Identité nationale et immigration : le "vrai" mélange des genres
L'ouverture à gauche, si elle n'est que tactique, n'influera en rien sur la démarche sarkozyste. Le clin d'œil à la droite dure que constitue un ministère de l'Identité nationale, lui, fera de vrais dégâts.
J'ai beau m'avouer « troublé » par l'ouverture telle que pratiquée par Nicolas Sarkozy, je n'en suis pas encore à gober tout et n'importe quoi... Et si je me prépare mentalement à défendre cet affreux gouvernement droitier contre l’horripilant leader de l’UNEF sur le terrain de la réforme des universités, je m’associe sans réserve à la pétition exigeant le changement de nom du ministère placé sous la coupe de Brice Hortefeux. Je signerais d’ailleurs avec autant enthousiasme une pétition réclamant la démission du ministre lui-même si l’occasion m’en était donnée, mais une chose à la fois.
J’avais déjà évoqué cette vision d’une identité nationale absurdement réductible à quelques formulaires administratifs et je ne vois pas l’intérêt de réécrire ici ce qui reste visible là. Rappelons simplement que, de mon point de vue, l’identité nationale n’est pas un concept figé dont les contours auraient été définis à un moment donné de l’histoire de la France mais bien un processus continu, régulièrement amendé par les hommes et les événements. Ca ne veut pas dire, bien sûr, qu’il soit illégitime de s’y intéresser, mais ça signifie au moins qu’un objet de recherche philosophique, culturelle et historique n’a rien à voir avec les attributions d’un ministre également chargé de l’immigration, de l’intégration et du co-développement... Je n’ai pas beaucoup de sympathie pour le groupuscule trotskiste qui, chaque samedi matin, s’installe au métro Ménilmontant pour comparer les attributions du premier porte-flingue du président à celle du commissaire aux Affaires juives de Pétain, mais je me dis qu’un intitulé ministériel provoquant ce genre de réminiscences ― même chez des farfelus qui, de toute manière, pensent qu’un contrôle de billet dans le métro est une première étape vers le fascisme ― pourrait avantageusement passer à la trappe.
J’encourage donc les uns et les autres à soutenir l’initiative lancée par un collectif international d’historiens et d’intellectuels exprimant la nécessité de ce changement de nom. Si comme eux, et comme moi, vous pensez qu’associer immigration et identité nationale est, au mieux, une maladresse et, au pire, une crapulerie démagogue, vous n’hésiterez pas à inscrire votre nom sous leur appel. Moi, c’est déjà fait. Qu’un ministère pareil s’installe durablement dans le paysage politique et s’impose à la sphère médiatique serait l’un des pires héritages du passage par l’Elysée du boss de l’UMP. Mais un homme suffisamment préoccupé par les générations futures pour envoyer Borloo à l’Environnement et supprimer les droits de succession pourra-t-il rester insensible à cet argument ?
© Commentaires & vaticinations

Ministère de l'Immigration discontinue et de l'Identité nationale en continue !
Rédigé par: Toréador | le vendredi 22 juin 2007 à 14:39
Cette pétition ne sera pas entendue de ceux pour qui tout celà est un discours d'intellectuel
Alors que les reproches fait dans la deuxième partie du texte sont très factuels et du coup touchent juste, la première repose sur un à priori très discutable qui consiste à récuser à priori le rapprochement entre immigration et identité nationale parce qu'ils se méfient de l'intention des auteurs de ce rapprochement
Les auteurs auraient sans doute été plus habiles en soulignant au contraire que l'une des caractéristiques profondes de notre identité nationale est que notre pays s'est construit par l'apport de vagues d'immigration successives, depuis les celtes, les romais et les francs avant hier, jusqu'aux populations originaires d'Afrique et d'Asie aujourd'hui, en passant par les italiens, les polonais, les portugais et les espagnols jiers
Et sans compter bien sùur tous les autres, yougoslaves ou chiliens réfugiés politiques, roumain auteur de piéces de théatre etc.
Oui il est normal de rapprocher identité nationale et immigration: il faut donc que le ministère en question organise au mieux l'accueil de nos frères immigrés!
Rédigé par: verel | le vendredi 22 juin 2007 à 15:54
@ Verel : Il faut avouer qu'il y a des raisons de douter des intentions de ce gouvernement, non ? Surtout lorsque Claude Guéant, en réponse à la pétition, bien loin de tenir le discours qui est le vôtre (mieux accueillir nos frères, tradition française d'accueil, etc.), ne parle que des problèmes posés par les immigrés et de la nécessité de leur apprendre "nos valeurs", de les "intégrer au tissu national". Bref, une nouvelle version de l'assimilation de papa...
Rédigé par: Irène | le vendredi 22 juin 2007 à 19:54
"J'ai beau m'avouer « troublé » par l'ouverture telle que pratiquée par Nicolas Sarkozy, je n'en suis pas encore à gober tout et n'importe quoi."
On peut légitimement se demander pourquoi les "candidats à l'ouverture" sont prêt "à gober tout et n'importe quoi"? Acceptent-ils ce que tu trouves inaxceptable?
Rédigé par: Bruno | le vendredi 22 juin 2007 à 20:29
D'après le texte de la pétition, ce ministère menace les "traditions démocratiques de la République française". Ouaou, rien que ça ! heureusement qu'on me prévient parce que, honnêtement, ça m'avait échappé. Merci Libé !
Rédigé par: François X | le vendredi 22 juin 2007 à 22:03
Verel,
Mais ma parole, tu te mets à parler comme Ségolène et à refuser les discours d'experts ! De surcroît, tu avances toi-même les arguments qui discréditent le "concept" de ce ministère : la France s'est construite sur ces apports exogènes permanents et elle va continuer à le faire.
Maintenant, ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas gérer et maîtriser les flux. Ca veut juste dire qu'il ne faut pas tout mélanger. Pourquoi pas un ministère de l'âme française ou, tiens, un ministère de l'éternel féminin ?
Irène,
Ce ministère ne fera sans doute rien d'affreux au plan concret, mais il légitime les amalgames dans la tête des gens. C'est juste de l'affichage, mais de l'affichage malsain. Quel besoin avons-nous de ce genre de chose ?
Bruno,
Je ne sais pas pourquoi ils acceptent. Mais comme je l'ai dit, je leur accorde le bénéfice du doute en ce qui concerne la latitude qu'ils pensent avoir pour bosser. J'ai entendu Hirsch tout à l'heure sur son histoire de transformation du RMI et de retour vers l'activité. C'est intéressant : s'il peut le tester, si ça marche, il aura eu raison. Mais ça n'enlève rien à la question du ministère Hortefeux.
François X,
Mais oui, absolument. C'est exactement l'expression qui convient : l'intitulé de ce ministère n'est pas compatible avec nos traditions démocratiques. Il est historiquement hors sujet.
Rédigé par: Hugues | le vendredi 22 juin 2007 à 22:29
Hugues
Tu prends le bon exemple car Hirch est sur une action précise qu'il a lui même proposé a tous les candidats. Je suis donc assez en accord avec toi à son sujet. Pour les autres...
Rédigé par: Bruno | le vendredi 22 juin 2007 à 23:45
Et ... le fait que la candidate Royal ait choisi de suivre le candidat Sarkozy sur ce terrain est, selon vous, sans le moindre rapport avec l'existence de ce Ministère de l'Ivoirité ?
Rédigé par: Passant | le samedi 23 juin 2007 à 09:20
Pour entrer dans ce débat casse-gu..., pour ma part, je ne parviens pas à saisir ce qui fait qu'on exalte toutes les identités, dès l'instant où elle ne sont pas nationales.
Il est bon d'être européen sinon même habitant de la planète. Il est parfaitement admis de célébrer l'identité corse ou basque, soninké ou ouolof, en s'appuyant sur des critères culturels, parfois même, j'ose le mot, raciaux (allez lire les sites corses, c'est édifiant).
Bizarrement, le type qui ose défendre une certaine idée de sa France, d'une identité pour moi incontestable, se prend en retour un bon stock de points Godwin sans parler du reste.
Je croise toute la journée des "jeunes" qui qualifient leurs collègues, nés comme eux dans l'hexagone et comme eux nourris au doux lait de TF1, de "français" avec une bonne distance de mépris dans la voix. Ils semblent ainsi ne pas trop apprécier le pays qui a accueilli leur famille pour le pire, parfois, et le meilleur, souvent, car la France c'est grand et généreux.
Je note qu'en dépit du racisme ignoble véhiculé par le gouvernement, on ne voit pas de retour massif au pays d'origine. Il me semble, plutôt qu'on voit le mouvement contraire, flux migratoire qu'il convient évidemment de maîtriser.
Dans ce dernier cas, enfin, ma perplexité s'accroit. Personne ne plaide pour une ouverture totale des frontières de la France. Ce serait d'ailleurs rigolo de le tenter, rien que pour voir. Cela veut donc dire qu'il faut bien qu'il existe une limite aux entrées sur notre sol. Où qu'elle soit placée, il faudra bien la faire respecter. Comment faire alors ? Sauf à imaginer qu'on accueille tout le monde (cherchez un élu qui défende cette idée), cela signifie qu'il faudra ramener quelques personnes chez elles.
Expliquez moi ça, vous tous, ça m'intéresse.
Rédigé par: Thierry | le samedi 23 juin 2007 à 10:51
Thierry: expliquez-moi donc en quoi le fait de créer une administration supplémentaire et un ministère de ciconstances aiderait à résoudre ces problèmes qui semblent vous tenir à coeur ?
Doit-on comprendre que le programme de Sarkozy, c'est "à chaque problème son ministère" ?
Rédigé par: Passant | le samedi 23 juin 2007 à 16:54
Passant : il n'y a nulle création d'administration mais regroupement. "A chaque problème sa solution", ça me semble un bon slogan. Je le note et je le suggèrerai à Sarko pour sa campagne de 2012. Et s'il ne ne se représente pas, je voterai Thierry...
Rédigé par: François X | le samedi 23 juin 2007 à 17:06
Qu'il est donc plaisant de voir ceux de mes concitoyens qui s'inventent des problèmes accepter que des fonctionnaires soient chargés d'y trouver des solutions.
Finalement, je comprends un peu mieux ce qu'un socialiste peut trouver d'attirant dans la politique de l'UMP.
Au vu du bilan du Brice Hortefeux (ex ministre des collectivités territoriales et, à ce titre, grand pourvoyeurs de subventions et classements aux élus locaux méritants), je vous avouerais cependant que même le gauchiste indécrottable qui someille en moi n'est pas horriblement effrayé par tout ce que pourrait produire un émule de Mazarin.
Politiquement parlant, il est d'ailleurs certainement bien plus intéréssant de conserver l'éventuel problème de l'immigration inchangé jusqu'en 2012, de sorte à ce qu'il puisse resservir pour la campagne : Brice, nous comptons tous sur toi !
Rédigé par: Passant | le samedi 23 juin 2007 à 20:40
Passant,
Ségolène avait proposé la création d'un ministère de l'identité nationale ? J'ai loupé cet épisode...
Thierry,
Peut-être n'ai-je pas été assez explicite (ou peut-être n'a tu simplement pas lu la note ci-dessus). La question n'est pas de se positionner par rapport à l'identité nationale en soi, son étude, sa « glorification », même. La question est de refuser le mélange de genres et la réduction de cet identité à une sorte de kit dont les éléments sont insuffisamment connus et formalisés pour être administrés par un ministère.
Et ça n'a rien à voir avec la question de la gestion des flux d'immigration, même si le fait que tu puisses passer de l'un à l'autre montre bien à quel point l'amalgame est malsain. Moi-même, je ne saute pas au plafond lorsque la question de l'immigration est évoquée (http://hugues.blogs.com/commvat/2006/05/immigration_nou.html ) mais encore une fois, ça n'a rien à voir.
Rédigé par: Hugues | le dimanche 24 juin 2007 à 15:05
Non, effectivement : Royal n'a pas envisagé de créer une nouvelle administration destinée à gérer la question de l'Ivoirité à la française : mais ce thème est devenu cher au coeur de la candidate dès que Nicolas Sarkozy a commencé à l'aborder, poussant à une course à l'échalote qui a abouti à la proposition de création de ce ministère d'un côté, et de sordides histoires de drapeaux et de chants patriotes de l'autre :
http://www.20minutes.fr/article/147575/20070323-Politique-Royal-se-met-a-l-identite-nationale.php
«L'identité nationale n'est pas le monopole de je ne sais quel courant de l'extrême droite»,
Rédigé par: Passant | le dimanche 24 juin 2007 à 18:12
Changer le nom d'un tel ministère est justement ce qu'il ne faut pas faire! Pour posséder une appellation plus consensuelle et plus à même de rasséréner l'humaniste, ce ministère n'en sera pas moins identique! Tant que c'est "le Ministère de l'Imigration, de l'Identité Nationale" et même s'il est "amoindri" par les dénominations de co-développement et de cohésion sociale, pour faire passer la pilule, on peut voir la conception toute sarkozienne de la politique sur l'immigration. Là, pour faire plus fort, il n'y avait plus qu'à l'installer rue Lauriston! Je te signe vingt pétitions pour le retrait pur et simple de ce ministère, mais je ne signerai pas cette pétition-là! Je ne transige pas avec ce genre de choses!
Rédigé par: Chris79 | le mardi 26 juin 2007 à 18:28