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Les joies du socialisme

mardi 22 avril 2008

Camaraderies

Aujourd'hui, bloc-notes à caractère socialiste : héritage mitterrandien, économie de marché et travailleurs sans papiers.

Flamands_roses J'étais trop jeune pour voter en 81, mais assez âgé pour faire la fiesta le soir du 10 mai. François Mitterrand président, pour un ado progressiste de l'époque, c'était un peu comme Nicolas Sarkozy à l'Elysée pour un vieux schnock de maintenant : ça donnait l’impression de rendre tout possible. Je suis donc devenu membre du PS et mitterrandolâtre, jusqu'à ce que je réalise à quel point il y avait erreur sur la marchandise.

Pour les gens comme moi, au final, et même si je dis « pour les gens comme moi » sans savoir s’il y a des gens vraiment comme moi, Mitterrand a quelque chose de Sartre : un type qui s’est régulièrement gouré. A la décharge de Sartre, il était parfois sincère. Au passif de Mitterrand, il ne croyait sans doute à rien de précis.

Il s’est gouré en rejoignant Vichy quand d’autres partaient pour Londres ; il s’est gouré sur l’indépendance de l’Algérie à l’heure de Frantz Fanon ; il s’est gouré en cherchant à construire le socialisme dans un seul pays jusqu’au fameux « tournant de la rigueur » ; il s’est gouré en berlusconisant la télé pour la libérer ; il s’est gouré en croyant qu’il était possible de mettre tout Paris sous écoutes sans que ça ne fasse de vague ; il s’est gouré en affirmant qu’il était de bonne guerre de stimuler la croissance du FN pour embarrasser la droite ; il s’est gouré en pensant qu’il était raisonnable de régler la question Greenpeace à coups d’explosifs sous-marins ; il s’est gouré en s'imaginant qu’il allait empêcher la réunification allemande ; il s’est gouré en s’imaginant qu’il allait empêcher l’éclatement de la Yougoslavie…

Le pire pourtant, c’est lorsqu’il ne s’est pas gouré. Je veux dire, lorsqu’il a fait des choix informés qu’il n’aurait pas lui-même qualifiés d’erreurs rétrospectivement. Les gerbes à Pétain, l’amitié avec Bousquet, il les a revendiquées jusqu’à la fin. Comme Pierre Péan, comme Serge Moati, on peut sans doute attribuer son intérêt pour le Maréchal & consorts à une erreur de jeunesse, à une étape dans le parcours complexe d’un fils de bourgeois s’apprêtant à jeter son héritage ultra-droitier aux orties. Les gerbes à Pétain, l’amitié avec Bousquet, aujourd’hui, c’est pourtant tout ce qui reste vraiment du bonhomme.

*

J’en ai rêvé, Alain Bergounioux l’a fait. Le secrétaire national aux Etudes du PS vient de confirmer, dans la nouvelle « déclaration de principes » du parti, que les socialistes français étaient notamment : attachés à « comprendre le réel » ; « partisans d'une économie sociale et écologique de marché » ; supporters d'un « secteur privé dynamique » ; conscients de l’importance de la « sécurité des personnes, sans laquelle il n'y a pas de liberté réelle » ; favorables au « choix historique de l'Union européenne » ; clairement « réformistes »…

Enfin, tout ça n’est pas encore complètement, comment dire, gravé dans le marbre, puisqu’il faut attendre la Convention nationale de la mi-juin pour transformer l’essai. Mélenchon émettant quelques réserves, ne crions pas « Bad-Godesberg » trop vite…

*

Un dossier sur lequel mes camarades feraient bien de se pencher maintenant qu’ils croient en l’économie de marché et ne gourent plus avec Mitterrand, c’est celui de ces sans-papiers que même le patronat le plus réactionnaire soutient. A mille lieues des délires culpabilisants de RESF (« Si la planète entière n’est pas la bienvenue en France, c’est Vichy all over again... »), la régularisation de types qui acceptent les boulots dont nous ne voulons pas et alimentent nos organismes sociaux à fonds perdus (ils cotisent mais n’ont droit à rien) est une évidence.

Que leurs situations soient étudiées au cas par cas, pourquoi pas…Mais qu’elles le soient rapidement et, surtout, que les procédures mises en place pour les 500 salariés ayant eu le courage de rendre leur combat public servent également aux dizaines de milliers de travailleurs clandestins restés plus discrets.

A la limite, cette histoire pourrait bien servir de dynamique à un débat plus rationnel sur les questions d’immigration ― débat dont seraient poliment exclus les « gentils » et les « méchants » qui le parasitent traditionnellement. La France est un grand pays riche, peu peuplé et en manque chronique de main d’œuvre ; il existe un tas de pays pauvres, surpeuplés et dont certains habitants rêvent d’un ailleurs plus prospère. On doit pouvoir s’entendre, non ?

Ça ne règle évidemment pas la question du développement des pays d’émigration. Ça ne signifie pas non plus qu’il soit illégitime de refuser un visa ou qu'il faille lutter contre le chômage des avec-papiers. Mais ça résout pas mal de situations individuelles et c’est bon pour la croissance ici ou là-bas. Bref, comme on dit chez nous les socialistes modernes, c'est le réformisme plutôt que la révolution.

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lundi 07 avril 2008

Au bal des hypocrites (on fait la danse du ventilateur)

Etre à cheval sur ses principes, ça ne veut pas dire qu'il faut s'asseoir dessus. Bloc-notes agacé de début de semaine.

Tombes_profanes Compte tenu du barouf provoqué par l'affaire dite de « la banderole », cette blague de supporters franchement conne mais évidemment pas « raciste », on se demande s'il restera des arguments frais en magasin pour s'indigner de la profanation de 148 tombes de soldats musulmans, ce weekend à Arras.

Je ne vais pas refaire le débat sur la caractérisation des habitants de toute une région en « pédophiles, chômeurs et consanguins », mais je ne pense pas qu’il existe une question ch’ti en France ― au sens où Douaisiens ou Lensois seraient les victimes de discriminations et subiraient le mépris des Bretons et des Bourguignons. Et c’est un Ch’ti honoraire, ayant tout de même passé son adolescence à Lille et retournant régulièrement faire un tour dans la capitale des Flandres françaises, qui le dit. Pas un habitué du kop de Boulogne…

Les types qui se sont permis de passer ces stèles à la bombe à peinture, imaginant sans doute qu’ils étaient de meilleurs français que les Ali, Mohamed et autres Mouloud morts pour eux en 14-18, sont, en revanche, d’authentiques racistes. De vrais salauds. On imagine d’ailleurs assez bien l’allure du dégénéré ayant déposé une tête de cochon sur la tombe de Younès Ben Mohamed (« Mort pour la France, 16 janvier 1916 ») et l’on se dit qu’il serait bon que l’on utilise aussi, dans son cas, les nouveaux instruments d’investigation science-fictionnesques dont dispose la police en cas de vol de scooter et de délire de supporters du PSG.

On se dit aussi qu’il serait bon de rappeler le sens des proportions à nos élites.

Ah et Arras, c’est bien chez les Ch’tis, non ?

*

Moi, j’aime bien Dominique Voynet. Et inutile de dire à quel point je me suis félicité de sa victoire sur l’apparatchik stalinien non-reconstruit qui tenait Montreuil depuis un quart de siècle... Tiens, pour un peu, je liquiderais mon appartement du boboland parisien à 6 000 euros du m2 pour investir dans une maison de ville avec jardinet du boboland du 9-3 à 4 000 euros. Non, je plaisante : il y a des limites au soutien politique et le périph' en est une…

Mais tout de même, sa décision on ne peut plus montebourg-ienne de conserver son mandat de sénatrice et de le cumuler avec celui de maire est tout à fait déconcertante. On a toujours une bonne raison de déroger à ses propres principes ; moi-même, je grille les feux à vélo et j'ai construit toute une théorie pour défendre l'indéfendable. Pour autant, lorsque j’entends Voynet expliquer qu’elle « ne tient pas à cumuler » mais qu’elle « assume cet inconfort par rapport à [ses] convictions », je me dis qu’il nous reste encore un bon bout de chemin à faire jusqu’à la complétion de notre modèle démocratique.

Un politique qui va, une fois élu, et par pragmatisme, contre les principes énoncés en campagne : on n’est malheureusement pas dépaysés... C'est Jean-Pierre Brard qui doit rigoler.

*

Un qui assume avec enthousiasme son inconfort par rapport à ses convictions, c’est Jack Lang. L’extrait de journal télévisé le montrant faire la danse du ventilateur avec le théoricien de « l’ivoirité » ― un concept qui ferait pâlir (sic) d'envie notre propre ministre de l’Identité nationale ―, est absolument consternant.

On a déjà évoqué le « surmoi marxiste » de la gauche française, cette incapacité à dépasser le dogme pour penser le monde tel qu’il est sans pour autant abandonner l’idée de progrès. Dans la relation du PS français à son camarade d’Abidjan (Laurent Gbagbo demeure un grand socialiste et l’on subodore que Lang n’a pas entrepris ce voyage de son propre chef), c’est un curieux mix de ce surmoi et de pragmatisme voynetiste qui émerge.

On copine avec Gbagbo (dont mon ami Koz revient ici sur les principaux titres de gloire), parce qu’il représente une certaine forme de gauche, dans une certaine forme de système démocratique, dans un pays du tiers-monde autrefois colonisé par la France et donc forcément intégré au camp des gentils ― voilà pour le surmoi marxiste. Mais dans le même temps, on ignore superbement les assassinats de journalistes et les escadrons de la mort au nom du pragmatisme qui empêche de juger un dirigeant africain à la même aune qu’un Européen ou un Américain ; sans parler des classiques intérêts économiques qui parasitent l'essentiel de la relation entre la France et l'Afrique.

Mais je m’égare, là. On va croire que j’amalgame la banale hypocrisie voynetiste et la crapuleuse duplicité lang-ienne. Clairement, ces deux-là ne se comparent pas plus l'un à autre que les banderoles de supporters à la profanation de tombes militaires.

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vendredi 21 mars 2008

Si tu reviens, j'annule tout !

Jean-Marie Bockel peut se ratatiner dans son sous-ministère, ou reprendre sa place d'aiguillon moderniste du PS. Il a le choix.

Fils_prodigue_2 J'ai déjà dit ici tout le bien que je pensais de Jean-Marie Bockel, et tout le mal que je pensais de sa décision de mettre son âme en location pour une poignée de lentilles. Tant qu'un doute subsistait sur la capacité de Nicolas Sarkozy, au-delà de sa propension au bling-bling et au pharisaïsme, à réformer dans le bon sens, la démarche restait pourtant défendable. D'autant plus qu’un poste de secrétaire d'Etat à la Francophonie et à la Coopération pouvait se révéler, à moyen terme, bien autre chose qu’un simple strapontin...

Aujourd’hui, le doute n’est plus permis. Nicolas Sarkozy n’est pas l’homme de la situation — soit le réformateur détestable mais efficace dont la France avait naïvement cru se doter. Et la rétrogradation du plus blairiste de nos socialistes au poste de secrétaire d’Etat aux Anciens-Combattants, dans la foulée de la disparition du dernier poilu, est le pire des camouflets françafricains qui se puisse infliger à un homme ayant, figurativement s’entend, abandonné père et mère pour rejoindre cette équipe de bras cassés.

Que Jean-Marie Bockel tire les leçons de l'aventure, fasse amende honorable, démissionne et transforme Gauche moderne en un vrai instrument de réflexion et de diffusion du social-libéralisme est donc le seul horizon possible. Tiens, il pourrait même profiter de la confusion actuelle pour frapper à la porte de Ségolène, s’excuser humblement, et reprendre le cours de sa vie d’avant. Impensable, un tel retour au bercail ? Pas tant que ça : à l’heure où le Modem s’allie indifféremment au PC, au PS où à l’UMP au nom du, hum, pragmatisme municipal, tout semble possible. Ah, et puisque la religion est à la mode ces temps-ci, rappelons que les fils prodigues sont parfois mieux considérés à leur retour qu’à leur départ. Surtout s’ils ramènent un Mulhouse dans leur balluchon.

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lundi 21 janvier 2008

Plans sur la comète

Au menu de ce bloc-notes allègrement prospectif : l'avenir du PS, de la France et des cartables trop lourds...

Comte_2 « Je ne sais même pas de qui vous parlez », vient de répondre Dominique Strauss-Kahn à une question sur les ambitions de Ségolène Royal à l'approche du prochain congrès du PS. « Cette candidate avenante et charismatique n'a à l'évidence pas les capacités nécessaires aux responsabilités qu'elle postule. Elle représente une certitude de défaite, au prix en plus d’une très grave crise dans le Parti », avait déjà lâché Michel Rocard dans Libération avant d’en remettre une couche ce matin sur France Culture...

Qu’un Mélenchon ou un Fabius (voire un troisième couteau adepte du lapsus qui tue) tentent d'exister en s’acharnant sur la plus crédible des prétendantes au leadership, c'est agaçant mais compréhensible. Que DSK et Rocard, les deux cerveaux les plus affutés de la gauche française, en soient là est en revanche franchement affligeant. Je veux bien que le boss du FMI prenne date dans la perspective de 2012, je comprends que l’artisan du calamiteux rapprochement Royal-Bayrou veuille peser sur la désignation du futur premier secrétaire, mais ces nouveaux clous enfoncés dans le cercueil de la social-démocratie made in France sont assez malvenus.

Le PS a besoin d’un patron. Et d’un patron à consommer tout de suite, la question de sa capacité à défier Sarkozy dans cinq ans étant totalement secondaire. Il se trouve qu’en l’état, le seul patron disponible est une patronne, que cette dernière n’est pas plus marquée par son échec que Rocard ou Jospin par les leurs, qu’elle est à Paris plutôt qu’à Washington, qu’elle est populaire à l’intérieur comme à l’extérieur du parti et qu’elle demeure le meilleur rempart contre le repli sur les vieilles lunes gauchistes.

On a beau savoir que le phénix finit toujours par renaître de ses cendres, l’attente est longue.

*

La commission pour la libération de la croissance ne rendra son rapport que mercredi, mais les fuites sont si nombreuses que les vraies surprises risquent d'être rares. Du coup, la question est surtout de savoir ce que l’hyperprésident fera de ces 300 propositions tous azimuts, que Jacques Attali présente volontiers comme un bloc impossible à morceler ― sauf à leur faire perdre toute efficacité.

L’analogie ferait plaisir au spécialiste des objets nomades : je perçois ces suggestions comme l’équivalent sociopolitique du téléphone mobile en termes de leapfrogging. Des pays aux moyens limités, technologiquement distancés ont pu rattraper leur retard en s’équipant d’infrastructures légères dernier cri à bon marché, permettant à des millions de laissés pour compte d’accéder à des moyens de communication modernes et réduisant de facto la fameuse fracture numérique. Les propositions de la commission Attali ont, toutes choses égales par ailleurs, le même potentiel dynamisant : un pays un peu bloqué, un peu largué, un peu frileux, en les adoptant, reprendrait la tête de son peloton.

Michel Rocard, ce matin sur France Culture, entre deux commentaires sur la nullité de Ségolène Royal, marginalisait par avance l’impact de ces mesures en rappelant que la croissance française est conditionnée à des facteurs externes : le niveau mondial de l'activité économique et la crise systémique traversée par la plupart des pays comparables (des trente glorieuses aux trente piteuses). C’est possible, mais ce n’est pas certain. Et abdiquer toute velléité de déblocage de nos propres freins au motif que la France n’est qu’un pays parmi d’autres est un terrible aveu d’impuissance. De la part d'un ancien Premier ministre soucieux de doter son parti d’un leader « aux capacités nécessaires à la prise de responsabilité », ça ne fait pas sérieux.

OK, la France ne va pas se mettre à croître au même rythme qu’une Chine ou qu’une Inde parce qu’elle aura supprimé un échelon administratif ou brisé ses monopoles corporatistes. Elle rendra néanmoins crédible l’idée de rejoindre les mieux placées parmi les vieilles nations, celles qui savent que l’on peut concilier insertion dans le monde « moderne » et préservation d’un modèle social avancé. Ca ne serait déjà pas si mal, non ?

*

Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale et remplaçant possible de François Fillon à Matignon, vient de lancer un grand concours doté de 25 000 euros visant à régler la tragédie des « cartables trop lourds ». Une initiative louable et qui, si elle n’a pas vocation à libérer la croissance, aurait au moins le mérite de libérer les épaules de millions de petits zenfants. Las, l’ami Darcos ne lit pas Commentaires & vaticinations et ne sait pas que le problème a trouvé sa solution dans ces pages depuis bien longtemps.

Hum, je me demande si je ne vais pas les réclamer, ces 25 000 euros...

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mardi 15 janvier 2008

Bonne fête Tony !

Quoi, le pragmatisme serait passé de mode et je ne suis même pas au courant ?

Blair_2 La saint Antoine, c'est le 13 juin, mais la saint Tony, c'était hier. D'abord sur France Inter, où un Pierre Moscovici très en verve effectuait la démonstration du déviationnisme terminal de l'ancien Premier ministre britannique, mais aussi chez les Econoclastes, mon ami Alexandre Delaigue y faisant son coming out anti-Troisième voie.

Pour « Mosco » ― car je suis encore nominalement membre du PS et c’est ainsi que l’on désigne, entre cognoscentii, l’ancien ministre aux Affaires européennes ―, la cause est entendue : la présence de Tony Blair à la sauterie de l’UMP, dimanche dernier, est la preuve que rien de bon ne pourra jamais venir de cet atlantiste-libéral donnant désormais des gages à Sarkozy dans le seul but d’être expédié à Bruxelles.

Je ne vais pas entrer dans le détail du portrait que brosse du New Labour le 285ème prétendant à la succession de François Hollande (il suffit de se souvenir de n’importe quel prêche de Jean-Luc Mélenchon pour être dans le ton), mais cette sortie amère et revancharde augure assez mal de la prochaine bataille de Solferino. Michel Rocard a beau expliquer, dans Libération, qu’il faut être gentil avec le PS pendant qu’il « rebondit », un Mosco mélenchonnisé comme ambassadeur à Paris du DSKisme, ça décoiffe !

En tout cas, que magic Tony ne compte pas trop sur le soutien de ses « camarades » français pour la présidence de l’Union européenne. Oh, pas seulement parce que ce type est une crapule capitaliste et belliciste, mais surtout parce qu’il est Anglais ! Oui monsieur : An-glais ! Et Mosco vivant, jamais le PS n’acceptera qu’un Anglais fourbe et perfide ne devienne président de l’Europe... Non mais des fois ! But, Pierrot, I’ve got news for you : lorsque DSK a voulu déménager à Washington, c’est à l’hyperprésident qu’il a demandé un coup de main, pas à la maison mère ― sauf le respect que lui doit le membre nominal, évidemment. J’imagine donc que le rosbif, s’il a vraiment besoin d’une lettre de recommandation, saura également à qui s’adresser...

Mais venons-en à la critique moins convenue, moins stratégique, mais finalement si cousine de celle de Moscovici, que propose Alexandre. Mon ex-co-marcheur (il s’est dégonflé cette année et ne participera pas à la terrible promenade de nuit Paris-Mantes) commence par poser « que la question n’est pas tant celle du bilan économique et social de la Grande-Bretagne durant son règne » mais plutôt celle du « managérialisme », soit « l’idée selon laquelle les problèmes de politique ne sont qu’un problème d’application de la bonne solution par des leaders courageux et dynamiques ».

S’adossant au livre d’un journaliste anglais, livre que je n’ai pas lu mais qui semble pouvoir être intégralement résumé, justement, de cette manière lapidaire par le Guardian, Alexandre s’agace des aspects les plus, comment dire, messianique, du blairisme ; de sa promotion de « l’inéluctabilité du progrès ». Tiens, il lui reproche même ― Mosco, Mélenchon, écoutez-ça ! ― une « attitude marxiste-léniniste » dans sa vision d’un « déterminisme économique » et multiplie les exemples de statements en carton-pâte, glanés dans le discours de dimanche et allant dans le sens de cette vision mécanique de la marche du monde (« nécessité du changement », « réalités des défis », bla bla bla...) et de ses aspects ultimement positifs (« opportunités qu’il faut maximiser », « un Etat-providence devenu actif »...).

Oui, c'est certain, Tony Blair baratine. Oui, il recycle des concepts dignes des « manuels de management des années 50 » et fait semblant de s’extasier devant la modernité de son téléphone portable et de nos centrales nucléaires. Oui, il change son fusil d’épaule en fonction des événements, assure que l’Etat n’est pas là pour gérer des entreprises mais nationalise une infrastructure ferroviaire en perdition à l’occasion. Il dit ceci, mais fait cela. The king of spin, on vous dit... Et alors ? Tout ça marche. Tout ça fonctionne. Le chômage fond, le PIB explose, les services publics s'améliorent, bon sang ! 

Le reproche de base, derrière le « managérialisme », finalement, est celui d’une absence d’intellectualisation de la fonction politique et du travestissement de cette carence en « vision » ; du manque d’une sagesse quasi-scientifique dans la gestion d’un pays. Mais ce reproche est-il si éloigné de celui formulé par le PS, qui justifie ses propres échecs par la pureté de ses intentions et exige du leader un certain, hum, supplément d'âme ? Le blairisme, une fois dépouillé de tout le boniment, ce n’est ni du cynisme, ni du messianisme et encore moins du marxisme-léninisme, mais bien ce fameux « pragmatisme » dont on nous rebat les oreilles pour mieux le disqualifier. Non, bien sûr, il n’y a pas de sens de la marche. Non, évidemment, on ne sait pas de quoi demain sera fait, si les Chinois finiront par nous étrangler, les intégristes par nous faire sauter, les nanotechnologies par nous étouffer... Mais le boulot d’un politique, et d’un politique de gauche, par-dessus le marché, n’est-il pas simplement de naviguer à vue dans la direction qu’il pense être celle d’un maximum de prospérité, d’un maximum de justice sociale ?

La question, de fait, est précisément celle du « bilan économique et social » d’un Premier ministre ou d’un président « pendant son règne » et, oui, « les problèmes de politique » ne sont souvent « qu’un problème d’application de la bonne solution par des leaders courageux et dynamiques ». Tout le reste, lorsque les chômeurs se comptent par millions, n’est que littérature.

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mardi 08 janvier 2008

Faute de grives...

Comment j'ai fini par me faire une raison en écoutant la conférence de presse de Sarkozy.

Sarkoconf_2 Au bout du compte, je suis assez partagé sur ces histoires de présidence bling-bling, sur cette « désacralisation » de la fonction dont Nicolas Sarkozy se rendrait coupable. Il fait dans l'ostentatoire, c'est certain, mais les vacances tape-à-l'œil, les copains du CAC 40 ou les histoires de nanas, franchement, on connaissait déjà. Wolfeboro est-il plus clinquant que l’Ile Maurice, Vincent Bolloré pire que Roger-Patrice Pelat, Carla Bruni moins présentable que Christina Forsne ? Sans doute pas.

A tout prendre, la Rolex et les Ray-Ban me choquent moins que les écoutes clandestines, les hommages à Pétain, les repas avec Bousquet, les problèmes de bruit et d’odeur, les valises de billets ou les frais de bouche... Mais tout le problème est là et l’« opinion publique », qui n’est pas si stupide, a bien fini par saisir à quel point se concentrer sur les costumes sur-mesure de l’hyperprésident était la preuve d’une incapacité à penser l’opposition.

Je n’aime pas Hortefeux et ses objectifs, Bachelot et ses franchises, Fillon et ses ADN-détails... Je n’aime pas que l’identité nationale se réduise à quelques formulaires administratifs. Je n’aime pas que l’on fasse de l’euro le bouc émissaire des faiblesses de nos exportateurs. Je n’aime pas que le principal groupe de presse de mon pays soit aux mains du « frangin » du président. Je n’aime pas que l’on accueille un dictateur terroriste comme le fils prodigue. Je n’aime pas que l’on affirme que la démocratie sans transcendance, ce n’est pas la démocratie... Bref, je n’aime pas l’atmosphère générale de cette présidence mais je n’ai pas envie de faire semblant d’être en désaccord avec une palanquée d’initiatives que j’aurais été heureux de voir prises par ma candidate ― l’eut-elle emporté.

La gauche, nous explique Libé, se cherche un leader. Elle a raison. C’est bien d’avoir un leader. La gauche américaine en a même deux et je souhaite bien du plaisir à ceux dont la mission est de les départager. Mais si le chef qui émerge est celui qui, mieux que les autres, saura dire le contraire de ce que raconte Sarkozy sur tout et n’importe quoi, quel intérêt ? Enfin, quel intérêt pour la France ? Pour nous ? Faudra-t-il qu’il exige le retour des régimes spéciaux, la fin de l’autonomie des universités, un référendum sur le traité simplifié, le statu quo institutionnel, le passage aux 32 heures, ce leader ? Faudra-t-il qu’il appelle la stagnation, l’inflation et le chômage de ses vœux pour être crédible ?

J’écoutais tout à l’heure la conférence de presse du boss à la recherche de points d’achoppement, de nouvelles horreurs, de nouvelles étapes dans la terrible dérive dictatoriale. Je n’en ai pas trouvé. Même lorsqu’il s’est mis à parler d’immigration, pourtant le meilleur sujet qui soit à l’heure de protester de sa gentillesse ontologique face à la tentation lepéniste sous-tendue par toute idée de gestion des flux, je suis resté placide sur ma chaise.

Sarkozy est « de droite », c’est une évidence. Mais d’une droite dont la spécificité n’est pas tant de porter haut les valeurs morales et économiques de la bourgeoisie et des deux cents familles, mais bien d’avoir tiré les leçons du pragmatisme social-démocrate des Anglais ou des Scandinaves. D’avoir kidnappé les principes d’une Troisième voie dont le PS refusait obstinément et aveuglément la validité.

Qu'on n'en doute pas, s’il se révèle incapable d’élaborer avec succès sa version dégradée du blairisme ― cocktail improbable de conservatisme, d’interventionnisme, de compassion, d’égoïsme, de libéralisme, d’universalisme, de chauvinisme ―, s’il échoue à remettre le pays en route, il aura ultimement donné du grain à moudre à Besancenot et à Le Pen. Aux vrais bolchos comme aux vrais fachos. Clairement, ce n’est pas ce que je souhaite. Alors faute de grives...

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PS : L'étalage éhonté de ma sarkocompatibilité ne semble pas émouvoir les tenants de la Gauche moderne. L'administrateur du forum bockelien sur Yahoo a en effet refusé mon inscription. J'ose espérer que c'est ma vision de la stratégie du Mulhousien, plus que le point de vue exprimé aujourd'hui, qui me vaut cette indignité. Blackboulé de chez les transfuges du PS parce que trop à droite, voila qui serait comique.

vendredi 04 janvier 2008

Démocratie participative

La désignation des candidats à l'élection présidentielle US est un processus long, coûteux, complexe et fastidieux. Ces Américains, vraiment, quels primaires !

Iowa_2 La première étape du processus permettant de désigner les candidats démocrate et républicain à l'élection présidentielle américaine est enfin derrière nous. Grands vainqueurs de la soirée : Barack Obama à gauche, Mike Huckabee à droite. Enfin, « grands vainqueurs », il faut le dire vite... Les médias français passeront pourtant les heures qui viennent à nous expliquer que les jeux sont faits, que les militants ont tranché, que le « jeune sénateur noir de l'Illinois », en coiffant Hillary au poteau, a fait la preuve de sa capacité à séduire un électorat essentiellement blanc et rural... Ils nous diront aussi que Rudolph Giuliani, ex-front runner républicain, est désormais hors-course avec ses misérables 3,5%. Favorable à l'avortement et au mariage gay, il était de toute façon trop « liberal » pour séduire les rednecks bigots qui, en dernière analyse, forment la base électorale de son parti.

Enfin, ça, c'est ce que l'on nous serinera jusqu'au prochain arrêt sur la ligne Des Moines-Washington, soit Concord (New Hampshire) le 8 janvier. On affirmera alors qu'Hillary Clinton, en reprenant magistralement la main, est en route pour un sans-faute et que Giuliani est tout à fait capable d'attirer une droite épuisée par les années Bush. A moins que la victoire du mormon Mitt Romney ne permette d'évoquer la dérive sectaire d'une Amérique rongée par sa religiosité, évidemment...

On nous dira ceci ou cela d'une phase à l'autre, mais dominera, au fil des semaines, l'impression d'une magnifique machine démocratique permettant à tout un pays de s'exprimer, de débattre, d'affiner ses choix jusqu'au combat final. Je lis dans le New York Times de ce matin que ces courses à la désignation d'un candidat sont un archaïsme, que le vote d'un micro-État comme l'Iowa n'a plus de sens et qu'il est temps d'en venir à un système de caucus régionaux multi-États. C'est possible. Je n'en sais rien. Mais vue de ma fenêtre, la capacité d'un trou de 3 millions d'âmes à mobiliser plus de 300 000 votants (239 000 à gauche, 105 000 à droite) sur de simples primaires partielles est hallucinante.

Lorsque, d'ici quelques mois, les conventions nationales des deux partis désigneront officiellement leur champion, plusieurs millions de citoyens se seront impliqués dans une pré-campagne sans non-dits, dont les coups-bas ne sont finalement que l'écume. Et le président qui sortira des urnes, le 4 novembre prochain, sera tout sauf « accidentel ». Chez nous, fameux contraste, le président est le boss d'un parti dont le statut officiel est celui de véhicule vers le pouvoir et la désignation, par le biais d'un vote des militants, de la candidate socialiste à l'élection ultime est largement restée en travers de la gorge de ses concurrents malheureux. Je ne crois pas à l'importation « sèche » de mécanismes inventés ailleurs, même lorsqu'ils fonctionnent manifestement mieux que les bricolages qui sont notre lot, mais nous en inspirer ne nous ferait sans doute pas de mal...

Bah, on avance tout de même : la candidate socialiste, on l'a dit, avait été envoyée au casse-pipe sur la base du choix des adhérents (moins nombreux au plan national, soit dit en passant, que les participants au seul caucus démocrate de l'Iowa). Et la désignation du premier secrétaire PS n'est plus, depuis le congrès de Brest en 1997, l'affaire de quelques éléphants réunis en conclave. On avance, donc, mais à minuscules enjambées, surtout lorsque l'on observe le niveau des tractations qui préludent à l'organisation du congrès 2008 et les « alliances baroques de sensibilités » en train de poindre.

La démocratie participative, concept iconoclaste sous nos latitudes, daily bread de l'autre côté de l'eau : franchement, où sont vraiment les « primaires » ?

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mercredi 05 décembre 2007

Gauche moderne et « surmoi marxiste »

Jean-Marie Bockel me reste sympathique, mais sa stratégie n'a aucun sens. Le « surmoi marxiste » du PS ne se combat pas depuis l'UMP.

BockelJ'avais choisi de rester ouvert à la démarche des transfuges du PS, leur désir de faire au lieu de dire me semblant légitime. Six mois plus tard, je n’ai pas changé d’avis. Ces passeurs d'armes à droite ont effectivement l'opportunité d'agir dans le cadre d'un gouvernement dont je partage certains des objectifs, ma sarkocompatibilité relative n'étant, j'imagine, une surprise pour personne...

Car enfin, restée dans l’opposition, Fadela Amara ne travaillerait pas à la mise en œuvre du Plan Banlieues sur l’emploi et la formation des jeunes des « quartiers » : elle se contenterait de chanter les louanges de la police de proximité dans Libé. Martin Hirsch, lui, continuerait à publier des tribunes dans Le Monde sur les mérites du RSA : aujourd’hui, il explore concrètement le moyen de sortir des centaines de milliers de RMIstes de leurs trappes à pauvreté.

Evidemment, les choses sont moins tranchées pour un Bernard Kouchner avalant les couleuvres les unes après les autres, voire pour un Jean-Pierre Jouyet ou un Jean-Marie Bockel cantonnés au rôle de « prise de guerre » sans affectation réelle. Pour ne rien dire d’Eric Besson, cette espèce de félon de comédie dont le sort m’indiffère et que ses convictions à géométrie variable ont durablement disqualifié...

Mais voici que le secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie tente de transformer son parcours personnel en un « mouvement » et prétend incarner la « gauche moderne » depuis son strapontin gouvernemental. Est-ce crédible ? Tant qu’il était au PS, et qu’il en représentait l’aile social-libérale assumée, Bockel contribuait bel et bien à la diffusion d’idées « modernes » face aux archaïsmes dont d’autres étaient porteurs. En dehors du parti, membre d’une équipe de droite, quels leviers lui reste-t-il ?

La question n’est pas d’une terrible profondeur philosophique ; elle serait même du genre ras-des-pâquerettes. Une démocratie a besoin, pour fonctionner efficacement, d’une offre politique permettant l’alternance régulière des visions et des pratiques. Gauche et droite « de gouvernement » se sont peut-être rapprochées au fil des ans, au sens où un discours moyen supplantait progressivement les délires collectivistes des uns et les divagations réactionnaires des autres, mais c’est la marque d’une maturation du débat civique, pas d’une fusion des contraires. Ok, Le Pen et Besancenot parleraient plutôt d’une tombée des masques, mais qui s’intéresse vraiment à ce que ces gens-là ont à dire au-delà du cercle des lecteurs de Minute et du Monde Diplomatique ?

Si rénover la gauche peut désormais se faire depuis la droite, la question de l’alternance et des différences d’approche entre les deux rives est posée. Clairement, rien de ce que dit Bockel dans son manifeste ne l’éloigne vraiment des motions iconoclastes sur lesquelles ne se retrouvaient que 0,65% des militants du PS en 2005. Mais son discours est devenu indistinguable de celui d'un Manuel Valls, lequel n’a pas besoin de l’appui d’André Santini ou de Christian Estrosi pour s’attaquer au « surmoi marxiste » de la rue de Solferino.

Le maire de Mulhouse se retrouve donc dans la position de celui qui, lassé de prêcher dans le désert, abandonne la partie juste avant la pluie. Quittant un PS enfin contraint aux choix déjà opérés par les partis frères, il se prive stupidement de récolter ce qu’il a patiemment semé. Et il n’y gagne même pas les galons d’un player authentique au sein de l’équipe adverse, est-on forcé de constater... 

Mais j’apprends par Le Monde que Ségolène Royal, en laquelle je continue moi-même de placer de sérieux espoirs, a renoué avec un Jean-Pierre Jouyet toujours proche des Gracques et qu’elle reste favorable au dialogue entamé avec le centre pendant la campagne présidentielle (du moins si le MoDem ne se transforme pas lui-même en secte du Mandarom au moment où les socialistes tentent leur mue). Bon, rien ne nous dit que la belle du Poitou, les Valls ou les Rocard finiront par prévaloir et nous offriront un jour un New-PS authentique : l’annonce d’accords électoraux avec Lutte Ouvrière n’est pas le meilleur des encouragements à l'optimisme. Mais tout indique que le club sans substance proposé par Bockel est une impasse idéologique autant qu'un cul-de-sac pratique.

La naissance d'une gauche moderne n'est pas certaine, mais elle est possible. Son émergence dans l'orbite présidentielle est une illusion.

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mercredi 07 novembre 2007

Le PS et le mini-traité : « Oui mais non »

Comme d'hab', le bureau national du parti socialiste fait sa synthèse. Comme d'hab', nous voici rassérénés... 

Dumber_than_everLe bureau national du PS s'est déclaré favorable, par 36 voix contre 20, à la ratification du mini-traité par le Parlement. Ouf ! Les socialistes sont enfin réconciliés avec l'Europe, mettent leur divisions derrière eux et peuvent désormais se concentrer sur l'élaboration d'une doctrine pour les années qui viennent... Hum, pas si vite : d'abord, 36 voix contre 20 (plus deux abstentions et un refus de vote), ça n’est pas exactement l’harmonie intégrale. Ensuite, je le lis dans Le Monde, « ce vote n’engage pas les députés et sénateurs », qui conservent la liberté « de ne pas l’approuver » s’ils « ne se retrouvent pas dans le texte ».

Bah, c’est la preuve que les élus PS ne sont pas des godillots et qu’ils se déterminent en leur âme et conscience. Clairement, ils voteront oui comme un seul homme le moment venu, convaincus, à l'instar de François Hollande, que ce traité est « une façon de repartir dans la construction européenne avec des institutions plus solides ». Hé là, du calme ! Rappelons-nous que « ce qui a été tranché par le peuple ne peut être remis en cause que par le peuple » (Claude Gewerc, président du Conseil régional de Picardie) et que le non recours au référendum reste « un déni de démocratie » (Laurent Fabius)...

Le « traité Sarkozy », pour reprendre l’amusante expression concoctée par Jean-Luc Mélenchon, sans doute en hommage à la « constitution Giscard » d’il y a deux ans, n’est donc pas sorti de l’auberge (espagnole) si même la procédure parlementaire n’est pas assurée de réussir. Le nonisme est de nouveau à la mode, à l’université comme à la gare, et je ne parierais pas contre un rassemblement suffisamment efficace de tout ce que la droite et la gauche des deux assemblées compte de souverainistes sincères ou de stratèges hypocrites pour faire capoter l’édifice. L'ex-plus jeune premier ministre de France avait su, en son temps, ignorer le vote des militants socialistes (59% pour le oui, 83% de participation) ; l'opinion favorable d'une poignée de social-traitres ne devrait guère l'impressionner.

Le référendum de 2005 était une erreur. Censé permettre aux Français de se prononcer sur  la consolidation d’un demi-siècle d’acquis communautaires, il s’est transformé, pour des raisons totalement conjoncturelles, en une épreuve de force aux enjeux aussi absurdes que strictement franco-français. L’occasion nous est donnée de sortir de l’impasse et, oui, Nicolas Sarkozy est, au moins partiellement, l’homme par lequel cette sortie est rendue possible. Au PS de savoir ce qu’il veut : une France de nouveau crédible dans une Europe à 27 qui fonctionne ou le repli frileux de revanchards pathétiques sur leur alter-union en carton.

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mardi 30 octobre 2007

Opposition constructive

Fabius et le traité européen ; l'arche de Zoé et la loi tchadienne ; Hollande et la réforme des institutions...  L'opposition dans la nasse.

Dr_no_3Laurent Fabius remet ça. Interrogé ce matin sur France Inter sur la conduite à tenir par le PS en cas de ratification par le seul Parlement du traité simplifié, il commence par affirmer (en substance) : « En cas de refus par la France, il deviendrait impossible de négocier quoi que ce soit de nouveau avec nos vingt-six partenaires. Y parvenir une première fois, c’était déjà pas si mal. C'était le plan B ».

― Vous allez voter oui, alors, si c’est la dernière chance ?
― Non, car il ne serait pas démocratique de ne pas repasser par un référendum...
― Pourquoi donc, puisqu’il ne s’agit pas du même traité ?
― C’est vrai, mais c’est une affaire de principe.
― Mais le nouveau traité vous convient-il ?
― Oui et non. Oui car il fait avancer les choses dans un tas de domaines. Non car il ne va pas assez loin.
― Donc, en cas de référendum, vous voteriez non ?
― Probablement. Ah, et je voulais également exprimer ma satisfaction à propos de l’harmonie qui règne au PS sur ce thème.

Décryptage : Laurent Fabius avait voté non en 2005 parce que le traité constitutionnel était trop libéral. Il admet qu’en cas d’échec du nouveau traité, il deviendra impossible de renégocier quoi que ce soit et de remettre l’Europe en marche. Il considère que ce texte est une avancée et déplore surtout qu’il n’aille pas plus loin. Il votera pourtant contre en cas de référendum et s’abstiendra en cas de procédure parlementaire. Il est heureux de cette nouvelle opportunité de débat démocratique qui s’offre au parti socialiste. Il aime l'Europe.

Et dire que je viens de recevoir mon ultime appel à cotisation avant exclusion définitive du PS. Je vais peut-être répondre que je suis d’accord pour réadhérer mais que, en même temps, je suis contre. Que l’adhésion serait sans doute une bonne chose pour le parti, mais que bon, faut voir...

*

Je ne comprends pas grand-chose à cette histoire d’Arche de Zoé. Et si je n’imagine pas qu’une association de pompiers volontaires du Val-d’Oise soit, comme l’affirme Idriss Déby, le faux-nez d’un réseau de pédophiles et de trafiquants d’organes, je ne serais pas surpris d’apprendre que cette ONG d’opérette avait décidé de s’affranchir des lois tchadiennes en toute connaissance de cause.

Débarquer dans un pays troublé, ramasser une centaine d’orphelins, les transporter à l’autre bout du monde pour les confier à des familles d’accueil, ca peut sembler sympathique. Sauf lorsque l’on découvre que les orphelins n’en sont pas et que les familles d’accueil se considèrent davantage comme « adoptantes », ce qui n’est pas vraiment la même chose. Mais bon, des gens qui choisissent Gilbert Collard pour les défendre n’en sont pas à une connerie près. D’ici à ce que Vergès débarque et transforme cette affaire en procès du néocolonialisme...

*

Le rapport de la commission Balladur sur la réforme des institutions est bourré de choses intéressantes. Et il serait terrible de voir le débat s’enliser dans les marais de la politique politicienne. Le projet renforce clairement le rôle du chef de l’Etat, qui définit désormais la politique de la Nation à la place de son Premier ministre et peut intervenir devant le Parlement, mais je ne fais pas partie de ceux qui pense qu’une présidentialisation du régime est la première étape vers la dictature. D'autant plus que nos élus y trouvent leur compte, dans cette affaire. Je suis en outre très favorable à la fin du cumul des mandats, souvent promise, jamais mise en œuvre, comme à la possibilité des parlementaires de fixer leur propre ordre du jour ou de restreindre le recours au 49.3...

François Hollande semble pourtant adopter une attitude assez fabiusienne sur ce dossier, et s’apprête à nous refaire le coup de l’avancée trop insuffisante pour que l’on y souscrive. Ca commence quand, l’opposition constructive ?

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