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dimanche 15 juillet 2007

Le naturisme est-il un humanisme (ou simplement ringard) ?

Le naturisme « militant » est-il un truc de vieux ? L'enquête express qui suit tend à le suggérer. Mais un doute subsiste et la vérité toute nue est difficile à faire émerger de son puits.

Village_gauloisCommentaires & vaticinations a beau se mettre en veille de temps à autre, son auteur reste conscient des impératifs de sa double mission d'information et d'analyse. Vacances ou pas, rares sont donc les opportunités d'éclairer votre lanterne sur lesquelles je me permets de faire l'impasse… Sujet du jour : le naturisme. Et la raison de mon intérêt soudain pour cette pratique controversée : un séjour dans le Médoc, à quelques centaines de mètres du CHM de Montalivet — soit l’un des plus grands complexes naturistes de la planète.

Plongez-vous immédiatement dans l’ambiance en imaginant une sorte de village gaulois de plusieurs dizaines d’hectares, niché entre dunes et pinèdes, et vous aurez une assez bonne notion de l’atmosphère du lieu. Cette idée du village gaulois est d’ailleurs largement renforcée par les palissades de bois brut qui ceinturent le camp, même si une seconde rangée de clôture, métallique celle-là, évoque d’autres concentrations humaines moins plaisantes. Mais ça, c’est ce qu’on voit de l’extérieur. Et même ce que l’on voit tout court, si l’on n’a pas le goût de se balader à poil du matin au soir.

Ne reculant devant aucun sacrifice pour satisfaire votre curiosité, je me suis pourtant débrouillé pour découvrir ce qui se tramait intra muros et observer les rituels de nos Obélix et Astérix en tenue d’Eve. Bon, pour dire la vérité, mon intention initiale n’était pas de me lancer dans ce travail de sociologie à la petite semaine pendant mes vacances et c’est d’avoir été empêché d’accéder à la salle de musculation du CHM, lieu théoriquement ouvert aux « textiles », qui devait stimuler mon sens de l’investigation.

« Il faut être naturiste pour entrer dans le centre », m’avait sèchement expliqué, au téléphone, le responsable de la salle. « Et en plus, il faut être titulaire de la carte de la Fédération Nationale du Naturisme » avait-il ajouté pour contrer mon argument sur le caractère assez peu permanent de l’état de naturiste, un « habillé » comme moi pouvant aisément se transformer en « tout nu » comme lui en se délestant de ses vêtements.

Quelle erreur ! Car le naturisme, dans ce contexte militant et structuré, n’est pas qu’une question d’arbitrage « avec maillot » / « sans maillot ». Et, même rentré à Paris ou à Francfort (le CHM accueille de nombreux allemands ; 40% me dit-on), assis derrière son PC, cravate au cou, le naturiste reste un naturiste et le textile installé dans le bureau voisin reste un textile. Nous parlons ici d'un mode de vie, pas de morceaux de tissus cousus ensemble !

Mais bon, vous connaissez ma pugnacité et ma capacité à relever un défi. Cette interdiction de séjour ridicule n’allait évidemment pas me décourager : j’avais décidé d’utiliser cette salle de sport et rien ni personne ne m’en empêcherait. J’allais d’ailleurs trouver une allié inattendue en la personne de la responsable de l’office du tourisme de Montalivet (city) qui, mise au courant de ma déconfiture, avait immédiatement contacté une huile naturiste (sic) pour lui recommander, gentiment mais fermement, de me laisser accéder à ce fichu club de gym. Et c’est donc muni d’un laissez-passer signé de sa main que je me présentais à l’accueil le lendemain, les ponts-levis s’abaissant alors sur mon passage comme ceux du château de la méchante sorcière devant le prince venu délivrer la Belle au bois dormant.

Passons rapidement sur la salle de gym proprement dite, qui n’avait rien d’exceptionnel et dont les rares usagers sculptent leurs pectoraux en short et T-shirt ! C’est d’ailleurs une bonne chose, l’hygiène la plus élémentaire se devant d’être respectée à Montalivet comme à Paris (ou à Francfort, ça va sans dire). Mais, et c’est ce qui devait me frapper une fois ma session achevée et ma visite du camp entamée, le nombre de vacanciers vraiment nus était plus que minoritaire, à la limite de l’anecdotique. Et les gens circulant dans les allées, à pied ou à vélo, entrant ou sortant des magasins disposés en carré sur la place centrale (pas de poissonnier ni de forgeron se tabassant avec une sole pas fraîche, malheureusement), ressemblaient davantage à des touristes standards, avec leurs casquettes de baseball et leurs ignobles Crocs fluo, qu’à des titulaires de la fameuse carte de naturiste professionnel.

Du coup, les rares mères de familles aperçues dans le plus simple appareil devant l’étal de fruits et légumes de la supérette Spar — ou ce retraité cul nu achetant un tournevis cruciforme chez le quincaillier —, avaient l’air plus excentriques que proprement naturistes… Mais c’est sans doute, et il s’agit d’un point de vue très personnel fondé sur de rapides impressions et la lecture de deux trois articles, donc rien de vraiment lourd, que le naturisme « activiste » est devenu un truc de vieux —  la survivance d’un anticonformisme autrefois incontestable mais désormais sans objet. 

Il y a quelques décennies, se mettre nu en public avait certainement quelque chose de transgressif et rares étaient les endroits où ce genre de chose était permis. Les adjudants Cruchot verbalisaient les contrevenants sans états d’âme et les nationalistes corses les passaient à la peinture bleue avec enthousiasme. Bien entendu, les « nudistes », terme alors plus fréquemment utilisé par le grand public, même s’il ne recoupe pas exactement la même pratique, ne se déshabillaient pas dans le but d’enfreindre la loi mais bien dans celui de vivre leur vie sans contrainte, à l’aise et en harmonie avec les éléments (une épaisseur d'élasthane / polyamide jouant manifestement le rôle d’un cage de Faraday et empêchant les « textiles » d’accéder à cette fameuse harmonie).

Pour autant, la banalisation de la nudité, l’émergence de clubs de vacances type ClubMed proposant le même genre de gated community pour séjours en vase clos, ou encore la ringardisation du discours naturiste pur et dur par la diffusion large des préoccupations écologiques, allaient rebattre quelque peu les cartes. Et en ce qui concerne plus spécifiquement le CHM de Montalivet, que Michel Houellebecq fréquentait enfant et comparait volontiers à une sorte de méga lupanar à ciel ouvert, la dimension club de rencontres et terrain d’aventures sexuelles n’était évidemment pas à négliger. Mais à l’heure de Meetic et de l’échangisme chic, comment lutter ?

Il serait faux, toutefois, de prétendre que personne ne se promène le derrière à l’air dans le centre. L’on remarque même ces joueurs de tennis dont toutes les balles virevoltent au rythme de leurs revers du côté des installations sportives, ou ces joggeuses dont les performances sont probablement amoindries par leur refus de se soutenir correctement la gorge. Mais clairement, et à l’exception de la plage attenante où tout le monde est effectivement nu, les « vrais de vrais » ont majoritairement dépassé la cinquantaine et les ados préfèrent exposer leurs vêtements de marque plutôt que leurs parties intimes.

D’ailleurs, l’évocation des vêtements de marque, dans le cadre d’une description d’un espace aussi socialement ségrégué est loin d’être hors sujet. Loin de se mélanger les uns aux autres, communiant dans la fierté de leur nudité primitive bla bla bla, les 5 000 vacanciers du CHM se répartissent dans différents « quartiers », du village de tentes cheap à un secteur de pimpantes maisons de bois se négociant jusqu’à 80 000 euros. L’avocat en Mercedes ML peut ainsi aller déguster sa pizza en compagnie du médecin en Audi A8 sans jamais croiser la route d’un prolo débarqué en Ford Fiesta. Et clairement, le sentiment d’une vie sociale structurée comme à l’extérieur jette un fameux doute sur la philosophie générale de l’endroit — philosophie qui, lorsqu’elle ne fait pas référence au culte de l’aryen blond folâtrant gaiement sur les berges du Rhin, apparaît pourtant comme sympathique.

Mais je ne prétends pas avoir tout compris de la « question naturiste » pour être allé me balader trois ou quatre fois dans leur repaire, ou pour avoir engagé la conversation avec quelques uns d’entre eux (tous très chaleureux. A l’exception de ce type qui me refusait l’accès à la salle de gym, évidemment). Et sans doute faudrait-il consacrer plus de temps à en saisir les ressorts moins apparents. Las, mon séjour médocain est terminé, je ne prévois pas de retourner dans le secteur avant longtemps et, à vrai dire, je n’envisage pas de consacrer une autre note au phénomène de peur d’agacer simultanément mes lecteurs textiles et naturistes. J’essaierai toutefois de découvrir à l’occasion si tel ou tel collègue de travail, assis derrière son PC, dans ses vêtements de ville anonymes, n'est pas, en réalité, un « authentique » naturiste avec carte officielle et tout et tout… Et tiens, machin du deuxième, il n’a pas une Ford Fiesta, justement ?

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Voici les sites qui parlent de Le naturisme est-il un humanisme (ou simplement ringard) ?:

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Qu'on se le dise: "le roi n'est pas nu !".

"Chassez le naturiste, il revient au bungalow !"

Franck Dubosc, in Camping

Je connais bien le CHM et je peux vous dire que vous avez tort et que l'ambiance est très différente de ce que vous dites pour le mélange des classes sociales. Le fait d'être naturiste permet à des gens très différents de communiquer et il y a réellement une atmosphère spéciale que vous n'avez pas ressenti.

Il y a un film assez juste sur ce sujet (en dehors de l'adaptation des "particules élémentaires"), il s'appelle justement "les textiles". C'est assez bien vu.
A l'occasion, essaies tout de même de prendre un bain de mer totalement nu, c'est une sensation .... incomparable. Si si si

Melchior,
C'est une question de point de vue.

Vinvin,
Ca n'est pas vraiment de lui. C'est une vieille vanne et elle est même le titre d'un bouquin consacré au mouvement naturiste en vente à la librairie du centre de Montalivet.

Pierre,
Encore une fois, je ne prétends pas avoir tout compris. Je me suis baladé, j'ai discuté avec les gens, je me suis fait une idée. Rien de plus.

Sasa,
Mais je ne conteste pas le plaisir qu'on peut avoir à se baigner tout nu. Ca m'est arrivé pas mal de fois et c'est exactement l'idée générale que je défends : le naturisme est la formalisation militante de quelque chose d'assez banal (désormais), même si certains puristes considèrent qu'il existe une différence entre un "nudiste" (soit la personne qui se baigne à poil sans se demander s'il s'agit d'un acte engageant toute son existence et sa vision du monde) et le naturiste diplômé et titulaire d'une carte officielle.

Si les naturistes portent des "crocs", ils ne valent effectivement pas plus cher que les textiles qu'ils méprisent !

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