Gestation
N'en déplaise aux désespérés professionnels, la vie politique française a rarement été aussi intéressante (1).
Pendant que la gauche radicale se concentre sur la manière dont le message de la révolution chaviste pourrait être traduit en français sans perte de sens majeure (« En France, on n'a toujours pas de pétrole, mais on a encore des idées ! »), il est logique de voir la gauche réformiste chercher, elle aussi, l'inspiration au-delà de nos frontières.
Les vacances romaines de Ségolène Royal, en dépit de leur impact négatif sur les finances de Libération (« Quoi, 1 000 euros de frais de déplacement pour une interview de la candidate socialiste à la présidentielle, seule rénovatrice crédible de la gauche de gouvernement ? No way ! On n'y va pas au-dessus de 300 euros ! »), ont donc été le moyen, pour la belle du Poitou, de rappeler à quel point l'Italie restait créative en matière d'architecture politique. Il faut dire qu'à force de s'entendre seriner sur com-vat qu'il était temps d'abandonner le rêve (le cauchemar ?) d'une résurrection du programme commun et de lire chez BHL que la collectivisation des moyens de production n'était plus une ambition légitime, le concept du « tournant » a fini par s'imposer à elle comme une évidence ― sinon comme une évidence terminale, pour parler comme un philosophe plus méthodique que médiatique.
Ok, la future Première secrétaire du PS continue d'assurer qu'il n'est pas question « de laisser de côté les militants venus de l'extrême gauche ou du PC » mais, tirant la leçon des primaires internes et des signaux émis par les « adhérents à 20 euros », elle fait clairement un sort aux systèmes de contrôle des fédérations et de verrouillage de la pensée par les courants qui structurent la rue de Solferino. « Il faut rendre le parti aux militants, affirme-t-elle. La préoccupation de l'organisation ne doit pas être l'organisation elle-même ». Et surtout, elle accepte d'étudier, comme l'ont fait les Italiens, la perspective d'une alliance avec le centre sans y être contrainte par l'urgence électorale (ces municipales sont sans enjeu national) et dans le cadre d'une réflexion de long terme sur l'avenir de la gauche.
Elle se permet même, dans la foulée, d'accorder son blanc-seing à l'adoption du traité européen « simplifié » en lâchant ― et peut-on imaginer propos plus « réformiste ? » dans la bouche d'une socialiste française ―, « qu'il vaut mieux un compromis que rien ».
La constance de Ségolène Royal, souvent accusée de naviguer à vue, est paradoxalement le meilleur des apports à un processus de rénovation du PS encore limité, au mieux, à des querelles de personnes vides de sens et, au pire, à la tentative de reprise en main de l'appareil socialiste par sa frange la plus réactionnaire. Que ce discours se développe au moment où l'activisme hyperprésidentiel bouscule une droite au moins aussi conformiste et franco-centrée que n'importe quel Mélenchon, est même le signe, après tout, de la vitalité de notre contexte politique. La transformation de Sarkozy en dictateur fasciste ou de Royal en cruche par une espèce de front multilatéral du refus de la pensée a peut-être camouflé le phénomène, mais la recomposition du paysage politique et le renouvellement de grilles de lecture fatiguées sont bel et bien en marche. Vous en doutez ? C'est normal, c'est français. Bah, vous aurez l'occasion de vous y faire lorsque les successeurs de Gordon Brown et de Walter Veltroni viendront faire un tour à Paris, histoire d'y piquer des idées sur l'incroyable adaptation du modèle politique et économique français à la nouvelle donne mondiale (2)...
© Commentaires & vaticinations
(1) Note volontairement optimiste à lire sur fond de musique légère et enjouée, immédiatement après la lecture de l'interview de Ségolène Royal dans Libération.
(2) Cet intermède optimiste est terminé. Vous pouvez couper la musique et vous remettre à faire des plans pour la fin du monde ― qui est imminente, comme chacun sait.
Hugues, concernant les militants d'extrême gauche et du PC, ils viennent régulièrement au PS, soit quand ils se rendent compte que leurs chefs ne croient pas aux discours qu'ils prononcent (c'est bien) soit quand des stratèges du dimanche essaye de convertir des huiles d'extrême gauche en leur promettant une notabilisation accélérée (c'est moins bien). De ce point de vue, il n'y a pas de nouveauté, Royal n'a d'ailleurs toujours pas franchi le Rubicond en affirmant qu'elle n'avait rien à faire avec ceux qui souhaitent la mort du PS pour sécuriser une position de rentier de la contestation (Tu m dira, elle le pense sans aucun doute, mais la phrase n'a pas été dite).
Maintenant, c'est vrai qu'elle fait un sort à cette ligne "élitiste, condescendante, qui considère les gens comme des écervelés", ce qui est une très bonne chose, vu que le côté "Moi je suis un intellectuel de haut vol parce que je paye 60 euros annuels de cotisation" est à la fois extraordinairement gavant quand on est à l'intérieur du PS et catastrophique quand on se rend compte que c'est cette auto-satisfaction là et cet entre-soi sclérosant (et non la supposée "cruchitude" de Royal) qui fait perdre les élections au PS.
Rédigé par: Laurent Weppe | lundi 22 octobre 2007 at 13:55
Ségolène est en progrès. D'habitude, ce qu'elle dit me donne de l'eczéma. Là, ça m'a juste paru ennuyeux. Et creux, bien sûr, mais ça c'est la routine.
Laurent Weppe: C'est *beaucoup* plus cher que 60 euros. Sauf, évidemment, si en plus d'être un intellectuel de haut vol on est un fieffé menteur et qu'on prétend gagner moins que le Smic.
Rédigé par: Poil de lama | lundi 22 octobre 2007 at 14:13
"...future Première secrétaire du PS"
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais la simple idée de pariciper aux instances du PS lui file des boutons. Ce qui, vous en conviendrez, n'est pas l'idéal pour devenir la première Première Secrétaire.
Rédigé par: Fic | lundi 22 octobre 2007 at 14:44
Ah tiens, c'est amusant, Hugues, cette envie d'optimisme que tu évoques. J'aime assez. Ca me fait penser à ce blogueur suédois qui dénonçait (avec une certaine dose d'hypocrisie, certes, mais passons) le goût de la méchanceté sur le Net et les blogs (encore une réserve pour ne pas me faire démolir : je ne l'attribue pas uniquement au web, of course). Difficile de trouver des blogs qui construisent. Difficile de construire, de toutes façons.
Rédigé par: koz | lundi 22 octobre 2007 at 16:53
koz: le blogueur se veut individualiste, maître de son blog. Peut-on prétendre être constructif seul ?
Ha, bien sûr, les éditorialistes le prétendent depuis toujours. Mais ils tiennent leurs charges de la , puissante et influente, qui les nourrit.
Rédigé par: Passant | lundi 22 octobre 2007 at 17:06
"Pendant que la gauche radicale se concentre sur la manière dont le message de la révolution chaviste pourrait être traduit en français"
Ahah! D'entrée, ça m'a bien fait rire tellement c'est exactement ça.
Rédigé par: lorycalque | lundi 22 octobre 2007 at 20:56
Laurent Weppe,
Elle n'a pas encore tout dit ? Laisse-lui le temps.
Poil de lama,
Débat intéressant, ça. Je n'ai toujours pas renouvelé ma cotisation à 20 euros et j'hésite entre ne pas réadhérer ou mentir sur mes revenus pour payer le minimum par pure mesquinerie.
Fic,
Ces boutons, ça doit être l'eczéma de Poil de lama qui a changé de victime. Mais je veux bien prendre les paris sur le nom du (de la) futur (future) premier (première) secrétaire.
Koz,
Oui, c'est une idée qui m'est venue comme ça, sans crier gare. Dans un pays en déprime chronique, ça détonne un peu mais bon, c'est comme en économie : il faut être anticyclique. D'où cette idée qu'après tout, la période est un vrai moment charnière et qu'il est tout de même bon de se féliciter d'être aux première loges pour observer le changement.
Passant,
Mais le blogueur est effectivement maître de son blog. Bien plus que l'éditorialiste qui, justement, attend d'être nourri par le puissant.
Lorycalque,
Et encore, le message chaviste, c'est pour les plus au fait de l'Amérique latine moderne. Besancenot préfère le message guevariste. C'est un peu comme préférer les vinyls au CD, même si c'est de la soupe que l'on écoute.
Rédigé par: Hugues | lundi 22 octobre 2007 at 21:02
la question de savoir pourquoi l'élection présidentielle fut perdue, quelle fut la part de la candidate, de son parti, du camp d'en face, ne me semble pas tranchée,
même si certains ici sur ce blog ont leur opinion clairement affirmée.
en tant qu’ancien membre à plus de 20 euros, j’ai effectivement constaté qu’une grande part de nos nouveaux adhérents 2006 n’ont pas renouvelé en 2007, je n’ai bien sûr pas eu le sentiment qu’il aient été traités avec condescendance ou mépris par les anciens. Ceux qui se sont impliqués dans la vie de la section : actions militantes, débats y ont trouvé leur place,et plusieurs participent déjà largement à la préparation des cantonales et municipales.
Cette échéance, très importante au plan local, fait pour l’instant oublier l’absence de débat à l’intérieur du parti, l’absence de prise de positions claires et fortes à l’extérieur, sur la réforme des régimes spéciaux par exemple…...
Rédigé par: francis | mardi 23 octobre 2007 at 14:39
Ils n'ont pas été traité avec mépris, les militants à 20 euros?
Voilà ce que j'ai entendu à l'intérieur du PS:
2 mois avant la primaire: "Je veux pas dire, mais 20 euros, ça fait quand même des militants au rabais"
2 semaines avant les primaires: "De toute manière, tout ça, c'est de la pipolisation: les nouveaux adhérents n'ont pas le sens du politique, ils votent pour Paris Match"
2 mois après les primaires: "De toute manière, les nouveaux militants, c'est des sarkozystes qui ont été payés pour faire exploser le PS"
C'est pire que du mépris que les nouveaux adhérents ont subi à leur arrivée: certains étaient carrément prêts à leur coller une cible sur le front et à ressortir les carabines.
Rédigé par: Laurent Weppe | mardi 23 octobre 2007 at 15:17
POur ce qui est des touristes politiques proto-chavistes et autres hippies de contrefacon, qui viennent jouer a se faire peur en Amerique latine et notamment a Caracas, ces gauchistes du dimanche qui peignent des draps alters et, au fonds, s'emmerdent suffisamment pour venir puiser des idees padu cote d'Evo ou d'Hugo, je me les suis tape allegrement sur www.amletineterecuerdo.blogspot.com.
cherchez par la, leur portrait m'est toujours delicieux.
si vous saviez...J'ai meme vu Besancenot bien emmerde en voyant un defile du FSM Caracas de fevrier 2006 rebrousser chemin en voyant les mitraillettes et mini tamks le long du cortege.
Bienvenu a la maison en tout cas.
Patxi
Rédigé par: Patxi | mercredi 24 octobre 2007 at 00:05
@laurent weppe...
nous ne fréquentons sans doute pas les mêmes sections...
je n'ai jamais entendu ces commentaires désobligeants,
la seule remarque négative..ils sont adhérents mais pas très présents....après le vote de novembre 2006, envolés comme les moineaux...
les plus motivés sont restés.
certains, mais pas tous avaient plus de mal à s'exprimer, mais ils ont mis de la nouveauté et, globalement, un coup de jeune, au PS...
Rédigé par: francis | mercredi 24 octobre 2007 at 00:23
François: Je suis au PS niçois, et de la même manière que Nice est une ville française ayant quelques.. particularismes, on dira, le PS niçois a ses propres particularismes (chez moi, les Fabiusiens tiennent le langage de Ségolène tout en refusant de l'admettre, les "Ségolénistes" officiels sont en fait sur la longueur d'onde d'Eric Besson, alternatifs pro-Bové, cocos de la vieille école et centristes du modem se croisent dans quelques permanences PS et s'entendent bien, et dans le même temps 500 adhérents -dont moi- sont menacés d'exclusion, cherches pas à comprendre, ça fait partie du folklore local). Ceci dit, je sais que les nouveaux adhérents n'ont pas toujours été bien accueillis et que certains sont partis, non pas par manque de conviction, mais parce qu'ils se sont buttés sur le mur de l'entre-soi.
Rédigé par: Laurent Weppe | mercredi 24 octobre 2007 at 01:20