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lundi 28 avril 2008

Euh…

J'ai généralement un avis sur tout. C'est même ma marque de fabrique. Le dernier livre de Guillemette Faure me plonge pourtant dans la perplexité.

Bb Ce qu'il y a d’agaçant, avec le bouquin de Guillemette Faure sur les nanas qui cherchent à faire un bébé en solo, c'est qu'il finit par répondre à toutes les remarques que le lecteur se fait à lui-même à la lecture d’un chapitre dès le suivant : c’est son côté exhaustif. Ce qu’il y a de déconcertant, avec le bouquin de cette journaliste de Rue89 spécialisée dans la politique américaine et les sujets rigolos (comment ça, c’est la même chose ?), c’est qu’on le referme sans vraiment savoir ce qu’on pense de la question qu'il pose en titre : c’est son côté « démerdez-vous ! ».

J’avoue ne jamais m’être intéressé à ces histoires d’inséminations artificielles, de banques du sperme ou de fécondations in vitro au-delà de leur dimension technique. Tout amateur de science-fiction qui se respecte se tient forcément au courant de la vitesse à laquelle nous nous rapprochons du Meilleur des mondes. D’un autre côté, tout fils de sage-femme spécialisée dans le suivi des grossesses pathologiques se doit également de participer, de temps à autre, à d’édifiantes conversations sur la durée de conservation des paillettes et la fréquence des naissances multiples chez les adeptes de la procréation assistée.

D'ailleurs, pour la technique, avec Guillemette, on est servi. On apprend tout des procédures permettant à une célibataire occidentale du début du troisième millénaire d’avoir un bébé sans homme : c’est compliqué, coûteux et en plus ça ne marche pas à tous les coups. On apprend aussi à quel point la France est en décalage avec de nombreux pays en ce qui concerne l’accès aux soins par les femmes seules, nos comités d’éthique traditionnels, ceux qui postulent que le cannabis et l’euthanasie sont les premières étapes vers l’apocalypse, ne s’occupant que des couples comme-il-faut.

Mais pour l’interrogation existentielle, on n’est pas déçu non plus. Parce qu’elle a choisi de vous raconter son propre parcours de mère potentielle tout au long d’une vraie enquête pleine de statistiques et de témoignages de médecins amateurs de sculpture figurative, on en vient à se demander comment on se serait comporté si les hasards de sa propre existence n’avaient pas rendu la paternité si facile. Et l’on ressent bien à quel point ce qui apparaît comme une évidence  (on fait le zouave quelques années, on rencontre quelqu’un « pour de bon », on fait des gosses, on se plaint des emmerdes qu’ils occasionnent), n’en est pas une pour tout le monde.

Le livre de Guillemette Faure ― même très marrant, même très documenté ― est pourtant comme la fameuse plus belle fille du monde, vous savez, celle qui ne peut donner que ce qu’elle a. Il ne vous permet pas de décider si, oui ou non, il sera confortable pour un gosse d’être le rejeton du donneur n° 315, tout comme une tripotée d’autres gamins de par le monde compte tenu de la popularité de cet athlétique étudiant en maths aux yeux bleus. Il ne vous dit pas non plus s’il est raisonnable de se gaver d’engrais hormonaux pour stimuler une fertilité défaillante. Il ne vous dit pas, enfin, s’il est légitime, ou moral, ou même « normal » de chercher à avoir un bébé coûte que coûte quand on est une femme seule et qu’on a laissé tourner son horloge biologique trop longtemps. Il raconte juste que, dans la vie, il y a des questions compliquées auxquelles personne ne saurait apporter de réponse définitive. Mais clairement, poser les bonnes questions, comme on dit dans la Haggadah de Pessah, c’est déjà pas si mal.   

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lundi 14 avril 2008

Histoires de vieux

Bloc-notes gérontophile de début de semaine. Leonard Cohen, Pilote, Le Monde : piliers précaires.

Leonard_cohen Le 28 mars dernier, un entrefilet dans Le Monde m'apprend que Leonard Cohen entame une tournée en Europe. Plusieurs concerts sont prévus en France et je me dis que, ce coup-ci, d'une manière ou d'une autre, je vais enfin réussir à entendre le vieux prêcheur en direct live. C'est qu’il ne nous fait pas souvent l'honneur d’une visite, le Leonard : installé, crois-je savoir, dans un monastère bouddhiste de la côte Ouest, il préfère méditer en pelant des pommes de terre plutôt que parcourir le monde guitare à l’épaule.

Mais, trahi par sa femme de confiance, celle à laquelle il avait confié la gestion de sa (relativement) modeste fortune, il est bien forcé de reprendre temporairement le collier s’il veut continuer à faire venir ses costumes oranges de Lhassa par Federal Express. Moi, insensible à ses mésaventures financières, je m’en frotte figurativement les mains (a-t-on jamais vu quelqu’un se frotter réellement les mains dans ce genre de situation ?). Enfin, j’arrête vite de me les frotter, ces paluches allégoriques, lorsque je me rends compte que toutes les dates sont déjà sold out ! Oui, toutes. Et pas seulement les dates françaises mais également les dates anglaises, irlandaises, danoises, norvégiennes, belges, portugaises, etc. auxquelles j'aurais pu assister par défaut.

Je n’ai jamais compris comme faisaient « les autres » pour se rancarder aussi précocement. Les salles ne seront-elles remplies que de fans obsessionnels, auxquels aucun des faits et gestes du québécois mystique n’échappe ? Et les fans amateurs dans mon genre sont-ils forcément tricards à ce genre d’événement ? En tout cas, et même si je ne veux surtout pas lui porter la poisse, sa tournée 2008 pourrait bien être la dernière : à 74 ans, surtout lorsque l’on verse dans le contemplatif, on a peut être de bonnes raisons d’éviter le hustle and bustle des périples en autocar.

Bah, il me reste les disques. Même si le débit neurasthénique de ce rabbin zen et crypto-chrétien a tendance à agacer mon entourage et s’il me faut attendre que la maison soit vide pour me faire un petit coup de Songs… Il me reste les disques, donc, mais j’aurais tout de même bien aimé l’entendre en vrai, ce bon Leonard parce que, franchement, that’s no way to say goodbye

*

Je n’irai peut-être pas écouter Leonard Cohen cet été à Fourvière ou à Manchester, mais je me suis tout de même débrouillé pour ne pas me faire couillonner pour la sortie de ce nouveau numéro spécial de Pilote. Mon kiosquier était encore en train de déballer sa marchandise lorsque je me suis pointé pour exiger mon exemplaire du magazine qui « s’amusait à réfléchir quand j’étais gosse.

Ça ne dira pas grand-chose aux jeunots qui fréquentent ces pages (z’avez pas autre chose à faire, les gars, une manif anti-Darcos, une extinction de flamme olympique ?), mais le journal de René Goscinny a probablement été aussi important dans le processus de formation intellectuelle des gens ma génération que l’élaboration du programme d’union de la gauche ou la crise des euromissiles.

Comme d’hab’ dans ce genre d’opération, le chercheur de saudade est toujours un peu déçu : ce numéro a beau être un hommage à Mai-68, ça reste un numéro de 2008. Mais bon, il y a un édito de Gotlib (et plusieurs pages de Rubrique-à-brac), il y a du Mandryka, du Dionnet, du Gir/Moebius, du Cestac, du Montellier, du Goetzinger, du Lauzier, du Veyron, du Druillet, etc.

Et tiens, vous n’avez même pas besoin de vous presser pour vous le procurer : au contraire d’une tournée de Leonard, Dargaud peut toujours faire des retirages si la première fournée s’envole trop rapidement.

*

Aujourd’hui, Pilote est en kiosque mais pas Le Monde… Ça fait drôle. J’essaye d’ailleurs de me figurer un monde sans Monde : effrayant. Je lis ce journal depuis tant d’années que la perspective de sa disparition m’inspire la même horreur qu’une possible transformation du Louchebem en restaurant végétarien.

Je n’étais pas dans le secret des dieux, je n’en connais pas les détails concrets, mais j’ai toujours été favorable à la stratégie colombanienne de diversification et de constitution d’un groupe de presse autour du quotidien. Manifestement, il y a un bug et l’annonce d’un plan social majeur (130 départs) donne une idée de l’ampleur de la crise. D’autant plus qu’après avoir cédé ses titres régionaux, la holding prépare la vente de Fleurus, des éditions de l’Etoile et des librairies La Procure... Clairement, il ne restera plus grand-chose à bazarder si cette crise n’est pas la dernière.

Je suis quand même assez ambivalent face à la grève et la non-parution. 130 licenciements, ça ne peut évidemment pas passer comme une vulgaire faute d’accord dans un billet de Robert Solé. Mais j’ai du mal à me figurer en quoi cette extinction des claviers fait émerger une quelconque alternative au remède de cheval proposé par Eric Fottorino. Ah, si seulement l’imagination était restée au pouvoir…

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vendredi 11 avril 2008

Instants mégalos

Maintenant que je suis un grand écrivain, tout ce que je raconte prend une dimension nouvelle. Mais je ne suis pas comme Marion Cotillard : j'assume.

Mgalo Après mûre réflexion, j'ai pris la décision de ne pas me rendre à Pékin pour la cérémonie d'ouverture. Oh, je ne boycotte pas les Jeux pour autant et je participerai évidemment aux épreuves dans lesquelles j'ai de bonnes chances de médailles (j'ai le sens des responsabilités).

Mais je préfère éviter de servir de caution morale au régime chinois en acceptant d’être assis à côté de Nicolas Sarkozy et de Hu Jintao pendant que des majorettes gavées d'amphétamines feront virevolter leurs bâtons de bambou sur la pelouse du stade. D’ailleurs, ni Georges, ni Ban, ni Angela, ni Gordon ne seront là et on risque de s’ennuyer ferme.

Bon, je suis conscient des risques que je fais courir aux salariés d’Airbus, d’Alstom et d’Areva en prenant cette initiative. Mais on n’a rien sans rien et comment pourrais-je me regarder à nouveau dans une glace si je ne mets pas ma notoriété toute fraîche au service d’une grande cause ? Finalement, je n’ai jamais aussi bien compris la nature de l’engagement du chanteur Cali que depuis que je suis célèbre.

Notez tout de même que je reste ouvert à d’autres stratégies… Tiens, si les supporters du PSG acceptent d’aller à Pékin avec moi pour déployer une banderole qualifiant le Comité Central du Parti Communiste Chinois de « Pédophiles consanguins et chômeurs » dans les gradins de la tribune officielle, je veux bien reconsidérer ma position.

*

J’avais suggéré à Laurent Joffrin… Enfin disons que j’avais suggéré à un autre Laurent qui, à son tour, devait le suggérer à Laurent Joffrin mais ne s’est jamais acquitté de cette tâche sous prétexte qu’il avait piscine ce jour-là, de rendre Libération gratuit et de le tirer à 500 000 exemplaires financés par la pub…

Ben c’est fait. Libé de ce vendredi est gratuit, tiré à un demi-million d’ex. et financé par la pub. Mais attention, c’est juste pour un jour. Dès demain, il redevient un fanzine diffusé à 120 000 ex. payants, sans pub et déficitaire.

Tss… C’est à vous dégoûter d’avoir de l’imagination. Allez, bon week end !

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mardi 01 avril 2008

11-Septembre : Al-Qaeda s'insurge contre la désinformation conspirationniste

Même animés des meilleures intentions, les conspirationnistes agacent Al-Qaeda. Ils feraient bien de se méfier...

Conspiracy2 Thierry Meyssan, c'était déjà agaçant ; Loose change, c'était carrément crispant ; avec Marion Cotillard, la coupe est pleine ! Al-Qaeda vient d'initier une campagne de relations publiques d'envergure mondiale visant à mettre un terme aux élucubrations des conspirationnistes, lesquels tendent, pour toute leur bonne volonté, à saper les efforts et l’engagement de l’organisation.

Dans une interview accordée à la chaîne américaine ONN, Omar Al-Farouq, homologue de David Martinon auprès d’Oussama Ben Laden, s’est d’ailleurs élevé contre la parution d’un nouveau livre affirmant que la destruction du World Trade Center était l’œuvre du gouvernement américain plutôt que celle des collaborateurs de « la base » (The Truth about September 11th, William Gerard).

« Nous avons fait s’écraser un énorme avion dans un immeuble, s’est vivement indigné Al-Farouq en entendant l’auteur du livre assurer que les tours s’étaient écroulées après l’explosion d’une bombe thermique. Et je pense qu’il est évident que c’est ce qui a causé son effondrement ! » Rappelant qu’il avait lui-même travaillé sur ce projet, Al-Farouq a précisé qu’une bombe thermique, justement, n’aurait pas été aussi efficace.

Clairement, les assertions des opposants au président Bush représentent une menace pour le recrutement de candidats à de telles opérations suicides, normalement considérées comme extrêmement prestigieuses : « Vous passez deux mois dans une caverne à dormir sur des cailloux pendant que vous planifiez quelque chose de vraiment spécial et c'est quelqu’un d’autre qui va s'en prévaloir ! »

Exhibant la facture des leçons de pilotage prises par les « martyrs » du 11-Septembre, le porte-parole d’Al-Qaeda a réfuté point par point les assertions de William Gerard, acceptant de reconnaître que l'administration Bush est effectivement « un repaire de chacals », mais refusant de lui concéder la moindre contribution à cette opération majeure.


jeudi 27 mars 2008

Ententes cordiales

Hier, c'était la journée de l'amitié, de la politesse et de la bonne volonté. Témoignages.

Politesse_3 A force de se focaliser sur la capacité de Nicolas Sarkozy à poursuivre ses efforts de déraybanisation, on en oublie d'être attentif à ce qu'il raconte. Hier à Londres, il ne s'est pas roulé sous la table, n'a pas mis la main aux fesses de la reine et n'a pas glissé une petite cuillère en argent dans la poche de son smoking sous l’objectif des caméras de la BBC. D’ailleurs, même le Sun lui en sait gré.

Il n’a rien fait de tout ça, mais il a prononcé un discours avec lequel l’anglophile en moi serait bien en peine d’être en désaccord : la France et la Grande-Bretagne, jumelles dizygotes, sont aussi nécessaires à la promotion l’une de l’autre qu’un Guillaume le Conquérant à un Harold II ou une Jeanne d’Arc à un évêque Cauchon. « Ensemble tout devient possible », a donc rappelé l’hyperprésident aux parlementaires britanniques rassemblés en congrès. « Très juste Auguste ! » a approuvé Gordon Brown dans Le Monde.

A l’heure où Jaguar et Land Rover passent sous pavillon indien, le splendide isolement confinerait effectivement à l’autisme. Come on, Gordon, qu’est-ce qu’on attend pour être euros ?

*

Je ne voudrais pas faire replonger un débat qui s’élève enfin, mais je note que la belle Carla s’est fendue d’une révérence en rencontrant la reine. J’imagine que les p’tits gars du protocole avaient briefé notre nouvelle Jacky sur les us et coutumes des voisins du dessus : « Si Nicolas parvient à se tenir à peu près correctement, autant ne pas faire les choses à moitié ».

Hum, faut voir... D’abord, la révérence (« curtsey ») n’est pas réellement obligatoire. Tout le monde ne la pratique pas et la vieille Elizabeth herself n’y est pas spécialement attachée. Choisir un moment pareil pour être plus royaliste que la reine semble donc assez dérisoire.

Mais c’est sans doute une affaire d’appréciation personnelle. Mon épouse, britannique, a appris à l’école comment s’incliner devant un monarque. Désormais détentrice d’un passeport tricolore, elle s’est suffisamment républicanisée pour refuser l’idée d’une courbette face à la puissance héréditaire. Sa sœur, installée en Espagne juan carliste, en tient elle pour le respect de la tradition.

Tout de même, il ne faudrait pas que la transformation du bambocheur de l’Elysée en véritable homme d'Etat ne l’entraîne trop avant dans l’amour de la chose monarchique. Comme dirait Laurent Joffrin, ça pourrait donner des idées au fiston...

*

Moi, tout sourire, au barman à catogan derrière son comptoir :
Bonjour, une pression s’il vous plait !
Lui, le visage fermé :
Ah ouais ? Ben ça f’ra trois euros cinquante !
Moi, interloqué :
Vous êtes toujours aussi aimable avec les clients ?
Lui, l’air du type qui a appris son métier dans un guide touristique anglo-saxon sur les mauvaises manières des serveurs parisiens :
Non, là, j’suis aimable. Si je l’étais pas, vous vous en rendriez compte.

Bienvenue au Pavillon Baltard, pour la 72eme édition de la République des blogs !

A part ça, Denys, Charles, Emmanuel, Samuel, Gilles, Jules et Marie-Annick avaient l’air d’aller bien.

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vendredi 14 mars 2008

Cyclothymie de fin semaine

Bloc-notes maniaco-dépressif : du pas très rigolo, du carrément triste, puis du gai.

Streetpiano Hum, pas très efficace, ce boycott du Salon du Livre. J'ai mis une plombe à me glisser dans le grand hall du parc des expositions de la porte de Versailles tellement la foule était dense, hier soir, pour l'inauguration officielle. Il y avait bien quelques manifestants exigeant d’Amos Oz et de David Grossman qu'ils autorisent le retour des réfugiés de 1948 et ferment les colonies cisjordaniennes, mais ils avaient du mal à se faire entendre, entre la pluie battante et la circulation des tramways sur les boulevards des Maréchaux.

Je suis tout de même allé tailler une bavette avec l’un des porteurs de bannière, lequel avait du mal à saisir que l’on puisse être, tout à la fois, solidaire de la cause palestinienne, attaché à l’existence d’Israël et convaincu de l’intérêt du passage d’écrivains et de penseurs israéliens par Paris.

Lire la suite "Cyclothymie de fin semaine" »

mardi 26 février 2008

Je ne suis pas un numéro !

Prisoner_2 Ce blog risque de rester, une fois encore, muet pendant quelques jours. L'auteur est en effet retenu contre sa volonté dans une version normande du village du Prisonnier.

Il a toutefois pu nous informer de sa terrible situation depuis le cyber café de Verneuil-sur-Avre, avant d'être récupéré par une sorte de sphère blanche et gélatineuse... Qu'on se le dise, cette première tentative d'évasion à vélo, mal préparée, ne sera pas la dernière. Bonjour chez vous !

mercredi 20 février 2008

Sociologie potagère

Le bobo voltairien cultivait son jardin pour construire le meilleur des mondes. Il suffit à son descendant de s'inscrire à un AMAP. C'est moins fatigant. C'est le progrès.

ArcimboldoLes avis divergent sur la définition du « bobo ». Et la chanson de Renaud censée le mettre en fiche ajouterait plutôt à la confusion : rouler en 4x4 et faire du vélo en même temps, c'est peut-être tendance mais ça n'est pas très pratique.

J'ai récemment pris conscience, pour autant, d'être moi-même assez avancé dans le processus de métamorphose d’un urbain standard en bobo de compétition. Voyons voir : j’habite à un jet de pierre de la rue Oberkampf, Champs-Elysées du boboland parisien ; je n’ai plus de voiture ; je travaille dans les médias ; je circule à vélo ; je ne fume plus de cigarettes ; je fais de la course à pied ; j’empêche mes enfants de s’abrutir devant la télé ; je ne me formalise pas de l’importance qu’est en train de prendre le tai-chi dans l’existence de mon épouse, laquelle travaille par ailleurs pour une organisation humanitaire ; je soutiens la réélection de Delanoë à la mairie de Paris ; j’écoute de la musique ethnique à l’occasion ; je trie mes déchets avec circonspection ; je remplace progressivement mes ampoules à filament par des ampoules à basse consommation ; je me suis acheté des sandales pour l’été (je n’ose pas les porter, mais tout de même) et j’aime le centre-Bretagne...

Mais l’énumération de ces états de service suffirait-elle à l’établissement d’une carte de membre, si les bobos se piquaient de former un club ? Pas si sûr. A Bordeaux, Juppé s’est également mis au vélo ; faubourg-Saint-Honoré, Sarkozy fait son jogging ;  parc Monceau, même Panafieu s’est lancée dans le tri sélectif. Et si ces trois-là sont des bobos, où-va-t-on ?

Non, le bobo, le vrai, le tatoué, ne saurait se définir de façon aussi générique. Les différentes pratiques évoquées plus haut sont peut-être la marque d’une tendance au boboïsme, mais elles manquent de ce caractère intimement impliquant qui fonde les engagements authentiques. D’où la fierté de mon foyer de ne plus se nourrir que de produits écologiquement et socialement corrects. Attention, pas pour nous, ces machins hâtivement labélisés « bios » ou « équitables » au prétexte qu’ils n’ont pas été saturés de Round-Up et qu’aucun péon n’a été cruellement exploité au cours de leur élaboration ! Les aliments dont je parle doivent, pour me permettre de prétendre au titre de superbobo, avoir été cultivés à moins de 150 kilomètres de mon domicile, être « de saison » et n’avoir subi aucun traitement artificiel. Ils doivent encore, même si ce n’est écrit nulle part, m’être livrés par une bénévole en bonnet péruvien dans un local associatif tapissé d’affiches progressistes.

Une fois par semaine, nous nous rendons donc, mon épouse et moi-même, dans ce petit bâtiment lépreux du onzième arrondissement où, en compagnie d’autres électeurs socialistes non-fumeurs travaillant dans la communication et l'humanitaire, nous remplissons nos paniers de fruits et de légumes encore maculés de terre seine-et-marnaise. C’est qu’à défaut d’être membre du club des bobos, nous sommes officiellement inscrits à une AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) et que nous nous sommes engagés à acheter (à plusieurs) l’intégralité de la production d’un petit fermier du Provinois.

Ca revient plus cher que les boutiques bios les plus ridiculement dispendieuses, c’est certain, mais les avantages sont nombreux. D’abord, nos fruits et légumes sont incontestablement meilleurs que les vôtres. Ensuite, nous n’avons plus aucun mal à nous empiffrer quotidiennement des cinq variétés potagères sans lesquelles l’homme moderne risque de se transformer en un Américain du Midwest. Mais surtout, nous avons le sentiment, en sortant notre chéquier de la Bouton & Kerviel Ltd, de transformer une séance de shopping en acte militant. Enfin, disons que mes co-bobos ont ce sentiment, entassant pensivement leurs carottes sous un poster de RESF. En ce qui me concerne, j’ai surtout l’impression d’acheter des fruits et des légumes de bonne qualité, certes, mais un poil surévalués pour de la vente directe. Bah, j’imagine que j’y trouve moi aussi mon compte (philosophique), l’injonction voltairienne de cultiver son jardin étant avantageusement remplacée par cette corvée hebdomadaire. Cela-dit, s'ils se mettaient à prendre les commandes sur Internet et à livrer à domicile, je ne m'en plaindrais guère...

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mardi 12 février 2008

Risk management

Aujourd'hui, bloc-notes plein de risque : « credit crunch » à la française, déçus du sarkozysme, charia à l'anglaise...

Kerviel_2 Comme prévu, l'affaire des subprimes ― qui n'est pas une crise des prêts à risque mais bien la conséquence de leur titrisation anarchique ― est en train de peser sur le marché français du crédit immobilier. Oh, pas au sens où des centaines de milliers de ménages seront jetés sur le pavé faute de pouvoir rembourser des échéances dopées par la hausse des taux : ces choses-là n’existent pas chez nous, réglementation du taux de l’usure et prêts capés obligent. Non : plutôt au sens d’un retour de nos banques à leurs habitudes frileuses.

Parce qu’ils se sont salement brûlé les ailes ― et continueront d’ailleurs de le faire avec la touchante naïveté d’un joueur de bonneteau ― sur leurs activités d’investissement, la Société Générale, le Crédit Agricole ou la BNP ont décidé de punir la clientèle de détail. Vous souhaitez acheter une maison ou un appartement mais vous n’êtes ni fonctionnaire, ni détenteur d’un apport personnel égal à 30% de la valeur du bien, ni capable de rembourser le capital en quinze ans ? Passez votre chemin. Le risque est trop élevé.

Il est vrai que confier 50 milliards d’euros sur dix-huit mois à un Jérôme Kerviel est prudentiellement plus raisonnable que de prêter 200 000 euros sur vingt-cinq ans à un Jean Dupont... Entre un contrat sur le DAX et un deux pièces à Montreuil, il faut savoir, hum, « arbitrager ».

*

Ce qui est amusant, avec les sondages, c’est qu’ils font émerger l’intéressante espèce des « déçus du sarkozysme », ces personnes qui, ayant voté pour l’hyperprésident, le découvrent soudainement inefficace, pusillanime, esbroufeur et manipulateur...

Si j’étais banquier, je refuserais de consentir un prêt immobilier à un déçu du sarkozysme, même fonctionnaire et doté d’un important apport personnel. Le risque est trop élevé.

*

Un qui a pris un vrai risque, c’est Rowan Williams, archevêque de Canterbury et, à ce titre, directeur de conscience d’une trentaine de millions d’anglicans. Après avoir prôné la possibilité, pour les musulmans britanniques, de s’organiser juridiquement sur les bases de la charia, le voici qui fait maladroitement machine arrière, assurant s’être mal exprimé tout en maintenant ses propos.

Espérons que notre propre commandeur des croyants, celui pour lequel seules l’espérance et la transcendance donnent du sens à la démocratie, ne sera pas séduit par la logique du prélat : « certains musulmans ne s’identifiant pas au système légal britannique », la mise en place de tribunaux confessionnels compétents pour les affaires de mariage, de divorce, d’héritage ou de relations commerciales améliorerait la cohésion sociale.

Sarkozy, tu es gentil, la loi de 1905, tu évites d’y toucher. C’est trop risqué.

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lundi 11 février 2008

Sécurité aérienne

La bataille pour la représentativité syndicale est déjà engagée dans les aéroports : il va falloir regarder où l'on met les pieds.

Annul_2 C'est beau Orly, un jour de grève. Les files de voyageurs excédés s'allongent sous des panneaux d'information en berne ; les rumeurs se propagent d'un comptoir d'enregistrement à l'autre, provoquant la transhumance rageuse d'un pack de cadres en complet-vestons ; les employés d'aéroport disparaissent des terminaux, faute de renseignements concrets à fournir ; les détritus s'accumulent ça et là en petits tas napolitains... Le bordel à l’état pur.

C'est curieux, d'ailleurs, cette propension des détritus à s'amonceler même lorsque la catégorie du personnel en colère n’est pas chargée de leur ramassage. Que les aiguilleurs du ciel cessent d’aiguiller, là-haut dans leur tour vitrée et, bing, le terminal Ouest se met à ressembler à un dépotoir à papiers gras. Que les hôtesses d’Air France exigent une revalorisation de leur salaire et, paf, les canettes de bières roulent sous les pas de touristes traînant leurs valises à roulettes en quête d’un peu d’espoir terminal Sud. Ca doit être une question d’empathie, de solidarité systémique : des vols sont supprimés ? Ok, les toilettes ne seront plus nettoyées !

Le motif de la grève, souvent, reste obscur : affaire technique à laquelle nous ne comprendrions rien même si on nous l’expliquait lentement. Et ce n’est pas l’intervention d’un délégué CGT que les radios diffusent en boucle qui nous permettra d’en apprendre davantage. Voyons voir : ce coup-ci, la Direction Générale de l’Aviation Civile va déplacer provisoirement certains aiguilleurs de Roissy à Orly ― à moins que ce ne soit le contraire ― et, n’en doutez pas, la sécurité des voyageurs est menacée. Enfin, ça c’est qu’affirme le cégétiste sur France Info sans que le porteur de micro qui l’interroge ne songe à lui demander en quoi ce regroupement est susceptible de faire se crasher un Boeing. Bah, c’est probablement trop compliqué, trop technique, on n’y comprendrait rien.

On finit tout de même par saisir qu’à terme, tous les aiguilleurs aiguilleront ensemble depuis un troisième site, du côté d’Athis-Mons, et que là, les syndicats seront d’accord, que nous serons enfin certains d’atterrir sans encombre... Mais ce regroupement temporaire, no way ! Les autorités cherchent manifestement à provoquer la mort de milliers de passagers et la CGT veille au grain. Elle nous protège, nous, les pousseurs de chariots à bagages inconscients. Et même ce PDG sarkozyste en partance pour Toulouse ou Bordeaux, cet ingrat en colère, elle le protège malgré lui : « Tu fais la gueule parce que tu vas louper ton avion ? Tu protestes contre cette nouvelle "prise d’otages"  ? Malheureux, c’est de ta vie qu’il s’agit ! De ta vie, comprends-tu ? »

Mais la journée avance et le type de France Info s'est enfin rancardé. La grève, semble-t-il, n’a pas grand-chose à voir avec la sécurité. Du moins avec la nôtre : si la DGAC regroupe ses « centres d’approche » d’Orly et de Roissy, la CGT perdra sa majorité syndicale, ni plus ni moins. A Athis-Mons, en revanche, elle a fait les comptes et ça devrait passer... Tout de même, je me demande qui vide les poubelles, à Athis-Mons.

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