Vengeance fiscale
Où l'auteur est puni pour son outrecuidance, constate l'étendue de la puissance présidentielle dans un régime sans contre-pouvoirs, retombe sur ses pieds, mais laisse ses compatriotes modestes dans la panade...
Je m'étais agacé, sans doute un peu trop bruyamment, d'être l'involontaire bénéficiaire des largesses fiscales chiraco-sarkozyennes. D’où ce nouveau revirement gouvernemental sur le front de la déduction des intérêts des prêts immobiliers ― revirement manifestement déclenché par ma note de l’autre jour. « Il y a un type, là-bas dehors, un socialiste ayant soutenu Ségolène Royal pendant la présidentielle, qui pleurniche alors qu’il va pouvoir profiter de la rétroactivité de notre mesure, avait probablement grogné le chef de l’Etat dans l’intercom posé sur son immense bureau d’époque après avoir parcouru com-vat, ce matin-là comme tous les matins. Demandez à Woerth de s’occuper de ce petit salopard ! »
Et le fait est qu’Eric Woerth, docile ministre du Budget, s'était immédiatement penché sur mon cas, faisant passer le mail suivant à Géraldine, l’assistante du boss (lequel, comme François Hollande, n'utilise pas d'ordinateur) : « Monsieur le président, nos services ont découvert que le contestataire en question a acheté son appartement il y a huit ans. Il suffirait de limiter la rétroactivité de la déduction aux cinq premières années et il serait bien attrapé ! S’il y a d’autres ingrats à punir, monsieur le président, je me ferai naturellement un devoir autant qu’un plaisir, bla bla bla... »
Moi-même, je n’avais pas été long à calculer l’économie annuelle intégrée par le mari de Cécilia à son catalogue de dépenses post-électorales. Entre le forfait réservé aux couples et la prime liée aux enfants à charge, c’est la bagatelle de 1 700 euros d'intérêts que j'aurais pu déduire de mon impôt sur le revenu, comme ça, sans contrepartie aucune ! Bon, je présente évidemment mes plus plates excuses à ceux d’entre vous dont le prêt est également ancien et qui subiront la même déconvenue. Je sais, je sais, j’aurais mieux fait de fermer ma gueule. C’est vrai quoi, j’aurais pu me contenter de souffrir dans ma chair de progressiste en silence... On n’a pas idée !
D’autant plus que la colère élyséenne à mon égard ne devait pas s’arrêter là, Nicolas Sarkozy s’étant souvenu de mes préventions antérieures à l’égard du bouclier fiscal : « Géraldine, mon petit, rappelez Woerth... On va leur montrer, à ces minables, ce que ça veut dire de payer des impôts puisqu’ils en redemandent ! Ah, ils veulent de la solidarité ! Ah, ils veulent de la générosité nationale ! Ah, ils veulent du partage des richesses... On va leur en donner ! »
Là, c'est sûr, j’avais vraiment déconné. Le président venait en effet de ressortir d’un tiroir un vague projet de campagne oublié de tous et que même François Fillon ne songeait plus à ranimer : la TVA « sociale ». Alerté par Géraldine, le spécialiste de la rillette avait d'ailleurs immédiatement téléphoné au patron : « Monsieur, hum, Nicolas, c’est peut-être un peu gonflé, non ? Nous venons tout juste de réduire l'impôt sur le revenu et sur le patrimoine des plus riches. En augmentant la TVA, on va donner le sentiment de faire supporter cette baisse par les consommateurs les plus modestes... Si c’est juste pour faire chier ce blogueur, on peut toujours lui coller une histoire de mœurs... Enfin, un truc plus ciblé, non ? »
« Justement, avait répliqué d’un ton sans appel le chef de l’Etat. Si c’est trop ciblé, ça va se voir et on aura la presse sur le dos... Non, je rigole ! Simplement, un truc gros comme ça, personne ne croira que c’était dirigé contre un pauvre blogueur presque anonyme ! Le crime parfait, quoi... » Bombant le torse en admirant son profil dans le miroir de la cheminée, il ajouta en ricanant : « De toute façon, ma copine Angela Merkel a fait la même chose pour se venger d’un journaliste un peu gonflant et c’est passé comme une lettre à la BundesPost. Démerde-toi, François, n’oublie pas que je, si je veux, je remanie dès dimanche prochain... »
Fillon avait sans doute raccroché en marmonnant que ce n’était pas pareil, que les Allemands avaient peut-être augmenté la TVA de 3 points, mais qu’ils partaient de 15 et pas de 19,6% de taux supérieur, qu’ils n’avaient pas... Mais à quoi bon. Le boss voulait se venger : il aurait sa vengeance et la TVA sociale serait rapidement mise en œuvre. Tout de même, dans la Sarthe, on n’avait pas les mêmes valeurs qu’à Neuilly...
Bon encore une fois, je m’excuse auprès de tous, mon intention n’ayant jamais été, en protestant contre une doctrine fiscale aussi injuste que dénuée de bon sens, d’entraîner le pays dans une impasse pareille. Et si c’était à refaire, tiens, je procéderais différemment : je ferais passer mon point de vue sur un blog de droite, par exemple... Avec Koz, c’est certain, il n’aurait jamais osé !
Ceci dit, le plus fort, c'est que ma punition a déjà été levée. J’apprends en effet que les experts s’attendent à ce que les prix de l’immobilier soient stimulés par le dispositif fiscal quoi qu’il arrive. Les déductions auxquelles je n’ai plus droit se retrouveront donc fatalement dans l’accélération de l’appréciation de mon appartement ! A tous les coups on gagne, avec ce gouvernement. Hum, qu’il invente maintenant une TVA déductible pour les propriétaires et j'entre à l'UMP. Vive la France des propriétaires !
© Commentaires & vaticinations

Excellent! J'ignorais votre pouvoir sur les destinées de l'Etat... Mais si c'est ça, par solidarité envers vous, je refuserai de payer la surtaxe appelée TVA sociale... De grosses tensiosn en perspective dans mon supermarché;)
Rédigé par:le chafouin | le mardi 12 juin 2007 à 16:52
La TVA sociale faisait partie des propositions de DSK durant la campagne pour l'investiture PS.
Il sera difficile de trouver des DSKiens pour partager l'idée selon laquelle une hausse de la TVA reposerait surtout "sur les pauvres..."
Bon, c'est vrai que DSK, c'est pas forcément un mec de gauche, hein...
Rédigé par:Passant | le mardi 12 juin 2007 à 17:14
Euh, l'idée que l’appréciation de ton logement va te faire gagner de l'argent est une illusion d'optique. En effet, l'appartement a d'abord une valeur d'usage essentielle : te loger. Donc quand tu vas le revendre c'est pour en acheter un autre qui aura aussi augmenté, ce qui ferra imédiatement disparaître tes gains. Mais pire normalement on achète plus grand, donc un logement qui aura proportionnellement plus augmenté que le tien sur cette période. Donc l'augmentation fait perdre de l'argent à une grande majorité de gens. Sans les frais de notaire et d'agence, qui sont ce que tu perds dans un achat/revente et qui sont proportionnels au prix.
Il y a une petite minorité de gens qui sont gagnants dans cette augmentation, ce sont ceux qui vendent pour acheter plus petits, des persones agées. Ce sont eux les seuls vrais gagnants du jeux, aux frais de jeunes.
Il faut citer quand même une encore plus petite minorité, intéressante malgrè tout, ceux qui vendent pour placer tout en assurance/vie avant de se faire loger pour 5 ans aux frais de l'état, suivez mon regard. L'important à retenir est que celui qui fait cela calcule que le marché va bientôt s'écrouler, qu'il faut en sortir pour placer les fonds sur un truc très sûr même si pas très performant, et ce y compris quand son discours officiel est pour une France de propriétaire.
Rédigé par:jmdesp | le mardi 12 juin 2007 à 17:31
Le chafouin,
Dis-leur que c'est sur mes conseils, ils te feront une ristourne.
Passant,
La TVA sociale peut se discuter, elle fonctionne effectivement très bien en Allemagne (depuis des taux inférieurs), mais accolée au premier wagon de mesures fiscales, elle devient impossible à accepter.
Jmdesp,
Les Français n'investissent pas dans la pierre pour spéculer comme les Britanniques. Ils font plus souvent l'acquisition d'un logement familial qu'ils conservent et ne font pas de trading up.
Je n'étais pas, dans ce papier, en train de discuter des avantages et des inconvénients du placement pierre dans un marché haussier mais, puisque tu m'y invites, disons que le cas d'un ménage qui vend son bien à la retraite implique l'achat d'un logement plus petit et la constitution d'un capital liquide avec le reliquat de la vente. Le risque, dans ce contexte, est plutôt systémique : que se passe-t-il si tous les boomers vendent en même temps, par exemple. A un niveau individuel, ils s'en sortent si la valeur relative de tous les biens évolue à la baisse de la même manière. Mais les dettes courantes associées à des biens dont la valeur a chuté, ça c'est un problème pour le pays.
Mais encore une fois, c'est un peu hors sujet.
Rédigé par:Hugues | le mardi 12 juin 2007 à 17:58
D'après ce que je peux en comprendre (mais ça reste à vérifier), la TVA sociale sauce sarkozy financerait les caisses sociales (et notamment, la perte de recettes que provoquerait l'exonération partielle de charges des heures supp), alors que la réduction d'impôt pour les propriétaires se retirerait du budget de l'état.
Du moment que les lubies défiscalisantes de Sarkozy ne creusent pas plus encore le déficit des caisses sociales que toutes les précédentes mesures prises sous Raffarin et Jospin, c'est déjà un très grand progrès pour l'avenir des caisses sociales et de solidarité, et donc, de notre système de protection sociale !
Rédigé par:Passant | le mardi 12 juin 2007 à 20:28
Passant,
Si je me souviens bien, il y a de cela environ deux ans, lorsque DSK avait avancé sa proposition de TVA sociale, il avait été fraternellement prié de fermer sa gueule par ses camarades. Maintenant, quand on voit l'UMP s'inspirer la politique fiscale de Frau Merkel, qui gouverne, rappelons-le, avec ces ultra-libéraux fanatiques de la SPD, on se dit que le PS l'a échappé belle. Mais pas la France, hélas ! Essayer de faire baisser le coût du travail sans écorner le pouvoir d'achat, envisager des novations contre les délocalisations, on n'a pas idée ! Je me demande même si ce gouvernement injuste n'aurait pas la vague intention d'améliorer notre balance des paiements. Brrrrr, j'en frémis.
Rédigé par:François X | le mercredi 13 juin 2007 à 00:04
le mari de cecialia s'est d'autant plus jeté sur la mesure-slogan "tva sociale" que celle-ci est un fourre tout comme il aime (avec les droits opposables et la discrimination positive)
il y a semble t il autant de TVAs sociales que de gens qui en parlent.
pendant ce temps, malgré une attention assez soutenue à l'actualité, je n'ai pas vu où étaient réellement placés les curseurs sur la défiscalisation précédente.
parce que sur la défiscalisation des intérets d'emprunts, j'ai vu que sarko avait dit "no limit", mais après finalement c'est qd meme woerth qui avait raison sans le dire.
on continue comme en campagne: on a à peine survolé le point précédent qu'on passe au suivant, ce quui évite qu'on regarde trop au delà d'une analyse primaire.
Rédigé par:Martin P. | le mercredi 13 juin 2007 à 17:09
C'est comme avec la suppression "des charges et impôts" sur les heures supp : seules les charges salariales ont été supprimées (soit un cinquième du total, grosso modo), les charges patronales sont inchangées ! Mais ça ne surprend personne.
Parce qu'en plus, contrairement aux promesses du candidat, c'est le bon sens.
Rédigé par:FrédéricLN | le jeudi 14 juin 2007 à 12:28
votre article est très surprenant, merci de nous informer de la sorte.
christophe
Rédigé par:christophe | le jeudi 14 juin 2007 à 18:28
et en plus faut voir la gueule de la vague bleue chez certains candidats....
http://www.dailymotion.com/video/x29pyq_la-vraie-sylvie-noachovich
Rédigé par:romain | le vendredi 15 juin 2007 à 10:36