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vendredi 23 novembre 2007

The greatest story ever told

Esbroufeur un jour, esbroufeur toujours : Sarkozy nous offre une nouvelle leçon de virtuosité politique pendant que Juppé se retourne dans sa tombe de dépit.

HoudiniJ'avais demandé à Nicolas Sarkozy de trouver un accord avec les grévistes avant le début du weekend : je dois me rendre à Lille et j'ai tendance à préférer cinquante minutes de TGV à deux heures trente d’autoroute. Mais le président est un homme sur lequel on peut compter et je n'en attendais pas moins de celui qui, après avoir réduit mes impôts et relancé mon Europe, m’avait promis de rétablir les services de grandes lignes au départ de la gare du Nord avant samedi. C’est chose faite.

Bon, il a évidemment lâché du lest et sa détermination à harmoniser entre eux les différents régimes de retraite semble s’être émoussée au fil des jours. Ainsi, ni les cheminots ni les agents du métro ne cotiseront réellement quarante ans, une simple rallonge de deux ans et demi de leur carrière ayant été plus ou moins entérinée en sus d’un avantageux deal salarial et d’une préservation des « bonifications » dont les conditions restent à établir. Sa victoire est donc plus symbolique que concrète, même si son image néo-thatchérienne sort renforcée de l’épreuve.

La question que je me pose, même si je me félicite de pouvoir rendre visite à mon tonton Rudy sans passer le quart de mon séjour dans les bouchons de l’A1, tourne du coup autour de sa capacité réelle à changer les choses, au-delà de son talent à prétendre le faire. N’en déplaise à Benoît Hamon, qui déteste qu’on le confonde avec cette crapule libérale de Manuel Valls dans les défilés de fonctionnaires en colère, la problématique des retraites est l’objet d’un vrai consensus entre le PS et la droite. Faire en sorte que les bénéficiaires des régimes spéciaux se mettent au diapason de la nouvelle donne démographique était donc crucial et Ségolène, eut-elle été élue, s’en serait également occupée. Pas avec la même méthode, OK, mais elle l’aurait fait. Tiens, même Fabius aurait tenté quelque chose...

De son côté, en maquillant une classique partie de jeu de rôles en succès contre l’immobilisme réactionnaire qu’il affirmait combattre, Sarkozy convainc à nouveau de son talent d’esbroufeur. Ceux de mes lecteurs qui professent que mon manque d’empathie pour Hugo Chavez est la preuve de ma dérive droitière en feront sans doute des gorges chaudes, mais je fais partie des gens qui pensent que cette « réforme » n’en est pas une, puisqu’elle ne règle ni le problème du financement des régimes spéciaux, ni celui du régime général, et encore moins celui de la prise en compte de la pénibilité. Et des systèmes de retraite clairement distincts et inéquitables perdureront en dépit d’aménagements de façade destinés à brosser l’électorat sarkozyste dans le sens du poil : « Vous avez vu comme je les ai matés, ces preneurs d’otages ! peut claironner l’hyperprésident. Ce n’est pas ce rigolo de Juppé qui aurait fait ça ! »

Car au final, et après deux semaines de galère pour les non-bobos, les conducteurs de TGV continueront de partir avec dix ans ou presque d’avance sur les caissières de Franprix ou les maçons et verront encore leur pension calculée sur leur dernier salaire (contre les vingt-cinq moins mauvaises années pour les spécialistes du code-barres et de la truelle). Quant au surcoût des mesures négociées d’une main de fer blanc par l’Etat, la SNCF et la RATP, il sera supporté par les contribuables et les « usagers ». Comme d’hab.

Pour une réforme, donc, c’est une sacrée réforme. Du coup, on imagine assez bien l’allure des suivantes ; celles que ce succès appelle dans tous les domaines couverts par l’action présidentielle. A droite, passé le moment d’euphorie à l’idée d’avoir fait plier la CGT, on estimera pourtant que Sarkozy n’est de toute manière pas allé assez loin en ne liquidant pas carrément la fonction publique. Symétriquement, à gauche, on martèlera qu’il s’agit d’un nouveau et terrible recul social en oubliant d’expliquer à quel point le changement n’est que marginal. Mais le débat honnête sur l’importance d’une pérennisation de notre système de retraite par répartition dans le contexte du vieillissement de la population aura été escamoté, tout comme le principe, théoriquement admis par tous, d’un rééquilibrage public-privé des durées de cotisation en fonction de la pénibilité du travail et de l’espérance de vie.

Non, vraiment, le seul avantage concret que je puisse trouver à toute cette aventure est qu’elle se soit terminée avant le weekend. C’est mon côté verre à moitié plein...

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Hervé Hamon, l'écrivain? Ou Benoît? Ah non ? :-)

et pour en arriver là où l'on en est, on pouvait tout autant négocier avant, non ?
donc il fallait cette mise en scène. les usagers des transports ont souffert, ça s'arrête, merci qui ?
en plus la réforme va passer, bien aménagée voire toute creuse, mais on dira comme si.
c'est déjà dans la presse.
mais l'histoire racontée marquera les esprits et servira pour les prochaines fois (et puis avec leurs salaires amputés de 500 à 700 euros à la veille des fêtes de noël, je suis pas sur que les cheminots et les agents de la ratp y reviennent).
voilà, nous sommes passés à l'air du conte.

Salut Hugues,

Ton blog est sélectionné pour le concours que j’organise “les 10 merveilles du Oueb”.
www.toreador.fr/2007/11/2...
Si tu pouvais faire un petit billet, ce serait sympa. Et à tous, déplacez vous pour voter !

En somme, Sarkozy est un faux droitier, et même Fabius aurait été moins conciliant avec les vieilles lunes de la gauche -- quant à Ségolène, n'en parlons pas, elles les aurait intégralement atomisées. Très bien, très bien. Donc, quand on garde une vague tendresse pour les vieilles lunes de la gauche, on fait mieux de voter pour Sarkozy que pour le PS? Très bien, très bien (et dire que j'ai voté Ségolène au second tour! Heureusement que ça n'a pas contribué à la faire élire).

La seule chose que je persiste à ne pas comprendre dans ton discours, mon bon Hugues, c'est en quoi toute cette lucidité blairiste va aider le PS à reconquérir son électorat. Cela dit, c'est pas mon problème: moi, je ne souhaite pas du tout le retour des socialistes au pouvoir; Sarkozy est tellement moins droitier (c'est pas moi qui le dis, c'est toi)...

Je sais bien que dire des âneries est une façon de rendre les blogs plus rigolos. Mais honnêtement, Hugues, par moments il m'arrive de me demander si tu le fais toujours volontairement...

Au moins Sarkozy a-t-il fait mieux que Chirac et Juppé en la matière. Les mauvaises langues diront que ce n'était pas bien difficile...

"la problématique des retraites est l’objet d’un vrai consensus entre le PS et la droite. "

Qui en doutait ?

à se demander pourquoi d'ailleurs le PS se refuse à une coalition gouvernementale avec Sarkozy : car, après tout, la question de la méthode n'est pas un choix politique, mais une simple question de stratégie gouvernementale.

Autant dire que présenter un candidat à la présidentielle pour ce PS en accord avec l'UMP sur les objectif gouvernementaux était non seulement une erreur, mais un acte propre à diviser les français à l'heure où l'urgence des réformes impose l'union.

Sauf, bien entendu, pour les quelques individualités carriéristes du PS, qui, plutôt que de se mettre au service de la France, cherchent à mettre la France au service de leur intérêt personnel.

Nan nan, les "vieilles lunes" de la gauche, Ségolène y croit encore, Fabius y croit encore, c'est chez les plus-à-gauche-que-moi-tu-meurt qu'on y croit pas, qu'on y a jamais cru, mais qu'on a toujours pensé que c'était un truc utile à revendiquer pour finir rentier de la politique.

De plus en ce qui concerne les retraites, la vieille lune ce n'est pas "au 21.915ème jour de vie, tout le monde est à la retraite" c'est "tout le monde a le droit de profiter d'une retraite" que ce soit l'ouvrier crevé à 55 ans ou le cadre qui se sent encore vert à 65.

Reste que la "réforme" des régimes spéciaux était pour les jusqu'au-boutistes de l'UMP le prélude du saccage complet des retraites, et je reste reconnaissant aux syndicats pour avoir fait grève et au bon dieu pour avoir fait de Sarko un pleutre habillé de rodomontades

Quelques jours encore et les allumés faisaient péter Ariane... On est passé d'une hibernation préoccupante à un léger mouvement de paupière, certes, mais ne boudons pas notre plaisir. Il se pourrait que la France se réveille. Trop tard, sans doute, mais quand même...

On ne saurait trop critiquer Sarko avec des arguments si lucides, hélas.

Laurent Weppe: Ne prétendez pas une seule seconde que toutes les choses merveilleuses que le PS auraient fait pour la réforme des retraites soient inimaginables avec Sarkozy.

Toutes les propositions que vous énumérez sont concevables dans le cadre d'un accord entre gouvernement et syndicats, mais effectivement, aucunement garanties : tout dépendra des concessions faites en face.

Que les personnalités du PS choisissent de rester en marge de la rénovation de l'ensemble de nos institutions est un choix tactique qui se conçoit dans leur intérêt propre : en refusant d'entrer au gouvernement, que peuvent-ils donc espérer incarner d'autre que l'opposition ?

Je lance maintenant un appel aux militants PS : si vous souhaitez contribuer à ce que vous propose le PS, qui ne se distingue pas significativement de ce que propose l'UMP, adhérez à l'UMP : au moins, à l'UMP, vous n'aurez pas à vous cogner ni les vieux syndicalistes dans leur jus, ni les énarques qui se croient tout dû de par leur seul diplôme, ni les spécailistes en stratégie qui trouvent toujours d'excellentes raisons (tactiques, électorales, sociotamèriennes) de remettre à demain ce qui peut être fait aujourd'hui.

Constatez qu'à l'UMP, on hésite pas à risquer de perdre des mairies en fermant des tribunaux.

Et que même si autant d'usines ferment qu'avec le PS, au moins, les ouvriers ne sont pas les *seuls* à payer le prix de la mondialisation.

Car, oui, nous fermerons encore des services publics, et de nombreux services publics : les moins efficaces et les moins utiles d'abord. Nous fermerons les BTS avec 30 professeurs et 3 élèves. Nous fermerons dans les lycées les filières professionnelles qui ne mènent qu'au chômage. Nous comptons sur les universités autonomes pour faire des choix semblables par eux-mêmes dans leur propre intérêt. Nous nous battrons contre tous les corporatismes pour donner ue chance à notre système de retraite d'exister encore dans 20 ans. Nous forcerons les collectivités territoriales à réduire leurs dépenses somptuaires, leurs dépenses en pots de fleurs de bords de route, sculptures municipales et autres dépenses inutiles et de prestige. Nous changerons les règles d'évaluation du travail des enseignants pouyr les centrer sur les résultats, comme en europe du Nord. Nous reprendrons une place de choix en Europe, en acceptant notre part de décisions européennes qui nous dérangent pour porter les idées essentielles, fondatrices de ce qui fait la culture française. Nous mettrons fin à l'impunité généralisée sur internet.

Pour gagner en compétitivité, pour remettre la productivité au coeur de la politique économique française, dans l'espoir de voir la prospérité enfin partagée et plus simplement accaparée par l'état.

Autrement dit, vous qui vous dites socialites, nous prendrons à bras le corps les questions que vos dirigeants éludent, et que les chiraquiens éludèrent également je l'admets, pour d'évidentes raisons électorales. à vous de voir si vous êtes socialistes pour défendre vos statuts et vos acquis ou pour donner à vos enfants une chance de vivre une vie au moins aussi heureuse que celle que vous avez vécu.

"Bon, il a évidemment lâché du lest et sa détermination à harmoniser entre eux les différents régimes de retraite semble s’être émoussée au fil des jours. Ainsi, ni les cheminots ni les agents du métro ne cotiseront réellement quarante ans, une simple rallonge de deux ans et demi de leur carrière ayant été plus ou moins entérinée en sus d’un avantageux deal salarial et d’une préservation des « bonifications » dont les conditions restent à établir. "

Où peut-on trouver la liste de ces points négociés, ou accordés par le gouvernement ?

@ Ump inconnu (entre François X et Xerbias)
Sur les BTS avec 30 profs et 3 étudiants, vous avez des exemples ? Ou bien vous connaissez quelqu'un qui connaît quelqu'un qui(...) qui vous l'a dit ?
Sur les pots de fleurs et sculptures sur la voie publique, combien j'abonde et plussoie ! Il est inadmissible que les pauvres (trop grossièrement équipés pour accéder à l'art) puissent en profiter gratuitement alors que nos multimilliardaires sont là pour les mettre à l'abri dans leurs collections privées. Privatisons les colonnes de Buren !

melchior,

Si vous n'avez que Buren à offrir aux pauvres en matière d'art, de culture et de beauté, il me pâraîtrait plus charitable de les priver de tout ce qui est art, culture et beauté. Enfin, moi, ce que j'en dis !

@ François X
C'est bien ce que je disais: privons-les (les pauvres -les pauvres ! -, et privatisons-les, les colonnes, au profit des riches - pauvres riches !).

La culture, ce truc à peu près aussi utile aux citoyens qu'un slip à un ours polaire.

Vendons donc ces dispendieux monuments aux enchères : ça paiera toujours une partie de la dette.

Bin voyons: retirons la culture aux citoyens, explosons ces dispendieux monuments comme ces progressistes de talibans ont explosé les bouddhas et allons même plus loin: en plus de la culture, interdisons à la populace l'accès au savoir et même la maîtrise de la lecture, comme ça les quelques personnes ayant encore quelques connaissances auront la satisfaction de ne plus devoir affronter la concurrence et le regard critique de la plèbe...

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