Lettre de Marseille
Se déplacer sans voiture à Marseille, c'est tout un poème. Mais les choses avancent. Elles avancent à la même vitesse qu'une auto parcourant en 45 minutes 500 mètres de bitume en centre ville, mais elles avancent tout de même…
A Marseille, les trottoirs appartiennent aux voitures. Et dans les petites rues des quartiers de la Plaine ou du Camas, il n’est pas rare de voir une auto garée si près d’une porte cochère qu’elle en interdit quasiment l’entrée. Les mères de famille à poussettes sont constamment obligées de descendre sur la chaussée, provoquant les coups de klaxons rageurs de conducteurs indignés par un tel manque de civisme.
L’observateur attentif constatera d'ailleurs que ces mères de famille seraient malvenues de se plaindre, des panneaux tout à fait officiels signalant, à intervalles réguliers, que le stationnement sur le trottoir est autorisé. Un marquage au sol complète même ce dispositif, levant toute ambiguïté sur les droits et devoirs des uns et des autres. L’observateur encore plus attentif se demandera pour quelle raison la mairie se donne la peine de construire des trottoirs, lesquels détériorent les pneus et les bas de caisse des voitures les gravissant pour se garer. A tous les coups, c’est cette inconséquence des pouvoirs publics qui stimule les ventes de 4x4 dans la ville. Les gros véhicules tout-terrain seraient-ils si nombreux autrement ? Non, évidemment : les gens ne sont pas si bêtes.
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La rénovation de la gare Saint-Charles devait être achevée en 2000, avec l’inauguration d’un nouveau tronçon TGV. Sur le chantier désorganisé qui empêche le voyageur de distinguer ce qui est neuf mais déjà détérioré de ce qui n’a pas encore été changé ou reconstruit, un immense panneau proclame désormais que la fin du supplice est prévue pour la fin de l’année. Les paris sont ouverts.
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Mais certains supplices BTPesques prennent parfois fin et les rues longtemps impraticables du centre ville ont été recouvertes de granit ou de gazon pour laisser passer un tramway esthétique, pratique et efficace. Comme prévu, les surfaces engazonnées sont mal entretenues et font un peu désordre, mais les Marseillais ont l’air satisfaits de ce nouveau moyen de transport. Quelques semaines après la mise en service, les conversations entendues à bord continuent d’être centrées sur les avantages du tram, le gain de temps qu’il autorise, son confort… Il y a bien quelques ronchons, pestant contre la réduction à deux voies de la circulation automobile sur la Canebière, mais ils ont l’air minoritaires.
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Le métro marseillais, également pratique et rapide, ferme ses grilles à 21h00. Sauf les soirs de match, bien sûr. Lorsque l’OM est en représentation, les tifosis ont la permission de minuit. Le reste du temps, s’il n’y a vraiment rien à la télé et qu’ils sont obligés de sortir dans l’un des rares quartiers animés de la ville, ils prennent leur voiture. Il est parfois difficile de trouver une place mais, hey, on peut toujours se garer sur les trottoirs…
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Lorsque j’ai demandé à la fille de l’office du tourisme s’il était possible de louer un vélo pour une semaine, elle m’a demandé : « Pourquoi faire ? » J’ai expliqué que je voulais me déplacer avec dans les rues de Marseille pendant mon séjour, que c’était pratique, tout ça…
Pas très convaincue, elle m’a donné les coordonnées de l’unique loueur de vélos de cette ville de 800 000 habitants. Mais en fait, celui-là, j’aurais pu le trouver sans elle. Il s’agit de la petite boutique qui loue des tricycles et des voitures à pédales à l’entrée du Parc Borély — un parc dont Marcel Pagnol parle à l’occasion et que je fréquentais déjà minot. Bon, on m’a quand même dégoté un VTT aux freins desserrés et au guidon tremblant : 18 euros la première journée, 10 euros les suivantes. Un bon deal dans cette ville où les pistes cyclables restent un concept exotique.
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Il va pourtant falloir qu’elle se mette au parfum, « la cité phocéenne ». Dès le mois d’octobre, et après moult tergiversations, une système de vélos en libre service de type Vélib' sera inauguré. La dimension du projet reste modeste en comparaison des systèmes parisiens, lyonnais ou bordelais : en tout, 1 000 vélos répartis sur 150 bornes devraient être proposés à des Marseillais pour lesquels un deux-roues sans moteur est, soit un jouet pour enfant, soit un instrument de torture pour dopés à l’EPO.
Renaud Muselier, héritier putatif de Jean-Claude Gaudin au siège de Gaston Defferre et adjoint au maire chargé des Transports, rappelle tout de même que cette ville « pleine de montées et de descentes » n’est pas exactement Amsterdam. Il n’a pas tort. Lorsque je l’interroge (en mode non-blogueur) sur le retard pris par sa ville en termes de « circulations douces », comme on dit à Paris, il se désespère : « Les Marseillais aiment la bagnole, même les PV ne les dissuadent pas de se garer n’importe où. Et le vélo, ils n’ont pas l’habitude. C’est encore nouveau ».
Que les Marseillais aiment la bagnole, c’est certain. Que les PV ne soient pas dissuasifs, c’est discutable. Pour qu’une voiture soit verbalisée pour stationnement gênant à Marseille, il faut qu’elle soit garée devant une sortie de garage ou carrément au milieu de la chaussée : on ne plaisante pas avec les malfaisants qui empêchent les autos de circuler, dans le secteur. « Mais la mairie fait des efforts, affirme encore l’ancien secrétaire d’Etat aux affaires étrangères de Chirac. Le Vélib', on voulait le lancer depuis longtemps mais c’est l’opposition qui nous en a empêché. Oui, l’opposition municipale, les Verts et le PS ! On a dû refaire cinq fois l’appel d’offre et ils nous ont mis un tas de bâtons dans les roues. C’est pas Paris, ici ! »
Bon, la vie politique locale est effectivement un peu spéciale, même si l’on a du mal à imaginer que les écolos tentent de bloquer un projet pareil. Mais je suis en vacances et je ne vais pas partir en quête d'un élu Vert marseillais en plein mois d’août pour lui demander son avis sur la question. Je vous offre tout de même une ultime sortie de Muselier sur le thème de ce métro qui se couche « avé les poules », comme on dit sur le Vieux-Port : « On le ferme tôt parce que les gens ne le prennent pas. Il faut dire que le soir, la voiture est plus pratique… » CQFD.
© Commentaires & vaticinations
J’ai ete particulierement amuse d’apprendre que le tram devais attendre derniere les voitures garees en double file dont les proprietaires s’arretent par exemple pour acheter des cigarettes. Ici les bobos ne vaincront jamais !
Rédigé par: Scope | mardi 21 août 2007 at 12:40
Il y a tout de même du progrès depuis l'époque, pas si ancienne, où le Marseillais jetait sa poubelle pas la fenêtre.
J'ai oublié l'avertissement qui précédait le jet, un mot provençal ; mais quand de la rue tu entendais ce cri il valait mieux courir.
Rédigé par: all | mardi 21 août 2007 at 13:56
Scope,
Faut-il s'en réjouir ? Est-ce que le type qui se gare en double file et bloque le tram pour acheter des clopes est préférable au "bobo" ?
All,
Oui, je l'ai aussi entendu raconter, ça. Mais impossible de trouver un témoin direct. Ca pourrait être apocryphe (du moins dans le passé récent).
Rédigé par: Hugues | mardi 21 août 2007 at 14:37
C'est un commentaire ironique ! Cela fait maintenant bien longtemps que je ne crois plus au renouveau des mentalites a Marseille. J'attend avec impatience les anecdotes sur le velib Marseillais, grosses rigolades en perspective.
Quant au jet de poubelle par la fenetre, je n'ais jamais entendu d'avertissement le precedent...
Rédigé par: Scope | mardi 21 août 2007 at 14:49
Heureusement je serais mort avant que la ville universellement clean n'offre son merveilleux environnement à des habitants sans aspéritées universellement interchangeables... Marseille-suisse c'est comme un bar de marin breton ou galois, sans alcool, sans fumées, sans verbe, ... ça n'existe plus.
Rédigé par: Bruno | mardi 21 août 2007 at 15:13
Je ne sais pas si les verts marseillais s'opposent à velib, mais je peux confirmer que socialistes et verts marseillais se sont opposés très fortement à la généralisation du stationnement payant (avec vignette résidents) dans le 7e arrondissement en 2005. J'ai trouvé ça presque aussi paradoxal.
Rédigé par: wavrill | mardi 21 août 2007 at 18:12
@Hugues au sujet du témoin direct.
Quand j'étais petit (1/2 siècle bien tassé) ça se faisait encore de façon sporadique rue du Baignoir et rue du Petit Saint Jean - nous on habitait pas Mazargues. Des déchets bien pliés dans une double page du Méridional qui éclataient dans la rue.
Rédigé par: all | mardi 21 août 2007 at 18:47
Scope,
Moi, j'ai des phases. Parfois j'y crois, parfois pas. Disons que ce coup-ci il se passe tout de même deux trois choses et que ça pourrait décoller. Tiens, un peu de pensée magique : si la gare est finie avant la fin de l'année et qu'elle ressemble à quelque chose, Marseille redécolle et devient la capitale économique et culturelle du sud de l'Europe, loin devant Barcelone. Sinon, bof...
Bruno,
De toute façon, même si Marseille reste en rade, c'est en Bretagne que je veux retourner si je quitte Paris, alors...
Wawrill,
Ca, on peut le comprendre : ça encourage la propriété automobile et les voitures "ventouses". Ce n'est pas forcément idiot.
All,
Hé hé, nous, dans les quartiers chics, on se comportait mieux ! C'est vous qui pourrissiez notre réputation alors ?! Mais encore une fois, c'est pas grave, j'étais Breton de Marseille et maintenant je suis Breton de Paris. A Marseille, je ne suis plus qu'un touriste à vélo.
Rédigé par: Hugues | mardi 21 août 2007 at 23:09
eh bien comme ça, les automobilistes parisiens savent où ils peuvent demander le droit d'asile...
Rédigé par: Akynou | mercredi 22 août 2007 at 17:52
Pour les vélos en libre service, à Aix, on les a déjà. Mais Aix a toujours été en avance sur Marseille : http://www.vhello.fr/
Rédigé par: Calisson | jeudi 23 août 2007 at 17:12
je suis passée devant le château de la buzine un jour d'avril 2007*, je ne suis pas marseillaise, mais je me souviens d'une colère qui m'ait tombée dessus et qui n'est pas prete de me passer: le château de ma mère est en ruine!
*pas complètement par hasard;)
Rédigé par: humour japonais | jeudi 23 août 2007 at 21:00
Ah qu'il est bon de revenir sur ce blog à l'occasion et de constater que, au-delà des simples dégorgements partisans (Le Pen et Besancenot, Minute et le Monde Diplo dans le même sac), vous excellez toujours autant à raconter n'importe quoi avec le même aplomb. Vous deviez être terrible quand vous étiez gauchiste et fumeur.
Donc : le métro marseillais est ouvert tard (minuit trente au moins) non pas seulement les soirs de match, mais aussi les vendredi, samedi et dimanche soir, soit presque de la moitié du temps.
Cela n'est certes pas suffisant pour dissuader les gens de prendre leur bagnole, mais c'est en tous cas nettement plus que ce que vous racontez, après une puissante enquête journalistique.
Rédigé par: manu(Constantin) | lundi 17 décembre 2007 at 10:03
Manu,
Effectivement, un métro qui ferme à 21h00 du lundi au vendredi, c'est tout ce qu'il y a de plus raisonnable dans une ville d'un million d'habitants. Mais je ne savais pas que tu étais chargé de la communication de la RTM.
Rédigé par: Hugues | lundi 17 décembre 2007 at 22:42
Incroyable !
Vous êtes journaliste statutaire, avec tous les avantages corporatifs afférents, si j'ai bien compris, on vous prend en flagrant délit d'erreur factuelle sur une information élémentaire, et vous trouvez encore le moyen de la ramener.
Vous avez déjà pensé à une carrière politique à l'UMPS ?
PS : Rappel : je ne vous tutoie pas.
Rédigé par: manu | mercredi 19 décembre 2007 at 11:05
Manu,
Incredibeul ! Je n'arrête pas d'expliquer qu'en ces lieux, sur ces pages, je ne suis pas journaliste mais "blogueur", c'est à dire totalement libre de ma parole et de mes opinions (existe-t-il un statut du blogueur ? Une carte de blogueur ? Une charte du blogueur ?) et il y a toujours quelqu'un pour me le reprocher.
Ceci posé, le métro marseillais ferme bel et bien tous les soirs à 21h00 sauf les jours de match, comme je le disais. Mais un changement s'est effectivement produit il y a deux ans après quelque trente ans de fonctionnement en mode totalement dégradé et il roule désormais jusqu'à 0h45 le week-end. Aa, je ne le savais pas, je découvre cette nouveauté, je l'avoue.
Mais l’erreur me semble assez mineure (même un sophiste dans ton genre devrait l'admettre) et mon point reste entièrement valide, a fortiori à l’intérieur d’une note sur la place de l’automobile à Marseille.
Ah, et oui, je te tutoie parce que je sais que ça t’agace.
Rédigé par: Hugues | mercredi 19 décembre 2007 at 12:40