Rock'n'roll attitude
« La politique culturelle française est un mystère », estime Patti Smith. Bartabas pourrait-il lui expliquer comment ça marche ?
Je suis fan de Patti Smith. Enfin, disons que j'étais fan de Patti Smith et que la confiscation de tous mes vinyls par une ex, il y aura bientôt vingt ans, a contribué à faire disparaître la meilleure interprète de Gloria (G, L, O, R, I, A !) de mes écrans radars. Hé quoi, loin des yeux (et des oreilles), loin du cœur et je n'ai commencé à me réapproprier son œuvre que tout récemment ― Easter et Horses en tête.
Mais bon, fan un jour, fan toujours, comme le proclament les adorateurs de Claude François qui fleurissent infatigablement la tombe du grand électricien de la chansonnette. D’ailleurs, je ne dois pas être le seul quadra nostalgique à m’être réaccointé avec la grande prêtresse du rock, à qui Libération a confié la « rédaction en chef » de son édition du jour. Clairement, ce ne sont pas les post-ados ayant remplacé la vieille garde de la rue Béranger, d’un plan social à l’autre, qui auraient eu l’idée d’un tel hommage. Non, il devait bien rester, là dans un coin, un type aux cheveux gris suffisamment aware pour lui proposer une pige à l’occasion de son séjour parisien...
Ce qui est étrange, justement, c’est que le croulant, une fois l’invitation lancée, ait rendu le volant à la jeune génération, celle qui ne connaît ni Patti Smith (mais comment lui en vouloir quand la radio ne passe que du Vincent Delerm ou du Mickey 3D), ni le journalisme (là, on peut quand même lui en vouloir un peu). Car un authentique vieux renard se serait-il limité à lui demander de commenter, en autant d'insipides remarques ultra-consensuelles, « l’actualité du jour » ? N’aurait-il pas saisi cette opportunité de la faire parler de ce qu’elle connaît pour de bon ?
De fait, ce Libé est un numéro à peu près standard, parsemé d’encadrés via lesquels Patti Smith rappelle que l’euthanasie n’est pas un crime (page 3), que le racisme, c’est dégueulasse (page 6), que les Chinois déconnent au Tibet (page 10) et que la pauvreté, c’est terrible (page 16). Enfin, un numéro standard jusqu’aux pages du fond grâce auxquelles on découvre, insérée dans un papier sur la méchanceté du ministère de la Culture, cette réflexion de la plus rimbaldienne des rockeuses : « En tant qu’artiste punk-rock américaine, la politique culturelle française est un mystère. Je ne peux accepter d’argent d’un gouvernement... »
Ah, en voilà une formule qui décoiffe et sur laquelle le lecteur aurait aimé pouvoir rebondir. Mais non, cette phrase ne sera ni commentée, ni explicitée, ni mise en perspective, ni analysée. Les points de suspension étant de la rédaction, on peut pourtant présumer qu'elle a été prononcée dans le cadre de conversations avec les journalistes. Mais le lecteur en restera là, à ce concept iconoclaste d’une artiste refusant l’argent d’un gouvernement, quand ses homologues français balancent des chaises en travers de la gueule des fonctionnaires qui refusent de leur en donner davantage...
La politique culturelle de la France n’est pas si mystérieuse. Et la contribution d’un gouvernement à la survie d’un chanteur, d’un peintre ou d’un poète ne transforme pas nécessairement ces derniers en « artistes officiels », soviet-style. N’empêche, la confrontation des points de vue de Patti Smith, de la CGT des intermittents et de Bartabas aurait donné un peu plus de substance à ce numéro spécial. Bah, ça sera pour une prochaine fois, pour les soixante-dix ans de la rockeuse, peut-être...
© Commentaires & vaticinations
Savait-elle qu'en acceptant la proposition de Libé, elle acceptait les subventions certes habilement dissimulées en statut particulier de la presse de l'état français ?
Le lui a-t-on simplement dit ? Qui le lui expliquera ?
Rédigé par: Passant | mardi 25 mars 2008 at 18:56
Patty, c'est bien, la celle qui fume de la Horse et qui a chanté "Horses", ou bien ?
Quand à Libé, mon ex-copain Joffrin a t'il réussi à refaire ce que Serge July a essayé de défaire pendant des décades ?
Rédigé par: Ozenfant | mardi 25 mars 2008 at 19:34
C'est à Hugues que doit revenir la direction de la rédaction de Libération !
Rédigé par: Fish&Chips masqué | mardi 25 mars 2008 at 20:00
Fan serait exagéré, mais j'ai aussi apprécié la dame, naguère. Est-ce moi qui ai vieilli (ou bien elle) ? Toujours est-il que nous ne sommes plus guère en phase.
Le point de vue qu'elle exprime est très caricatural et assez (auto)satisfaisant. La politique culturelle des USA est loin d'être aussi "state free" que ce qu'on en dit généralement. L'Amérique fourmille de bourses, de plans et d'aides en tous genres, que ce soit au niveau étatique ou fédéral.
Et d'ailleurs, je ne suis pas sûr que le marché soit seul en mesure de distinguer le meilleur de la production artistique d'une époque. Il y a beau temps que les cordons de la bourse ne sont plus tenus par des Medici…
Rédigé par: Antoine Block | mercredi 26 mars 2008 at 02:52
Ce numéro soit disant consacré à Patti Smith était sans intérêt. Libé n'arrête pas de faire des "coups" comme le libé des écrivains ou des étudiants mais je ne vois pas ce que ça apporte au lecteur qui cherche les articles d'un journal quotidien bien fait.
Rédigé par: Paul | mercredi 26 mars 2008 at 08:56
à l'évidence, c'est mon avis, ça n'apporte rien au lecteur. mais ça peut apporter des lecteurs à Libé. au moins, un temps. c'est qu'ensuite il faut multiplier les coups.
le mieux serait de faire un vrai bon journal.
Rédigé par: David | mercredi 26 mars 2008 at 11:43
Passant,
Bonne question. Tiens, je suis sûr qu'elle a dit quelque chose à ce sujet mais que sa réponse a été probablement été impitoyablement censurée parce que trop déviationniste.
Fish&chips,
Ah non ! l'info est sur com-vat, désormais.
Antoine Block,
Souviens-toi que tu n'es désormais plus manichéen. Evidemment qu'il y a des subventions aux Etats-Unis. Et Patti Smith en sait quelque chose compte tenu des polémiques sur les expos financées sur fonds publics de son copain Mapplethorpe. Mais je ne pense pas que l'on puisse comparer le niveau de l'investissement d'Etat dans les arts dans les deux pays. Et si je suis moi-même partisan d'une présence importante des fonds publics dans la création, elle pose une question très intéressante au plan philosophique que ni Bartabas ni la CGT ne sont capables de poser.
Paul,
Oui, ce numéro est un coup, mais je ne le mettrais pas sur le même plan que le Libé des écrivains et celui des étudiants, numéros dans lesquels il s'est tout de même dit des choses intéressantes. Et pour Patti Smith, il aurait mieux valu luis consacrer quatre ou cinq vraies pages plutôt que cette mascarade marketing.
David,
Apporter des lecteurs à Libé ? C'est du très court terme alors... Le gars venu exceptionnellement parce que c'était un numéro Patti Smith risque d'être reparti bien déçu.
Rédigé par: Hugues | mercredi 26 mars 2008 at 14:12
hugues, oui, la politique des coups ne vise que le très court terme.
j'ai trouvé le libé des écrivains relativement intéressant ; celui des étudiants insignifiant.
Rédigé par: David | mercredi 26 mars 2008 at 14:17
Puisque vous parlez de Patty, pourquoi ne pas parler de -Sir Mick Jagger- ?
"Carla Bruni étant certainement le personnage le plus bigarré à visiter l’Angleterre en visite officielle ! Elle est la plus habituée à rencontrer les "Riches et célèbres" étant la fille d’un industriel Italien et d’une chanteuse d’opéra et elle est sortie avec au moins un des pairs du Royaume -Sir Mick Jagger- avec qui elle fit un bout de chemin, il y a longtemps"
Est-ce que ça peut "coller" entre Gordon Brown et Nicolas Sarkozy ? Carla et Sarah ont elles quoi que ce soit en commun ? Et la Reine... que va t’elle penser des N° 1 français ?
http://blog-ccc.typepad.fr/blog_ccc/2008/03/est-ce-que-a-pe.html#comments
Rédigé par: Ozenfant | mercredi 26 mars 2008 at 14:46
J'ai toujours pensé que c'était un transexuel, non ? Elle ressemble à Glucksman, à moins que ce ne soit l'inverse.
Rédigé par: sk†ns | jeudi 27 mars 2008 at 10:15
sk†ns,
C'est vrai qu'elle ressemble à Glucksmann. Mai un peu comme Philippe Sollers ressemble à Hervé Bazin : c'est une histoire de coupe de cheveux.
Du coup, nous, si on devient célèbres, on va nous comparer à Alain Juppé. Est-ce qu'on y gagne au change ?
Rédigé par: Hugues | jeudi 27 mars 2008 at 12:32
tout ce qu'a dit patti smith me semble formidable, la façon dont elle parle de la guerre en Irak, "le coût émmotionnel",comme elle le rappelle, "comme après le vietnam, qui est la guerre de mon époque, rien n'a été préparé en amont pour aider les vétérans, financièrement et médicalement. incalculable, cest en fait le mot qu'il faut mettre sur ce désastre."
je tiens à ces mots, ils me touchent, mon père est mort à l'âge de 49 ans des suites d'une autre guerre...
ne me dîtes pas que je joue sur l'émmotionnel ce soir!
si vous pouvez me le dire après tout!
ps: à écouter RADIO ETHIOPIA de patti smith group chez pathe marconi 1976
Rédigé par: maria | vendredi 28 mars 2008 at 20:52