La télé est nulle, je l'ai lu dans le journal
Je m'intéressais l'autre jour, pour m'en féliciter, à l'irruption des journalistes sur le Web. L'arrivée des blogueurs dans la presse, en revanche, a tendance à m'agacer.
Isabelle Roberts et Raphaël Garrigos n'aiment pas beaucoup la télévision. Convaincu que ce média n’est qu'une vaste entreprise d'abrutissement des masses, ce duo de chroniqueurs « rigolos » aurait pu, dans un monde idéal, se voir confier une autre mission que celle qui consiste à rester scotché à un tube cathodique trente-cinq heures par semaine. Las, ce monde idéal n’est pas le nôtre et les malheureux sont forcés, chaque jour que le grand architecte élabore, de visionner et de commenter les dernières frasques des marchands de temps de cerveaux.
C’est que Libération n’est pas une colonie de vacances et qu’il faut bien que quelqu'un se la coltine, la boîte à cons. C’est tombé sur eux, c’est comme ça, on n’y peut rien. D’ailleurs, quiconque a la moindre idée des circonstances dans lesquelles on sélectionne un troufion pour la corvée de chiottes se doute bien de la manière dont nos deux amis ont été choisis :
― Qui s’y connait, ici, en littérature médiévale ?
― Ben nous chef ! Nous sommes co-titulaires d’une maîtrise en analyse de la tradition goliardique dans la poésie politique du XIIIe siècle !
― Parfait, vous vous occuperez de la rubrique télé !
Bon, à la réflexion, il n'était peut être pas si stupide de les envoyer au casse-pipe sans plus de préparation. D’abord, on l’aura remarqué, et comme tous les duos célèbre depuis Laurel et Hardy, Filopat et Patafil, Grosso et Modo, ils sont deux. Ils peuvent donc s’épauler les jours de déprime, lorsque la critique d’un énième prime time sur TF1 serait au-dessus des forces d’un chroniqueur solitaire. Ensuite, ils sont bourrés d’humour et leur capacité à provoquer chez le lecteur un minimum d’un éclat de rire par paragraphe est devenue légendaire (« Pif paf, patapouf », « Michel Drucker ? Un perdreau de l’année ! »).
Le seul hic, c’est qu’on finit par se demander à quoi ils servent à force de relire pour la cinquantième fois le même papier sur Patrick Sébastien, Arthur ou PPDA. Ok, les émissions de variétés sont nulles, les grandes séries de l’été ridicules, les animateurs incultes et âpres au gain, les patrons de chaînes inféodés au pouvoir en place... Mais on finit aussi par se souvenir que la télé est souvent un lieu de création, de débat et, oui, de culture ; qu’il s’y passe des choses nettement plus dignes d’intérêt qu’un examen des compétence d’Ophélie Winter comme présentatrice de Popstars ; que les jeux de mots à répétition du couple de comiques sont désormais aussi vides de sens que les crétineries sur lesquelles ils se concentrent.
Qu’un journaliste blogueur s’irrite de la dérive bloguesque de certains de ses confrères pourra passer pour paradoxal. Mais ce journaliste ayant régulièrement réaffirmé qu’il ne confondait pas son métier avec son hobby, on devrait mieux comprendre son agacement du jour. Car Isabelle Roberts et Raphaël Garrigos sont incontestablement des blogueurs sur papier, dont le projet est d’aller répétant que la télé est sans intérêt, qu’il ne faut pas la regarder, mais qu’il est tout de même indispensable de se tenir au courant des turpitudes de ceux qui la font.
A petites doses, l’exercice aurait sans doute de l'intérêt. Comme ordinaire de la rubrique « Médias » d’un quotidien généraliste national, on peut en douter.
© Commentaires & vaticinations

L'investigation immobile souffre de quelques limites : investiguer sans limites l'idiovision 52cms ITT Oceanic couleur est commode pour maximiser le retour sur investissement que représente le salaire d'un spécialiste la tradition goliardique dans la poésie politique du XIIIe siècle.
Qui plus est, comment parvenir à se valoriser, et par là même, à valoriser ses annonceurs par son travail d'investigation si ce n'est en parlant des partenaires de son écosystèle ?
Rédigé par:Passant | le lundi 01 octobre 2007 à 12:27
Par certains côtés, ça fait penser aux affaires récentes révélées aux US concernant des hommes politiques et autres pasteurs qui faisaient de la lutte contre l'homosexualité leur fond de commerce et qui sont tombés au sommet de leur gloire pour des affaires de pissotières ou dénoncés par leur prostitué ou stagiaire favori.
Médire en permanence de la télévision est peut-être une façon de cacher sa dépendance pour ceux qui ne l'assument pas.
Rédigé par:Damien | le lundi 01 octobre 2007 à 13:54
D'après la lecture que je fais de l'estimable feuille de chou de L. Joffrin, je crains que les co-titulaires d’une maîtrise en analyse de la tradition goliardique dans la poésie politique du XIIIe siècle ne soient bien rares dans cette rédaction. Ceux qui se sont malgré tout insinués dans l'équipe sont les docteurs en lettres dont le Q.I. ne dépasse pas les 25, ce qui existe.
Rédigé par:François X | le lundi 01 octobre 2007 à 15:10
Je pense qu'il ne faut pas négliger le rôle qu'a chaque média engagé de savoir fournir des argumentaires en kit régulièrement renouvelés à une clientèle captive, pour animer le débat politico-sociétal à la machine à café.
L'art du prescripteur, somme toute : "parle comme j'écris et tu auras l'air intelligent, ta femme reviendra à la maison, l'affection de ton chien ne sera plus jamais que pour toi."
Rédigé par:Passant | le mardi 02 octobre 2007 à 08:19
C'est vrai, leurs articles tournent un peu au "gimmick". Mais après tout c'est un peu ce que l'on voit sur les blogs, non ?
Rédigé par:Gilles | le mardi 02 octobre 2007 à 09:35
Passant,
Oh, je ne pense pas que les chroniqueurs de Libé cherchent à valoriser d’éventuels annonceurs. Je pense simplement qu’ils font le même type de boulot que certains animateurs de télé type Fogiel, supposés « décrypter » la télé mais servant en réalité la soupe au système par une forme de mimétisme avec la presse people.
Leur présupposé étant que la télé est nulle, et ce présupposé étant partagé par la plupart des lecteurs, ils peuvent se contenter de redire la même chose de manière rigolote à chaque papier, tout en rapportant des « infos » des coulisses. Les journaux people ne font pas autre chose avec les aventures de Britney Spears ou Paris Hilton : ils les tournent en dérision, font semblant d’être choqués, mais ni eux ni les lecteurs n’ont envie d’arrêter d’en parler.
Tout comme la presse people pourrait décider de parler d'autre chose, le duo de chroniqueurs de Libé pourrait décider de s’intéresser au média télé de manière plus fine, mais ils perdraient les uns et les autres la connivence avec le lecteur construite sur le consensus évoqué plus haut. Ils perdraient également leur prestige d'"insiders".
François X,
Là, on sort de mon sujet. Il y a un tas de gens très bien à Libération et peut-être même d’authentiques spécialistes de la littérature médiévale. Je m’en tenais juste à la rubrique télé même si la dérive bloguesque est plus vaste, comme ces authentiques tribunes d’opinion personnelle maquillées en articles d’actualité factuel : http://www.liberation.fr/actualite/monde/281301.FR.php
Je n’ai rien contre les opinions individuelles de ce type, je peux même les partager, mais il ne s’agit pas d’un article d’information.
Gilles,
My point exactly : un blog et un quotidien national d’informations générales, ce n’est pas la même chose
Rédigé par:Hugues | le mardi 02 octobre 2007 à 09:56
Hugues,
Je ne voulais pas sortir de ton sujet mais l'élargir à l'universel...
Rédigé par:François X | le mardi 02 octobre 2007 à 18:19