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lundi 21 janvier 2008

Plans sur la comète

Au menu de ce bloc-notes allègrement prospectif : l'avenir du PS, de la France et des cartables trop lourds...

Comte_2 « Je ne sais même pas de qui vous parlez », vient de répondre Dominique Strauss-Kahn à une question sur les ambitions de Ségolène Royal à l'approche du prochain congrès du PS. « Cette candidate avenante et charismatique n'a à l'évidence pas les capacités nécessaires aux responsabilités qu'elle postule. Elle représente une certitude de défaite, au prix en plus d’une très grave crise dans le Parti », avait déjà lâché Michel Rocard dans Libération avant d’en remettre une couche ce matin sur France Culture...

Qu’un Mélenchon ou un Fabius (voire un troisième couteau adepte du lapsus qui tue) tentent d'exister en s’acharnant sur la plus crédible des prétendantes au leadership, c'est agaçant mais compréhensible. Que DSK et Rocard, les deux cerveaux les plus affutés de la gauche française, en soient là est en revanche franchement affligeant. Je veux bien que le boss du FMI prenne date dans la perspective de 2012, je comprends que l’artisan du calamiteux rapprochement Royal-Bayrou veuille peser sur la désignation du futur premier secrétaire, mais ces nouveaux clous enfoncés dans le cercueil de la social-démocratie made in France sont assez malvenus.

Le PS a besoin d’un patron. Et d’un patron à consommer tout de suite, la question de sa capacité à défier Sarkozy dans cinq ans étant totalement secondaire. Il se trouve qu’en l’état, le seul patron disponible est une patronne, que cette dernière n’est pas plus marquée par son échec que Rocard ou Jospin par les leurs, qu’elle est à Paris plutôt qu’à Washington, qu’elle est populaire à l’intérieur comme à l’extérieur du parti et qu’elle demeure le meilleur rempart contre le repli sur les vieilles lunes gauchistes.

On a beau savoir que le phénix finit toujours par renaître de ses cendres, l’attente est longue.

*

La commission pour la libération de la croissance ne rendra son rapport que mercredi, mais les fuites sont si nombreuses que les vraies surprises risquent d'être rares. Du coup, la question est surtout de savoir ce que l’hyperprésident fera de ces 300 propositions tous azimuts, que Jacques Attali présente volontiers comme un bloc impossible à morceler ― sauf à leur faire perdre toute efficacité.

L’analogie ferait plaisir au spécialiste des objets nomades : je perçois ces suggestions comme l’équivalent sociopolitique du téléphone mobile en termes de leapfrogging. Des pays aux moyens limités, technologiquement distancés ont pu rattraper leur retard en s’équipant d’infrastructures légères dernier cri à bon marché, permettant à des millions de laissés pour compte d’accéder à des moyens de communication modernes et réduisant de facto la fameuse fracture numérique. Les propositions de la commission Attali ont, toutes choses égales par ailleurs, le même potentiel dynamisant : un pays un peu bloqué, un peu largué, un peu frileux, en les adoptant, reprendrait la tête de son peloton.

Michel Rocard, ce matin sur France Culture, entre deux commentaires sur la nullité de Ségolène Royal, marginalisait par avance l’impact de ces mesures en rappelant que la croissance française est conditionnée à des facteurs externes : le niveau mondial de l'activité économique et la crise systémique traversée par la plupart des pays comparables (des trente glorieuses aux trente piteuses). C’est possible, mais ce n’est pas certain. Et abdiquer toute velléité de déblocage de nos propres freins au motif que la France n’est qu’un pays parmi d’autres est un terrible aveu d’impuissance. De la part d'un ancien Premier ministre soucieux de doter son parti d’un leader « aux capacités nécessaires à la prise de responsabilité », ça ne fait pas sérieux.

OK, la France ne va pas se mettre à croître au même rythme qu’une Chine ou qu’une Inde parce qu’elle aura supprimé un échelon administratif ou brisé ses monopoles corporatistes. Elle rendra néanmoins crédible l’idée de rejoindre les mieux placées parmi les vieilles nations, celles qui savent que l’on peut concilier insertion dans le monde « moderne » et préservation d’un modèle social avancé. Ca ne serait déjà pas si mal, non ?

*

Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale et remplaçant possible de François Fillon à Matignon, vient de lancer un grand concours doté de 25 000 euros visant à régler la tragédie des « cartables trop lourds ». Une initiative louable et qui, si elle n’a pas vocation à libérer la croissance, aurait au moins le mérite de libérer les épaules de millions de petits zenfants. Las, l’ami Darcos ne lit pas Commentaires & vaticinations et ne sait pas que le problème a trouvé sa solution dans ces pages depuis bien longtemps.

Hum, je me demande si je ne vais pas les réclamer, ces 25 000 euros...

© Commentaires & vaticinations

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"t ne sait pas que le problème a trouvé _sa_solution_ dans ces pages depuis bien longtemps."

Le lien n'est pas bon, non ? Il devrait plutôt aller vers une des notes de votre site, pas vers l'article de wikipedia...

Il y a autre chose qui fait de plus en plus défaut à la gauche. Ce sont les électeurs. Mais vu que tout le monde s'en fout...

"Le PS a besoin d’un patron."

Etes-vous bien certain que les électeurs susceptibles de voter pour le PS en soient aussi convaincus que vous ne semblez l'être ?

JF,
Plusieurs liens étaient faux : j'ai rectifié. Grand merci.

Poil de lama,
Oui, il faut aussi des électeurs. Mais comme ces derniers ont besoin d'avoir des gens à élire, ne mettons pas la charrue avant les boeufs.


Jlo,
Ah, oui, c'est vrai, il existe une alternative : un grand parti sans ligne ni direction. Mais c'est ce que nous avons déjà et je n'ai pas l'impression que ce soit très efficace.

Dernière déclaration en date de la patronne : Sarko et l'impression de "fin de régne". Et ce parce que Monsieur Bruni est à 47 % dans les sondages. Encore une manifestation manifeste de la finesse, de la pondération et de l'esprit de mesure de Miss Poitou.

A part ça, j'ai besoin de quelques éclaircissements. Le lapsus qui tue : quel lapsus ? et l'artisan du calamiteux rapprochement Royal-Bayrou : Dray ? Sarnez ? Royal herself ?

Merci d'avance de ne me pas laisser aussi bête que je suis.

Sur ce fameux lapsus : dans une lettre adressée à Ségolène Royal et diffusée par Libé, Guy Delcourt, député du Pas-de-Calais et porte-flingue de Jospin, explique à Ségolène que son ambition nationale a trouvé ses limites "le 21 avril".

Or le fameux "21 avril", c'est la défaite de Jospin et la présence de Le Pen au second tour en 2002. Le premier tour de la présidentielle 2007, c'est le 22 avril...

http://www.liberation.fr/actualite/politiques/304886.FR.php

La rédaction de Libé corrige d'ailleurs en NDLR sans se rendre compte du côté édifiant de "l'erreur". Bel exemple de retour du refoulé, non ?

-------------

Mais pour ce qui est de l'artisan du rapprochement mal-fichu Royal-Bayrou, c'est de Rocard qu'il s'agit, voyons ! Un peu de suite dans les idées (peut-être la phrase n'était-elle pas très claire, effectivement. Je viens de la retoucher un peu).

"celles qui savent que l’on peut concilier insertion dans le monde « moderne » et préservation d’un modèle social avancé"

Ah oui ? Lesquelles ?

Merci Hugues, me voilà beaucoup plus cultivé et lesté désormais de connaissances sur l'inconscient de Guy Delcourt.

Tiens, au passage, une incidente : je me demande s'il n'y a pas quelque chose comme une différence profonde entre gens de gauche et de droite dans le rapport qu'ils ont à ces grandes petites dates de la vie politque. A gauche, on se souvient manifestement du 21 avril comme un traumatisme; d'ailleurs, si tu parles de "lapsus", c'est qu'il te paraît clair qu'il y a là plus qu'un fait ou qu'un incident, mais du refoulé et donc l'indicible. Ou encore, je me souviens d'avoir entendu Marie-George Buffet évoquer le jour de la victoire du non au référendum (mais c'était quand ?) comme une espèce de grande victoire du peuple fondatrice, qu'il convenait bien sûr de prolonger pour l'obtenir enfin, ce foutu monde meilleur. Enfin, pour ce qui est du 10 mai 1981, pas besoin de faire un dessin. Alors que moi, à titre d'exemple, le jour où Sarko a gagné, c'est pas bien vieux, et Dieu sait que j'étais content, je suis foutrement incapable de citer la date de ce qui est quand même le début de la Renaissance de la patrie, excusez du peu.

Rocard en trait d'union entre Royal et Bayrou ? ah bon ? j'ai dû rater un épisode.

François X,
Oui, il fallait suivre :

Royal-Bayrou, l'alliance nécessaire, par Michel Rocard

http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=984754&clef=ARC-TRK-G_01

L'idée de filer de l'argent au Monde m'est insupportable. Je choisis donc de te croire sur parole (sur ce point précis s'entend). Merci bien.

DSK a beau être totalement dépourvu d'objectivité lorsqu'il dit cela, je crains qu'il ne soit dans le vrai : qu'a fait Ségolène Royal pour le PS, à part le pousser à la défaite? Aujourd'hui, ce qu'elle veut, c'est ni plus ni moins que le pouvoir.
Personnellement, je suis favorable à la défaite du PS, et ce faisant, je soutiens à fond Ségolène. Comme ça, Sarko est sûr de l'emporter égalemetn la prochaine fois. Mais continuez de la soutenir, surtout! Et ne réformez surtout pas le PS!

à ce sujet, quelqu'un a-t-il vu passer le programme de la candidate Royal au poste de 1er secrétaire ?

Ou alors, le plan, c'est "on improvise on s'adapte, on domine" comme en 2007 ?

La capacité à défier Sarko dans cinq ans est d'autant plus secondaire qu'il n'y aura peut-être plus grand chose à défier d'ici là...

Sinon, in programme pour être premier secrétaire? La bonne blague: en théorie, c'est le courant majoritaire qui défini le programme, mais les courants s'étant eux-même transformés en chefferies...

Sinon, Royal n'a pas fait perdre le PS: une bonne partie des têtes "pensantes" du PS ont souhaité la défaite du PS car mieux vaut un parti d'opposition sous contrôle qu'un parti au pouvoir avec un autre que soi-même aux commandes.

Le seul intérêt que je vois à l'idée de changer de Premier Secrétaire serait, par exemple, de se doter d'une feuille de route.

En sachant que chacun au PS essaiera dans son coin de tirer la couverture à soi, quel serait l'intérêt de donner sa confiance à qui que ce soit d'autre que l'actuel 1er secrétaire si c'est pour ne rien changer à l'absence d'engagements à agir de l'actuelle direction ?

Hughes, ne vous inquiétez pas trop pour Ségolène. Si le passé propose des enseignements pour l'avenir, tous les espoirs lui sont permis.

Chacun connaît les talents de visionnaire de ce pauvre Rocard. Il les avait déja démontré au début des années 1970 (l'effondrement du PSU, cela rappelle des souvenirs à quelqu'un?). Le plus drôle reste encore les suites des législatives de 1978, lorsqu'il annonça au monde que Mitterrand n'avait plus d'avenir politique. Les médias, ébahis d'admiration devant une telle profondeur de vues, le suivirent comme un seul homme (Le Monde en tête si mes souvenirs sont exacts).

Mitterrand, qui n'avait plus d'avenir, mais qui gardait un sens de l'humour redoutable, le nommera en 1981 Ministre du Plan, puis Ministre de l'Agriculture mais pas de la Pêche (aux voix, cela, Rocard, il n'a jamais su faire).

Ségolène devrait s'inspirer de Mitterrand et le nommer Ministre de la Prospective (en anglais Secretary to Bullshit), dans quelques années, à moins que le petit Nicolas ne lui brule la politesse.

Ceci étant dit, tout cela pose une seule question à mon avis. Même en tenant compte du fait qu'il n'y a qu'une seule place au top et que, donc, la compétition est féroce (DSK y croyait visiblement, à tord), Ségolène semble concentrer sur elle une quantité impressionnante de rancoeurs. Elle doit y réfléchir et se montrer sans doute un peu moins abrasive dans l'avenir dans le parti.

Quel socialiste ne concentre pas sur lui une impressionnante quantité de rancoeurs ?

On trouve souvent plus de compassion pour les leaders socialistes chez les électeurs de Nicolas Sarkozy et de François Bayrou que chez les socialistes : remarquez, avec tout le soutien qu'ils apportent explicitement dans le cas de Royal ou implicitement dans le cas de DSK aux principales mesures votées par la majorité UMP (loi Précresse, flexibilisation, traité européen, service minimum, réforme des retraites), le contraire sera preuve d'une belle ingratitude.

Et Delanoé, tu en fais quoi ? Y a pas que Ségolène dans la vie ... et heureusement.

Bien le bonjour Hugues,

Une fois n'est pas coutûme, je prends le crachoir à l'estaminet...

Je comprends et partage ton point de vue général sur la social-démocratie nécessaire. Sur le besoin d'en finir avec les "vieilles lunes gauchistes"...

Je réfute comme toi le postulat défaitiste selon lequel la politique a été tuée par l'économie. Et qu'on ne peut rien faire.

Bref, nos visons politiques sont proches. Sauf, s'agissant de Ségolène Royal.

Je dois dire que ta façon de la défendre envers et contre tout est surprenant et très interpellant.

Je suis absolument persuadé qu'actuellement, tu es son meilleur défenseur. Je ne suis pas sûr hélas qu'elle s'en rende compte, ni qu'elle t'en sache gré... ;o)

Mais il n'empêche, je me demande ce qui ressort chez toi de la méthode Coué, d'une contrainte (on n'a pas d'autre choix) ou d'une certaine mauvaise foi.

Celle de celui qui refuse de revenir sur ses pas pour ne pas avoir à se retaper tout le trajet dans l'autre sens, pour rien.

Je me refuse naturellement à penser que ton soutien puisse être intéressé.

Enfin, quoi Hugues... C'est faute de grives qu'on mange des merles ou c'est vraiment que tu aimes les merles ?

Je n'aurai pas de réponse ici, je m'en doute. Mais enfin, C'est comme pour Dieu : j'aimerais tellement que tu me convertisses ...

A bientôt camarade

;o)

Je suis assez stupéfait par cet article ! Si les cerveaux affutés ne font pas la critique de Ségolène Royal, qui la ferra ? Elle recommence à jouer sur l'opinion, entre démagogie et peopolisation, pour prendre le PS par les sondages. Ce serait sans doute une bien mauvaise chose.

Roccard n'espère plus peser sur rien, mais il dit ce que beaucoup pensent à juste titre : c'est une certitude de défaite, de reniement, d'expériences certes mais pas forcément positives...

La phrase de DSK était une réponse à une question qui parlait de ceux qui avançaient leurs ambitions, qui ne mentionnait pas SR. La réponse n'est pas très fine « Je ne sais même pas de qui vous parlez » mais ne cible pas explicitement SR.

Je ne sais pas si le PS a besoin d'un patron tout de suite, ou alors quelqu'un comme Moscovici, pour le faire travailler.

Mais pas Ségolène, dont la popularité est fragile et succombera dès lors qu'il y aura une alternative (Delanoë) qui a en gros les même idées qu'elle (en mieux). Elle est très marquée par sa défaite, tant elle a fait de mal à la campagne, au parti alors qu'il était derrière elle. J'ai parfois eu honte, tout en faisant campagne.

C'est finelement son style, son comportement, qui gène le plus. Comme Sarko, il y a là une forme de folie insupportable, un narcissisme médiatique qui ne souffre aucune remise en cause, une parano, une mise en scène christique, un repli sur ses proches.
Mais plus fondamentalement il y a l'absence de toute vision globale, elle s'y refuse, préférant "prendre le meilleur de Bayrou à Besancenot"... Cela me déprime.

Mais je pense que le P travaille, se reconstruit, se relève.

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