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lundi 17 septembre 2007

Les Mères Térésa de la rue de Solferino

Etre militant du PS, c'est un peu comme s'occuper des pauvres à Calcutta en se demandant si Dieu existe. On doute, on doute, mais on ne peut pas s'empêcher de faire le bien.

Militants_psMon ami Richard L. s'étonnait ce matin, remuant une petite cuillère désabusée dans sa tasse de café matutinale, qu'il existe encore des militants socialistes. « Pas des socialistes, hein, ça je peux comprendre, mais des militants, précisait-il aussitôt. Des gens qui soient prêts à passer leurs soirées à coller des affiches et à gaspiller leurs matinées du dimanche à distribuer des tracts sur les marchés sans se formaliser du dernier coup de poignard planté dans le dos de celui-ci par celui-là... »

Mais c’est que ce cynique ne comprend rien à la foi, celle qui déplace les montagnes et transforme les petites orphelines macédoniennes en missionnaire de la Charité. A la foi ou plutôt au désir de foi, soit la volonté de croire qu’il existe, quelque part, un vieux barbu omnipotent ou, dans le contexte du parti à la rose, un corpus idéologique progressiste cohérent et adapté au monde tel qu’il est. Mère Térésa doutait, elle se demandait si le Dieu qu’elle priait n’était pas qu’une construction mentale inventée par l’homme pour se réconforter les jours de déprime, mais elle avait fini par décider qu’à tout prendre, s’occuper des victimes de Bhopal n’avait pas besoin d’être métaphysiquement correct.

Militer au PS, c’est pareil. Enfin, c’est moins difficile et plus confortable que de traîner en sandales dans les bidonvilles indiens, mais l’idée est là. Car tout de même, n’importe quel esprit rationnel, en constatant que le principal parti de la gauche française n’est plus qu’une coquille vide sans projet, en découvrant à quel point les divergences qui agitent ses leaders sont artificielles ou en mesurant le retard doctrinal pris sur le Labour et le SPD prendrait ses jambes à son cou... Mais non ! N’en déplaise à mon ami Richard L., des dizaines de milliers de militants continuent, jour après jour, à coller des affiches et à distribuer des tracts au lieu d’aller faire un tour à la campagne pendant leur RTT. On peut les plaindre, lever les yeux au ciel en parcourant, dans l’Hebdo des Socialiste, les slogans de cour de récré censés faire trembler Sarkozy, mais on ne peut pas se moquer. Hey, se moque-t-on de Mère Térésa ?

Tiens, mettez-vous cinq minutes à la place d’un militant socialiste dont le boulot sera d’expliquer que le nouveau livre de Lionel Jospin sur Ségolène Royal est une « contribution à la rénovation ». Que la poursuite des attaques sur la crédibilité et la stature d’une candidate désignée par, hum, 60% des adhérents et adoubée, du bout des lèvres mais adoubée tout de même, par l’ancien premier ministre en personne, est le meilleur moyen de revenir aux fondamentaux... Moi, personnellement, j’aurais du mal à le faire en gardant mon sérieux, entre l’étal du charcutier et le stand du poissonnier du marché d’Aligre. Le militant, le vrai, lui, il se débrouillera pour expliquer qu’il s’agit en fait d’un nouvel apport au débat, d’un point de vue courageux mais qu’il convient toutefois de relativiser, bla bla bla...

Lionel Jospin s’était déjà fourvoyé en tentant de revenir par la fenêtre après être, assez courageusement d'ailleurs, sorti par la grande porte. Il se fourvoie à nouveau en se plaçant dans la roue des Lienemann, Mélenchon et consorts et en ajoutant au bordel ambiant. Si le PS est à la croisée des chemins, si la présence d’un François Hollande sur une estrade de la fête de l’Huma, entre Marie-Georges Buffet et Olivier Besancenot est enfin devenue incongrue à l’heure du manifeste des Gracques, quelle est la finalité de ce coup de sang dérisoire et revanchard ? 

Ne cherchez pas. Il n’y en a aucune. Jospin est amer, frustré par la manière dont les choses se sont passées, pour lui comme pour elle, et semble prêt à sacrifier le potentiel de modernisation radicale du PS que sous-tend le « ségolisme » sur l’autel de son amour-propre. Je ne crois pas, moi-même, que le parti soit actuellement capable d’une rupture franche avec sa frange gauchiste, ni même que cette frange gauchiste ait réellement envie de déménager chez le facteur joufflu. Mais je suis convaincu que les brèches ouvertes par la belle du Poitou dans le baratin qui servait de programme au parti ne demandent qu’à être élargies, sur les questions économiques comme sur les « valeurs ». Manuel Valls ou Jean-Marc Ayrault semblent l’avoir compris même s’ils ne s’interdisent probablement pas, le moment venu, de jouer plus personnel. Lionel Jospin, en revanche, est tellement enfermé dans sa rancœur qu’il n’est plus capable de saisir à quel point il est lui-même devenu une impasse.

« Exactement, triomphe Richard en reposant sa tasse vide sur le comptoir. Mais, ça n’explique pas qu’il reste des militants, hein, tout ce bordel. Au contraire ! C’est bien ce que je dis ! » Ben non, tout ce bordel n’explique effectivement pas qu'il reste des militants. Mais Mère Térésa n’expliquait rien non plus. Patron, deux autres cafés !

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Les militants, les vrais, c’est a dire les elus et les retraites de la fonction publique¬– pas ceux a 20 euros – ils ne me font pas de la peine mais ils m’exasperent plutot.
Tous ces echecs, c’est a eux qu’on le doit. Cet attachement aux archaismes c’est a eux qu’on le doit. Le parti socialiste va mourir de sa belle mort et c’est a eux qu’on le devra. Merci les militants, vous avez tue votre parti. Jospin et les chefs n’y sont pour rien, ils font ce qu’ils peuvent avec les troupes a leur disposition . Heureusement etant donne la structure de la pyramide des ages aux PS, dans 15 ans tout sera regle.

Les militants, les vrais, c’est a dire les elus et les retraites de la fonction publique¬– pas ceux a 20 euros – ils ne me font pas de la peine mais ils m’exasperent plutot.
Tous ces echecs, c’est a eux qu’on le doit. Cet attachement aux archaismes c’est a eux qu’on le doit. Le parti socialiste va mourir de sa belle mort et c’est a eux qu’on le devra. Merci les militants, vous avez tue votre parti. Jospin et les chefs n’y sont pour rien, ils font ce qu’ils peuvent avec les troupes a leur disposition . Heureusement etant donne la structure de la pyramide des ages aux PS, dans 15 ans tout sera regle.

Si fait, la gauche est un christianisme abâtardi. Plus raisonnable que le vrai ? hum hum, laissez-moi rire...

J'aime toujours autant vos billets plein d'humour et instructifs. Néanmoins, permettez moi de réagir à votre analogie entre les militants du PS et Soeur Térésa.

les militants du PS ont choisi leur "guide" et se demandent encore s'ils ont fait le bon choix.
Soeur Térésa a été appelée donc choisie et n'a jamais remis en cause ce "choix"

La souffrance exprimée par les militants est inhérente à un manque de visibilité pour répondre aux questions : qui, quand, comment, pourquoi, quoi...
la souffrance de Mère Térésa est l'expression de sa droiture, de sa conviction, de sa foi profonde et génératrice de sens car offerte à Dieu et aux autres.

Le seul dénominateur commun entre les militants PS et Soeur Térésa que je vois est le désir de faire bouger les choses, les mentalités et les structures et c'est déjà énorme !
Dans le bon sens ?...

Beati pauperes spiritu, quoniam ipsorum est regnum caelorum.

Réjouissons nous en nous disant que le royaume du PS n'est pas de ce monde et que c'est tant mieux comme ca.

Jospin ?

C'est qui ?

Un simple militant PS sauf erreur de ma part ?

Bon, alors, on est très content d'avoir entendu sa contribution et on passe à la suite.

@Hugues
"Il se fourvoie à nouveau en se plaçant dans la roue des Lienemann, Mélenchon et consorts "Tu fait de l'amalgame facile, les reproches de Jospin ne sont pas les mêmes que ceux de Liennemann

@scope:je suis militant trés actif et ni élu ni ancien de la fonction publique.autour de moi la plupart sont comme moi.Ne caricaturont pas les socialistes qui donnent de leur temps sans compter

Voyez vous très chers amis, j'attend toujours le grand messi pour y croire.

En attendant faites comme le clergé, sortez deux ou trois grandes phrases et empifrez vous sur le dos des croyants / militants de base.

Moi je me place en pivot à coté du buffet, ça marche vraiment bien!

Je te trouve bien indulgent de parler de "bordel ambiant": cette expression désigne un chaos propice à l'invention, à la création (voir le livre de Moréno qui porte ce titre). Là nous n'avons que fatras de démolition. Les traces d'inventivité sont ailleurs: à "Désirs d'avenir" par exemple.

@Romain : c'est beau.

C'est vrai, j'ai été comme toi. J'y ai cru (30 à 40h de militantisme par semaine - en plus du boulot). Mais l'ambiance délétère, le clientélisme (spécialité sudiste ?), le manque de recul, de réflexion, de perspectives, de stratégies m'ont usé petit à petit.

Je ne dis pas que c'est pire au PS qu'ailleurs (pour moi, les Mères Teresa, elles seraient plutôt au PC...), mais j'avoue ne plus avoir la motivation suffisante pour assister à une énième dissertation sur "le rôle des déplacements dans la mixité sociale et territoriale"...
Et oui, je suis désormais assez d'accord avec Scope : "Merci les militants, vous avez tué votre parti". En pointant aussi du doigt tous ces petits chefaillons, adeptes du rapport de force pour les prochaines investitures, dont l'horizon de réflexion ne dépasse pas le canton...

Allez, Romain, bon courage...

J'aurai plutôt envie de dire que le bouquin de Jospin est une énnième copie du "salope" de Devedjan qui en plus à l'arrogance de se croire subtil alors qu'il devrait se demander comment cela se fait que tant de ses proches aillent tailler des pipes à Sarko contre rétribution financière (Besson) ou espoir de rétribution financière (Allègre). Parce que bon, il ne faudrait pas oublier non plus qu'on peut avoir la foi et être anti-clérical, avec en prime le plaisir de dire que c'était déjà le cas de Saint Jaurès.

On peut aussi ressortir du placard l'analogie de la nation, du patriotisme: Je ne peux pas sentir Sarko, ce soit disant libéral qui commence comme Castro qui voulait régenter Cuba depuis sa Jeep et qui finirait certainement comme Mao engoncé dans son luxueux palais invisible aux yeux de son peuple, pourtant je suis toujours Français et malheur à celui qui ira prétendre le contraire à porté de ma main, de même qu'il y a des centaines de millions d'américains viscéralement patriotes qui ne peuvent plus sentir Bush et l'hypocrisie de sa clique. Après tout, si on se revendique comme moderne, il faut commencer par rejeter l'idée moyenâgeuse selon laquelle tout entité collective et modelée sur l'image de ses chef, présents ou passé.

Ha, et le rôle des déplacements dans la mixité sociale est un sujet parfaitement valable, même s'il est plus sexy en se moment de parler de ségrégation des pauvres dans leur quartier, ce qui dans le fond veut dire à peu près la même chose mais a le défaut de réveiller les classiques yakafokeu.

Moi Jospin il me gonfle ! Je n'ai même pas envie de parler de lui tellement c'est lui accorder de l'importance qu'il ne mérite plus.

Il nous serait utile en restant, en bon retraîté, sur son île de Ré et nous laisser travailler!

Je n'ai pas de leçon à reçevoir de mes votes de la part d'un type qui sait planté (en 2002)comme aucun autre candidat dans ce parti. Alors, cher Lionel, tu ferai bien, stp, de la fermer !!!

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