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mardi 29 mai 2007

Franchise médicale : Sarkozy responsabilise les "pas-coupables"

« Responsabiliser », c'est bien. Mais Nicolas Sarkozy ferait mieux de mettre sa clientèle électorale au pas s'il veut être pris au sérieux en matière de réduction des dépenses de santé...

VacancesS'il fallait se contenter d’un exemple pour démontrer l'ineptie du système de franchises médicales proposé par Nicolas Sarkozy, le non-remboursement d'une fraction des frais d’hospitalisation emporterait sans doute le morceau... Quelle est, en effet, la logique d’une mesure forçant le patient à contribuer davantage à son passage sur un lit à barreaux ? S’agit-il d’alléger concrètement le coût de la prestation pour l’assurance maladie ? Mais le « pourboire » (10 €) alors exigé en regard des 800 euros correspondant au prix d’une journée en service de chirurgie serait dérisoire, la franchise ne s’appliquant de plus qu’une seule fois au cours du séjour. Amener le patient à cesser de se faire hospitaliser pour un oui ou pour un non et à ne plus s’offrir un quadruple-pontage coronarien de confort à chaque long weekend ? Mais chacun sait que l’émotion que procure ce genre d’expérience est très inférieure à celle qu’induit un tour de Thunder Mountain à Disneyland ― lequel n’est même pas pris en charge par la sécu...

Je m’étais promis, une fois la victoire du patron de l’UMP entérinée, de ne pas tomber dans l’opposition systématique et d’examiner le plus honnêtement possible les initiatives qu’il prendrait, qu’elles aient été ou non intégrées à son programme électoral. De surcroît, je ne fais pas partie de ceux qui pensent que le service public est une corne d’abondance dans laquelle il est raisonnable de puiser sans se poser la question de l’alimenter en matière première sonnante et trébuchante. Si l’assurance maladie est en déficit structurel (10 milliards d’euros envisagés pour 2007), ses dépenses continueront d’augmenter au même rythme que le vieillissement de la population ou que le renchérissement de techniques médicales toujours plus sophistiquées. Qu’il faille trancher dans le vif est donc une évidence que même un Fabius pourrait reconnaître après un verre ou deux de calva absorbés au comptoir du bar de la mairie du Petit-Quevilly.

Ce que le gouvernement suggère est pourtant déjà présenté par Roselyne Bachelot, improbable ministre de la Santé, non comme un dispositif de « comblement du déficit permettant d’équilibrer les comptes » mais plutôt comme « un élément de responsabilisation des patients ». Bref, une goutte d’eau dans la mer à simple vocation de « sensibilisation des assurés à l’importance de la maîtrise des dépenses de santé ». Hum, à la limite, ce désir d’éducation populaire serait légitime s’il s’accompagnait de la responsabilisation de ceux qui, dans le monde réel, poussent le déficit à la hausse, soit l’un des blocs de clientèle électorale les plus puissants de l’UMP : les prescripteurs eux-mêmes et leurs auxiliaires épiciers.

Les Français aiment les médicaments, c’est sûr. Ils en consomment plus que leurs voisins, n’apprécient guère que leurs remèdes préférés les plus inutiles soient « déremboursés », font des pharmacies leurs lieux de shopping favoris, mais leur appétit galénique serait automatiquement apaisé par un changement d’attitude de médecins aussi prompts à rédiger une ordonnance qu’ignorants du pouvoir des génériques. Clairement, c’est ce public-là qu’il aurait fallu éduquer à la gestion d'un budget en lui apprenant, par exemple, à résister aux sirènes des labos tout autant qu’aux exigences de patients (de clients ?) susceptibles de changer de crèmerie d’un simple mouvement de Carte Vitale.

Pour le moment encore, ce gouvernement (ou plutôt ses différentes incarnations puisque les Juppé, les Fillon, les, hum, comment s’appelle-t-il déjà celui-là, l’ancien ministre de l’Intérieur, zut son nom m’échappe, me semblent assez familiers) n’a guère tendance à innover en matière de mise au parfum des toubibs. Et l’augmentation régulière des honoraires des médecins de ville a rarement été le corollaire d’une modification de leurs méthodes de travail.

Roselyne Bachelot, pharmacienne de formation tombée dans la potion politique lorsqu’elle était petite, ne va tout de même pas se mettre ses confrères potards à dos en leur imposant un numerus clausus dont on pressent qu’il aurait un impact sur la consommation de médicaments. Elle ne se bagarrera pas non plus pour accélérer le déremboursement de produits sans Service Médical Rendu et permettre leur commercialisation par d’autres canaux ― plus proches de la parapharmacie et de la cosmétique que de l’officine d’un apothicaire. De même, elle n’ira pas se colleter avec les médecins pour imposer une vraie transformation de leurs pratiques.

J’imagine que le défenseur des « accidentés de la vie » qui s’est installé à l’Elysée proposera rapidement un plancher de revenus au-dessous duquel la contribution au séjour hospitalier (comme les trois autres franchises prévues par son plan : consultations, analyses, achat de médicaments) ne sera plus exigée. Il est si malin. Mais l’annulation pure et simple d’une mesure impopulaire (61% des Français sont contre), inutile (elle ne réduit pas le déficit), sanitairement douteuse (puisque susceptible d’entraîner l'abandon des premiers soins de l’année par un malade redoutant ce surcoût) serait une excellente idée si le bonhomme est effectivement à la recherche de moyens de remettre la Sécu sur les rails. Les éléphants quant à eux, et entre deux intrigues pour le contrôle du bateau ivre de la rue de Solferino, feraient bien de se focaliser sur ce genre de vrais problèmes... Merde alors, il faudra bien que ces 150 députés servent à quelque chose !

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Bien dit, quoique la responsabilisation des medecins ne soit pas absolument antithetique d'une action sur la demande de medicaments. Les domaines d'application de cette franchise me surprennent vraiment... Quant au deremboursement des potions magiques sans SMR, il n'est pas prevu de le continuer, dixit Mme Bachelot.

Il y a peu, mr Hirsch, ci-devant demi-membre de gauche d'un gouvernement de droite, s'indignait de l'intolérable dureté de la sarkozyste franchise. Heureusement, mr Hugues hurle heureusement à l'INSUFFISANTE dureté desdites sarkozystes franchises pour pour réduire le trou de la Sécu. Encore un effort, mr le Président, sortez-nous une vraie grÔÔÔÔsse franchise de votre auguste chapeau, vous perdrez quelques voix du côté des médecins que vous récolterez au centuple chez les blogueurs bockeliens.

Meilleurs salutations à HS, qui est me semble de plus en plus catholique et conservateur, ce qui emplit mon coeur de joie.

P.S. : 150, hum... hum... seulement dans les rêves de certains...

Hughes, je lis habituellement avec plaisir votre blog jusqu'à ce soir.
Je suis médecin généraliste en province et je me demande si vous connaissez bien la profession "dans le monde réel".

Je vous cite :

"l’un des blocs de clientèle électorale les plus puissants de l’UMP : les prescripteurs eux-mêmes"
Je ne connais pas le % des médecins généralistes ayant voté UMP mais personnellement, j'ai voté à gauche.

"ignorants du pouvoir des génériques"
Nous décidons de la molécule qui doit être prescrite mais ce sont les pharmaciens qui délivrent la spécialité qu'ils veulent et normalement proposent toujours le générique (C'est leur boulot conjointement avec la SECU)
Nous n'avons quasiment pas de regard là dessus.

"résister aux sirènes des labos"
cf ci dessus et vous comprendrez que les labos envoient leurs sirènes ailleurs.

"à résister... aux exigences de patients (de clients ?) susceptibles de changer de crèmerie d’un simple mouvement de Carte Vitale"
Dans ma région (en province donc) assez nombreux sont les médecins qui n'acceptent plus de patients nouveaux car avec une dizaine d'heures de travail par jour, ils estiment (et j'en fais partie) que çà impliquerait ne plus pouvoir s'occuper correctement de chacun avec le risque d'erreur que cela comporte.
Alors la crainte de voir fuir la clientèle quand on est déja limite dans la gestion du temps, c'est une drôle d'idée.

En ce qui concerne le clientélisme la question se règle d'autant mieux que nous ne sommes déja plus assez nombreux (toujours en province)

"l’augmentation régulière des honoraires des médecins de ville a rarement été le corollaire d’une modification de leurs méthodes de travail."
Oui, c'est vrai je gagne net 2,5 SMIC
et je roule en C3 mais enfin à ma décharge j'ai fait 8 ans d'étude, j'ai un travail relativement lourd en responsabilités et j'ai des semaines de 50h.

Dans un monde où l'échelle des salaires va de 1 à 400 (?), je n'avais pas l'impression d'abuser :-)

"se colleter avec les médecins pour imposer une vraie transformation de leurs pratiques."
Oui, lesquelles?

Je ne vais pas vous raconter ma journée d'aujourd'hui, ce serait fastidieux.

Mais je ne vois pas trop bien ce qu'il aurait fallu que je retire à mes prescriptions.

Sauf prendre des risques.

Et il faudrait alors que Mme Bachelot soit très claire sur le sujet et ce serait une vraie responsabilité de santé publique.


Si, si la gauche a des idées sur la sécu : il faut "tout remettre à plat" puis "se mettre autour d'une table" afin de "discuter avec les partenaires ".

La maladie est un risque couvert par une assurance. Le système actuel fait qu'on ne peut pas calculer la cotisation en fonction du risque individuel comme pour l'assurance auto, mais définir une recette globale (assez prévisible) pour une dépense globale (peu prévisible). Comme il semble qu'il n'y ait plus de marge de manoeuvre côté recette, il faut bien réduire la dépense de manière équitable. Donc
1) franchise sur les consultations de 1€ et franchise de 4X10€ par an, c'est bon, prévoir plus.
à présager aussi :
2) économie dans la gestion des hôpitaux qui bouffe plus de la moitié du budget et il y a beaucoup, beaucoup à faire.
3) un sérieux audit par la SS des comportements médicaux nomades de certains patients en matière de consommation de soins et d'arrêt maladie ; les médecins étant, eux, de plus en plus encadrés dans leurs prescriptions l'effort est à porter sur la demande.

Quel diatribe simpliste de votre part.N'oublions pas que les dépenses de santé dans notre monde "scientifquement en progrès permanent" ont explosé à partir des "exploits techniques" coûteux auxquels chaque citoyen malade souhaite légitimement accéder.Qui parle de l'angoisse du patient qui sollicite le médecin.Ce dernier,loin d'être "tout puissant" se coltine une part de la misère souvent psychologique et sociale des consultants...Pourquoi tirer sur lui au moyen des vieux archétypes(nanti,avide d'argent...)lorsqu'il travaille en moyenne 65 à 70 heures par semaine.Malgré "l'appât du gain" que vous semblez dénoncer,les vocations se font de plus en plus rares...Les abus quel que soit le système continueront d'exister,mas ils sont bien plus marginaux que ceux qui existent dans de nombreux autres domaines.

L'expérience montre par ailleurs que des prescripteurs en permanence contrôlés évolueront vers une pratique sclérosée exempte de toute audace et de toute innovation pour leurs patients,des bureaucrates...

Si l'on prend le soin d'étudier toutes les mesures phares du programme de Sarko, elles apparaissent, hélas, aussi sottes et grenues que celle-ci.
Prenons la défiscalisation des heures sup'. Tous les économistes (derniers en date: Cahuc et Zylberberg, qui ne passent pas pour de dangereux gauchistes) s'accordent à reconnaître que cette mesure, au mieux ne créera pas d'emplois, au pire en détruira un peu.
Le service minimum dans les transports: ce qui est proposé aujourd'hui ressemble de très près aux systèmes d'alerte sociale qui existent déjà à la SNCF et à la RATP. Aller plus loin reviendrait tout bonnement à entraver le droit de grève. Ce que Sarko s'est engagé à ne pas faire. Du moins avant les législatives.
Quant à la défiscalisation des intérêts d'emprunt immobilier, je n'arrive toujours pas à voir en quoi elle s'inscrit dans la guerre pour l'emploi et la croissance que prétend livrer le Schtroumph. En tant que modeste propriétaire ayant encore une bonne quinzaine d'années de traites à rembourser, je devrais me réjouir. Mais ce n'est pas vraiment ma conception de l'action politique.

J'ai bien aimé la réaction du généraliste "qui vous lit avec plaisir d'habitude". Donc, un monsieur qui doit apprécier vos diatribes anti-CGT, fonctionnaires enkystés et autres vilains corporatistes. Mais là, vous attaquez sa profession, alors évidemment, là, là, évidemment, c'est différent !
Hé oui, on est toujours le corporatiste de quelqu'un.
Amusant, mais sans fin (dans les deux sens du terme). Les Bockel de tout poil devraient en prendre de la graine.
(Je suis par ailleurs assez d'accord avec ce monsieur : cela fait bien longtemps que les généralistes ne roulent plus carrosse, si tant est que cela ait jamais été le cas, et je ne pense pas qu'ils figurent parmi les soi-disant profiteurs de la Sécu).
Par ailleurs, votre analyse n'est pas fausse : ce n'est pas en brimant le patient, modeste de préférence, qu'on empêchera les vieux de vieillir et la médecine de progresser techniquement, avec les coûts que cela entraîne.
Enfin, que vous a fait ce pauvre Fabius pour l'agresser ainsi à toute occasion ? Une histoire de coeur ? J'en arrive à me poser la question.

Matthieu,
La demande peut être contrainte par le robinet de l'offre. Si les médecins ne prescrivent que ce qui est nécessaire, ça doit tout de même fonctionner, non ?


François X,
Mais je ne demande pas une franchise plus élevée, évidemment, et je dis même que cette espèce de culpabilisation des assurés n'a pas de sens. Le fait qu'elle ne soit même pas efficace au plan financier est la cerise sur le gâteau. Quant à mon catholicisme conservateur, ça m'a bien fait rigoler. Tiens, c'est la meilleure que j'entends depuis ma bar-mitzva...


GMX,
Du calme, du calme. Tous les médecins ne fonctionnent pas sur le même mode, heureusement. Et la critique générale adressée à une corporation ne devrait pas être perçue comme une attaque personnelle. J'ai l'habitude, sur ce blog, de m'en prendre à mes confrères journalistes et je ne crois pas qu'il s'agisse d'une démonstration de haine de soi...

Mais sur les opinions politiques des médecins « en général », il n'est pas scandaleux de constater qu'ils ont tendance à voter à droite, comme les profs ont tendance à voter à gauche. Un sondage Ifop a montré qu'ils votaient Sarko à 42% et Ségo à 20% (http://www.lemonde.fr/web/recherche_breve/1,13-0,37-976393,0.html ). Et ce n'est pas exactement une première...

En ce qui concerne le rapport aux labos, les invitations, le choix de prescrire ceci plutôt que cela, ce n'est pas parce que vous ne vous comportez pas comme ça que vous représentez la norme. Les toubibs français ont longtemps été réfractaires aux génériques et la France est encore à la traîne sur ce plan par rapport à d'autres pays. Il n'est d'ailleurs pas non plus nouveau de préciser que les médecins prescrivent plus souvent les spécialités que les génériques, soit parce qu'ils n'ont pas appris les noms des molécules, soit parce que le patient exige ceci ou cela. Il n'aurait d'ailleurs pas été nécessaire de donner quelques biscuits aux pharmaciens en échange de la substitution des marques par des génériques dans le cas contraire.

Mais vous vous demandez pourquoi un médecin pourrait ne pas résister aux exigences d'un patient consumériste... Je ne sais pas si la question est sérieuse ou si vous exercez dans un tout petit patelin sous-médicalisé, mais dans les grandes villes, la médecine de ville est une activité concurrentielle et le nombre de visites par jour est parfois hallucinant. Oui, certains de vos confrères ne roulent pas en C3, cherchent à faire du chiffre, battent des records de consultations quotidiennes, refusent de s'informatiser, envoient balader les titulaires de la CMU, etc. C'est ainsi.

Donc, encore une fois, je ne m'adressais pas à vous, GMX, mais je contestais la mise en place d'un système de franchise stupide, inefficace, ne réglant rien du tout.

All,
En ce moment, la gauche est en panne d'idées. Sur la Sécu comme sur le reste. Mais l'absence d'idées au PS ne doit pas laisser croire que l'activisme sarkozyste est la bonne solution non plus. Des idées, moi j'en ai. Si Ségolène me les demande, une fois qu'elle aura créé le fauteuil de présidente du PS et qu'elle se sera assise dedans, je les lui donnerai.

Sasa,
Oui, moi aussi je vais bénéficier de la déduction des intérêts de mon prêt, je vais continuer à jouir de mon abattement fiscal de journaliste, je vais voir mes impôts baisser, tout ça. Ca me rendra service, merci monsieur Sarkozy. Mais je n'avais rien demandé : au contraire.

Manu,
Les corporatismes sont des corporatismes, d'où qu'ils viennent. Je n'ai pas à respecter les uns plus que les autres. Et pour Fabius, oh, c'est pour rigoler... C'est mon running gag à moi. Mais il me faudra sans doute pas mal de temps pour avaler la pilule du référendum.

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