Camaraderies
Aujourd'hui, bloc-notes à caractère socialiste : héritage mitterrandien, économie de marché et travailleurs sans papiers.
J'étais trop jeune pour voter en 81, mais assez âgé pour faire la fiesta le soir du 10 mai. François Mitterrand président, pour un ado progressiste de l'époque, c'était un peu comme Nicolas Sarkozy à l'Elysée pour un vieux schnock de maintenant : ça donnait l’impression de rendre tout possible. Je suis donc devenu membre du PS et mitterrandolâtre, jusqu'à ce que je réalise à quel point il y avait erreur sur la marchandise.
Pour les gens comme moi, au final, et même si je dis « pour les gens comme moi » sans savoir s’il y a des gens vraiment comme moi, Mitterrand a quelque chose de Sartre : un type qui s’est régulièrement gouré. A la décharge de Sartre, il était parfois sincère. Au passif de Mitterrand, il ne croyait sans doute à rien de précis.
Il s’est gouré en rejoignant Vichy quand d’autres partaient pour Londres ; il s’est gouré sur l’indépendance de l’Algérie à l’heure de Frantz Fanon ; il s’est gouré en cherchant à construire le socialisme dans un seul pays jusqu’au fameux « tournant de la rigueur » ; il s’est gouré en berlusconisant la télé pour la libérer ; il s’est gouré en croyant qu’il était possible de mettre tout Paris sous écoutes sans que ça ne fasse de vague ; il s’est gouré en affirmant qu’il était de bonne guerre de stimuler la croissance du FN pour embarrasser la droite ; il s’est gouré en pensant qu’il était raisonnable de régler la question Greenpeace à coups d’explosifs sous-marins ; il s’est gouré en s'imaginant qu’il allait empêcher la réunification allemande ; il s’est gouré en s’imaginant qu’il allait empêcher l’éclatement de la Yougoslavie…
Le pire pourtant, c’est lorsqu’il ne s’est pas gouré. Je veux dire, lorsqu’il a fait des choix informés qu’il n’aurait pas lui-même qualifiés d’erreurs rétrospectivement. Les gerbes à Pétain, l’amitié avec Bousquet, il les a revendiquées jusqu’à la fin. Comme Pierre Péan, comme Serge Moati, on peut sans doute attribuer son intérêt pour le Maréchal & consorts à une erreur de jeunesse, à une étape dans le parcours complexe d’un fils de bourgeois s’apprêtant à jeter son héritage ultra-droitier aux orties. Les gerbes à Pétain, l’amitié avec Bousquet, aujourd’hui, c’est pourtant tout ce qui reste vraiment du bonhomme.
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J’en ai rêvé, Alain Bergounioux l’a fait. Le secrétaire national aux Etudes du PS vient de confirmer, dans la nouvelle « déclaration de principes » du parti, que les socialistes français étaient notamment : attachés à « comprendre le réel » ; « partisans d'une économie sociale et écologique de marché » ; supporters d'un « secteur privé dynamique » ; conscients de l’importance de la « sécurité des personnes, sans laquelle il n'y a pas de liberté réelle » ; favorables au « choix historique de l'Union européenne » ; clairement « réformistes »…
Enfin, tout ça n’est pas encore complètement, comment dire, gravé dans le marbre, puisqu’il faut attendre la Convention nationale de la mi-juin pour transformer l’essai. Mélenchon émettant quelques réserves, ne crions pas « Bad-Godesberg » trop vite…
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Un dossier sur lequel mes camarades feraient bien de se pencher maintenant qu’ils croient en l’économie de marché et ne gourent plus avec Mitterrand, c’est celui de ces sans-papiers que même le patronat le plus réactionnaire soutient. A mille lieues des délires culpabilisants de RESF (« Si la planète entière n’est pas la bienvenue en France, c’est Vichy all over again... »), la régularisation de types qui acceptent les boulots dont nous ne voulons pas et alimentent nos organismes sociaux à fonds perdus (ils cotisent mais n’ont droit à rien) est une évidence.
Que leurs situations soient étudiées au cas par cas, pourquoi pas…Mais qu’elles le soient rapidement et, surtout, que les procédures mises en place pour les 500 salariés ayant eu le courage de rendre leur combat public servent également aux dizaines de milliers de travailleurs clandestins restés plus discrets.
A la limite, cette histoire pourrait bien servir de dynamique à un débat plus rationnel sur les questions d’immigration ― débat dont seraient poliment exclus les « gentils » et les « méchants » qui le parasitent traditionnellement. La France est un grand pays riche, peu peuplé et en manque chronique de main d’œuvre ; il existe un tas de pays pauvres, surpeuplés et dont certains habitants rêvent d’un ailleurs plus prospère. On doit pouvoir s’entendre, non ?
Ça ne règle évidemment pas la question du développement des pays d’émigration. Ça ne signifie pas non plus qu’il soit illégitime de refuser un visa ou qu'il faille lutter contre le chômage des avec-papiers. Mais ça résout pas mal de situations individuelles et c’est bon pour la croissance ici ou là-bas. Bref, comme on dit chez nous les socialistes modernes, c'est le réformisme plutôt que la révolution.
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