Un blog, c'est bien, mais pour quoi faire ? Interrogations existentielles d'un débutant à la recherche du sens de l'Histoire.
En démarrant ce blog, je n’avais pas vraiment d’idée précise de ce que j’en ferais. Deux mois plus tard, je n’ai toujours pas pris de décision concrète, mais je pense comprendre un peu mieux les possibilités et contraintes de l’exercice. J’ai également pris conscience de l’existence d’une sorte de « milieu » des blogueurs, communauté structurée en petits groupes affinitaires dont chaque membre organise, par contamination capillaire, les passerelles avec d’autres groupes.
De ce point de vue, le blog permet, comme n’importe quelle autre activité sociale, de rencontrer du monde, de se faire des amis, de discuter de ceci ou de cela avec un tas de gens ― pour la plupart préalablement d’accord entre eux. Pas mal. Mais je crois que, même si, comme je l’ai dit, je n’ai pas réellement défini ce que je veux faire de mon blog, ce n’est pas ce que je recherche. Et puis ça prend du temps. Il ne faut pas oublier de visiter les sites des uns des autres, il faut composer un blogroll (soit la liste des sites recommandés par le blogueur) plus « stratégique » que sincère… Qui a le temps, d’ailleurs, de consulter régulièrement les dizaines de sites qui composent le blogroll standard ? Qui en a même le désir ? La dérive Otaku n’est sans doute pas loin…
Donc, que faire ? Plusieurs possibilités s’offrent à moi. La première serait de tenter, en poursuivant la publication régulière de prises de positions aussi originales que coruscantes, de fédérer, progressivement, un mouvement suffisamment vaste et puissant me permettant de prendre, le moment venu, le contrôle de la planète afin de la remodeler selon mes vues. Mais cette direction est trop aléatoire pour que je m’y engage. Il doit d’ailleurs exister des moyens plus conventionnels de prendre le contrôle de la planète et j’ai bien peur que ceux qui les auront choisis y parviennent avant moi. Et les conflits de maîtres du monde, souvent, se terminent mal.
Je pourrais également me contenter, par le même procédé, de me transformer en une sorte de gourou du Web. Eblouis par ma philosophie, des tas de gens, venus de tous les horizons, viendraient régulièrement consulter mon blog pour y apprendre à lire le monde selon mes propres canons. Ils pourraient alors se mettre à m’envoyer 10% de leur revenu mensuel par PayPal (sorte de cyber-denier du culte). Sans devenir aussi riche et puissant qu’un maître du monde homologué, je pourrais jouir d’un statut presque aussi enviable, celui de maître à penser.
Mais là encore, et malgré les opportunités nouvelles qui pourraient être offertes aux sectes en cas d’arrivée au pouvoir de Sarkozy en 2007, je n’ai pas de goût pour l’organisation cultuelle. L’odeur de l’encens m’incommode, je ne fantasme pas sur les petits enfants, je n’ai jamais travaillé au CNRS : je n’ai donc rien à faire à la tête d’une secte.
Bien sûr, je peux également m’intégrer, comme référence plutôt que comme leader d’opinion, à un mouvement de pensée majeur. Le prestige qui en découlerait, moins rémunérateur que les hypothèses précédentes, resterait satisfaisant en rapport de l’investissement consenti pour ce blog (4,5 dollars par mois ― les premiers 30 jours sont gratuits). Social-démocrate, partisan convaincu du Oui au référendum sur le Traité constitutionnel, j’ai même déjà débuté dans cette carrière en me mêlant d’aller « poster », comme on dit, sans doute en défense du service public à la française, chez DSK et chez Publius.
Mais bon, est-ce vraiment suffisant ? Cette utilisation d’une fraction infinitésimale des potentialités de l’outil de communication le plus incroyable qui soit depuis l’invention du stylo à quatre couleurs n’est-elle pas ridiculement ridicule ? A-t-on inventé le TGV pour aller Porte de Bagnolet ? Et la navette spatiale ? Non, si le destin a placé cet outil sur ma route, c’est que je suis censé en faire quelque chose de marquant. De fort.
Oh, je sais bien, il est aussi possible de gagner de l’argent avec un blog. Ainsi, avec Amazon, il me suffit d’inciter l’un de mes nombreux lecteurs à acheter un livre ou un disque via mon site pour obtenir le reversement de 7,5% de la somme dépensée. Vous avez-bien lu : 7,5% ! Ce qui signifie, si l’on fixe à 10 euros le prix d’un livre standard, qu’un simple flux de 10 000 achats par mois me permettrait d’obtenir un revenu moyen de 7 500 euros par mois ! Malheureusement, certains spécialistes de la diffusion de livres m’assurent qu’il est très difficile de parvenir à un tel ratio volume / fréquence dans des délais raisonnables. De plus, limiter ses ambitions à des gains monétaires a quelque chose de malsain. Je n’oserais sans doute plus regarder mon ami Tim Berners-Lee en face si je me lançais dans une démarche mercenaire aussi médiocre.
Alors quoi ? Hein ? Quoi ? Continuer comme par le passé, en mixant commentaires et vaticinations sans logique particulière, au risque de désorienter mes lecteurs les plus réguliers ? A ce stade de ma réflexion, je pense que c’est à peu près la seule option qui me reste. Et d’ailleurs, l’intitulé même de ce blog m’y oblige (un changement de nom, interface TypePad oblige, annihilerait d’ailleurs tout ce que j’ai écris depuis début ― ah, la technique…). Mais en fin de compte, ce nom choisi par hasard, en moins de trois secondes, correspond largement à ce que je fais, commentant et vaticinant sur tout et n’importe quoi (c’est à dire en m’exprimant dans une sorte de « délire passionné et mystique », pour reprendre la citation de cette crapule de Barrès dans le Robert, à l’entrée « Vaticiner »). Le risque existe pourtant de ne pas être compris, ou d’être compris de travers, ou d’être trop bien compris… C’est selon.
Plaisanter, par exemple, dans une sorte de tract à la gloire du Non fabiusien, sur une rupture des relations diplomatiques avec les Etats-Unis et une sortie de l’euro, c’est s’attirer la colère de ceux qui m’accuseront de vouloir faire le « socialisme dans un seul pays ». Mais parler très sérieusement de la Côte d’Ivoire le jour d’après, c’est s’exposer à être perçu comme trop ironique, cynique même.
Donc, disais-je, à ce stade, mais ma réflexion est loin d’être achevée, je reste calé sur le nom de mon blog comme credo et ligne directrice. Commentaires et Vaticinations, ce n’est définitivement pas Faits et Analyses. Ce n’est pas du journalisme (le journalisme, il y a des endroits pour ça et je ne suis pas certain que le blog soit l’un d’entre eux). Commentaires et Vaticinations, c’est l’endroit où je m’épanche par écrit, parfois au premier degré, souvent au second, mais sans jamais recourir aux petits symboles typographiques en usage sur le Web pour, apparemment, exprimer les nuances que de vrais mots ne sauraient contenir… Mais bon, qui sait si je ne vais pas changer d’avis demain ? I'll keep you posted.
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