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jeudi 21 juin 2007

Cyclothymie

Le coup de force du Hamas a provoqué la reprise du dialogue israélo-palestinien. Mais cette reprise du dialogue ne provoquera-t-elle pas, à son tour, un nouveau coup de force du Hamas ? Mise en abyme.

Sans_finCe qu'il y a de fascinant d'un point de vue médiatique, avec la question israélo-palestinienne, c'est la rapidité de l’alternance optimisme mesuré / pessimisme terminal. Les colons sont-ils forcés d'évacuer la bande de Gaza sous le contrôle de Tsahal, permettant d’envisager que les implantations de Cisjordanie soient un jour traitées de la même manière : voici que s’avance le spectre de la manipulation, Israël étant accusé de n'abandonner un territoire que pour mieux contrôler l’autre... Des élections législatives à peu près régulières sont-elles organisées par l’Autorité palestinienne, accréditant l’idée d’une normalisation institutionnelle du futur Etat : c’est un mouvement terroriste aux financements obscurs qui jaillit des urnes tel un Grand Satan surgissant de son Hummer.

Pénultième développement en date (catégorie « pessimisme terminal »), la prise de contrôle de Gaza par les nervis du Hamas, une variété locale de talibans à peu près aussi intéressés par la création d’une Palestine souveraine qu’une poule par une bicyclette. Massacres de militants et d’officiels du Fatah (le parti de Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne), violences arbitraires envers les populations civiles, interdiction de l'alcool et restrictions sur l'accès à Internet, port du voile ou de la barbe fortement conseillé, rumeurs persistantes de mise en place d’un Etat islamique... Un vrai petit Afghanistan à quelques kilomètres de Tel-Aviv, bouddhas de Bâmiyân en moins.

Mais un clou chasse l’autre et voici que la folie des uns pousse les autres à la sagesse. Ehoud Olmert, découvrant subitement à quel point Abbas est un type bien et son administration « crédible, sérieuse et déterminée à vaincre le terrorisme », n’a plus qu’une envie : rencontrer le bonhomme pour discuter posément de la création d’un Etat palestinien ― thème, me semble-t-il, assez cher au successeur de Yasser Arafat. Si ça ne vous donne pas envie de verser dans l’optimisme, même mesuré...

Oh, je ne me permettrais pas de ricaner de ces efforts de paix dont tout indique qu’ils sont sincères. Ni Israël ni Abbas n’ont intérêt à voir le Hamas transformer définitivement un conflit politique et territorial en enjeu « générique » pour fondamentalistes transnationaux. On n’imagine pas, en effet, que des Palestiniens en quête d’une nation depuis 60 ans aient réellement envie de la voir phagocytée par l’Oumma planétaire que promeuvent le Hamas et ses amis. Les propositions du Premier ministre israélien, qui prévoient le versement des droits de douane bloqués depuis l’arrivée du Hamas « aux affaires » (on parle de 700 millions de dollars) et la recherche d’une amélioration réelle de la vie quotidienne des habitants de Cisjordanie, ont donc toutes les chances d’être accueillies favorablement à Ramallah, siège de l’Autorité palestinienne.

Je ne sais pas encore de quelle manière cette débauche de bonne volonté sera réduite à néant par tel ou tel paramètre en vertu du cycle maniaco-dépressif décrit plus haut. Je fais pourtant confiance aux parties pour se souvenir qu’il subsiste des freins indépassables à un règlement définitif du conflit. Voyons voir, les Israéliens pourraient refuser de négocier la création d’un Etat incluant un Gaza contrôlé par le Hamas, au risque de déstabiliser un peu plus Abbas en faisant planer le risque d’une partition. Oui, ça me paraît bien... Les Palestiniens, de leur côté, pourraient brandir le chiffon rouge du « droit au retour », soit l’installation d’une diaspora de cinq millions de personnes à l’intérieur des frontières légales d’Israël... Pas mal non plus... A moins qu'ils ne laissent au Hamas le soin de refroidir leurs ardeurs pacifiques. On nous dit qu'il s'y prépare.

Mais l’heure étant à l’optimisme mesuré, j’aurais mauvaise grâce à verser vers un pessimisme terminal asynchrone. En tout état de cause, si les conditions matérielles s’améliorent concrètement en Cisjordanie, ce qui devrait être le cas si les subventions européennes et américaines dont les transferts étaient suspendus viennent s’ajouter au produit des taxes à l’export, l’on pourra certainement parler de progrès. L’émergence du fondamentalisme en Palestine est sans doute une donnée dont la dynamique transcende les questions locales ― ce totalitarisme à l'ambition universelle n’ayant aucune intention de faire l’impasse sur un conflit aussi emblématique ― mais la misère et le désespoir lui donnent un sacré coup de main.

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Comme tout est possible, on peut concevoir deux entités palestiniennes comme jadis les deux Pakistan nés d'une scission avec l'Inde, le Pakistan oriental étant devenu par la suite le Bangladesh.


Au moins le Bangladesh a de l'eau. Même trop d'eau. Gaza est au régime sec : ça ferait un drôle de Bangladesh.

Tu me semble bien pessimiste, nous pourrions "sous louer", un président* tout neuf qui "dit se qu'il fait et fait se qu'il dit", seul, au monde, capable de faire appliquer un traitement efficace : "la rupture".

*il est garanti sans alcool

Il est en effet désolant de voir USA, Europe, Israël se bouger APRES que leurs craintes se soient réalisées (contrôle de Gaza par le Hamas) et alors que leurs réactions (rétablir les transferts financiers dus à l'Autorité palestinienne ...) ne changera pas l'équilibre militaire à Gaza.

Le premier obstacle suggéré - quelle négociation, puisque le gouvernement palestinien ne contrôle plus le tiers de sa population, celle de la bande de Gaza ? - est vraiment sérieux.

Le deuxième - la revendication du droit au retour - ne l'est pas : aussi bien le Fatah que le Hamas ont toujours limité cette revendication à une question de principe, son exercice étant entièrement négociable. Il faudrait que la négociation soit incroyablement maladroite pour qu'ils fassent monter les enchères là-dessus.

Il y a un troisième obstacle : la construction d'une autorité politique LEGITIME a reculé en Cisjordanie aussi. Le président Abbas s'appuie non sur les représentants élus, mais sur la seule OLP. Les militants du Fatah s'attaquent non seulement au Hamas et à ses élus légitimes, mais aussi, en tant que tels, à des musulmans pratiquants et mosquées (Cf. reportage du Monde). La communauté internationale s'abrite derrière le président élu Abbas - certes élu légitime, mais à faible base : son élection a été permise par l'absention du Hamas et le retrait, sous la pression de ses pairs, de la candidature de Marwan Barghouti. Enfin le président Abbas nomme un gouvernement sans légitimité aucune - qu'Israël s'empresse de proclamer "partenaire pour la paix". Mais pour la paix avec QUI ?

Une condition de la paix, c'est que se reconstitue une expression politique d'une volonté générale palestinienne, capable d'engager la population et la société palestinienne, de faire que celles-ci se sentent engagées (sans quoi un traité de paix sera lettre morte).

All,
On peut le concevoir. Mais on peut aussi ne pas le souhaiter. On peut même le redouter.

Fin stratège,
Oui, dans Bangla y a de l'eau.

Bruno,
Parfaitement. Notre président étant spécialiste de l'identité nationale, il devrait faire un "Taba" dans le coin.

PBH,
Then you should. If peace is your concern, obviously.

Frédéric LN,
Tout ça, c'est du long terme. Mais le reprise des discussions avec Abbas, le retour des subventions et des taxes, c'est du concret pour tout de suite. Oui les choses peuvent encore empirer : c'est ce que je dis dans la note. Mais un rapprochement d'Israël avec la seule autorité palestinienne disponible est bien le minimum.

Je comprends, c'est le minimum qui aurait dû être fait bien avant.

Mais ce minimum, venant là (vous perdez le contrôle du tiers de votre population gagné par le coup de force du Hamas, faites en Cisjordanie la chasse aux élus Hamas, et nommez un gouvernement non représentatif, DONC nous vous rendons une partie de votre argent et vous proclamons notre partenaire), sans aucune perspective de long terme, j'ai du mal à le voir autrement que comme le choix de couper Mahmoud Abbas et le Fatah de toute base politique, sociale, électorale. Je comprends bien que la situation est tellement dégradée qu'il y a peu d'alternative, mais j'ai l'impression que la "communauté internationale" reste dans la logique qui, faute de fixer comme but une paix juste, a contribué à dégrader la situation.

Au passage, quel sens cela a-t-il, une "reprise des discussions avec Abbas", alors que jusqu'ici la majorité du danger pour Israël (et pour la sécurité mondiale) vient de Gaza ? La seule hypothèse qui donnerait un sens à de telles discussions, ce serait celle où le président Abbas pourrait retrouver un contrôle sur Gaza : hypothèse si osée que je n'ai entendu personne l'envisager.

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