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jeudi 20 mars 2008

Fichus scooters !

« Deux-roues » est une expression générique qui empêche de distinguer le bon grain (le vélo) de l'ivraie (le scooter). Vivement que le trois-roues motorisé se généralise !

Scooters Le cycliste urbain n'a pas d'amis. Et si le bobo nonchalant, panier d'osier débordant de légumes bios sur le guidon de son hollandais vintage, reste populaire du côté de la Bastille, le pédaleur pressé en route pour le boulot aux heures de pointe est universellement détesté : détesté par les automobilistes, évidemment ; détesté par les piétons, ça va sans dire ; détesté par les motards, vous vous en doutez ; détesté par les autres cyclistes, bobos bataves en tête... Mais surtout, détesté par les pilotes de scooters !

Enfin, j’écris pilote, mais c’est faute de disposer d’un terme susceptible de décrire de manière plus appropriée le cadre moyen ayant troqué la voiture pour un Yamaha T Max parce que c’est « pratique », mais dont le comportement et la philosophie demeurent, pour l’essentiel, ceux d’un automobiliste. Juché sur une machine au look de soucoupe volante, l’extension Bluetooth de son iPhone vissée à l’oreille, il arpente la cité comme il le faisait au volant de sa Golf 16S ou de son Audi TT : en propriétaire convaincu de ses prérogatives. Le seul moment où il se souvient d’être devenu un « deux-roues », c’est lorsqu’il constate à quel point il est désormais facile de remonter les files à vive allure ou de changer de direction sur un coup de tête. Comme une auto, oui, mais en mieux, quoi !

Clairement, le bonheur du scootériste serait complet s’il n’avait pas à s’accommoder de la présence de vélos sur son parcours. Les voitures, à vrai dire, ne lui posent pas tant de problème : elles lui sont familières, il en possède une pour le weekend et les sorties en famille et ne se lasse pas de les snober aux feux rouges. Avec les motos, c’est un peu différent : il les respecte de loin, surtout les gros cubes, et passe sa vie à se demander s’il est lui-même perçu comme un authentique motard par ce propriétaire de 1 000 cm3 au blouson de cuir râpé croisé en faisant le plein au relais Total de la porte de Bagnolet.

Le vélo, en revanche, est une nuisance, un obstacle. Il encombre les pistes cyclables, si commodes pour remonter une rue de Réaumur saturée de 4X4 ; il est lent ; il occupe les racks de stationnement pour deux-roues qui devraient lui être interdits si les Khmers-verts n’avaient pas pris le contrôle de cette foutue mairie socialo-collectiviste, empêchant les Parisiens qui travaillent et paient des impôts de créer de la richesse, merde alors !

Tout est bon, du point de vue du scooter, pour marquer son mépris à l’égard de cet empêcheur de vroomer en rond. Queues de poisson, frôlement périlleux, déboîtages inopinés... D’une manière générale, le cycliste semble être considéré comme une sorte de point fixe placé sur le bitume et qu’il convient de contourner, généralement par la droite, en mettant les gaz au moment où il s’y attend le moins. Le faire tomber n’est pas un but en soi, naturellement : le propriétaire de scooter ayant des chances d’être middle-manager dans une compagnie d’assurance, il ne saurait être le responsable d’une baisse de sa propre prime d’intéressement. Mais lui faire perdre l’équilibre quelques instants peut être amusant à observer dans le rétroviseur !

D’une certaine manière, toutefois, la prolifération des scooters en milieu urbain est une bonne chose pour les cyclistes dans mon genre, que leur expérience du comportement erratique des automobilistes et leur connaissance du bitume parisien amènent à un peu trop de désinvolture. Antilopes sans défense perdues dans la jungle de béton, nous avons besoin de savoir qu’il existe un prédateur sans foi ni loi, chassant par sport plutôt que par nécessité, capable de toutes les sournoiseries pour parvenir à ses fins, absolument inaccessible à la pitié ou à la fraternité, totalement concentré sur les cours de la bourse crachotés par BFM dans leur oreillette.

Et peut-être est-elle là, la justification sociale du scooter, aussi méchant soit-il ―  aussi stupide... Chacun sait qu’à l’intérieur d’un écosystème, le « nuisible » n’existe pas. Et que même le rat, même le scorpion, même le pou, occupent, d’une manière ou d’une autre, une niche écologique dont la disparition serait fatale à l’ensemble du milieu. Hum, dénicher un argument écologique pour défendre l’existence du scooter est sans doute un peu tiré par les cheveux, lorsque l’on sait que ces machines de conception primitive polluent deux fois plus que les autos qu’elles sont censées remplacer... N’empêche, je suis heureux de constater à quelle vitesse les scooters à trois roues sont en train de remplacer leurs cousins à deux roues : nous partageons peut-être le même biotope, mais certainement pas la même espèce.

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Je ne la voyais pas comme ça, la lutte des classes.

Ha, Paris, quel microcosme quand même. On se demande même si c'est vraiment situé en France... : remarquez, au fur et à mesure que le vote moyen des français s'éloigne de celui des parisiens, on se rend compte que la question est sans doute sans importance...

Tu sais qu'elle fait très "trotskiste attardé", ta notule? Je n'ai rien contre (enfin, tant qu'il ne s'agit pas de me faire fusiller moi-même par un peloton bolchévik comme le petit-bourgeois démocrate mou que je ne peux celer que je suis), mais ce n'est pas ton genre de beauté habituel. En tout cas, ça m'a bien fait marrer. :-)

Passant,
Lutte des classes ? C'est parce que les scooters doublent les vélos par la droite ?

Poil de lama,
Ravi que ça te plaise. D'autant plus que, si tout va bien, tu te taperas une relecture en bloc d'ici quelques mois.

C'est faux ; le cycliste urbain a au moins un ami : moi. Je n'ai guère de mérite, d'ailleurs, et infiniment moins que le conducteur d'autobus patientant dans son couloir que la voie soit libérée et qu'il puisse enfin doubler cette Vélibiste inexpérimentée en équilibre précaire.
Au guidon de ma, heu, 1000 cc, doubler un cycliste dans les règles ne présente jamais aucune difficulté, et je suis, sans restriction, si pas sans bémol dans la mesure où je souhaiterais le respect de l'égalité républicaine dans l'attribution des places de parkings, pour le développement du vélo en ville, tant ce qui rapproche tous les types de deux-roues, et notamment ce danger commun des automobiles comme des chaussées dégradées, est plus important que ce qui les distingue.

D'ailleurs, l'argumentaire anti-scooter de ce billet ne m'est pas inconnu, et recoupe exactement celui des motards que j'ai largement eu l'occasion d'exposer, notamment quelque part par là :
http://sociomotards.net
En effet, il s'agit d'une catégorie nouvelle et ignorante de tout espèce de règle en raison de cette nouveauté même. En effet, son développement est spectaculaire (http://www.moto-net.com/informations-67-Marche-moto-2008.html) n'est pas près de prendre fin, et était parfaitement prévisible, puisqu'il ne s'agit que d'une stratégie d'adaptation pour faire face aux obstacles dressés sur les routes par Denis Baupin. Je prends le pari qu'elle finira par se socialiser, et s'intégrer sans énormes difficultés.
Quant à l'histoire de la pollution, c'est une ineptie. D'abord, par ce qu'il n'existe pratiquement pas d'étude sur la question, celle de l'ADEME datant de 2005 (http://www2.ademe.fr/servlet/getBin?name=20C2476013DC4737D39CC2F7D678179A1142441047877.pdf) devant être remplacée par une étude plus à jour que, sauf erreur de ma part, on attend toujours. Ensuite, par ce que ce n'est la faute, ni des utilisateurs, ni des constructeurs si les normes anti-pollution concernant les deux-roues sont apparues plus tardivement que celles des automobiles. Enfin, parce, désormais, on confond toujours polluants et gaz à effet de serre : et sur ces scooters 125 tellement détestés, comme l'écrit l'ADEME, les rejets de dioxyde de carbone, c'est 85 g. J'attends avec impatience une voiture capable des mêmes performances.

Et sinon, la photo avec le MP3 de Versac, c'est une provocation de plus ?

Entièrement d'accord avec Denys, qui corrige cette diatribe corporatiste (qui ne manque pas de charme, certes) un peu de précisions plus réelles.

La réalité de la pratique du scooter (j'en suis un bon exemple, sauf que moi, c'est France Culture dans le casque, les rares fois où j'écoute quelque chose) est simple. Doubelemnt du nombre de deux-roues motorisés en cinq ans, sous l'effet de la stratégie de circulation parisienne. D'où une foule hétéroclite, mais dont on peut observer des constitutions de manières, de petits rites sociaux, et qui est très loin d'être homogène. Les livreurs et jeunes sur leurs 50cc sont d'ailleurs sans aucun doute les pires prédateurs de ce lumpenprolétariat que seraient les cyclistes...

Pour ma part, cycliste quand j'en ai le loisir (en été, quand je n'ai pas de rendez-vous, ...), me déplaçant en vélo le week-end, avec plaisir, en scooter quand je suis pressé, en belle caricature du cadre urbain, je tente effectivement de respecter mon confrère cycliste, et de profiter de ces petits moments de complicité, où, entre personnes qui ne sont pas entourées de cages de verre et d'acier, on peut échanger tranquillement, au feu rouge.

La ville n'est une jungle que pour ceux qui la voient ainsi...

Eh! bé mon cher Hugues !
Quelle leçon de morale de Versac !

A Montpellier, je suis scootriste !
Mais par chez nous, point de ce genre de luttes fratricides... la prolifération de l'hommo-bobohus ne s'est pas encore développée !

J'ai pratiqué la moto et la voiture à Paris, mais ce n'étais pas encore l'Irak, comme tu le décris avec tant d'humour !

Denys,
Ah, mais je ne mélangeais pas les torchons avec les serviettes (dont je parlerai d'ailleurs à une autre occasion dans cette série).

Quant aux torchons, je ne sais pas s'ils finiront par se socialiser un jour comme tu dis, mais je risque d'en avoir emplafonné un avant la fin de ce processus. Il m'arrive d'être sujet à des épisodes de bike-rage, le matin place de la République, lorsque l'un de ces sympathiques scooteristes me fait une queue de poisson au milieu du trafic et que je manque de me manger un bus.

Pour la pollution, les deux roues sont en retard d'une norme européennes sur les voitures et la raison est connue : il s'agissait jusqu'à présent d'un marché relativement marginal et il ne semblait pas indispensable de durcir les normes trop rapidement. Mais ça va changer. N'oublie pas que tu parles à un professionnel de la profession, tout de même !


Versac,
Tu roules en MP3 ? Ah, je ne savais pas ! Cela dit, j'ai volontairement ignoré les livreurs et les jeunes, qui ne sont pas exactement des nouveautés dans le paysage urbain, pour me concentrer sur ces néo-scooteristes dont j'ai de la peine à saisir les rites sociaux en formation et avec lesquels il ne m'arrive pas souvent d'être en complicité au feu rouge. Enfin, disons qu'il m'arrive de les y retrouver, à ce fameux feu rouge, et que ça n'est pas pour échanger paisiblement lorsque je viens de risquer ma peau par leur faute.

La ville est une jungle parce qu'il y a des gens qui en font une jungle, corrige l'antilope non-motorisée.

Ozenfant,
Bah, Montpellier, c'est déjà la campagne.

Pfffff !

Ce que je voulais dire, Hugues, c'est qu'un homme demeurant raisonnable, comme par exemple celui qui utilise un vélo est toujours le pauvre d'un autre, moins raisonnable, imbu de son importance, prompt à passer son stress sur celui qui fait le choix de rester à sa portée.

Il faut soit l'accepter pour soi-même, soit combattre, soit éveiller sa conscience de classe : ce que tu choisis de faire par idiosyncrétisme.

Ce n'est pas grave, Hugues, toi aussi, tu y viendras. Peut-être un solex électrique, pour commencer, puis quelque chose de plus puissant.

Et alors tu changeras de point de vue. car le pauvre, vois-tu, n'est pas condamné à l'être, ontologiquement, mais à évoluer vers la classe supérieure...
-
Plus sérieusement, ce qui me gène, c'est cette définition de classe, justement, et cette identification sociale. Le scooteriste, ça n'existe pas. C'est un homme qui utilise parfois ce mode de locomotion, parfois un autre. Comme moi, qui uilise plus mon scooter actuellement, parce que je n'ai pas trouvé de compromis aussi acceptable pour tenir mes deux rendez-vous quotidiens dans Paris.

-
Et aussi, effectivement, il y a des tas de nouveaux pratiquants du deux-roues motorisé. Plutôt que de jeter l'anathème sur leurs comportements, il faudrait comprendre comment réguler intelligemment ceux-ci, et protéger les faibles.

C'est un peu comme le web : une pratique évolue, en masse. Pensons régulation, plutôt que de dire "les blogueurs sont des cons", ou "les scooteristes sont des rapaces de la rue"...

versac, la dialectique n'est qu'une manière d'utiliser le langage pour parvenir à une fin parmi tant d'autres.

Un peu comme le corporate bullshit, mais en version historiquement révolutionnaire car à vocation mobilisatrice, désormais plutôt à des fins structurantes pour la société (canaliser les conflits dans une rhétorique creuse destinée à surtout bien éviter de poser les réelles questions) .

Passant,
Il est possible que tu sois en retard d'un métro (ce qui reste d’ailleurs dans la thématique « transport » du jour) : l'usage du vélo urbain n'est plus vraiment le marqueur social qu'il était jusqu’en 68 (à l'inverse du scooter, justement).


Versac,
Ah, moi j'étais dans l'analogie écosystémique mais tu sembles préférer la référence à l'évolution : le vélo serait donc destiné à devenir un Solex, lequel morpherait ensuite en scooter ? Et ça donne quoi ensuite, une voiture ? Mais là, j'ai déjà donné (je dois donc être en train de me néandertaliser) : http://hugues.blogs.com/commvat/2007/09/le-grand-saut.html

Il y a contresens : le mépris n'existe que dans l'oeil de celui qui s'estime au dessus de ceux qu'il méprise, et nullement dans l'esprit de ceux victimes de son mépris. Plus clairement dit : ce qui unit fait d'un groupe d'hommes une classe, c'est le mépris que leur voue indistinctement d'autres hommes, et pas quoi que ce soit de leur nature propre.

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