permettant d'exiger de fortes amendes (jusqu'à 60 000 FS) de la part des éditeurs d'affiches "libres" (spectacles, militants, associations...).
Rédigé par: Hugues | dimanche 11 mars 2007 at 16:20