Bel effort dans la montée (en gamme)
Acheter un nouveau vélo, c'est un peu comme acheter une nouvelle voiture. Sauf que c'est complètement différent ― si vous voyez ce que je veux dire...
L'équipement d'un cycliste urbain en début de carrière est rarement impressionnant. Occasions ou, dans mon cas, premiers prix de chez Décathlon sont généralement au menu compte tenu d'un risque élevé d'abandon de ses bonnes résolutions écolo-sportives bien avant l'amortissement d'une bécane trop dispendieuse... Il arrive pourtant un moment où, le métier venant, l'idée d'une montée en gamme se met à germer. Oh, il y a du pour et du contre, évidemment. Et le nombre de vétérans du pédalage citadin circulant sur d'authentiques pièces de musée en est la preuve : on peut parfaitement s'accommoder, à long terme, d'un vélo mangé par la rouille.
Un trop beau matériel, d'ailleurs, aiguisera fatalement les convoitises et vos chances d'être dépouillé de votre bien en seront considérablement augmentées. Une machine flambant neuve aura de surcroît, et assez paradoxalement, moins de charme qu'un bicloune usé, vieilli, fatigué... Hum, ces considérations sont recevables, mais valent de se voir opposer les contre-arguments suivants : un vélo que l'on utilise tous les jours, qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente et de façon, sinon sportive, au moins nerveuse, se doit d'être fiable et confortable. Croyez-moi, une chaîne n'acceptant de changer de plateau qu'avec réticence, des freins capricieux, un cadre à la géométrie non-conforme à votre morphologie et un poids ridiculement élevé finissent toujours par agacer.
Mais bon, encore une fois, tout ça, c'est un peu du baratin. Et au bout du compte, ce désir de changement emprunte surtout à la logique qui impose au propriétaire d'une voiture X, parfaitement adaptée au transport de ses gosses et de ses provisions, l'achat d'une voiture Y, plus moderne et, censément, plus performante. Le choix d'une auto est plus souvent gouverné par des considérations statutaires que par un impératif d'efficacité et les constructeurs savent bien que tel ou tel modèle séduira davantage le jeune cadre urbain célibataire que le pater familias installé dans un lotissement Kaufman & Broad de la première couronne parisienne... « Dis-moi ce que tu conduis et je te dirai qui tu es », affirment doctement les spécialistes du marketing appliqué à la mobilité individuelle lorsqu'ils se prennent pour des sociologues.
Donc, dans l'échange d'un vélo bas de gamme contre un vélo plus sophistiqué, il y a sans doute un peu de ça, de cette attitude de soumission absurde à une société de consommation capable de forcer un type dont le Riverside à 149 euros fonctionne parfaitement à repasser à la caisse pour se doter d'une machine plus prestigieuse. Il y a de ça, mais pas seulement. Car enfin, et alors qu'une voiture de luxe a toujours l'air d'une voiture de luxe, même aux yeux du pire analphabète automobilistique, rien ne ressemble plus à un vélo haut de gamme qu'un vélo bas de gamme.
Je viens moi-même de faire l'acquisition d'une nouvelle bécane, après des semaines d'atermoiements. Comme l'automobiliste rencontré plus haut, je savais bien qu'il s'agissait d'une pulsion irrationnelle, que ma vie n'en serait pas transformée, qu'il faudrait toujours pédaler pour faire avancer l'engin dans les côtes... Mais, au contraire de ce benêt motorisé sans colonne vertébrale (ni muscles dans le jarret), il me semble qu'il s'agissait davantage de la satisfaction d'un désir privé que d'une démarche classiquement ostentatoire et conformiste. Car enfin, les passants ne vont tout de même pas se retourner dans la rue pour voir passer un type sur un VTT Exalt+ 4.0S H06 à 399 €, pas plus qu'ils ne se pâmaient devant moi lorsque je leur coupais la route sur mon Riverside... Enfin, en tout cas, je n'ai pas encore remarqué. Ou alors oui, peut-être... Vaguement... Mais je pensais que c'était moi qu'ils admiraient, pas le vélo...
Non, clairement, circuler sur vélo neuf, même équipé d'un cadre en aluminium, de freins à disques à l'avant, d'une fourche à la suspension réglable n'épatera ni le non-spécialiste, ni le véritable amateur, lequel identifiera immédiatement l'engin pour ce qu'il est : un vélo très moyen (les vrais vélos haut de gamme se négocient bien au-delà du millier d'euros), actuellement en promotion dans tous les Go Sport de France et de Navarre. Une BMW Série 7 ou un Porsche Cayenne, en revanche...
Mais peu m'importe. Le printemps est là, il fait beau et je suis très fier de mon nouveau vélo, de son dérailleur qui fonctionne, de sa fourche télescopique réglable, de son poids presque plume. Pourvu qu'on ne me le pique pas tout de suite.
©Commentaires & vaticinations

Et votre beau frère, cher Hugues, quel destrier à pédalier chevauche-t-il ?
Rédigé par: Bernard Hinault | le lundi 09 avril 2007 à 20:32
Passeras-tu également de la créatine aux anabolisants ? Cà aussi c'est de la montée en gamme !
Rédigé par: Lance Armstrong | le mardi 10 avril 2007 à 09:47
Hugues : c'est surtout des gardes boues et des lumières qu'il te faut ;-)
A+
Rédigé par: NiNie | le mardi 10 avril 2007 à 11:02
Bernard Hinault,
Il me semble que tu es trop allusif et que tu oublies de citer le beau-frère qui t'inspire ce commentaire sibyllin.
http://www.authueil.org/?2007/04/09/370-gadget-et-dependances
Lance Armstrong,
Pas tout de suite. Mais sait-on jamais, en fait...
Ninie,
C'est pas un nom de champion, ça ? Mais j'ai justement décidé d'équiper mon nouveau vélo d'un garde boue arrière sur les conseils d'Eolas. Je n'ai pas encore eu l'occasion de rouler sous la pluie donc je réserve mon jugement sur l'utilité de cet accessoire. Quant aux lumières, j'en ai, évidemment, puisque c'est la loi et que je respecte presque toujours la loi.
Rédigé par: Hugues | le mardi 10 avril 2007 à 11:41
Et pourquoi pas un vélo sans suspension mais plus léger (14,4 kg quand même...)
Est-ce qu'un cadre de route avec des pneus et un guidon adaptés n'aurait pas été plus judicieux?
Comme quoi, il y a d'autres choix cruciaux à faire en ces temps d'élections...
Rédigé par: Mathieu | le mercredi 11 avril 2007 à 12:11
Et ton vieux Riverside, tu veux pas le donner à tes fans, ou organiser un jeu concours ?
Rédigé par: Petit malin | le jeudi 12 avril 2007 à 09:54
Tiens, je n'y avais pas pensé. Un grand jeu concours richemement doté d'un vélo d'occase m'ayant appartenu et ayant effectué mon fameux Paris-Lille... Je vais réfléchir à la question.
http://hugues.blogs.com/commvat/2005/10/papa_regarde_sa.html
Rédigé par: Hugues | le jeudi 12 avril 2007 à 10:16