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dimanche 23 septembre 2007

Suivez cette voiture !

Le meilleur moyen de trouver un taxi à Paris, c'est de le réquisitionner pour aller faire la guerre du côté de la Marne. En temps de paix, en revanche...

TaxiLe concept du taxi est tellement formidable qu'il mérite qu'on lui rende hommage de loin en loin, ne serait-ce que pour garder l'habitude de s'enthousiasmer pour les petites choses de la vie et éviter de sombrer dans un cynisme mortifère. Car enfin, existe-t-il plus belle idée, en matière de mobilité urbaine s'entend, que la mise à disposition du public, sans distinction de race, de religion ou d'opinion politique, de véhicules individuels susceptibles de vous conduire où bon vous semble et quand bon vous semble pour une fraction ridicule de la somme qui permettrait d'entretenir et de propulser de manière plus permanente un engin pareil ? Clairement, non. Et à l'agrément d'être transporté d'un point A vers un point B (ou de C vers D, voire de F vers G : le taxi, c'est la liberté) s'ajoutant le luxe de donner des ordres à un chauffeur avant de s'enfoncer dans la banquette pour observer le monde tel qu'il va par la vitre fumée, l'usage du taxi n'est pas loin d'être comparable à une visite, courte mais intense, de la section de l'au-delà réservée aux gens de bien.

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A noter que le vélib' est une alternative très convenable à cet étique offre de taxi, surtout à l'heure où ferme le métro. Certes, mojitos et l'équilibre requis pour le chevaucher ne sont pas toujours compatibles, mais ce petit désagrément n'est rien comparé à ce que vous décrivez.

Déjà des regrets d'avoir laché sa bagnole ?
;D

Excellent billet (comme d'hab'). Une légère nuance sur New York (qui n'en lève rien au scandale du taxi en France) : il vaut mieux être blanc, dans le Manhattan blanc, et se rendre dans le Manhattan blanc, pour avoir un taxi dans les conditions sus-décrites. Mais il est vrai que dans les cas non-échéants, il y a les "gypsy cabs", les taxis clandestins. On se demande pourquoi ça n'existe pas en France.

"il y a les "gypsy cabs", les taxis clandestins.
On se demande pourquoi ça n'existe pas en France."

Ça existe...

Comme d'habitude, dès qu'il s'agit des exceptions françaises, je ne suis pas d'accord... et pourtant, Dieu sait que je me dis régulièrement qu'il faudrait augmenter le nombre de taxis à Paris. Bon, deux éléments me paraissent donner à ce billet, fondé sur des éléments rationnels et évidemment admis, un caractère légèrement biaisé :
1°) Je demande systématiquement à mon chauffeur de taxi quelles horaires il fait d'ordinaire, ce qui les amène tout aussi systématiquement à parler de leur revenu. Pratiquement aucun ne gagne bien sa vie, et la plupart ont le sentiment de travailler vraiment beaucoup; la vision de chauffeurs aristocrates dépeintes plus haut est un corollaire du libéralisme : dans une profession libérale, rien n'interdit de considérer qu'un gus qui veut se rendre à Fos n'a qu'à louer une bagnole, même si c'est, en effet, crispant. Et comme le note ce billet : on finit toujours par y arriver.
2°) Les taxis londoniens sont devenus tellement dangereux pour la gent féminine que s'y est imposé la pratique des "taxis roses", conduits par les femmes et pour les femmes, afin d'assurer leur transport en toute sécurité. Il ne me semble pas qu'on en soit là à Paris.

Par ailleurs, tous les chauffeurs de taxis que j'ai rencontré en Angleterre m'ont dit qu'ils n'avaient qu'une volonté : se tirer de ce pays.

je me trompe peut-être, mais il m'avait semblé que les taxis roses concernaient plutôt Moscou, et non Londres qui est avant tout dangereusement coûteuse... enfin moi c'que j'en dis...

Deadbydawn,
Le vélib’ est excellent. Mais je suis pour la perfection globale dans l’offre de déplacement urbain.


Sasa,
Pas du tout. Au contraire même, puisque j’ai besoin d’avoir des taxis qui fonctionnent pour que cette expérience inédite soit un succès.


François, Brontuzu,
Il n’y a pas de taxis clandestins en France parce que nous ne sommes pas une nation d’entrepreneurs. A New York, lorsqu'il se met à pleuvoir, des dizaines de types émergent de tous les recoins pour vendre des parapluies à trois sous aux passants. A Paris, s'il pleut, on se mouille.


Raveline,
Je m’efforce de faire la différence entre les « locataires » et les « artisans ». Dans le premier cas, un type bosse 12 heures par jour mais ne parvient qu’à dégager un smic et demi une fois la location de sa « plaque » et de son véhicule déduits, mais également compte tenu des charges qu’il acquitte en tant qu’entrepreneur individuel.

Les artisans, de leur côté, sont propriétaires de leur licence et de leur voiture. Ca demande un investissement de départ puisque la licence est une sorte de fonds de commerce (plus ou moins 100 00 euros à Paris), mais c’est aussi un patrimoine qui s’apprécie, même si à l’origine cette autorisation administrative est gratuite. Une fois installé dans la profession, une fois sa licence financée (c’est souvent le cas compte tenu de l’âge moyen élevé des taxis parisiens), l’artisan peut travailler avec une clientèle d’habitués et d’entreprises et ne jamais être dans la rue à la recherche de clients. Son intérêt est donc de préserver la rareté des licences pour éviter l’accroissement de la concurrence sur un marché qu’il préfère voir stagner que progresser, mais aussi pour éviter la baisse de son patrimoine.

Au final, même si ça parait marginal, c’est un gros problème pour l’attractivité économique de Paris et la Chambre de commerce rend régulièrement des rapports sur le sujet.

Enfin, je ne vois pas ce que tu veux dire avec ton client qui ferait mieux louer une voiture pour aller en banlieue au lieu d’embêter les chauffeurs de taxis qui discutent gentiment football à la gare. Est-ce que les gens qui vont au restaurant feraient mieux de se préparer un sandwich pour éviter d’embêter les cuisiniers aux heures de repas ? Il me semble que si j’étais taxi, la perspective d’une course importante me séduirait plutôt. Mais les taxis français ont tendance à ne pas comprendre qu’ils sont des prestataires de services et vivent mal la relation client-chauffeur, qu’ils perçoivent comme une relation de subordination. D’où leur refus d’une couleur spécifique pour la voiture et cette tendance à expliquer au client que c’est un honneur d’être accepté dans son auto personnelle.

Phix,
Londres est un exemple intéressant, taxis roses ou pas. Là-bas aussi, les taxis traditionnels pratiquent le malthusianisme. Mais le système des minicabs a permis de desserrer l'étau et de fluidifier le marché. Il y en a plus de 100 000 en plus des 20 000 black cabs officiels et la seule différence avec un taxi est qu'ils ne peuvent travailler que sur réservation (en réalité, ils vous prennent volontiers dans la rue à la sortie des spectacles et leurs petites guitounes de réservation sont littéralement partout).

Ce qui est amusant, c'est que la réglementation française permet le développement des minicabs mais que le phénomène ne se produit pas. Seules les navettes d'aéroport ont commencé à devenir fréquentes, mais c'est sans commune mesure avec Londres.

c'est marrant, mais j'ai l'impression d'avoir lu cette analyse au moins 10 fois (ce qui n'enlève rien à sa valeur, au contraire)

comme d'habitude en France, on cause, on cause, et pas grand chose qui évolue

il me semble même que Delanoë avait lancé l'idée de racheter les licences des taxis partant en retraite tout en en augmentant fortement leur nombre...

au passage, sujet brûlant d'actualité : j'ai entendu hier sur Inter que les taxis parisiens feraient grêve et manifesteraient mercredi. Pourquoi, ça n'était pas précisé.

PS : le Vélib, quand tu reviens de vacances à la gare avec valises et enfants, c'est un peu limite...et on va voir aussi dès que le temps deviendra vraiment automnal s'il y a toujours autant de fanatiques de la petite reine...

il m'est bien arrivé de prendre des taxis clandestins du côté de République. il suffit de sortir un peu de la file qui se forme à la station et de s'entendre sur le prix.

"pas une nation d'entrepreneurs".

Il faut voir le spectacle tordant des flics faisant la chasse aux vendeurs de légumes clandestins aux abords des marchés.

Pensez-donc ! Ils n'ont même pas payé leur patente auprès de la mairie : alors, forcément, concurrence déloyale.

Et si au fond, le problème, ce n'était pas l'esprit d'entreprise, mais plutôt l'impôt ?

Fil,
Nous ne parlons pas vraiment de la même chose. Si un vendeur de légumes sans patente s'installe à côté d'un marché, ça s'appelle effectivement de la concurrence déloyale et l'on voit mal en quoi il est scandaleux de protéger le commerçant qui contribue au système en payant impôts et charges de celui qui ne paie rien.

Le taxi pirate, en revanche, viendrait occuper un terrain vierge et rendre un service pour lequel une demande existe mais qui n'est pas satisfaite. Tout comme le vendeur de parapluie à la sauvette les jours de pluie, voire le vendeur d'éventails dans le métro les jours de canicule.

On peut même considérer que le taxi pirate ne demanderait qu'à devenir légitime si des licences étaient disponibles.

Dans la banlieue d'où je viens, quelques jeunes voulaient monter une boîte de transports aux personnes pour gagner leur vie et répondre à un besoin pressant en banlieue. Because monopole des taxis = tracasseries administratives sans nom, ils ont renoncé et pointent au chômage...

Les taxis en france font partie de ces professions réglementées et fermées à outrance (voir aussi les coiffeurs, les avocats aux conseils et à la cour de cassation, les avoués, etc), dont on parle peu, mais qui défendent très bien leur pré carré à l'abri du bruissement libéral. C'est nocif pour le consommateur et pour le demandeur d'emploi qui a cru qu'il pourrait créer une activité utile et s'est cassé les dents sur la raison coporatiste (joyeusement épaulée par l'administration). Quant au niveau de vie des taxis, hugues fait justement observer que, s'ils triment à ce point, c'est l'un des effets pervers des barrières à l'entrée du marché (achat de la "plaque" qui endette durablement l'artisan et le rend d'autant plus rétif à la libéralisation). Dans le même registre, comment ne pas penser au prix prohibitif des fonds de commerce (qui ne sont pas amortissable selon les règles fiscales françaises) et qui expliquent pour partie au moins le fleurissement de la franchise et de la gérance(-mandat dans nos contrées. Mais je m'éloigne du sujet de départ.

Ah, c'est sûr que ça change des taxis d'Amérique du Sud. Là-bas, un coup de téléphone, et en 5 minutes un taxi arrive devant ta porte, à tout moment de la journée ou de la nuit. Si tu es dans la rue, pas de problème, tu lèves le bras et en 30 secondes maximum, un taxi s'arrête.
Le chauffeur t'aide à rentrer tout ce que tu veux dans le coffre (bagages, meubles, vélos...)
Quant au prix, c'est généralement pas plus que 2 à 3 fois le prix du bus.

Qu'est-ce que vous reprochez au bus ?

Evidemment, si vous avez les moyens de vous payer le taxi plutôt qu'un bus, j'avour trouver normal qu'une sévère discrimination tarifaire ne se traduise pas pour autant par un meilleur service.

Passant,
Tiens, il ne m'étonne pas ton commentaire. Oui, j'ai les moyens de me payer des taxis. C'est dingue ça. Je dois au moins avoir la fortune de Bill Gates.

Mais es-tu en train d'exprimer l'idée que l'utilisation de ce service est vaguement amorale, qu'elle est le reflet de terribles rapports de classes et qu'il faudrait transformer les chauffeurs de taxis en chauffeurs de bus pour couper court à cette discussion ?

Sujet passionnant. Mes 2cts ci-dessous :

Le système est tellement pervers que les compagnies de taxi ont intérêt à fournir un service de merde (attente interminable au tél, attente interminable devant chez soi, manque de fiabilité...) pour inciter les clients à payer et passer au service premium. Et plus les gens adhéreront au service premium, plus la qualité se détériorera et les compagnies proposeront alors un service super-platinum-privileged-vip encore plus cher, pour des prestations exactement identiques. L'aboutissement ultime serait une sorte de système d'enchères où les voyageurs seraient amenés à annoncer le prix qu'ils sont prêts à payer pour passer avant les autres.

C'est exactement le même business model que Google avec les liens sponsorisés : les annonceurs se disputent la première place aux enchères. C'est du Ricardo appliqué. En situation de rareté, la valeur est intégralement siphonée par celui qui contrôle la ressource rare.

Il y a une différence bien sur. Google s'est fait son (quasi-)monopole tout seul avec ses petits bras et il n'est pas illégitime que ses efforts tendent vers la maximisation de ses profits. En revanche, le monopole des taxis est assuré par l'administration qui, la dernière fois que j'ai vérifié, était sensée privilégier l'intérêt public.

Hugues, bonsoir. J'ai beaucoup apprécié votre article sur les "barrages de caniveaux" . Je suis à la recherche du nom que donnent à ces "trucs" les éboueurs eux mêmes, un nom que j'ai lu voilà des années dans Le Monde et que je n'ai jamais retrouvé. Le connaîtriez vous? Merci de vos lumières...
jbdepradines@yahoo.fr

@Romain : Je pointais spécifiquement la désespérante quête de taxi induite par la fermeture du métro la nuit. Dans mon esprit, le vélib' n'a pas pour vocation de remplacer toutes les courses de taxi, mais une certaine part, qu'il serait intéressant de déterminer.

La question que je posais était juste celle-là, même s'il est vrai qu'en mon for intérieur, et du haut de ma connaissance certes très perfectible de la science économique, je m'interrogeais quand à savoir si vous accepteriez une libéralisation simultanée du *tarif* des courses en taxi associée à la libéralisation demandée en terme à peine voilés du métier de taxi.

Car, en gros, je suis plutôt d'accord avec l'analyse faite par "Libéral" derrière votre commentaire : si une personne souhaite disposer d'un service hors de portée de la bourse du lot commun, il est de bonne justice sociale que de permettre la plus libre fixation que ce soit du tarif de la prestation exclusive, par la simple considération des apports de la théorie concernant la discrimination tarifaire.

Et même si je pense que cela réduira effectivement le montant des courses de taxi en centre ville, je suppose que les jonctions en direction des aéroports pourrait monter.

je rentre tardivement 2 à 3 fois par semaine et doit dire que le vélib à libéré beaucoup de taxis parisiens... là où j'attendais 3/4 d'heure sous la pluie - quel été nous avons eu ma pov dame... mais je sors du sujet...- j'attends maintenant très peu et miracle le taxi vide s'arrête (ce qui il y a peu n'était pas gagné !).
merci vélib, je rentre plus tôt du boulot !

Tiens hier j'attendais à République un taxi qui ne venait pas ... un pirate, me considérant comme une touriste perdue dans la grande ville, m'a proposé de me ramener à Alésia pour 100 euros...
Uhm, le compteur a du bon !

grève et manif des taxis parisiens aujourd'hui contre la déréglementation de la profession.

même chose à Athènes : on hèle un taxi, place Omonia. On va jusqu'à l'aéroport sans problème et pour un prix raisonnable. On se retrouve à Marseille-Provence à attendre la navette. Un peu plus loin les chaufeurs de taxis ... jouent à la pétanque. Il faut dire que le prix de la course entre Marignane et Marseille est plus que dissuasif.

Passant, ce n'est hors de portée du commun des mortels qu'en France. Dans tous les autres pays, n'importe qui prend le taxi. Quand je rentre en France et que je prends un taxi, tout va bien, jusqu'a ce que j'avoue cet horrible crime d'avoir choisit ce moyen de transport plutot que le RER...

Sans compter le paiement. Quelqu'un a-t-il un exemple d'un autre service payé plus de 30euros qui n'accepte pas le réglement par carte bancaire? Quand on le fait remarquer au chauffeur, on ouvre la boîte à pleurs.
La diversité des véhicules est également extraordinaire : pour le même prix (de toute façon trop élevé) on peut se retrouver dans une mercedes classe E toute neuve ou dans une 306 toute pourrie non climatisée, avec en prime un match de foot commenté sur Europe1. Le bonheur.
Il m'est également arrivé plusieurs fois pour un voyage professionnel de payer plus cher de taxi (parisien) que d'avion. Exemple : Paris barcelone. Minimum 35€ pour aller à Orly,60€ pour Roissy (mon record personnel est à 75€ pour faire Roissy-Boulogne). Et A Barcelone on s'en sort rarement pour plus de 18-20€ pour aller en centre-ville. Et effectivement, quel régal de se payer des courses à 3,50€ pour éviter 2km de marche.

bravo pour ce billet en plein dans le mille! rajoutons-y le fait que la plupart de ces artisans taxis roulent dans les berlines dernier cri (faisant fi de toute considération environnementale - dans certaines villes US, le taxi doit avoir un moteur hybride)...et on perçoit à quel point il serait temps que ce monopole soit largement adapté aux besoins des utilisateurs de taxis et non au seul confort de vie de leurs chauffeurs.

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