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vendredi 25 janvier 2008

Il n'y a pas qu'Attali, dans la vie

Bloc-notes de fin de semaine : proportionnelle à Rome, définition du « génie », travaux publics à Gaza (pour Attali, il faudra attendre la semaine prochaine).

Attali_2 Je suis comme tout le monde. Enfin, comme tous ceux pour lesquels la démocratie a besoin d'institutions efficaces. D'où un sérieux manque d'enthousiasme pour la proportionnelle.

Bien entendu, je reconnais que ce mode de scrutin permet la représentation d’un plus grand nombre de sensibilités. Je comprends donc en quoi il passe pour « souhaitable », même si la perspective d’une entrée de Besancenot et de Le Pen au palais Bourbon ne m’excite pas du tout. Les trotskistes dénoncent d’ailleurs le Parlement comme un archaïsme bourgeois et le FN héberge son lot d'amateurs de régimes forts : installés dans l’hémicycle, les uns et les autres finiraient couverts de petits boutons de frustration, ce qui serait du plus mauvais effet sur LCP.

Mais l’observation de la situation italienne disqualifie clairement le concept. Adossé à une coalition de bric et de broc, Romano Prodi vient d’être mis en minorité et l’on annonce déjà le retour de Silvio Berlusconi au gouvernement. Un Berlusconi qui, s’il reprend les commandes, s’appuiera lui-même sur un assortiment pittoresque de libéraux, de séparatistes, de néo-fascistes et de populistes.

Qui peut croire que la France du 21 avril et des quinze candidats à la présidentielle soit à l’abri de ce genre de choses ? Qui peut assurer qu’un pays recensant, entre autres, trois partis centristes, une vingtaine de groupuscules communistes, deux partis d’extrême-droite, deux partis écologiques, une dizaine de prétendants au leadership socialiste et, pour faire bonne mesure, une organisation focalisée sur les droits des chasseurs et des pêcheurs, échapperait à l’entropie latine ?

L’Italie nous a certainement montré la voie en organisant une primaire de désignation du patron de l’Unione, aux législatives de 2006. Mais il s’agissait alors de lutter contre l’atomisation des forces de gauche. Elle démontre aujourd’hui à quel point la proportionnelle est une impasse, avec ses 102 ministres et sa myriade de partis présents dans les deux chambres ― eux-mêmes étant, pour la plupart, autant de mini-coalitions mal ficelées.

*

Dans « L’Homme sans qualité » de Musil, Ulrich décide qu’à une époque où n’importe qui, même un cheval de course, peut être qualifié de génial, avoir du génie n’a plus le moindre intérêt... Soixante-dix ans plus tard, son argument reste valide et l’idée que le type qui vient de faire sauter la banque (ma banque !) puisse être perçu comme un « génie » est surprenante. OK, cet obscur trader s’est débrouillé pour perdre une somme record. Mais le génie, le vrai, eut peut-être réussi à la gagner, cette somme record, non ?

Je ne vais pas entrer dans un débat sur les désordres du capitalisme mondial et la terrible dérive financière dans laquelle nous sommes entraînés par des apprentis-sorciers cupides et parlant l’anglais bla bla bla... Ce baratin-là vous est déjà servi par vos journaux, et sa pertinence est à peu près égale à celle qui suscite la réécriture intégrale du code pénal à chaque nouveau fait divers sanglant.

Mais je me souviens d'un Anglais de dix ou onze ans, que ses parents avaient poussé à présenter l’équivalent britannique du bac. La presse s’était extasiée sur ce phénomène de foire, ce magnifique surdoué, lequel n'avait pourtant décroché que des notes extrêmement médiocres : aussi compétent à son âge qu'un mauvais élève de dix-huit ans, il était bien un génie...

C’était il y a déjà quelques années et je me demande ce qu’il est devenu, ce p’tit gars. Si ça se trouve, il vend des produits dérivés à la City.

*

J’essaie de me tenir au courant, même si j’évite d’en parler ici trop souvent, des aventures de nos amis israélo-palestiniens. Mais vu le petit travers maniaco-dépressif de leur actualité, les phases down succédant aux phases up avec une agaçante régularité, les vraies surprises sont rares.

Je découvre pourtant l’existence d'un mur séparant Gaza de l’Egypte, mur dont je n’avais jamais entendu parler avant que des gazaouites chauffés à blanc par le blocus ne le fassent tomber. Il a d’ailleurs fallu plusieurs jours aux médias avant d’appeler un chat un chat et de qualifier cette construction de trois à six mètres de haut de « mur » stricto sensu, les vocables euphémisants et connotés de « barrière » et de « clôture » ayant d’abord été utilisés.

Je n’ai pas de sympathie particulière pour le rempart de béton érigé plus à l'Est par Israël pour se protéger des suicide bombers ― même s'il semble remplir sa mission. Je suis aussi scandalisé que n’importe qui par son tracé illégal, empiétant sur les propriétés palestiniennes et aggravant encore les conditions de vie des Cisjordaniens. Je m’étonne pourtant de ce que le même procédé, utilisé par les Egyptiens, n’ait jamais été évoqué auparavant.

Bon, pour être tout à fait honnête, on rappellera que les Israéliens eux mêmes, avant leur départ de Gaza, avaient élevé ce mur. Et qu'ils accusent volontiers Moubarak de ne pas être à la hauteur question contrôles et entretien. Pour autant, construit par les uns et préservé par les autres, il garde le même objet : tenir le Hamas en respect.

Dans un livre aux accents franchement antisémites, l’ex-journaliste de RFI Alain Ménargues développait la théorie selon laquelle « le mur de Sharon » était le symbole du racisme dont le judaïsme (oui, le judaïsme, pas le sionisme) serait porteur. Ah, vraiment, je regrette de ne pas savoir ce que ce spécialiste des « ghettos volontaires » dirait de ce mur-ci...

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Juste une petite remarque sur nos amis italiens : tu sembles renvoyer dos à dos Prodi et Berlu comme deux leaders de coalitions hétéroclites et ingérables. Je remarque au passage que Il Cavaliere est resté en place durant la totalité de son dernier mandat (ou de sa dernière mandature, comme on dit chez les socialistes du XIème arrondissement). Et parmi les électeurs italiens, qui s'apprêtent à confier à l'attelage Berlusconi-Fini les rênes de leur Etat au cas où on aurait l'idée curieuse de les conviquer à des élections législatives, il doit bien s'en trouver un certain nombre pour estimer de manière pas tout à fait irrationelle qu'avec la droite au pouvoir, ils auront un gouvernement pour cinq ans. La Maison des libertés (à moins qu'elle ait encore changé de nom cette foutue coalition) ne garantit pas aux Italiens un gouvernement stable mais l'Olivier leur garantit, ce que confirme l'expérience, un foutoir sans nom. D'autant plus depuis que cet inénarrable pitre d'Umberto Bossi ne fait plus rêver les foules padanes, point sur lequel j'espère que le ravissement du tenancier de ce blog rejoindra le mien.

"Entre autres trois partis centristes, une vingtaine de groupuscules communistes, deux partis d’extrême-droite, deux partis écologiques, une dizaine de prétendants au leadership socialiste et, pour faire bonne mesure, une organisation focalisée sur les droits des chasseurs et des pêcheurs..."

Je sais bien que tu as dit "entre autres", mais je crois quand même qu'il serait coupable de ne pas mentionner l'existence de deux grands partis de la droite moderne chaque jour plus facilement interchangeables de l'avis de tous les transfuges entrés au gouvernement: j'ai nommé l'UMP et le Parti socialiste...

--

"Faits divers sanglant"... Mouais. Ce n'est pas sanglant (je me demande si je ne le déplore pas), tout au plus saignant, mais si tu trouves que la volatilisation instantanée d'une somme supérieure au budget annuel de la région Ile-de-France est un fait divers, permets-moi de te faire observer que beaucoup d'observateurs très très qualifiés ont au contraire parlé de "plus grand désastre bancaire de l'histoire". Moi, j'appelle pas ça un faits divers. Ou si ça en est un et qu'effectivement de telles choses se produisent trente fois par jour dans les pays modernes à l'économie raisonnablement aléatoire, je crois qu'il est urgent que j'aille cultiver des choux au fin fond de l'Ardèche: mes nerfs ne tiendront jamais.

Disqualifier la représentation proportionnelle à partir du seul exemple italien (et de considérations personnelles sur les têtes que l'on peut souhaiter voir dans l'hémicycle) est une argumentation pour le moins légère.
Il suffit de tourner un peu la tête vers l'Allemagne pour se rendre compte que les choses sont un peu plus compliquées, qu'il existe des systèmes de représentation incluant une part de proportionnelle inefficaces et d'autres efficaces (au moins autant que notre système majoritaire).

François X,
Umberto Bossi n'est plus à la mode, mais la Ligue du Nord bouge encore. Et je ne vois pas vraiment comment on pourrait en arriver à se réjouir d'un retour de Berlusconi. Sauf, bien sûr dans le contexte schadenfreudien d'une France à la recherche d'un pays plus mal en point qu'elle...


Poil de lama,
Tu fais toujours du mauvais esprit. Souviens-toi tout de même que tu as voté pour Bayrou, qui est au PS ce que l'Italie est à la France en termes de bonne gestion. Borgne, c'est quand même mieux qu'aveugle, non ?

Mais sur le génie de la finance, je veux simplement dire que ce qui s'est passé avec la Société Générale n'est pas fondamentalement pire que ce qui s'était passé avec la Barings ou, dans un autre genre, avec le Crédit Lyonnais. C'est même moins grave puisque la Société Général sera encore bénéficiaire cette année.

Si le gars s'est rendu coupable de malversations, apparemment aggravée par les tentatives désespérées de sauvetage par l'état major de la banque, c'est un problème de gouvernance et une question pénale. Mais ces comparaisons avec le PIB de la Bulgarie ou les multiples du RMI ont-elles du sens ? Quant à s’installer en Ardèche, pourquoi serait-ce une punition ?

Robinson,
Je disqualifie, oui, parce que j’ai le sentiment que notre tradition politique et les forces en présence nous font davantage ressembler à l’Italie qu’à l’Allemagne. Et les mêmes causes produisant les mêmes effets...

En Suisse, l'élection du parlement à la proportionnelle, ça marche très bien. (Et oui, on a un communiste, et tout plein de Verts, et le parlement fonctionne quand-même très bien.)

On peut se réjouir du retour de Berlu au pouvoir si l'on souhaite que les Italiens aient un gouvernement qui soit autre chose qu'une coalition belge, justement.

La coalition italienne se vautre, DONC la proportionnelle est mauvaise.

J'ai raté quelquechose à la démonstration ?

Franchement, la bipolarisation américaine vers laquelle nos dirigeants veulent aller (car ils appartiennent aux 2 partis majoritaires) - j'en veux pour preuve les réformes des modes de scrutins récentes - n'est pas plus intéressante que la cacophonie italienne.

Entre 2 partis et 100 partis représentés, il doit y avoir un moyen terme. Et les moyens de conserver une majorité existent, tout en faisant entrer Besancenot et Le Pen dans l'hémicycle (pas sûr que le premier le veuille ni que le second le puisse) : prime au vainqueur, fusions de listes, etc.

Sur le blocage éventuel des institutions, nous avons deux chambres plus une CMP, çà devrait suffire à trouver un compromis. Et rien n'interdit de renforcer un pouvoir décisionnaire en dernier recours.

La proportionnelle c'est donc possible et certainement souhaitable pour éviter les godillots que nous constatons tous les jours.

YR, ton argument est réversible. Les Américains ont une démocratie bi-partisane depuis longtemps, et cela n'empêche pas leurs parlementaires de faire leur boulot. Le godillotisme des députés français est un problème grave mais aboslument déconnecté de leur mode d'élection. Les élus RPR de 86-88 n'obéissaient pas au doigt et à l'oeil à Chirac, peut-être ?

Ouais, un grand argument quand contre la proportionnelle est la façon dont elle se crée: courtisants qui font de la lèche à la tête de liste pour avoir une place plus haute, capricieux qui menacent "si j'ai pas telle place, je milite plus" ou encore "je vais chez le concurrent et je te dégomme dans la presse", jalousies recuites qui ressortent, etc... Pas besoin que la-dîte liste soit gangrenée par une forte proportion d'opportunistes et autres parasites de la vie politique: il suffit qu'un seul caractériel dans une équipe de plusieurs centaines d'individus sur un grosse campagne pique une crise pour que brutalement toutes les personnes assistant au pétage de plomb du dit caractériel se retrouve mal à l'aise à l'égard de ce système dont on vante souvent les vertus sans y voir les défauts.

Ceci dit, dans le cas de l'Italie, le problème n'est pas seulement dû au système de proportionnelle mais aussi au fait que l'un des pôles politique du pays a, pour compenser la perte d'influence due à la corruption de ses dirigeants, décidé de récupérer comme "alliés" toute une ribambelle de tartuffes padaniens, de nostalgiques de la dictature de grand-papa, de parasites de la politique très ambitieux mais infichus de se faire élire sans l'apport des conséquents vestiges de pouvoir de feu la démocratie chrétienne tout en mettant à sa tête un affairiste véreux dont on ignore s'il est associé, membre, ou chef de la mafia (je penche pour membre). En d'autre terme, le phénomène Berlusconi est dû à la connerie grasse (et à la malhonnêteté) des sous-chefs de la droite italienne ainsi qu'à la naïveté quelquefois consternante de ses électeurs, mais je ne pense pas qu'un Berlusconi au faîte de sa puissance aurait été mis en échec par une présidentielle à la Française ou une législative purement uninominale. Berlusconi est arrivé au pouvoir parce que les notables de droite lui ont été soumis et ses électeurs dociles, et quelles garanties avons nous qu'une UMP qui bouge encore peu pour contenir un Sarkozy qui fait le beau, prend des décisions qui vrille à la fois les principes de la gauche et l'idéologie libérale, accumule les promesses qu'il n'a pas l'intention de tenir, qu'un parti tel que celui-là serait incapable de résister aux sirènes d'un Berlusconi à béret?

Sinon, je regrette Hugues, mais le génie aurait surtout été de se tirer avec les cinq milliards sans se faire prendre: combien de financiers et d'affairistes véreux arrivent à monter un tel coups et à en sortir indemne: Tapis s'est fait gauler, Martin Frankel s'est fait gauler, Kenneth Lay s'est fait gauler, Stavisky s'est suicidé (ou a été suicidé) mais était sur le point de se faire gauler, Thérèse Humbert s'est faîte gauler, Abagnale s'est fait gauler, maintenant c'est Jérôme Kerviel s'est fait gauler: le "système" a quelques capacités d'auto-correction, même s'il faudra bien admettre qu'elles sont très insuffisantes dans bien des cas, dont celui-ci.

Un autre sujet dont on ne parle pas beaucoup est le sort des réfugiés palestiniens ayant fuit dans les pays arabes "amis". Même à la 3em génération née dans le pays, ils n'ont pas droit à la citoyenneté du pays, de travailler ou de s'installer ou ils veulent, seul les camps leurs sont autorisés. Je trouve cela tout autant condamnable que le sort réservé à ceux qui sont restés en Palestine par l'état hébreux, mais motus, on ne doit pas en parler.

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