Go East, young man !
L'ANPE propose désormais à nos jeunes diplômés d'émigrer vers l'Inde pour un salaire de misère. Bravo ! Il était temps qu'elle se mette au parfum…
Les gazettes faisaient semblant de s'indigner, il y a quelques jours, des propositions de reclassement pour le moins exotiques (Brésil, Turquie…) offertes à ses salariés par une entreprise s'apprêtant à fermer un site en France. Pour mémoire, la loi impose à toute société ayant procédé à un licenciement économique de réembaucher ses anciens salariés en priorité, dès lors qu’un poste correspondant à leurs compétences est vacant et, surtout, quelle qu’en soit la localisation.
Il va sans dire que nul n’est tenu d’accepter de s’installer à soixante-douze heures d’avion de son domicile pour préserver son job de tourneur-fraiseur. Cette disposition permet toutefois d’être informé des emplois éventuellement disponibles à portée de bicyclette, mais dont votre patron préfère taire l’existence (c'est qu'ils sont joueurs, les patrons). Elle contribue également à établir l’unité économique d’un groupe florissant dont seule votre filiale est en perdition ― ce que les prud’hommes seront susceptibles d’apprécier au moment opportun…
Clairement, cet aspect du Code du Travail est à l’avantage des salariés et en dénoncer les effets secondaires anecdotiques revient à demander l’élimination des derniers lambeaux de la loi de Modernisation sociale jospinienne ! Bah, on a vu que le débat français se réduisait souvent à un jeu de rôles et, vu le succès de Grand Theft Auto IV, peut-être est-il temps d’élaborer une version pour Playstation de nos routines économiques et sociales…
Mais ce lundi, c’est un autre type de proposition « scandaleuse » qui frappe mes confrères progressistes. L’ANPE aurait ainsi accepté de diffuser l’annonce d’une société basée à Pondichéry ― ex-comptoir français des Indes ―, annonce proposant à un concepteur de sites Web (bac +2) de s’expatrier pour un salaire compris entre 160 et 320 euros par mois (10 000 à 20 000 roupies). 160 à 320 euros par mois ! Rendez-vous compte ! Accepter qu’une offre pareille soit publiée par l’ANPE, quelle terrible dérive mondialiste ! Franchement, on se demande s’il n’est pas temps d’envoyer le facteur joufflu à l’Elysée si nous en sommes là !
Sauf que, sauf que, après réflexion, permettons-nous de rappeler qu’il existe des centaines, sinon des milliers, de concepteurs de sites Internet fraichement équipés d’un BTS ou d’un DUT et employés comme « stagiaires » à des tarifs inférieurs ou tout juste égaux à ce que proposent nos exploiteurs pondichéryens. Suggérons aussi que, pour un jeune diplômé entreprenant, l’idée d’aller passer un an ou deux dans un pays en plein boom technologique et économique pour un salaire localement raisonnable n’a rien de débile. Précisons enfin que l’inflation salariale est telle, en Inde, que notre jeune ami a toutes les chances de voir sa rémunération en roupies crever le plafond du smic français (son seul horizon s’il reste à Guéret ou à Saint-Brieuc) en à peine quelques mois.
La mondialisation, comme on ne le dit pas souvent chez nous, est un machin bizarre et complexe dont l’appréciation univoque qu’en font les commentateurs moyens est loin d’être éclairante. Bon, la solution au sous-emploi des jeunes diplômés français n’est certainement pas de les fourguer aux Indiens et l’on aimerait que nos entreprises hi-tech puissent leur offrir des conditions salariales californiennes pour les retenir. A Pondichéry, on semble être sur ce chemin.
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