Carte postale de Genève
Comment dit-on « no future » en romand ?
Mon passage annuel par Genève me laisse invariablement perplexe : les Suisses ont-ils un train d'avance sur nous où ne sont-ils en fait qu'une anomalie sociétale née de leur histoire et de leur géographie ? Rien n'est plus frappant, en effet, que la différence d'attitude devant la vie des Helvètes et des Gaulois de ce début de millénaire. A l’Ouest, un pays déprimé, miné par la défiance, assommé par le chômage, inquiet pour son avenir, oscillant entre l’espérance d’un grand soir et la certitude d’un cataclysme. A l’Est, une petite nation prospère, tranquille, placide, convaincue de la supériorité d’un modèle huit fois centenaire sur n’importe quel autre…
La Suisse n'est pas un paradis, loin s’en faut, mais l’attraction qu’elle exerce sur les dizaines de milliers de Français qui, chaque matin, traversent la frontière pour y gagner leur vie démontre qu’elle n’est pas un enfer non plus. C’est curieux, d’ailleurs, ce phénomène du travail frontalier et les électeurs du Front National que la présence d’éboueurs maliens insupporte devraient faire un tour par le Léman histoire de goûter à la triste condition de main d’œuvre étrangère. Vendeurs, serveurs, coiffeurs, magasiniers, livreurs, infirmières : à Genève, ils sont tous Français. A la limite, on se demande comment les entreprises savoyardes parviennent encore à recruter qui que ce doit lorsque l’on sait que le salaire médian suisse est supérieur à 3 200 euros (contre moins de la moitié chez nous).
Ok, un pouvoir d’achat élevé n’est pas la garantie d’une existence épanouissante : un animal de zoo nourri à heure fixe est-il plus « heureux » que son congénère sauvage ? Certainement pas. Il se trouve toutefois que les résidents de la ménagerie helvète jouissent d’un niveau de démocratie supérieur au nôtre, d’un accès à la culture au moins comparable, de structures sanitaires, scolaires et universitaires enviables, d’une paix sociale n’excluant pas l’expression de salariés organisés ― bref, de tout ce à quoi le citoyen « moderne » est censé aspirer.
Bon, il est vrai que l’on s’ennuie parfois à Lausanne et que le spectacle d’alignements de nains de jardin ou de drapeaux à croix blanche sur des gazons trop bien tondus dans les campagnes est un peu angoissant. Mais angoissant pour qui ? Pas pour les Suisses, apparemment, qui semblent affronter leur passage sur terre sans la débauche d’antidépresseurs à laquelle nous sommes abonnés. Ah oui, j’oubliais, nos voisins de droite charrient tout de même deux trois casseroles mal nettoyées, qu’il s’agisse de leur propension à frayer avec les dictateurs enrichis ou à être un peu trop, disons, pragmatiques dans leurs rapports avec le monde extérieur. Et ça, du point de vue du pays des droits de l’Homme, c’est totalement inacceptable.
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Je n’y avais jamais fait attention jusqu’à aujourd’hui, mais le spectacle de ces centaines de vélos parqués sur les trottoirs de Genève sans les quatre ou cinq antivols de rigueur à Paris ou à Marseille est surprenant. On remarque même que les parents de jeunes enfants ne se donnent pas la peine de retirer leurs porte-bébés pour la nuit, l’idée qu’un voleur soit tenté par un tel accessoire ne leur traversant sans doute pas l’esprit.
Je ne sais pas ce que genre de chose révèle d’une société ― un peu comme ces distributeurs de journaux payants sans mécanisme de sûreté ―, mais j'imagine que ça doit quand même être un poil agréable, un monde où la confiance règne...
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A vrai dire, cette confiance n'est pas si universelle. Mais les partisans du légendaire « tout propre en ordre » romand ne sont pas toujours ceux qu’on croit. A l’Usine, sorte d’enclave alternative en plein centre de la cité de Calvin, c’est un punk à crête et piercings qui joue les miliciens. « C’était un salaud de dealer », m’assure-t-il pour expliquer la bagarre sanglante à laquelle il vient de prendre part sous mes yeux de « frouze » étonné.
Je ne lui demandais rien, en fait, et je croyais les Suisses plus tolérants que nous sur le terrain de l’herbe qui fait rire. Mais force est de constater que les punks du coin ont une autre perception de la vie alternative que les nôtres. Bah, peut-être que c’est dans cette différence qu’il réside, le mystère du salaire médian à 3 200 euros et du plein emploi. Hum, ça serait bête, tout de même.
© Commentaires & vaticinations

Wikipédia me souffle que:
"Au premier janvier 2008, la Suisse comptait 7 590 800 habitants dont 1 601 900 étrangers."
86.5% sont ressortissants d'un pays européen.
La Suisse, Eldorado européen ?
Au sujet des salaires médians et moyens français, une chronique intéressante de Philippe Jurgensen, "Français, vous gagnez plus que vous ne le pensez !"
http://www.canalacademie.com/Francais-vous-gagnez-plus-que-vous.html
Rédigé par: sidis | le mercredi 05 mars 2008 à 22:16
"j'imagine que ça doit quand même être un poil agréable, un monde où la confiance règne..."
La confiance règne, sauf envers les moutons noirs...
Rédigé par: Colin | le mercredi 05 mars 2008 à 22:23
Quand est-ce que la Suisse renoncera au secret bancaire ?
Rédigé par: Passant | le mercredi 05 mars 2008 à 22:55
A fréquenter un peu parfois les routes savoyardes en été, j'ai constaté avec un certain agacement que quand certains suisses s'emmerdent chez eux, ils viennent conduire comme des cons leur Porsches sur nos routes. Bon, du reste, ça devient le lot de beaucoup d'étrangers. Un pays où la voie de gauche est tout le temps vide sur l'autoroute, c'est tentant...
Rédigé par: SM | le jeudi 06 mars 2008 à 00:48
Prenez contact avec moi la prochaine fois que vous vous ennuyez à Lausanne! ;-) La qualité de vie dans le bassin lémanique est exceptionnelle à bien des égards.
Rédigé par: Alex Dépraz | le jeudi 06 mars 2008 à 10:58
@Passant :
L.O.L. Belle tarte à la crême.
Tu sais qu'on a de l'avance dans le domaine de la restitution des fonds planqués par les dictateurs?
(Ouais, c'est possible que ce soit parce qu'on en a beaucoup à rendre.)
Rédigé par: Luk | le jeudi 06 mars 2008 à 11:09
Vous voulez dire tout ça sans fonctionnaires, sans services publics a la Française, avec des impôts bas et une retraite a 65 ans ou l'on n'arrive pas usé par le difficile labeur de professeur aux classes de 18 élèves impossibles a gérer dés 12 ans ou de conducteur de locomotive?
Allez je plaisante une fois.
Rédigé par: Merlin | le jeudi 06 mars 2008 à 11:34
Hughes
tu racontes n'importe quoi (comme souvent)
C'est une chose de comparer des salaires tels quels, cela en est une autre de comparer en parite de pouvoir d'achat. Et la, Suisse et France ne sont pas si eloignees (PIB par tete : 35.6 K$ Suisse, 30.4 K$ France en 2005)
Donc le Suisse, n'est pas beaucoup plus "riche" que le Francais
Bien sur c'est une moyenne pour chaque pays, et Geneve doit probablement etre au dessus (et donc des salaires plus eleves), alors que la zone frontaliere francaise est largement en dessous suite au poids de la Region Parisienne. Donc pour les frontaliers c'est une opportunite a ne pas rater, d'autant plus que l'essentiel de leur depenses est en France....
Rédigé par: phil le belge | le jeudi 06 mars 2008 à 11:55
@phil:
La notion de PIB par tête n'est pas adéquate. La bonne notion est celle de revenu par tête qui est très différente.
Le revenu moyen par tête en RP n'est pas de beaucoup supérieur a celui des autres régions et l'écart diminue constamment (son PIB oui, et cet écart la s'accroit constamment, parce que c'est le seul lieu de production de la douce France.
Rédigé par: Merlin | le jeudi 06 mars 2008 à 12:35
A Phil le belge,
Français vivant en Suisse, je ne puis que confirmer ce que dit Hugues. Les salaires nets même en soustrayant le coût de l'assurance maladie sont au moins 30 à 50% supérieurs à Genève de ce qu'ils sont à Paris (et plus encore par rapport à d'autres villes). Le coût de la vie n'est que faiblement supérieur. Seuls les impôts sont nettement plus élevés en Suisse! (quand on ne s'appelle pas Johnny Halliday...).
Quant à "l'opportunite a ne pas rater" de vivre en France et travailler en Suisse, ce n'est plus aussi évident depuis que le Franc suisse a baissé et que les niveaux des prix immobiliers se sont rapprochés. Cela dit, les entreprises de France voisine ont effectivement beaucoup mal à recruter.
Rédigé par: Yom | le jeudi 06 mars 2008 à 14:23
Votre dernier paragraphe montre que vous êtes sur la bonne voie ;-) (désolée, je n'ai pas pu m'en empêcher).
P.S. Ca faisait longtemps que je n'étais pas venue chez vous et c'est par votre note expliquant en quoi Finkielkraut se trompait sur les émeutes (nov.2005) que j'ai repris le chemin de votre blog. Je vais donc filer à votre analyse de Villiers-le-Bel pour voir ce que vous pensez des barbus défilant dans cette riante cité (et des femelles ensevelies sous leur ravissante burka, bien séparées des mâles hein, faut pas déconner)
Rédigé par: dom | le jeudi 06 mars 2008 à 14:31
Sidis,
Oui, il y a énormément de résidents étrangers en Suisse. Et essentiellement des Européens. Ils doivent s'y trouver bien. Mais sur la question de la richesse cachée des Français qu'évoque Philippe Jurgensen au bout de ton lien, ça n'est pas exactement un secret. Les coûts salariaux sont à peu près identiques dans tous les pays de l'OCDE mais la part du salaire direct net-net varie énormément lorsque l'Etat considère que ses citoyens ne seraient pas capables de dépenser correctement l'argent qu'ils gagnent.
Donc, oui, un salarié suisse ne coûte pas beaucoup plus cher qu'un salarié français à son employeur, mais on lui prélève moins en cotisations directes et on lui suggère de répartir comme il l'entend une part plus importante de ses revenus entre dépense, épargne, assurance, etc.
Colin,
Les moutons noirs sont mal traités dans tous les troupeaux. Y compris à l'intérieur des troupeaux essentiellement constitués de moutons noirs mais n'appréciant pas leurs congénère un peu différents.
Passant,
Ah, désolé, elle ne me l'a pas dit. Si elle me donne une date, je te fais passer le message.
SM,
A Rome, fais comme les Romains. Lorsqu'ils conduisent en France, les Suisses se lâchent et conduisent comme des Français.
Alex Dépraz,
Je connais assez bien Genève, mais j'avoue ne pas être allé très souvent à Lausanne. Disons que c'était une exagération intentionnelle servant le contexte de ce billet.
LuK,
C'est tout le problème : si vous vous mettez à restituer les fonds troubles planqués en Suisse, trop de Français devront s'expliquer...
Merlin,
Je ne comprends pas si ce commentaire est ironique ou pas. Remarquez, d'habitude, c'est le contraire et ce sont les gens qui commentent qui m'expliquent ne pas comprendre à quel degré il faut me lire. Mais je prendrai la question au sérieux et je répondrai que les Suisses ont modifié le statut de leur fonctionnaires mais que leurs services publics sont restés très efficaces. Ah, les salaires versés par le public sont également très élevés (par rapport aux standards français) : la médiane est supérieure à 6 000 FS.
Phil,
Il ne faut pas t'infliger la souffrance de venir lire mes inepties, alors.
Mais je ne comparais pas les PIB par habitant et je leur préférais les salaires à dessein. Le PIB est un agrégat complexe qui ne donne pas une idée précise des niveaux de vie compte tenu de la manière dont il est calculé. Les Saoudiens ont un PIB par habitant relativement élevé, mais ce chiffre correspond à la production de richesses non réparties équitablement.
Incidemment, le Produit Intérieur Régional d'Ile-de-France est également nettement plus élevé que celui de n'importe quelle autre région française mais cette différence est liée à la concentration de sièges sociaux et de structures industrielles et commerciales d'envergure nationale.
Toutefois, et en dépit de ces préalables, le PIB par tête était de 41 200 dollars en France, contre 57 000 dollars en Suisse (d'après l'almanach 2006/2007 de The Economist), ce qui n'est pas une différence aussi importante que lorsque la France ne partageait pas la rigueur monétaire allemande mais qui reste notable.
Donc, pour s'en tenir aux salaires, ils ne sont pas plus élevés à Genève que dans le reste de la Suisse et seraient même plutôt inférieurs en Romandie qu'en Suisse alémanique. Quant à la zone frontalière française, tu te trompes également puisqu'il s'agit de l'une des régions françaises les plus prospères et les moins touchées par le chômage, partiellement grâce à son statut d'hinterland économique du genevois.
Mais si ces généralités désincarnées te semblent trop abstraites, abaisse toi à la comparaison du salaire d'une serveuse de bistrot du côté d'Annemasse (probablement le SMIC) et de son homologue côté helvète (elle sera également française, mais touchera le double). Ca marche aussi avec les emplois qualifiés, même si les choses sont alors moins faciles pour les frontaliers qui se retrouvent en concurrence avec les Suisses et les étrangers non-français, compte tenu des activités tertiaires internationales de Genève.
Yom,
CQFD.
Rédigé par: Hugues | le jeudi 06 mars 2008 à 14:41
Je suis à moitié Suisse, et le papier d'Hugues est convenablement conforme à la ma vue de la Suisse.
Ce qui est miraculeux, compte tenu de notre fiscalité pré-trente glorieuses, c’est que l’écart ne soit pas encore plus flagrant !
J’ai entendu su "public sénat", il y a quelques minutes, mon ancien client Jean Arthuis, président de la commission des finances, être obligé d’expliquer des choses tellement basiques à son assemblée de notables et de directeurs d‘école de commerce et d‘économie, que j’ai pensé:
"Quelle fantastique campagne de désinformation les -Experts/économistes- n‘ont-ils pas été obligés de mener, pour que ces adultes vaccinés soient à ce point ignares des réalités du monde de l‘entreprise et de l‘économie de terrain ! "
Les ténors politiques n’ayant que cette presse pour s’informer doivent se trouver dans un brouillard épais, qui pour ma part constitue le NOEUD de notre impuissance à effectuer la révolution fiscale.
Révolution que le monde du travail attend (comme le messie -lol-) depuis 29 ans !
Rédigé par: Ozenfant | le jeudi 06 mars 2008 à 16:57
LuK: Ce n'est pas la question : s'il existe un génie suisse particulier justifiant que le salaire médian en Suisse soit le double de celui de la plupart de ses voisins, il est ma foi bien regrettable que le reste du monde n'en profite pas.
Vivement que Georges Freche ait le courage de revendiquer l'indépendance de la Septimanie et en fasse un paradis fiscal : sa réélection serait assurée pour l'éternité.
Rédigé par: Passant | le jeudi 06 mars 2008 à 18:38
@Passant,
Frêche a abandonné l'idée de la "septimanie" depuis un certain nombre d'années...
Le Languedoc-Roussillon est plutôt un "enfer fiscal" avec 3 des 5 villes les + imposées de France !
Rédigé par: Ozenfant | le vendredi 07 mars 2008 à 11:05
Vous m'avez très bien compris. Mais cela n'est pas étonnant.
Il y a tellement de gens intelligents dans ce pays que s'en est a se demander pourquoi on en est ou on en est.
Rédigé par: Merlin | le vendredi 07 mars 2008 à 14:54
Hughes
Tu n'es qu'un sous residu mal digere (autrement dit une petite merde quoi.., cf ton commentaire vahguement hautain "Mais si ces généralités désincarnées te semblent trop abstraites"). Merci de ton explication sur le PIB, ou la mention de l'"hinterland" euh Msieur je comprends pas, c'est quoi l'hinterland? Correction tu n'es pas un residu, tu es pompeux, vain, et en plus tu n'essaie meme pas de comprendre (mon PIB etait corrige en PPP..)
Je ne vais pas m'user a vous expliquer a tous l'interet de corriger la remuneration par le cout de la vie...cf toutes les etudes RH pour les expatries.
Donc ton "j'utilisais les ssalaires a dessein (ma chere), tu te le gardes, merci
D'ailleurs je cite en vrac vos commentaires a tous:
Seuls les impôts sont nettement plus élevés en Suisse! (YOM)
on lui suggère de répartir comme il l'entend une part plus importante de ses revenus entre dépense, épargne, assurance, etc (Hughes), autrement dit pour avoir une retraite/protection equivalente il faut economiser soi meme
A propos l'ecart de revenu RP/Province est d'environ 30% (salaire median) et de 40% pour le premier decile, une paille hein (source INSEE)
allez adieu, ce blog est insupportable de fatuite
Rédigé par: phil le belge | le vendredi 07 mars 2008 à 19:25
@Hugues : "Lorsqu'ils conduisent en France, les Suisses se lâchent et conduisent comme des Français."
Ben, ptet, mais :
1 - avec des Porsches (ça n'accroît pas la visibilité dans les virages, je dirais même moins, puisque ça arrive plus vite)
2 - comme des français d'y a 6 ans...
Rédigé par: SM | le vendredi 07 mars 2008 à 19:59
Phil,
Oh excuse moi. Je n'avais pas saisi qu'un commentaire débutant par "tu racontes n'importe quoi (comme souvent)" initiait une conversation courtoise et policée. Mais franchement, tu vas me manquer.
SM,
Ils n'ont tout de même pas tous des Porsches, ou alors des Cayenne : en janvier, 27% de leurs immatriculations étaient des 4 X 4.
Rédigé par: Hugues | le vendredi 07 mars 2008 à 20:25