Destruction créatrice
Pour renaître, il faut d'abord mourir. Et seule une défaite sans appel forcera le parti socialiste à se réinventer.
Ce qui serait terrible, d'une certaine manière, c'est que la gauche se débrouille pour ne pas perdre les élections de manière trop fracassante. Pour que le PS préserve suffisamment de sièges pour reprendre du poil de la bête avant d'avoir été complètement tondu... Bref, pour que ce parti sans boussole, sans patron et, surtout, sans convictions, obtienne les 120/150 députés que les sondeurs les plus optimistes lui accordent.
Je sais bien que le seul argument de la campagne tourne autour de l’importance d’une opposition assez puissante pour ne pas laisser les coudées franches à Nicolas Sarkozy et à son gang ; qu’il est indispensable de conserver, au-delà du droit inaliénable d’en découdre dans les rues, la possibilité de se fâcher tout rouge en direct sur France 3 le mercredi. Je sais même à quel point une authentique déculottée impactera négativement les finances socialistes ― essentiellement fondées sur le nombre d’élus et de suffrages obtenus lors des élections générales...
Mais que la déroute se transforme en une « défaite honorable », que les éléphants ne subissent pas l’électrochoc qui permet à DSK d’admettre, enfin, toute honte bue, que sa « lecture de la lutte des classes est totalement dépassée », que la « gauche ne peut plus se contenter d’être le porte-parole du seul prolétariat dans un monde injuste » ou qu’il est temps d’affronter les « tabous » du « financement des retraites, de l’évolution du système de santé ou de la réforme du marché du travail » et rien ne bougera vraiment.
Et d'ailleurs, qu’on n’en doute pas, le scénario d’une opposition faussement revigorée serait idéal du point de vue de la droite, laquelle n’a rien à gagner d’une présence trop massive de godillots UMP au palais Bourbon. La chambre bleue horizon, c’est bien joli, mais une touche de rose layette ici et là aurait l’avantage de ne pas donner l’impression d’avoir recours au 49.3 toutes les cinq minutes. Bill Gates, patron de Microsoft et « parrain » de l’univers PC (sic), ne vole-t-il pas régulièrement au secours de son « concurrent » Apple histoire de préserver le semblant d’émulation qu'apprécient les agences anti-monopoles ?
Donc, que la gauche ne soit pas laminée et tout le travail de réflexion accompli depuis l’investiture de Ségolène Royal tombe à l’eau, le PS étant toujours susceptible de faire émerger l’une de ces synthèses bancales propres à faire chanter Jean-Luc Mélenchon et Jean-Marie Bockel autour du même feu de camp.
En ce qui me concerne, je voterai pour la candidate socialiste de ma circonscription sans états d’âme. Elle n’a pas vraiment besoin de ma voix pour l’emporter, mon arrondissement de bobos étant ce qu’il est, mais ce n’est pas parce que j’en suis à souhaiter la défaite de mon camp que j’en arrive à désirer la victoire de ceux d’en face. Il y a des limites au masochisme, même refondateur, et d’autres enjeux plus locaux se profilent à l’horizon qui justifient de laisser quelques veilleuses allumées pendant les travaux. Mais, hey, le pragmatisme n’est-il pas la qualité que nous sommes censés acquérir ?
© Commentaires & vaticinations
Le résultat dans ma cisrconscritpion, actuellement détenue par un socialiste, est incertain dans tous les sens.
Ton raisonnement est très convaincant. Je vomis les synthèses bancales. Vive le pragmatisme : tu me donnes envie de voter à droite.
Rédigé par: M'aurais-tu convaincu ? | vendredi 01 juin 2007 at 13:55
Tout de même : les peines plancher, la défiscalisation des droits de mutation, la prime fiscale contre-productive à l'endettement immobilier, le harcèlement législatif des immigrés...
berk.
Rédigé par: M'aurais-tu convaincu ? | vendredi 01 juin 2007 at 13:58
Aha, et si le PS a ses 150 sièges, ton cauchemar s'évanouit ?
Rédigé par: Hugues | vendredi 01 juin 2007 at 14:14
Entre Koz qui appelle à sauver les candidats socialistes, et toi qui souhaite une défaite cinglante du PS, je vois qu'Eric Besson a laissé des traces dans les deux camps...
Rédigé par: Eolas | vendredi 01 juin 2007 at 14:17
En même temps, qu'est ce qui garantit qu'une défaite cinglante sera interprétée dans le sens que vous souhaitez ? C'est un pari, il y a d'autres scénarios possibles en cas de victoire spectaculaire de l'UMP. Par exemple, certains électeurs de gauche pourraient se dire que puisque le vote utile est en fait inutile, autant retourner à leurs premières amours... Tout pari bu, il me paraît préférable de voter selon son coeur.
Rédigé par: Gaël | vendredi 01 juin 2007 at 14:28
@Eolas,
Oui mais si l'un dit ceci, il me semble logique que l'autre dise cela. La droite a intérêt à une victoire mesurée, la gauche qui veut changer a intérêt à une défaite complète.
Rédigé par: Fin stratège | vendredi 01 juin 2007 at 14:28
Tout cela me rappelle les commentaires des Alain Duhamel les soirs d'élections lorsqu'ils sont un peu à court, genre "les électeurs français ont su doser leur vote", "il ont voulu envoyer un message nuancé" ou "un message net" alors qu’à moins de supposer l’existence d’un inconscient collectif des électeurs, il est impossible d’envoyer un message autre que « je vote pour Mme/Mlle/M. X » avec un seul bulletin.
Finalement, tout envoi de message, tout dosage, tout calcul étant illusoire, la seule attitude rationnelle consiste à mettre dans l’urne, comme vou, le bulletin du candidat qui se rapproche le plus de ses convictions.
(Quand, en plus, Ludivine Sagnier appelle à voter pour la candidate PS de votre circonscription, il n’y a pas d’hésitation à avoir).
Rédigé par: mrk | vendredi 01 juin 2007 at 14:41
Eolas,
Comme dit l'autre, effectivement, les deux positions sont plus logiques que paradoxales.
Gaël,
Rien ne garantit rien à personne. Une défaite cinglante n'est pas l'assurance d'une refondation dans le sens que j'espère. Disons que c'est mon intuition.
Fin stratège,
CQFD
Mrk,
Moi, je n'ai jamais cru à cette intention collective des électeurs dont vous parlez et ce n'est pas de ça qu'il est question ici.
Je n'envoie aucun message et d'ailleurs, j'indique que je vais voter pour ma candidate PS (bien le bonjour à Ludivine, puisqu'elle fait pareil). Je me borne à constater que le PS est à un tournant, qu'il peut le négocier habilement et se remettre en selle ou foncer vers le mur de la synthèse. Donc, rien de subtil là-dedans. Juste un point de vue.
Rédigé par: Hugues | vendredi 01 juin 2007 at 15:02
@mrk: effectivement, ça c'est de l'incitation :D
@Hugues: franchement, si la défaite à la présidentielle ne suffit pas au PS, je crains que, quelle que soit l'ampleur de la défaite aux générales, ça ne change pas grand chose à l'affaire.
Vu la nullité de la campagne du PS pour ces élections, je préfère miser sur le fait que tout ce beau monde est en train de réfléchir sec à l'après :o
Rédigé par: Aiua | vendredi 01 juin 2007 at 15:25
En vou slisant, j'ai l'impression de lire la réflexion que ce sont fait certains pro-européen de gauche avant le référendum sur le TCE en se disant "on va faire gagner le non, comme ça Bruxelles devra revoir sa copie et on pourra faire pencher la balance dans notre camps", et on sait ce qu'il en est advenu.
L'Histoire ne se répète pas toujours, mais tout de même, il y a quelque chose de terrible dans le renoncement à une réforme censée et mesurée du parti.
J'ajouterais que si 2002 n'a pas fait bouger le parti d'un iota, je ne vois pas bien en quoi cela arriverait après les législatives, vu que l'UMP y a déjà une majorité large, que pour Ségo, 47%, c'est une "victoire", et que 112 députés, elle serait capable d'en faire un "triomphe".
Rédigé par: john.reed | vendredi 01 juin 2007 at 18:05
Et si l'élection apportait de nouveaux élus , via les 50 ou 80 circonscriptions "ump" ou Ségolène a fait plus de 50% au second tour ?
En tout cas , on ne saura rien tant que le scrutin n'aura pas eu lieu.
Rédigé par: Dagrouik | vendredi 01 juin 2007 at 19:58
Une conversion des électeurs socialistes au MoDem te réjouirait certainement, Hughes.
Quel dommage que Ségolène ne l'entende pas ainsi, et surtout, ne l'ait pas entendu ainsi dès le premier tour de la présidentielle...
Rédigé par: Le petit mesquin | vendredi 01 juin 2007 at 22:04
Hé hé, l'homme qui rit quand j'évoque son catholicisme ignoré nous explique qu'il faut mourir pour renaître... Ah, Jean, quand tu nous tiens ! A mon humble avis, la dame qui veut qu'on s'aime les uns les autres n'aurait rien à redire à ce billet.
Rédigé par: François X | samedi 02 juin 2007 at 00:01
Hugues, ton candidat c'est DSK, tout t'y mène et pas la royal qui défend maintenant la vague blanche (quel raccourci...).
J'aime bien le raisonnement que tu défends, malin et vrai as usual. L'hégémonie accouche toujours d'un jeu de minorité et d'opposition. Le PCUS en savait quelque chose.
En ancien du PS qui a changé de camp ces derniers temps, je suis pour ma part persuadé que, quel que soit le résultat, le Bad Godesberg, la rénovation idéologique et organisationnelle que nous attendons tous, ne viendront pas.
Trop de contradictions, trop d'incertitudes, trop de conflits latents. Rien qui ne peut permettre aux maîtres du parti (les fameux "copains"), ces patrons aveugles, de penser que cette remise en cause ne soit pas plus dangereuse que le statu quo.
On prend les paris. Une bonne tôle, attendue donc déjà intégrée, le départ du Hollandais, une bonne synthèse foireuse, la Royal aux commandes et on repart comme en 14.
Moi, ça me va. La réforme continuera. Je l'appelle de mes voeux.
T'as vu ? La SNCM est encore en grève.
Rédigé par: Thierry | samedi 02 juin 2007 at 12:35
Il me semble au contraire qu'un nombre de députés (supérieur au nombre de sortants), donnerait plus de poids à Ségolène Royal pour reprendre le PS et le faire bouger en profondeur. Ségolène Royal fait campagne aux 4 coins de France, et pourrait prendre un "bon résultat" aux législatives à son actif.
DSK, Fabius, Delanoë n'attendent qu'une défaite cinglante pour se jeter sur Ségolène Royal et ouvrir l'attente ou la guerre de division et de chefs qui n'aura d'autre conséquence que l'immobilisme assuré du PS pendant 5 nouvelles années.
Pour Ségolène Royal le temps est compté, elle doit prendre la direction (directe ou indirecte) du PS avant les prochaines municipales (automne 2007 ou printemps 2008).
La défaite cuisante de 1993 (où le PS avait eu 57 députés) a t elle, en quoi que ce soit forcée le PS à se réinventer?
zeloise
Rédigé par: zeloise | samedi 02 juin 2007 at 16:15
En cas de défaite trop lourde, le travail entrepris depuis l'investiture de S. Royal risque d'être remis en cause, et son instigatrice également.
Rédigé par: pas perdus | samedi 02 juin 2007 at 17:14
Ce qui me parait étrange c'est que tu sois encore partisans de la rénovation par Ségolène Royal. Au delà de certaines intuitions, et quelques idées dans notre sens, elle a surtout montré sa capacité à les gacher.
Ainsi elle n'a pas joué la clarté, mais la mélasse, l'orientation à vue.
Elle était handicapée par le projet socialiste, mais n'a jamais tranchée une ligne, tout en se vantant d'être libre et en refusant le soutien du parti.
Et puis toute cette culture d'adoration qu'elle demande, cette vision de la société manichéenne, son absence de fond économique ou de cohérence idéologique...
Au final elle fait un score médiocre, avec le soutien du vote utile !!
On ferra mieux aux législatives, certes.
Donc DSK me semble actuellement une bien meilleure option : son discours est aujourd'hui clair, intéressant.
Mais je n'exclue pas une autre voix, une autre voie : Delanoë, Vals, Ayrault, pourraient porter la rénovation.
Cela ne nécessite pas une défaite. Même si celle -ci balaierait Ségolène, mieux vaut avoir des réserves, des députés pour travailler à la refondation.
Rédigé par: jani-rah | dimanche 03 juin 2007 at 17:27
J'arrive après la bataille sur cette notule et je le regrette.
Tout ce fil me donne le sentiment que la candidate du n'importe quoi veut prendre la tête du parti du n'importe quoi avec la doctrine du n'importe quoi... et anecdotiquement le soutien de ce merveilleux idéologue du n'importe quoi que représente notre ami Hugues (qui vote et appelle à voter pour un parti qu'il souhaite voir ratatiner).
Je me contrefous de l'avenir du PS. A la rigueur, l'apparition de quelque chose de nouveau, à gauche ou même à droite, pourrait m'intéresser. Mais ce parti, il n'y a vraiment plus rien à en faire, à part le dissoudre. Ségolène n'est pas quelque chose de nouveau mais quelque chose d'incohérent. DSK n'est pas quelque chose de nouveau mais un politicard véreux de l'espèce la plus banale. Le social-libéralisme n'est pas une doctrine nouvelle mais tout simplement du giscardisme, et rien de tout cela ne m'intéresse le moins du monde. Chers camarades, avec toute l'amitié que je vous porte, allez au diable.
Rédigé par: Poil de lama | dimanche 03 juin 2007 at 20:06
"Mourir pour renaître", c'est un poil risqué. Il est rare que les morts se relèvent. Sauf dans les évangiles. Royal nous y ramène, tambours battant.
Pour autant, c'est vrai que les situation de survie, de crise (crisis en grec a aussi le sens de clarté)sont les meilleurs moteurs de changement. C'est un très bon billet.
Rédigé par: Charles' | lundi 04 juin 2007 at 14:08