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jeudi 27 mars 2008

Ententes cordiales

Hier, c'était la journée de l'amitié, de la politesse et de la bonne volonté. Témoignages.

Politesse_3 A force de se focaliser sur la capacité de Nicolas Sarkozy à poursuivre ses efforts de déraybanisation, on en oublie d'être attentif à ce qu'il raconte. Hier à Londres, il ne s'est pas roulé sous la table, n'a pas mis la main aux fesses de la reine et n'a pas glissé une petite cuillère en argent dans la poche de son smoking sous l’objectif des caméras de la BBC. D’ailleurs, même le Sun lui en sait gré.

Il n’a rien fait de tout ça, mais il a prononcé un discours avec lequel l’anglophile en moi serait bien en peine d’être en désaccord : la France et la Grande-Bretagne, jumelles dizygotes, sont aussi nécessaires à la promotion l’une de l’autre qu’un Guillaume le Conquérant à un Harold II ou une Jeanne d’Arc à un évêque Cauchon. « Ensemble tout devient possible », a donc rappelé l’hyperprésident aux parlementaires britanniques rassemblés en congrès. « Très juste Auguste ! » a approuvé Gordon Brown dans Le Monde.

A l’heure où Jaguar et Land Rover passent sous pavillon indien, le splendide isolement confinerait effectivement à l’autisme. Come on, Gordon, qu’est-ce qu’on attend pour être euros ?

*

Je ne voudrais pas faire replonger un débat qui s’élève enfin, mais je note que la belle Carla s’est fendue d’une révérence en rencontrant la reine. J’imagine que les p’tits gars du protocole avaient briefé notre nouvelle Jacky sur les us et coutumes des voisins du dessus : « Si Nicolas parvient à se tenir à peu près correctement, autant ne pas faire les choses à moitié ».

Hum, faut voir... D’abord, la révérence (« curtsey ») n’est pas réellement obligatoire. Tout le monde ne la pratique pas et la vieille Elizabeth herself n’y est pas spécialement attachée. Choisir un moment pareil pour être plus royaliste que la reine semble donc assez dérisoire.

Mais c’est sans doute une affaire d’appréciation personnelle. Mon épouse, britannique, a appris à l’école comment s’incliner devant un monarque. Désormais détentrice d’un passeport tricolore, elle s’est suffisamment républicanisée pour refuser l’idée d’une courbette face à la puissance héréditaire. Sa sœur, installée en Espagne juan carliste, en tient elle pour le respect de la tradition.

Tout de même, il ne faudrait pas que la transformation du bambocheur de l’Elysée en véritable homme d'Etat ne l’entraîne trop avant dans l’amour de la chose monarchique. Comme dirait Laurent Joffrin, ça pourrait donner des idées au fiston...

*

Moi, tout sourire, au barman à catogan derrière son comptoir :
Bonjour, une pression s’il vous plait !
Lui, le visage fermé :
Ah ouais ? Ben ça f’ra trois euros cinquante !
Moi, interloqué :
Vous êtes toujours aussi aimable avec les clients ?
Lui, l’air du type qui a appris son métier dans un guide touristique anglo-saxon sur les mauvaises manières des serveurs parisiens :
Non, là, j’suis aimable. Si je l’étais pas, vous vous en rendriez compte.

Bienvenue au Pavillon Baltard, pour la 72eme édition de la République des blogs !

A part ça, Denys, Charles, Emmanuel, Samuel, Gilles, Jules et Marie-Annick avaient l’air d’aller bien.

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mardi 05 février 2008

Super lundi

Combien faut-il de parlementaires pour remplacer une ampoule électrique ? 908, précisément...

Ampoule_2 Les Irlandais, oui, les Irlandais dont j'évoquais hier la fascinante métamorphose, sont désormais l'ultime espoir du nonisme. Les principaux bénéficiaires de la manne européenne, ceux dont la prospérité sans précédent doit autant au fonds de cohésion qu'à la révélation de leur propre dynamisme, s'ils décident de sanctionner leur Taoiseach pour quelque obscure raison de politique intérieure, ont la capacité de faire capoter le fameux plan B...

On imagine que, du côté des principaux bénéficiaires de la PAC, on croise les doigts avec angoisse. Yes, no... Who knows... A l’heure actuelle, 66% de nos cousins celtes réservent leur position. Il faut dire qu’ils sont 68% à ne même pas savoir sur quoi il leur faudra se prononcer de manière aussi binaire lors du référendum sur le traité de Lisbonne. Hum, ça me rappelle quelque chose.

Mais la constitution locale est formelle : le vote populaire s’impose à toute ratification de traité international. Dans les 26 autres pays que compte l’Union, c’est aux élus qu’il reviendra de décider de l’avenir du continent. Autant parler de 26 dictatures, quoi...

N’empêche, paroxysme de l’aliénation bourgeoise qui fait prendre la vessie parlementaire pour une lanterne démocratique, je me félicite de ce que mon propre pays ne soit plus, depuis hier, le plus arrogant des idiots du village. Je veux bien tenir compte de toutes les objections qu'on voudra me soumettre ― du « parallélisme des formes » à la fiction d’un traité « simplifié » remplaçant son pendant « constitutionnel » ―, mais ma bottom line reste la suivante : je suis favorable à la poursuite de l’intégration européenne ; le traité de Lisbonne est un nouveau pas dans la bonne direction ; le vote de nos députés et sénateurs est l’expression naturelle et incontestable de la démocratie ; un référendum « national » sur une question pareille n’a aucun sens.

Et bravo aux 32 élus PS restés fidèles à cette logique.

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PS : Aujourd’hui, c’est Super Tuesday de l'autre côté de l'eau. Mais compte tenu du décalage horaire, les Français ont déjà voté : Obama l’emporte haut la main chez les démocrates. Chez les républicains... Heu, il y a des républicains dans cette affaire ? Si c’est le cas, je n’ai rien lu sur eux dans le journal.

mardi 15 janvier 2008

Bonne fête Tony !

Quoi, le pragmatisme serait passé de mode et je ne suis même pas au courant ?

Blair_2 La saint Antoine, c'est le 13 juin, mais la saint Tony, c'était hier. D'abord sur France Inter, où un Pierre Moscovici très en verve effectuait la démonstration du déviationnisme terminal de l'ancien Premier ministre britannique, mais aussi chez les Econoclastes, mon ami Alexandre Delaigue y faisant son coming out anti-Troisième voie.

Pour « Mosco » ― car je suis encore nominalement membre du PS et c’est ainsi que l’on désigne, entre cognoscentii, l’ancien ministre aux Affaires européennes ―, la cause est entendue : la présence de Tony Blair à la sauterie de l’UMP, dimanche dernier, est la preuve que rien de bon ne pourra jamais venir de cet atlantiste-libéral donnant désormais des gages à Sarkozy dans le seul but d’être expédié à Bruxelles.

Je ne vais pas entrer dans le détail du portrait que brosse du New Labour le 285ème prétendant à la succession de François Hollande (il suffit de se souvenir de n’importe quel prêche de Jean-Luc Mélenchon pour être dans le ton), mais cette sortie amère et revancharde augure assez mal de la prochaine bataille de Solferino. Michel Rocard a beau expliquer, dans Libération, qu’il faut être gentil avec le PS pendant qu’il « rebondit », un Mosco mélenchonnisé comme ambassadeur à Paris du DSKisme, ça décoiffe !

En tout cas, que magic Tony ne compte pas trop sur le soutien de ses « camarades » français pour la présidence de l’Union européenne. Oh, pas seulement parce que ce type est une crapule capitaliste et belliciste, mais surtout parce qu’il est Anglais ! Oui monsieur : An-glais ! Et Mosco vivant, jamais le PS n’acceptera qu’un Anglais fourbe et perfide ne devienne président de l’Europe... Non mais des fois ! But, Pierrot, I’ve got news for you : lorsque DSK a voulu déménager à Washington, c’est à l’hyperprésident qu’il a demandé un coup de main, pas à la maison mère ― sauf le respect que lui doit le membre nominal, évidemment. J’imagine donc que le rosbif, s’il a vraiment besoin d’une lettre de recommandation, saura également à qui s’adresser...

Mais venons-en à la critique moins convenue, moins stratégique, mais finalement si cousine de celle de Moscovici, que propose Alexandre. Mon ex-co-marcheur (il s’est dégonflé cette année et ne participera pas à la terrible promenade de nuit Paris-Mantes) commence par poser « que la question n’est pas tant celle du bilan économique et social de la Grande-Bretagne durant son règne » mais plutôt celle du « managérialisme », soit « l’idée selon laquelle les problèmes de politique ne sont qu’un problème d’application de la bonne solution par des leaders courageux et dynamiques ».

S’adossant au livre d’un journaliste anglais, livre que je n’ai pas lu mais qui semble pouvoir être intégralement résumé, justement, de cette manière lapidaire par le Guardian, Alexandre s’agace des aspects les plus, comment dire, messianique, du blairisme ; de sa promotion de « l’inéluctabilité du progrès ». Tiens, il lui reproche même ― Mosco, Mélenchon, écoutez-ça ! ― une « attitude marxiste-léniniste » dans sa vision d’un « déterminisme économique » et multiplie les exemples de statements en carton-pâte, glanés dans le discours de dimanche et allant dans le sens de cette vision mécanique de la marche du monde (« nécessité du changement », « réalités des défis », bla bla bla...) et de ses aspects ultimement positifs (« opportunités qu’il faut maximiser », « un Etat-providence devenu actif »...).

Oui, c'est certain, Tony Blair baratine. Oui, il recycle des concepts dignes des « manuels de management des années 50 » et fait semblant de s’extasier devant la modernité de son téléphone portable et de nos centrales nucléaires. Oui, il change son fusil d’épaule en fonction des événements, assure que l’Etat n’est pas là pour gérer des entreprises mais nationalise une infrastructure ferroviaire en perdition à l’occasion. Il dit ceci, mais fait cela. The king of spin, on vous dit... Et alors ? Tout ça marche. Tout ça fonctionne. Le chômage fond, le PIB explose, les services publics s'améliorent, bon sang ! 

Le reproche de base, derrière le « managérialisme », finalement, est celui d’une absence d’intellectualisation de la fonction politique et du travestissement de cette carence en « vision » ; du manque d’une sagesse quasi-scientifique dans la gestion d’un pays. Mais ce reproche est-il si éloigné de celui formulé par le PS, qui justifie ses propres échecs par la pureté de ses intentions et exige du leader un certain, hum, supplément d'âme ? Le blairisme, une fois dépouillé de tout le boniment, ce n’est ni du cynisme, ni du messianisme et encore moins du marxisme-léninisme, mais bien ce fameux « pragmatisme » dont on nous rebat les oreilles pour mieux le disqualifier. Non, bien sûr, il n’y a pas de sens de la marche. Non, évidemment, on ne sait pas de quoi demain sera fait, si les Chinois finiront par nous étrangler, les intégristes par nous faire sauter, les nanotechnologies par nous étouffer... Mais le boulot d’un politique, et d’un politique de gauche, par-dessus le marché, n’est-il pas simplement de naviguer à vue dans la direction qu’il pense être celle d’un maximum de prospérité, d’un maximum de justice sociale ?

La question, de fait, est précisément celle du « bilan économique et social » d’un Premier ministre ou d’un président « pendant son règne » et, oui, « les problèmes de politique » ne sont souvent « qu’un problème d’application de la bonne solution par des leaders courageux et dynamiques ». Tout le reste, lorsque les chômeurs se comptent par millions, n’est que littérature.

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mercredi 24 octobre 2007

La maison ne fait pas crédit

Chez nous, on refuse les visas. Ailleurs, on offre des Cartes Bleues.

Cb_2La France adore se retrouver à contre-courant. C'est même sa marque de fabrique. Et pendant qu'elle se concentre sur la façon dont elle pourra bientôt, scientifiquement, révéler la duplicité des candidats à l'immigration, ses voisines cogitent sur les moyens d'attirer les talents exogènes qui leur manquent cruellement. L'Union européenne vient en effet d’annoncer le lancement de sa « Carte Bleue », un titre de séjour destiné aux étrangers qualifiés qu’elle projette de diffuser à quelque vingt millions d’exemplaires à travers le monde !

La logique de cette surprenante initiative : l’Europe doit préparer l’avenir, bras et cerveaux finiront fatalement par manquer et il n’est pas question d’abandonner la compétition qui s’annonce au profit d’une Amérique du Nord plus clairvoyante.

C’est qu’ils sont malins, nos eurocrates. Et ils se sont bien rendu compte qu’une start-up californienne sur deux avait été créée par un immigré et que les étrangers qualifiés ne représentaient que 0,9% de la population active des Vingt-sept contre 9,9% en Australie, 7,3% au Canada ou 3,5% aux Etats-Unis. Bon, convaincre la fine fleur des facs indiennes, chinoises ou marocaines de s’installer en banlieue de Francfort à des salaires nettement inférieurs à ceux qu’est disposée à offrir une Silicon Valley ensoleillée 300 jours par an, ce n’est pas vraiment gagné... Mais, comme lorsqu’un gamin de CE2 offre un collier de nouilles à sa génitrice pour la fête des mères, nous dirons que c’est l’intention qui compte.

Assurément, la France n’est pas le seul pays d’Europe dont la classe politique est incapable de tenir un discours clair sur l’immigration. La Suisse, dont le confort matériel est intégralement fondé sur le labeur de ses « gastarbeiters » et autres frontaliers, est même le meilleur exemple actuel de cette inaptitude au pragmatisme le plus basique. Mais, coincé entre les discours compassionnels d’une gauche sous-traitant à RESF l’élaboration de sa doctrine sur les flux migratoires et les appels à la remontée du pont-levis des Mariani-Hortefeux, l’Hexagone donne souvent l’impression d’être, plus que d’autres, entré dans le siècle à reculons.

Nicolas Sarkozy, lorsqu’il parlait d’immigration « choisie », avait au moins le mérite de parler d’immigration « tout court ». Et surtout d’en parler sur le mode positif de quelqu’un qui a compris que l’étranger à qui l’on ouvre la porte n’est pas nécessairement le fraudeur, le criminel ou le parasite dont son prédécesseur avait affiné le portrait. Le projet de Carte Bleue communautaire est même assez proche, dans son esprit, de celui que l’hyperprésident assurait vouloir mettre en œuvre. Mais la création d’un ministère de l’Identité nationale, le vote d’une quatre-vingt douzième loi sur le contrôle de l’immigration, l’introduction des tests ADN pour l’établissement de la filiation et la publicité donnée aux objectifs de reconduites à la frontière n’en sont pas moins d’excellents moyens d'assurer au reste du monde que la France est un pays fermé.

Quel est, incidemment, l’informaticien indien qui acceptera, pour travailler dans une entreprise française aux pratiques médiévales en matière de gestion des ressources humaines et aux rémunérations nettes ridicules, de se voir traiter comme un délinquant par un employé de préfecture, d’abandonner femme et enfants à Calcutta et de subir les mille petites humiliations que réservent, par exemple, le passage d’un basané par une agence immobilière ? Et quel est le plombier polonais ― celui sans lequel la croissance irlandaise serait inférieure d’un point ― qui accepterait d’être montré du doigt par un Fabius ou un Mélenchon en contrepartie de son SMIC à 1 280 euros ?

Je n’abandonne pas l’optimisme dont je me vantais encore récemment. Je reste même, au final, convaincu de ce que les changements qui s’annoncent finiront par se révéler positifs ; convaincu de ce que nous sommes collectivement capables d’avancer. Mais les lunettes roses que je me force à porter (au moins jusqu’au mois prochain !) me font parfois bien mal au nez. Le moche du Poitou l'affirmait lorsqu'il se prenait pour Confucius, « la route est droite mais la pente est forte ». C'est certain, mais dans l'intervalle, c'est ailleurs que l'on fera chauffer la Carte Bleue.

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mercredi 29 août 2007

« Rattachisme »

La Belgique n'est déjà plus un « pays », tout juste une construction politique... La Wallonie deviendra-t-elle la 23ème région française ?

RattachismeLes difficultés rencontrées par nos voisins belges à former un gouvernement, trois mois ou presque après leurs législatives, commencent à faire désordre. Bon, ces bagarres entre Flamands et Wallons, on en avait évidemment pris l’habitude. Elles faisaient partie du folklore européen, au même titre que les sautes d’humeur des Basques ou des Corses, la méfiance atavique des Britanniques pour la normalisation communautaire de la courbure des bananes, voire notre propre paranoïa antilibérale ...

La condescendance imbécile avec laquelle on commente généralement, de ce côté-ci du Quiévrain, les affaires belges, ajoutait d’ailleurs à la dimension surréaliste de ces rivalités linguistiques d’un autre âge. Ah ah, ricanait-on en apprenant la dernière absurdité en date, qu’il s’agisse de la création d’un ministère bruxellois de l’Agriculture concurrent de ses homologues belge, flamand et wallon ou d’obscures querelles de documents administratifs en VO. C’est que la Belgique, terre natale de Magritte et du Manneken Pis, était alors dans son rôle. Et rien de ce qui se passait là-bas ne nous semblait vraiment sérieux ou simplement digne d’une analyse de la part de nos penseurs officiels. Hé quoi, leur bisbilles à deux francs (belges) n’allaient tout de même pas dégénérer en conflit à la Yougoslave... Liégeois et Anversois n’allaient tout de même pas se retrouver face à face, FN Herstal en main...

Pour le coup, tout indique que nous devrions échapper à ce genre de scénario, ni les uns ni les autres ne se détestant au point de s’étriper à grande échelle. Mais à feuilleter la presse locale, à écouter les gens s’épancher, on finit par se dire que la question n’est plus tant celle de la capacité des Belges à rester mariés mais bien celle du temps qui leur reste avant le prononcement du divorce. Flamands et Wallons (comme communautés plutôt qu’au plan individuel) ne se sont jamais aimés. A l’époque où ce royaume minuscule régnait sur un quart de l’Afrique et inondait le monde de son charbon et son textile, les francophones portaient beau. A eux, les hauts-fourneaux, les grosses voitures et le respect dû à leur usage de la chic langue de Molière. Les Flamands, de leur côté, étaient tout juste bons à gratter la terre de leurs lopins misérables, voire à baisser les yeux au passage du contremaître wallon de leur usine d’emboutissage...

Mais les choses ont changé. Laminés par l’obsolescence des industries lourdes sur lesquelles leur prospérité était fondée, les Wallons vivent désormais, au moins partiellement, de la générosité récalcitrante de Flamands métamorphosés en champions du dynamisme entrepreneurial. Au nord, plein emploi et équilibre budgétaire sont le décor de villages industrieux, proprets et fleuris. Au sud, chômage de masse et friches industrielles sont le background de cités en déclin, grises et tristes. La roue tourne, se réjouit-on du côté d’Affligem en sirotant un demi, c’est la vie...

C’est la vie, c’est sûr, mais l’on est en droit de déplorer que l’un des fondateurs de l’Union européenne, initiateur de cette expérience inédite que fut le Benelux en matière de coopération interétatique, en soit arrivé là au nom d’archaïsmes (la bagarre linguistique) et d’égoïsmes (la question des transferts sociaux). Las, on ne peut pas faire boire un âne qui n’a pas soif, comme on dit, et la Belgique ne verra pas sa survie prolongée par quelques arguments platement « raisonnables ».

Pour les Flamands, la route d’une indépendance prospère est toute tracée : un pays de six millions d’habitants, dont le niveau de vie est déjà l’un des plus élevés du monde, ne devrait pas avoir trop de difficultés à refaire sa vie... Pour les 3,5 millions de Wallons, cet avenir en solo parait moins rose. Un taux de chômage à 17% et une croissance atone sur fond de fermeture du robinet financier nordiste ne sont pas les perspectives les plus encourageantes. Quant à Bruxelles, ville francophone mais dont l’histoire et la géographie ont fait la capitale de la Vlaamse Gemeenschap, elle pourrait bien échapper à la partition en jouant les DC de l’Union européenne.

D’où le retour, sur le devant de la scène, du « rattachisme », ce mouvement promouvant l’absorption de la partie francophone du royaume par la France voisine et sa transformation en « 23ème région ». Du point de vue hexagonal, l’affaire est diversement appréciée. Cette espèce de réunification en mode mineur, en augmentant le territoire national et la population de quelques pourcents, pourrait passer pour positive. C’est au moins le point de vue de Jean-Pierre Chevènement, même si l’ex-maire de Belfort, dont la carrière n’est plus exactement à son zénith, ne sera pas l’avocat idéal d’une telle cause. Et les formations politiques wallonnes promouvant cette idée, parfois sous le nom de « réunionisme », font fréquemment appel à l’orgueil gaulois pour avancer leurs pions. Mais dans une perspective plus court-termiste, la prise en charge de l’une des régions les plus pauvres d’Europe occidentale, sorte de gros Nord-Pas-de-Calais à la recherche d’un nouvel élan économique depuis trente ans, n’a rien d’emballant.

N’empêche, la question finira sans doute par se poser dans des termes aussi crus. Lorsque Flamands, Catalans et, hum, « Padaniens » en arrivent à se comporter collectivement comme le premier Johnny Hallyday venu, les arguments selon lesquels leur contribution au bien commun est la condition de base de leur propre prospérité ne portent plus. Et si les Wallons viennent frapper à notre porte, espérons qu’elle ne leur claquera pas au nez.

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mardi 28 août 2007

Business (diplomatique) as usual

Nicolas Sarkozy réunit les ambassadeurs, leur rappelle que la France est un pays européen et hostile à la guerre, mais qu'il ne faut pas la chercher tout de même... Rupture, quand tu nous tiens.

Ferrero_rocherLa « rupture », finalement, ne viendra pas de la manière dont Nicolas Sarkozy aborde les questions internationales. Et L'Humanité est bien seule à voir dans son discours d'hier aux ambassadeurs la preuve d’un alignement sur les positions américaines, voire un appel au « choc des civilisations »... L’hyperprésident a beau apprécier les dégustations informelles de hamburgers à l’occasion, c’est sans ambigüité qu’il rappelle l’hostilité française à la guerre en Irak et sa foi en une solution politique pour le retour au calme dans ce pays.

De fait, même son embryon de réflexion sur une Turquie européenne tranche avec ses engagements électoraux et tend vers le consensus. Désormais, la France ne s’oppose plus aux négociations d’adhésion, même si Sarkozy privilégie, « personnellement », une « association étroite » sur une cooptation pure et simple par l’Union.

Mais sur le reste, on est en terrain familier : l’Hexagone demeure l’avocat d’un monde multipolaire, promeut la transformation du G8 en G13, fait de la construction européenne sa « priorité absolue » et rêve d’un décollage de l’Afrique... Ah, si, une petite nouveauté tout de même, seul élément de son speech repéré et commenté à l’étranger : la fin du baratin lénifiant entretenu par son prédécesseur à l’égard de l’Iran et de ses ambitions nucléaires.

On se souvient, en effet, du peu de cas que faisait Chirac d’une bombinette iranienne, laquelle serait évidemment détruite avant même d’avoir décollé, Téhéran étant même atomisée dans la foulée. On se souvient aussi des sarcasmes essuyés par Ségolène lorsqu’elle s’était, au contraire, émue du risque que faisait peser l’enrichissement d’uranium « civil » par les crânes d'œufs d’Ahmadinejad. Mais bon, pourquoi pas ? Si même Nicolas Sarkozy cherche son inspiration chez la Belle du Poitou, le PS finira peut-être par lui emboîter le pas.

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mardi 03 juillet 2007

La livre, Rocard et autres sujets d'importance relative

Dans l'attente fébrile du discours de politique générale du chief of staff de Nicolas Sarkozy, quelques idées en vrac...

British_touristsLes Britanniques, on en parlait encore ici récemment, ne font décidément rien comme tout le monde. Et pendant que le binôme Sarkozy-Lagarde se tord les mains d'angoisse à l'idée d'un nouveau renforcement de l'euro face à la devise américaine, nos excentriques cousins se félicitent carrément du franchissement par la livre du cap des deux dollars (un plus haut de vingt-six ans). Hey, c’est qu’ils sont pragmatiques, les copains british. Lorsque les matières premières, vendues en billets verts, voient leurs tarifs s'envoler, une devise forte, c’est bien agréable. Et à l’heure où des millions de visages pâles s’apprêtent à quitter Londres ou Birmingham pour aller griller sur les plages de Miami et de Bali, c’est même le meilleur des viatiques...

Ah, mais les industriels locaux ne se plaignent-ils pas, comme les nôtres, de la difficulté de vendre des seaux en plastique aux Chinois ? Ben non, apparemment. D’abord, des seaux en plastique, ils ont arrêté d’en faire il ya longtemps, lorsqu’ils ont réalisé qu’il était plus économique de les faire venir du Hunan. Quant à leurs autres exportateurs, ceux qui préfèrent se concentrer sur les produits financiers, les biotechnologies, le design, etc., ça va bien pour eux, merci. D’ailleurs l’indice qui permet d’apprécier l’état des carnets de commande à l’export vient même de grimper d’un chouia, de 53,6 à 54. Rien comme les autres, on vous dit.

*

Michel Rocard, frappé par un accident cérébral alors qu’il se trouvait en Inde, est définitivement tiré d’affaire et devrait rentrer à Paris dans les jours qui viennent. C’est peut-être juste une idée, un sentiment sans fondement, mais il me semble que la presse en a volontairement fait très peu sur cette histoire, comme pour ne pas faire trop de bruit, ne pas forcer le sort... Rocard est hors de danger, on peut reprendre son souffle.

*

Retour en Grande-Bretagne pour évoquer les attentats de Londres et de Glasgow, mais surtout l’incroyable rapidité avec laquelle les enquêteurs ont remonté, comme pour les attentats du 7 juillet, la piste Al Qaeda. On disait des terroristes d’extrême-gauche des années 70 qu’ils cherchaient, par leurs actions, à forcer nos pseudo-démocraties dans leurs retranchements, à les amener à tomber le masque de leur finalité totalitaire. Les Islamistes, qui se fichent éperdument de ce genre de rhétorique, sont pourtant les premiers moteurs de la transformation du Royaume-Uni en plateforme de surveillance électronique. Les caméras sont littéralement partout, qu’elles soient chargées de contrôler les humains ou leurs véhicules. D’ailleurs, ça en devient tellement oppressant que même la police s’en inquiète. Mais ça marche et l’on met la main sur les terroristes en deux temps trois mouvements. Comment faire l’un sans l’autre et quel est le risque le plus grand ?

*

Les journalistes des Echos se battent pour ne pas être vendus à LVMH, pendant que leurs confrères de la Tribune se démènent pour rester dans le giron du groupe de luxe... Dans un cas, c’est le risque, bien réel, d’une perte d’indépendance ; dans l’autre, c’est la peur, également légitime, de la disparition pure et simple.

Je ne sais pas si la France a les moyens d’entretenir deux quotidiens économiques quand les Etats-Unis et la Grande-Bretagne se débrouillent avec un titre unique, mais cette affaire est loin d’être une bête histoire de consolidation industrielle. Quand l’essentiel de l’information du grand public est contrôlé par des entreprises vivant, soit de la commande publique, soit des activités de défense, il n’est pas raisonnable de laisser passer le principal vecteur d’opinion du monde des affaires sous la coupe du patron d’un conglomérat proche du pouvoir. Il n’est pas non plus souhaitable de voir son challenger disparaître.

Vivement que les Allemands du Bild français débarquent et remettent un peu de presse dans tout ça...

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mercredi 27 juin 2007

De la difficulté d'être dedans et dehors en même temps

La Grande-Bretagne est européenne, même si elle ne le sait pas encore. Il reviendra à Gordon Brown de le lui apprendre.

Europe_bleueValéry Giscard d'Estaing, lorsqu'il récite sa biographie à la radio, ne mentionne même plus son passage par l’Elysée et se concentre sur sa présidence de la Convention européenne. Modestie ou simple trou de mémoire, le débat est ouvert. La seconde hypothèse est néanmoins la plus probable, compte tenu de l’âge avancé de l’inventeur du « bon choix » électoral et de son goût pour ce qui brille.

Invité ce matin de France Inter, le « founding father » en chef a commencé son intervention en déplorant la perte de substance « métaphysique » de l’Union, l’abandon de symboles comme le drapeau, l’hymne ou le poste de ministre des Affaires étrangères étant plus préoccupant qu’on ne le dit. De fait, je suis assez d’accord avec lui, même si l'on sombre un peu dans l'hyperbole dans le contexte d’un traité entre Etats. Soit l’Europe reste un projet à vocation ultimement fédérale, auquel cas, oui, les symboles de cette nature sont aussi importants qu’à l’échelon national, soit elle n’est plus qu’une zone de libre échange destinée à se fondre, à plus ou moins long terme, dans un ensemble économique de dimension planétaire basé sur les relations commerciales.

Je maintiens que, pour tous les problèmes traversés, pour tous les doutes, pour tout le découragement d’avocats historiques du fédéralisme en France, les Rocard, les Delors, les Bayrou, nous sommes toujours dans la perspective initiale. L’UE n’est ni l’AELE, cette micro zone économique un temps sa concurrente, ni l’ALENA nord-américaine, ni l’ASEAN asiatique, ni même le MERCOSUR latino mais bien un projet d’inspiration politique né d’une ambition de réconciliation, de fusion même, plutôt que d’un simple désir de faciliter le transit des poids lourds. Ok, ok, nous traversons peut-être l’une de ces périodes difficiles dont l’histoire du continent est constellée, mais nous la surmonterons, comme les Polonais finiront par se débarrasser des affreux petits jumeaux qui se partagent le pouvoir chez eux.

En cela, l’ex-président et moi-même sommes d’accord (je suis certain que ça lui fera bien plaisir lorsqu’il l’apprendra, je sais que mon avis compte beaucoup pour lui) : vive la métaphysique communautaire ! Là où je ne suis plus d’accord, mais alors plus du tout, avec notre virtuose de l’accordéon, c’est lorsqu’il célèbre le départ de Tony Blair en suggérant que la Grande-Bretagne est désormais une nation « périphérique » de l’UE et qu’il faudra bien en tirer des conséquences définitives. Spécialistes de l’opting out, les Britanniques ne sont pas dans Schengen, ignorent l’euro, se fichent comme d’une guigne de la Charte des droits fondamentaux... Bref, ils ne font rien comme les autres et il faudrait donc se débrouiller pour les mettre, gentiment mais fermement, à la porte. N’est-il pas question, d’ailleurs, de créer une sorte d’EU de consolation pour les ceusses qui ne disposeraient pas du bon code génétique, les Turcs, les Ukrainiens, les Moldaves, les Syldaves ? Pourquoi ne pas proposer à Gordon Brown de les rejoindre ? Ce serait si sympathique.

Pourquoi ? Parce que ce serait stupide. Bon, c'est vrai, le peu d’enthousiasme de la Grande-Bretagne à l’égard de l’Europe est patent. Mais seriez-vous enthousiastes, vous-mêmes, si vous viviez dans un pays de plein emploi, de croissance et de stabilité politique et que l’on vous proposait de vous fondre dans un ensemble frappé par le chômage de masse, au PIB anémique et gouverné par des coalitions constamment reconfigurées ? On imagine aisément que, si les situations étaient inversées, ce qu’elles risquent d’ailleurs d’être dans les années qui viennent, le désir d’intégration soit plus grand. La Grande-Bretagne n’est entrée dans l’Europe que lorsqu’elle en a ressenti le besoin et chacune de ses avancées s’est faite sous la pression des faits.

De nombreux politiques locaux cultivent le mythe de la « relation spéciale » aux Etats-Unis, laquelle est censée offrir à Londres le statut de pont entre les deux rives de l’Atlantique. La langue, la culture, le système juridique ne lient-ils pas les deux pays de manière intime ? « Bullshit ! » répond Anthony Giddens, le cerveau derrière le blairisme. L’anglais ? Tout le monde le parle désormais, même les présidents français. La culture ? Allez causer des Angles ou des Saxons avec un congressman d’origine mexicaine ou coréenne : les Etats-Unis, à l’inverse de la France, n’ont pas de ministère de l’Identité nationale pour préserver leur intégrité culturelle à travers les siècles. Le système juridique ? Hum, les cabinets américains sont en train d’implanter le leur jusque chez les résistants gaulois...

De toute manière, poursuit Giddens, on ne peut pas prétendre être un pont tout en faisant partie de l’un ou l’autre des bords que l’on relie. Et si la Grande-Bretagne doit vraiment jouer les aqueducs, elle finira par se retrouver totalement isolée, comme ces vieilles routes nationales que plus personne n’utilise depuis que l’autoroute est terminée. La Grande-Bretagne (demandez leur avis aux Ecossais, aux Irlandais du nord, aux Gallois...) est européenne. Elle est européenne géographiquement, institutionnellement, économiquement, historiquement : tous les « ments » possibles et imaginables sont applicables.

Mais ce n’est pas tout. Incapable de survivre sans ses cousins du continent, elle nous manquerait cruellement si elle venait à s’isoler complètement. Hey, où la droite française irait-elle chercher son inspiration sans le Labour ? Et, symétriquement, où le PS irait-il copier l’incapacité à désigner un leader, établir une doctrine et perdre toutes les élections sans les Tories ?

La Grande-Bretagne est européenne, donc, et il reviendra à Gordon Brown de faire passer le message. Il aura du mal, sans doute, mais pas tant que ça compte tenu de la manière dont la relation spéciale avec le Texas a gâché l’héritage de son prédécesseur ces dernières années. Mais, vu le boulot déjà accompli par le partant, il pourra se concentrer là-dessus. C’est mon pari. Sa réputation d’eurosceptique ne le sert pas, c’est sûr, mais l’on dit le Britannique pragmatique. Si c’est le cas, la métaphysique suivra.

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lundi 25 juin 2007

Du plan B au plan S

L'Europe redémarre et la France est assise dans la locomotive. Nous en désolerons-nous par principe ?

DirecteurNicolas Sarkozy va finir par ressembler au directeur du Palace de Jean-Michel Ribes, éternellement poursuivi par un client rêvant de le « coincer » sur ceci ou cela... Et j'ai beau me répéter, sur le même ton de frustration, « Je l'aurai un jour, je l'aurai ! », je n'en suis plus aussi convaincu.

Laurent Fabius avait cassé l’Europe, le nouveau président la répare. Oh, je ne confonds pas ce Nice-bis avec le traité constitutionnel, mais je sais reconnaître une sortie d’ornière quand j’en vois une. Et si la presse française a tendance à exagérer quelque peu le rôle joué par la France dans l’émergence d’un accord à 27, Angela Merkel ne serait vraisemblablement pas parvenue à dérider les Tweedledum & Tweedledee polonais sans l’activisme du leader Gaulois.

Bien entendu, l’idéal fédéraliste perd une ou deux plumes dans l’aventure. Tiens, l’Union n’a plus ni loi fondamentale, ni drapeau, ni hymne, ni monnaie... Ou plutôt, disons qu’elle conserve tout ça mais qu’il est jugé préférable de ne l’écrire nulle part : les nonistes sont si pointilleux. Bah, la présidence semestrielle tournante est enfin remplacée par un système plus stable (deux ans et demi), le nombre de commissaires à la Commission n’est plus lié aussi strictement au nombre d’Etats membres (deux-tiers), le droit d’initiative citoyenne est relancé, un poste de Haut-Représentant pour les affaires étrangères est créé (en lieu et place d’un vrai ministre, mais bon...)... Bref, et si je ne vous infligerai pas l’entièreté des conclusions de la présidence, c’est la constitution sans la constitution, l’œuf de Christophe Colomb, la quadrature du cercle. Le fameux plan B.

On s'en serait douté, les Britanniques jouent quand même aux Britanniques en sortant de la Charte des droits fondamentaux ; les Polonais se débrouillent, temporairement, pour faire semblant d’être aussi nombreux que s’ils étaient plus nombreux ; nous-mêmes, sarko-marxistes, obtenons la suppression du terrible concept de « concurrence libre et non-faussée » et une référence qui ne mange pas de pain aux « services publics »... Incroyable : Attac en rêvait, Sarkozy le fait.

Il existe mille raisons de ne pas se satisfaire de cette nouvelle séance de marchandages un peu minables, d’échanges de bons procédés mesquins et d’abandon du jeu collectif au profit des intérêts nationaux. Mais il en existe bien davantage pour se féliciter de ce retour tangible de l’Europe ― et de la France dans l’Europe. J’entendais d'ailleurs ce matin, sur France Culture, l’ancien conventionnel socialiste Pierre Moscovici lâcher qu’il pourrait, lorsqu’il reviendra aux parlementaires français de ratifier le texte, ne pas voter... Mais c’était pour mieux se voir renvoyer dans les cordes par Olivier Duhamel, autre ex-membre socialiste du team constitutionnel : il y a tout de même des moments où la bouderie cède le pas à la connerie.

Sur le coup, je préfère relever les commentaires de Jack Lang dans Libération, nonobstant les accointances nouvelles qu’il développerait, dit-on, avec le camp d’en face. « Sarkozy est un bon ouvrier de relance », applaudit le premier exportateur mondial de Fêtes de la musique. Mais qu'importe : « Je l’aurai un jour, je l’aurai ! ».

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PS : On trouvera quelques remarques plus techniques sur le traité sur Publius, par Damien Rupied d'Allegro Vivace

mercredi 06 juin 2007

Guerre froide, épisode II : chassez le naturel...

Poutine envisage de pointer des missiles nucléaires vers de « nouvelles cibles en Europe de l'Ouest ». L'Huma n'est pas choquée.

Un_tout_petit_missileJe me demandais, comme ça, par pure et vaine curiosité, ce que pourrait être une lecture communiste « moderne » de la mini guerre froide qui est en train de se jouer du côté d’Heiligendamm. Non pas, bien entendu, qu’il puisse se trouver, place du Colonel-Fabien, quelque idéologue prenant si peu l’air qu’il soit passé à côté de dix-huit années d’histoire politique : on aurait entendu parler de lui sur les blogs et une vidéo secrète de l’animal circulerait déjà sur YouTube. Mais j’attendais tout de même avec impatience que L’Humanité traite enfin du sujet, amateur éclairé de bonne langue de bois que je suis... C’est aujourd'hui chose faite et je constate que l’on ne craint pas davantage, au PCF, les missiles de Poutine que ceux de Brejnev, d’Andropov ou de Tchernenko.

Aux jeunes lecteurs ne se souvenant qu’avec peine de la crise des missiles de 1983, rappelons brièvement que nos camarades soviétiques avaient déployé dans leur arrière-cour, et sans doute par esprit taquin, tout un tas de têtes nucléaires (les célèbres SS-20) susceptibles de transformer nos principales agglomérations en chantiers de démolition radioactifs. Les Américains avaient alors décidé, à la demande expresse des Européens et dans le cadre de l’OTAN, d’installer leurs propres fusées Pershing du côté gauche du rideau de fer au nom de la déesse dissuasion.

Que la réponse du berger à la bergère, lorsqu’il est question d’un conflit nucléaire, ne soit pas ce qui se fait de mieux pour assurer la survie de l’espèce humaine est une évidence. Il semblait toutefois raisonnable de ne pas assister sans réagir à la mise en place de 405 engins pointés sur Paris, Londres ou Bonn (le Berlin de l’époque). D’autant plus que les Américains n’étaient pas directement menacés par les missiles soviétiques et qu'ils auraient pu nous suggérer de nous démerder avec les bombinettes du plateau d’Albion.

Pour l’extrême-gauche, les choses n’étaient pourtant pas si tranchées, les engins américains étant nécessairement moins politiquement corrects que leurs homologues communistes. Des manifestations exigeant l’arrêt du plan yankee allaient donc être organisées un peu partout en France, en Allemagne, en Belgique, en Grande-Bretagne autour du slogan « Plutôt rouges que morts », conduisant un François Mitterrand désabusé à constater que, si « les pacifistes sont à l’Ouest, les missiles sont à l’Est ». Bon, les choses allaient tout de même fini par se tasser, l’ami Gorbatchev étant entré en scène in the nick of time.

Mais voici que Vladimir Poutine, passager clandestin du G8, relance l’intérêt du grand public pour une rencontre de chefs d’Etats n’amusant plus guère que les alters de toutes obédience en évoquant une « nouvelle guerre froide ». Agacé par un projet américain de « parapluie nucléaire », lequel risque de rendre son propre arsenal obsolète si les missiles anti-missiles rêvés par Ronald Reagan fonctionnent un jour, il promet même de s’offrir quelques cibles en Europe de l’Ouest. Oui, chez nous. Ici. Ou . Que les Américains soient réputés, et pour longtemps encore, totalement incapables de concevoir un tel système ne semble pas gêner l’ancien KGBiste devenu président. Et que ce système, s’il était un jour élaboré, soit plus focalisé sur les menaces nord-coréenne ou iranienne ne change rien à l’affaire : les Russes avaient eu le sentiment, en jouant les rois du pétrole, d’avoir récupéré leur statut de grande puissance et voici que les crapules d’en-face leur rappellent à quel point ils sont largués technologiquement ou économiquement. Du coup, ils sont en colère. Et ils sont prêts à tout (ou presque).

Mais revenons à la réaction de L’Humanité, à la manière dont le journal du Parti communiste français aborde une question pareille en 2007, alors que la Russie n'est plus qu’un Far-East belliqueux bourré d’oligarques richissimes. Contre tout bon sens, c’est business as usual chez les analystes du cru : Bush est un « clown », « grand pourfendeur de missiles fantômes » et Poutine ne fait jamais que « hausser le ton ». D’ailleurs, même les Jeunes communistes tchèques sont venus protester contre Dubya et son projet de malheur à Heiligendamm, un seul Printemps ne semblant pas les avoir suffisamment éclairés ―  ah, si jeunesse savait...

Bon, le journal est loin de féliciter le président russe pour cette promesse d’apocalypse, mais il constate que le brave homme est « rejoint par de nombreux experts militaires » pour estimer que « les bases antimissiles ne seraient d’aucune efficacité pour remplir leur mission officielle : contrer une menace venue du Moyen-Orient, et de l’Iran en particulier ». Il rapporte  même à son lecteur de la petite couronne parisienne que « les Iraniens ne disposent pas de missiles de 5 000 à 8 000 kilomètres de portée et qu’il n’y a donc pas de justification au déploiement de ce système ».

Bref, toute la rhétorique traditionnelle de défense de l’URSS contre la menace US est de sortie, la disparition de la fameuse Union au bilan globalement positif n’étant plus qu’effleurée. Il n’y a pas de menace nucléaire irano-coréenne : Bush tente simplement de se remettre en selle politiquement et Poutine, pour tout son cynisme, ne fait que dire la vérité. La conclusion de cette brillante analyse vaut d'ailleurs son pesant de cacahouètes cubaines : «  On ne peut que regretter avec lui [Poutine] l’impossible émergence d’une force capable de contrer l’hégémonie des États-Unis afin de promouvoir une alternative multilatérale et de paix sur la scène internationale ». Hum, terminer ainsi un papier dont le premier paragraphe indique que nous serons bientôt la cible d’un missile russe laisse songeur quant au travail de refondation qui reste à accomplir au PCF. Si le Dieu des catholiques orthodoxes lui prête vie, évidemment. Et à nous aussi, d’ailleurs.

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