Sport et tabac

mercredi 08 juillet 2009

Le meilleur

Lance Armstrong est un héros. S'il n’était pas américain, il y a longtemps qu’on s'en serait rendu compte.

Armstrong Si le cyclisme était un peu plus comme le catch, Lance Armstrong serait le méchant masqué, celui que tout le monde adore détester par principe. La brute sans cœur dont la seule présence sur le ring est une insulte à la tradition et au bon goût. On peut comprendre : le Texan est en décalage complet avec la mythologie gauloise du vélo. D'abord, il gagne et ça, au pays de Poulidor, c'est toujours un peu louche. Ensuite, il se concentre sur le Tour de France au lieu de passer son temps dans les critériums de province sponsorisés par le garage Trucmuche ou la boucherie Tartempion. Mais surtout, il aborde la course reine en professionnel, avec les moyens techniques et financiers d'un pilote de F1 ou d'un basketteur de la NBA.

Pas pour lui, l'improvisation sympathique et la découverte en touriste des difficultés du parcours le jour de l'étape. Non, le Tour de France, c'est une affaire de big boys, de spécialistes, de stratèges et, oui, de médecins… Car, personne n'en doute, le septuple vainqueur de la Grande Boucle fait régulièrement appel à la science pour améliorer ses performances. Mais dans un sport où le dopage est un art de vivre depuis plus d'un siècle, est-ce vraiment LE problème ? Évidemment non. On s'extasie d'ailleurs (et avec raison) sur l'incroyable carrière de Jeannie Longo qui, à 50 ans, continue d’enchaîner les victoires tout en glosant sur la « VO2 max » hors-normes d'Armstrong et en fouillant ses poubelles à la recherche de seringues usagées. Si ça n'est pas un paradoxe, c'est au minimum du Canada Dry...

A vrai dire, je n'aime pas particulièrement le dopage même si j’ai souvent fantasmé sur l'organisation, en parallèle des courses classiques, de compétitions pour dopés officiels, financées par les grands labos et permettant à la vitesse moyenne du Tour de se rapprocher de celle des 24 heures du Mans. Les deux spectacles seraient tout aussi excitants, les générations de coureurs dopés se succédant simplement un poil plus rapidement.

Mais quiconque est déjà monté sur un vélo qui ne soit pas qu'un Vélib' doit être capable de comprendre qu'une lampée de corticoïdes ne vous mettra jamais au coude-à-coude avec Ullrich ou Pantani. Et doit pouvoir, dans la foulée, saisir qu'un gars qui se relève d'un cancer des testicules métastasé au cerveau et aux poumons, monte sur un vélo et remporte sept fois l’épreuve physique la plus difficile au monde est un héros. Un vrai héros. Comme dans les films. Un héros qui passe à travers les balles, saute du haut des immeubles, libère les otages, bla bla bla…

C'est d’ailleurs ce qui est le plus terrible, cette incapacité du public français à reconnaître la dimension héroïque du personnage. Ce refus de trouver formidable qu'un homme à ce point méprisé, attaqué, sali, puisse avoir envie, à 37 ans, fortune faite, de reprendre le chemin des cols avec deux cents autres types à vélo, deux cents autres types tout aussi chargés en substances illicites mais manifestement un poil moins obstinés, un chouïa moins déterminés — un peu moins forts, quoi.

Bien malin qui dira, à ce stade, si Lance Armstrong est effectivement en mesure d’ajouter une nouvelle victoire à son palmarès. Il est certainement bien parti mais la concurrence est rude. Mon pari à moi, mon souhait même, c'est qu’il se retrouve en maillot jaune sur les Champs Elysées le 26 juillet. Et si la capacité de Bruce Willis ou de Han Solo à se tirer de toutes les mauvaises passes et à embrasser la nana à la fin du film peut servir de précédent, je suis particulièrement confiant. Go for it, Lance !

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vendredi 29 août 2008

Cocorico ?

Une dixième place aux Jeux Olympiques, il paraît que ce n'est pas si mal. Mais faut-il forcément s'en satisfaire ?

Coq_sportif C'est à peu près aussi inavouable qu'une inscription à une salle de musculation : j'aime bien les JO. Et surtout, j'aime bien que la France en revienne avec le maximum de médailles. C'est comme ça, je n’y peux rien : ces grand-messes sportives réveillent immanquablement l'affreux chauvin qui sommeille en moi. Pas seulement les JO, d’ailleurs, mais aussi les coupes du monde de ceci ou de cela. Attention, je ne parle pas ici des vulgaires championnats de foot qui recommencent chaque année. Ceux-là, je vous les abandonne sans regret. D’autant plus que je n’y comprends pas grand chose, au foot. Enfant, je refusais déjà de collectionner les figurines Panini à l’effigie de Platini et de Rocheteau ; adulte, je ne jette un coup d’œil à L’Equipe en ligne que pour vérifier notre position dans le classement des nations à Athènes ou à Pékin… C’est dire.

Il faut savoir que, d’une manière générale, et depuis que je me suis moi-même transformé en sportif, j’ai du mal avec les couch potatoes qui savent tout de la stratégie de l’entraîneur du Real Madrid ou du salaire de Thierry Henry mais n’enfilent des baskets que pour aller promener le chien. D’une manière générale, mais sauf pour les JO : là, je fais comme tout le monde et je me plante devant la télé pour encourager les Bleus quelle que soit leur discipline.

Du coup, j’ai la déception facile. Et c’est surtout l'attitude humble et modeste de nos athlètes ou des gentils commentateurs du service public qui a tendance à m’agacer. Cette manière de se satisfaire de pas grand-chose, d’une cinquième place en finale, d’une simple présence à Pékin, de la joie de courir à côté, heu, derrière, les plus grands… Tout se passe  ― lorsque nous nous contentons de faire de la figuration en athlétisme ― comme si le cliché (apocryphe) de Coubertin sur « l’essentiel » qui serait « de participer » était notre philosophie de base. Ok, on est là, dans une compétition, on s’est préparé pendant quatre ans, mais on n’est pas là pour gagner, juste pour participer… Tu parles !

Rien ne me hérisse plus le poil, d'ailleurs, que les discours absurdement lénifiants d’Albert Jacquard sur l’équation « gagnant-méchant ». Les compétitions sportives sont justement le dernier endroit où une courte crise de chauvinisme est, paradoxalement, sans le moindre enjeu guerrier. Vous avez une envie irrépressible d’envahir la Géorgie ? Pof, un petit cent mètres à vive allure et il n’y paraîtra plus. Vous aimeriez bien faire partie du club de ceux qui peuvent faire péter la planète à coups de bombinettes ? Essayez plutôt de monter sur un maximum de podiums, ça vous changera les idées…

Bon, cette année, pour ce qui est de la modestie agaçante, on était servis. D'accord, rapporté au nombre d’habitants, le décompte des médailles françaises n’est pas si mauvais. Et après tout, terminer à nouveau dans le top 10 sur près de 200 pays, ça n'est pas si mal, hein ? Mais pourquoi s’en contenter ? Pourquoi ne pas avoir, au contraire, l’ambition de faire mieux, de jouer les phénomènes de foire à l'australienne ou à la coréenne ? Heureux époux d’une citoyenne de sa Gracieuse majesté, déjà humilié par le choix de Londres plutôt que Paris pour 2012, j’ai dû subir, quinze jours durant, les sarcasmes de celle qui voyait ses champions s’installer en troisième position ― oui, en troisième position ! ―, juste derrière les Chinois et les Américains mais devant les Russes. Evidemment, les Rosbifs ont fini par se laisser remonter par les Popovs dans la dernière ligne droite, mais tout de même…

Moi, j’ai vibré avec Alain Bernard 100 mètres durant (alors que je nage, pour le coup, comme un fer à repasser). J’ai mentalement appuyé sur les pédales de Julien Absalon pendant sa finale (là, je suis un peu plus dans mon univers). J’ai même littéralement accompagné à la radio le boxeur Daouda Sow pendant son dernier combat, judicieusement programmé à l’heure de mon 10 km dominical ! Mais j’ai carrément grincé des dents en écoutant la flopée de gars et de filles en justaucorps qui semblaient n’avoir fait le déplacement que pour quémander des autographes auprès de leurs stars préférées.

Je connais bien les explications proposées à ceux qui s’étonnent de la faiblesse relative de la France ; ces histoires d’équipements insuffisants, d'infrastructures dépassées, de budgets étiques, de responsables de fédérations incompétents... N’empêche, il y a probablement quelque chose d’autre qui cloche, comme l’idée que se mesurer les uns aux autres est ultimement un peu malsain. Mais les JO ne sont pas juste du sport pour le sport. Les compétitions entre nations ne sont pas seulement le moyen d’aller prendre l’air et de se maintenir en bonne santé par la culture physique. Les athlètes qui se confrontent les uns aux autres ne sont pas à l’entraînement et j’imagine que, si toutes les caméras de France 2 étaient braquées sur moi lorsqu’il me faut plus de quatre heures pour terminer un marathon, même les fans de L’Equipe et les collectionneurs de figurines Panini zapperaient sur la Une.

Les JO sont un événement au cours duquel un petit groupe de jeunes gens hyper-affutés vient dire au monde dans quel état d’esprit se trouvent les millions de personnes dont ils sont les représentants. A cette aune, nous dirons qu’une dixième place française est plutôt bien payée. Raison de plus pour ambitionner de gravir quelques marches supplémentaires dans quatre ans.

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jeudi 10 juillet 2008

Guys with shoes do it better

N'est pas Zola Budd qui veut. Ni fakir, d'ailleurs…

Running_on_beachJusqu'à hier, je n'avais jamais tenté de courir pieds nus sur une plage… Enfin, quand je dis courir, je ne parle évidemment pas de sautiller dans les vagues en rigolant stupidement comme dans une publicité pour Hollywood chewing-gum. Non, je parle de courir pour de bon, sur une distance semi-sérieuse (10 kilomètres) et à une allure qui ne le serait pas moins (11 km/h). Expérience faite, le verdict est assez négatif : courir sur la plage est effectivement une activité à réserver aux ados hilares des castings de Publicis.

Premier problème lorsque vous courez sans chaussures, vous vous sentez un peu crétin. Je viens tout juste de renouveler mes Mizuno Wave et je n’aurais vraiment pas aimé découvrir que ces merveilles de la technique nipponne à plus de 100 euros peuvent être remplacées par, comment dire, rien du tout…Vous vous sentez aussi un peu à poil mais ça, sur une plage des Landes, du côté de Capbreton, c’est normatif.

Mais ces considérations sont manifestement sans objet pratique. Non, parlons plutôt de cette stupide plage en pente, qui vous oblige à cavaler à la façon d’un dahu. Ok, au retour, la pente de droite est devenue une pente de gauche, vos pieds ayant la possibilité de se sentir supérieur l’un à l’autre à tour de rôle mais, du point de vue de leur propriétaire, c’est assez peu confortable. Autre souci, le sable change constamment de densité : il y a bien quelques endroits où il est juste à point, ni trop ferme ni trop meuble, vous donnant l’impression que vos Mizuno ne valent finalement pas d’être mises deux fois (rires dans la salle) mais, au final, l’essentiel de la course se passe en terrain pourri. D’autant plus qu’il y a des cailloux. Oui, des cailloux. Et que ces fichus galets sont comme par hasard généreusement distribués là où le sable est le plus adapté à la course.

Enfin, le sable adapté à la course, il faut le dire vite. Ce n’est pas à des lecteurs aussi sagaces que les miens que j’apprendrais que le sable, c’est du verre. Et que le verre, ça coupe. Donc, martelez une sorte de tapis de microbilles de verre avec vos pieds pendant près d'une heure — vos pauvres petits petons habitués à leurs tatanes pour héros de mangas — et vos orteils meurtris vous donneront de leurs nouvelles…

J’ai lu quelque part que Zola Budd, la championne sud-africaine qui étonnait le monde en courant pieds nus dans les années 80, fait aujourd’hui dans l’agriculture. Je crois même qu’elle porte désormais des chaussures en permanence. On ne saurait lui donner tort : pour les produits agricoles, entre les Chinois et les méchants spéculateurs qui s’enrichissent en dormant, la demande est très forte. Quant aux chaussures, quelle magnifique invention.

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mardi 11 septembre 2007

Londres-Paris à vélo : le film

L'hyperprésident passe pour courageux, mais sa réputation semble surfaite. Attendre que je m'éloigne de mon clavier pour engager une bataille aussi prometteuse que la réforme des régimes spéciaux, ce n'est pas joli-joli...

LondonparisA ceux d'entre-vous que l'étrange concept d'un trajet Paris-Londres en autocar attirerait, mais qui n'auraient pas de vélo à transporter pour justifier cette expérience, mon conseil est de s'abstenir. L'autocar, c'est long, inconfortable, fatiguant et les horaires ne sont pas fiables. Il nous a fallu près de onze heures, à mon coéquipier Thibaut C., à nos deux biclounes et à moi-même, pour relier la gare routière de la Porte de Bagnolet à celle de Victoria Station. Entre les embouteillages à la sortie de Paris, les contrôles douaniers à répétition, les retards à l'embarquement sur le ferry, la disparition de notre conductrice espagnole au moment du débarquement (elle s'était endormie au fond du car) et les embouteillages à l'entrée dans Londres, voilà bien de quoi vous faire regretter le train...

D'autant plus que l'on m'apprend que les soi-disant restrictions pour l'emport d'un vélo en Eurostar ne sont qu'un mythe propagé par le centre d'appel de cette efficace société ferroviaire. Dans le monde réel, vous vous pointez avec votre engin à l'heure du départ, vous démontez la roue arrière pour le rendre moins imposant, vous le calez dans un rack à bagages et le tour est joué... La prochaine fois — s'il doit y avoir une prochaine fois —, je saurai à quoi m'en tenir.

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L'autocar est inconfortable, mais il permet de se rendre compte à quel point argent et surface sociale vous rendent, justement, la vie plus confortable. Les bus Eurolines tendent à être utilisés par des gens que leurs finances empêchent de partir en Eurostar ou en avion : des étudiants, des jeunes, des familles ou des couples aux moyens modestes... Tout à fait le genre de clients que les douaniers et la police des frontières apprécient d'avoir comme matière première — surtout lorsqu'ils sont un poil basanés. Bon, les deux journalistes blancs équipés Go Sport et affirmant vouloir refaire le trajet en sens inverse en pédalant le lendemain s'attirent immédiatement la sympathie des uniformes (« Londres-Paris ? En vélo ? Ben ça alors ! Bravo les gars ! »). Surtout lorsqu'ils transportent une bonne bouteille de pinard, symbole de francité joviale s'il en est, dans leurs sacoches.

Le rasta et le « jeune maghrébin », en revanche, se voient automatiquement offrir la visite guidée de l'arrière-salle en petite tenue. Fouille, interrogatoire, menaces sans fondement (« Si t'as du shit sur toi, tu vas avoir des problèmes ! ») sont au programme du « racial profiling » caricatural qui sert de méthode de détection des malfaisants à nos gabelous.

Je me suis moi-même permis, en les voyant examiner mon matériel, de leur raconter l'histoire du contrebandier qui passait des vélos en fraude, histoire de tester leur résistance. Mais ça les a fait marrer et ils m'ont souhaité bon courage pour le retour. Liberté, égalité, fraternité...

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Londres-Paris en vélo, c'est dur. Même sur trois jours et à raison d'un peu plus d'une centaine de kilomètres par étape. La sortie de Londres, relativement aisée en voiture via les voies rapides et les autoroutes, est un enfer sur une selle. Et les banlieues sans fin qu'il faut parcourir, les petites rues en boucles, les montagnes russes d'une myriade de petites collines bordées de maisonnettes photocopiées les unes sur les autres peuvent devenir lassantes. L'entrée dans la vraie campagne, une fois traversé le riant borough de Croydon, sorte de banlieue tertiaire sans âme, est heureusement plus agréable. Et même si nous nous sommes retrouvés, bien malgré nous, sur une nationale A23 transformée en quasi-autoroute pendant quelques kilomètres de torture, les choses ne sont pas trop mal déroulées.

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C'est à Newhaven que la situation s'est un peu détériorée. Nous avions prévu, en effet, de ne pas faire de vieux os dans ce petit coin d'Angleterre où le temps s'est arrêté en 1975, ni le thatchérisme, ni le blairisme n'ayant pris la peine de transformer une cité portuaire déprimée en publicité pour la Cool Britannia chère à Tony. Malheureusement, arrivés quelques minutes après le départ du  ferry de 18h00, nous avons dû accepter de passer la nuit sur place, à l'étage B&B d'un pub sordide, pour attendre celui de 5h00 du matin.

Mais une incroyable histoire d'alarme de téléphone mal réglée (dont j'assume l'entière responsabilité) nous ayant conduit à nous retrouver au port à minuit — absolument convaincus d'avoir dormi toute la nuit mais n'ayant fermé l'oeil que deux heures —, c'est par le bateau de 1h30 que nous avons franchi le Channel direction Dieppe et réenfourché nos destriers sans transition...

*

La suite, ce sont donc les kilomètres de souffrance auto-infligée jusqu'à Paris, les sarcasmes de Thibaut C. (vainqueur de quelque obscur critérium de province à l'époque de son adolescence boutonneuse), les hauts, les bas, les encouragements bienvenus du même Thibaut C. et, surtout, l'immense plaisir de l'arrivée triomphale porte de Champerret sous les applaudissements d'une foule en délire. Nicolas Sarkozy, tiens toi bien, je suis de retour !

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mercredi 05 septembre 2007

Record de lenteur entre Londres et Paris

Il est désormais possible de se rendre de Londres à Paris en trois jours à peine ! Vraiment, on n'arrête pas le progrès.

EurostarA l'évocation d’un Anglais investissant dans le rail, la première image qui se forme dans mon esprit est celle d'un trader dépensant son bonus annuel en colombienne extra-pure. Mais c'est faire du mauvais esprit : nos voisins du dessus n'ont pas totalement abandonné l'idée de se doter d’un réseau ferroviaire moderne, comme en attestent l'inauguration de la nouvelle gare de Saint-Pancras et l'achèvement de la ligne à grande vitesse entre Folkestone et Londres. Bon, treize ans après l’ouverture du tunnel sous la Manche, il n'y a sans doute pas de quoi pavoiser ; mais tout de même, bel effort...

Les Français adorent, de toute façon, ironiser sur l’état du réseau ferré britannique : le délabrement général, le bordel né de la transformation de British Rail en une kyrielle de compagnies aux horaires complexes et aux tarifs ridiculement élevés, les accidents à répétition... Ils ont raison, même si les choses se sont améliorées : clairement, les Pendolino qui circulent entre les grandes agglomérations valent mieux que certains de nos trains Corail. Je me souviens pourtant, il n’y a pas si longtemps, d’avoir découvert qu’entre Londres et Oxford, l’utilisation de tortillards aux sièges de bois et aux portières de voitures à cheval était toujours de rigueur.

Bah, on ne peut pas être bon en tout et si les Anglais ne connaissent pas le TGV, ont du mal avec leur métro et ont quelques problèmes avec leurs aéroports, ils nous laissent sur place en taux de chômage et en football. C’est déjà pas mal.

Désireux de fêter dignement cette nouvelle étape de l'entente cordiale (Paris et Londres ne sont désormais plus qu'à 2h15 l’une de l’autre), j’ai cherché le moyen le plus lent de les relier et je crois bien avoir trouvé. C’est donc en autocar — oui en autocar ! —, que je quitterai la ville-lumière vendredi, et à vélo — oui, à vélo ! — que je rentrerai au bercail dès le lendemain. L’aller en autocar, c’est à la complexité des règles concernant l’emport d’un vélo sur Eurostar que je le dois. Un bicloune, du point de vue des gestionnaires de cette magnifique infrastructure trinationale, n’est pas un bagage comme les autres et il est obligatoire, soit de l’enregistrer plusieurs jours à l’avance comme un colis, soit de l’emballer dans une housse ad hoc que je ne possède pas mais qui se négocie près d’une centaine d’euros chez Décathlon et dont je n’aurais su que faire une fois débarqué à Londres...

Oh, il existe bien des trains « normaux » pour effectuer ce trajet, mais l’idée de prendre un TGV jusqu’à Lille ou Hazebrouck, puis un TER jusqu’à Calais, embarquer sur un (Brian) ferry jusqu’à Douvres et, enfin, monter dans un train-musée en partance pour Londres me semblait un tantinet ridicule. D’où la trouvaille de mon coéquipier dans cette aventure, homme de ressource et tour operator du pauvre : les navettes Eurolines de la porte de Bagnolet.

Appréciés des étudiants désargentés, des candidats à l’immigration illégale et des contrebandiers de tout poil, ces autocars ont la particularité de vous transporter de Paris à Londres, votre vélo et vous, en sept heures, sans rupture de charge et pour la somme dérisoire de 39 euros ! Je subodore d’ailleurs que cette expérience inédite donnera matière à une note sur ce site mais je m’avance peut-être... Toutefois, c’est évidemment le retour, sur trois jours et à grands coups de pédales, qui constituera le climax de l'équipée. Là encore, ce voyage dont je pressens qu’il sera parsemé d’anecdotes piquantes vous sera narré par le menu ici-même. See you next week !

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PS : Devant profiter de ce bref séjour londonien pour prendre un verre avec mon ami Jules de What’s next, je m’efforcerai de lui faire avouer qu’il n’est qu’un faux-nez de l’UMP.

PPS : Si d’aventure, en commentaires, vous vous demandiez comment l’on traverse la Manche à vélo, je vous rappelle qu’il existe un moyen de franchir ce bras de mer à roue sèche. On appelle ça le ferry. Une précision utile compte tenu du nombre de fois où la question m’a été posée ces derniers jours.

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mercredi 01 août 2007

A bicyclette

« Sans l'invention de la roue, les coureurs du Tour de France seraient condamnés à porter leur vélo sur le dos » (Pierre Dac)

Col_2Est-il toujours possible de franchir un sommet alpin sans être saturé d'EPO ? Et un Français peut-il encore damer le pion des Espagnols et autres Danois qui trustent, entre deux contrôles d’urine, les podiums du Tour ? La réponse est oui, figurez-vous, votre serviteur venant tout juste de gravir — en un temps assez peu record, avouons-le — les lacets à 11% qui séparent Val d’Isère du mythique col de l’Iseran.

La réponse est oui, donc, même si l’intransigeante ZDF a fait l’impasse sur mon exploit, l’absence inédite de substances illicites dans les humeurs d’un cycliste n’ayant pas suffi pas à ranimer l’intérêt de la chaîne teutonne pour les joies de la petite reine. Bon, il faut dire que le spectacle d’un quadragénaire dégarni parcourant 17 kilomètres en deux heures n’est pas le stimulant idéal de l’audimat, même outre-Rhin... Encore que : on ne peut pas simultanément déplorer l’exigence de performances toujours plus folles et mépriser les efforts d’un ex-fumeur allergique au sport métamorphosé par une cure de Zyban. Un peu de cohérence, bon sang !

Las, cette équipée, aussi édifiante soit-elle, aussi digne d’être élevée au rang d’exemple pour une jeunesse sans perspective, n’intéresse personne et me voici réduit à en parler sur un blog dont la majorité des lecteurs ignore superbement les textes ne mentionnant pas Nicolas Sarkozy (tiens, ils vont devoir lire ça, maintenant...). Pour faire court, expliquons au moins qu’il n’était pas évident, juché sur un VTT à pneus de tracteur, sans cale-pieds ni pédales automatiques, de tenter l’ascension d’un tel col par une chaude matinée d’été. Je m’en suis tiré, pourtant, assisté de mon fidèle porteur d’eau Thibaut C., et je suis désormais fin prêt pour ma prochaine expédition Paris-Londres via Dieppe (oui, oui, je sais qu’il y a la mer à traverser. Mais je me suis organisé en conséquence, ne vous inquiétez pas). Si le cœur vous en dit, c’est en septembre et on recrute.

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mardi 17 avril 2007

La campagne à la campagne

Fort_galopLes Français, ont le sait, prennent énormément de vacances. Ca risque de changer, évidemment, si l'ami Sarkozy l'emporte, mais nous n'en sommes heureusement pas là... En tout état de cause, votre serviteur se voir forcé d’écouler un reliquat qu'il croyait inépuisable de jours de congés, sauf à voir ces derniers engloutis par un système de gestion des ressources humaines sans pitié.

Je vais donc passer le reste de cette campagne de premier tour... à la campagne (quelque part dans le Perche, où je galoperai à travers bois puisque le cheval est, après le vélo, mon mode de déplacement favori ― nous en reparlerons d’ailleurs un jour, ne vous inquiétez pas).

Bien entendu, je serai de retour dimanche pour accomplir mon devoir civique, ce qui est la moindre des choses pour un donneur de leçon dans mon genre. J’aurai même le privilège de continuer à les donner, ces leçons, tout au long de la soirée électorale et au monde entier, ayant été invité par la rédaction parisienne de CNN à intervenir sur leur auguste antenne. Oui, oui, je sais, ils invitent vraiment n’importe qui.

A dimanche, donc. Et comme disait l’autre, faites le bon choix (mais non, voyons, pas celui-là ! Enfin ! Où avez-vous donc la tête ?).

lundi 29 janvier 2007

Vieilli, usé, fatigué ? Que nenni !

Les quelques fumeurs encore recensés, s'ils avaient enfin décidé de reprendre leur santé en main, risquent d'arbitrer en faveur du vice contre la vertu à la lecture de cette note. Mais qui leur jettera la pierre ?

TortureUne marche de 54 kilomètres, ça n'a l'air de rien. Et quiconque a déjà parcouru une vingtaine de bornes par une belle journée d'été, s'arrêtant ici ou là pour admirer un point de vue ou une chapelle du XIIe siècle avant d'aller déjeuner dans la sympathique petite auberge recommandée par l'oncle Albert, s'imaginera sans doute qu'il s'agit d'une promenade de santé.

Hum... Permettez-moi de vous dire que « quiconque » se fourre le doigt dans l'oeil jusqu'au coude : participer à la fameuse marche Paris-Mantes est à peu près aussi comparable à une balade en forêt qu'une heure de piscine l'est à la traversée de la Manche à la nage. J'exagère ? Oui. Mais à peine. Troisième « exploit » sportif majeur de ma nouvelle existence de non-fumeur, cette épreuve semble avoir été conçue par un malade mental particulièrement imaginatif. Car enfin, quitter les faubourgs de la capitale à minuit, dans la froidure d'un samedi de janvier, pour rejoindre les confins de l'Ile-de-France en traversant autant de zones pavillonnaires, de rocades et de forêts humides que possible n'est pas exactement une façon normale de passer la nuit. Même pour un insomniaque.

La balade en question, en effet, n'a rien de touristique. La nuit, il fait noir et ce ne sont pas les petites lampes frontales imposées par le règlement qui y changent quelque chose, parole de mineur de fond ! Non, la marche Paris-Mantes est bel et bien une épreuve d'endurance absurde, ne procurant de surcroît aucun des bénéfices post-mortem habituellement associés aux flagellants et autres pénitents remontant je ne sais quels escaliers sur les rotules.

Bon, les premiers vingt kilomètres, en dépit de la fatigue accumulée tout au long de la journée, du froid et de l'humidité, s'étaient plutôt bien passés. M'étant débrouillé pour effectuer ce parcours en compagnie d'une sélection de Chicago boys, j'imaginais que j'en profiterais pour les convaincre de la validité de mon modèle ségolo-bockelo-scandinave d'économie socialo-libérale. Tu parles ! Concentré sur mon effort, fatigué par une journée ayant commencé aux alentours de six heures du matin, j'allais vite déchanter. Pour autant, je m'étais bien lancé, sous les encouragements du petit Joe Jackson ayant élu domicile à l'intérieur de mon lecteur MP3, dans une courte séance de jogging, histoire de ne pas passer pour un rigolo aux côtés des quelques furieux faisant tout le trajet en courant... Quelle erreur ! La marche et la course sollicitant apparemment des segments différents de l'appareil musculaire humain, j'aurais mieux fait de conserver la même allure jusqu'à Mantes, le grand Oscar Wilde ayant probablement découvert l'importance d'être constant à la suite d'un exercice de ce genre...

Au total, je devais  passer plus de neuf heures (9h31 pour être précis) à battre le pavé, passant les ultimes vingt kilomètres à me lamenter et à jurer (mais un peu tard) qu'on ne m'y prendrait plus. Les deux dernières heures allaient même être les plus pénibles psychologiquement, les estimations contradictoires des uns et des autres sur la distance restant à parcourir étant un excellent moyen de casser le moral de l'amateur de faits concrets que je suis :

Jumeauville, c'est à combien de kilomètres ?
Oh, 4 ou 5. Maximum 6... On y est presque...

Mais une heure plus tard, un autre habitué de l'épreuve vous assurait, la main sur le coeur, que les premières maisons de cette étape majeure de la compétition seraient visibles d'ici deux ou trois kilomètres, bouleversant tous vos calculs de réserve d'endurance et démolissant ce qui vous restait de moral.

L'interminable entrée dans Mantes semble d'ailleurs tout spécialement organisée pour briser les esprits forts dans mon genre. Un panneau routier vous indique-t-il que vous venez de pénétrer dans la commune ? Un autre vous informe que votre destination est en fait « Mantes-la-Jolie », trois bornes plus avant ! Entrez-vous enfin dans Mantes-la-Jolie ? C''est pour mieux négocier la dizaine de virages et de chicanes vous empêchant de voir l'arche d'arrivée et de savoir, concrètement, combien de temps cette séance de torture doit encore durer. Même le passage de la ligne proprement dite est un enfer, les officiels vous orientant alors vers un lointain gymnase pour la remise d'étranges médailles en forme de semelle cloutée...

Mais j'ai l'air de me plaindre, comme ça, de regretter d'avoir passé ma nuit de samedi à dimanche en enfer quand, en réalité, je suis franchement fier de moi et de cette nouvelle célébration de ma capacité à laisser tomber la clope, sans même attendre les injonctions chiraquiennes, et à me transformer en sportif accompli. Ni vieilli (même s'il se trouve que la fameuse nuit était également celle de mon anniversaire), ni usé, ni fatigué (enfin, un peu quand même), j'en viendrais même à recommander à tout un chacun de tenter l'aventure l'an prochain. En ce qui me concerne, toutefois, une fois suffit : comme disait Torquemada, rien n'est plus ennuyeux plus que le manque de créativité dans l'exercice de la torture.

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PS : Je tiens à évoquer ici la dame au blouson multicolore sans laquelle je me serais peut-être jeté sous le pont ferroviaire de Mantes-la-Jolie au lieu de parcourir le dernier kilomètre (ou les deux derniers ? Ou les trois ?), épuisé et vidé que j'étais... Cette sympathique mantaise avait en effet décidé de m'aider à franchir la ligne d'arrivée en marchant à mes côtés et en bavardant pour me distraire. En la remerciant, je lui ai dit que je me souviendrais d'elle toute ma vie et c'était sans doute vrai !

PPS : Etant enfin parvenu, le jour même de la marche, à faire fonctionner le lecteur MP3 reçu à Noël, j'ai également été assisté dans mon effort par de moins anonymes supporters dont voici la liste : Genesis : Fox-Trot et Trespass ; Leonard Cohen : Ten New Songs et Dear Heather; Tom Waits : One From The Heart ; Joe Jackson : Big World ; Bob Dylan : Desire. Il est possible que les plus jeunes de mes lecteurs n'aient jamais entendu parler d'une telle play-list. Mais ont-ils jamais marché 54 kilomètres ?

lundi 23 octobre 2006

La métamorphose (le blog)

Parcourir à pied, dans le froid et l’obscurité d’une nuit de janvier, les 54 kilomètres qui séparent Paris de Mantes-la-Jolie tient-il de l'épreuve sportive ou de la phase haute d'un cycle maniaco-dépressif ?

MetaJe cherchais un moyen de célébrer dignement, d’ici quelques semaines, le quatrième anniversaire de mon sevrage tabagique et de ma transformation subséquente en « born again » athlète. Pour autant, la perspective de recommencer à m’entraîner pour un marathon avait perdu pas mal de son attrait. N’étant pas « génétiquement » sportif, au sens où l’entendent les lecteurs de L’Equipe et les anciens poussins de l’AS-Machinville, je n’ai pas de vraie passion pour les records et l’idée d’améliorer les miens d’une édition de ceci à une édition de cela, un temps séduisante, a fini par me lasser.

En quatre ans, donc (et après deux semi-marathons, deux « 20-km de Paris », un marathon, le tour des Cornouailles par le chemin des douaniers et un Paris-Lille à vélo), je crois ne plus rien avoir à prouver à personne ― et encore moins à moi-même. Quant à mon nouveau mode de vie, il semble fermement stabilisé sur un rythme inimaginable avant ma métamorphose : un jogging de 5 kilomètres chaque matin de semaine, une sortie longue de 15 kilomètres le dimanche, trois séances hebdomadaires de gym à l’heure du déjeuner et l’abandon presque total du métro au profit du vélo...

Pour un type qui, comme moi, tenait le concept même d’activité physique pour l'indice d'une dérive psychotique, le terme de « métamorphose » est d’ailleurs tout à fait pertinent, mon entourage ayant parfois autant de mal à me reconnaître que celui de Grégoire Samsa au lendemain de la sienne. De fait, la question est précisément de savoir si cette débauche d’activité sportive correspond davantage à la phase euphorique d’un cycle de maniaco-dépression qu'à l'adoption authentique du mens sana in corpore sanum de l'ami Juvénal. Ainsi, je me demande parfois si je ne me retrouverai pas, dans une paire d'années, aux côtés de je ne sais quelle organisation de défense des libertés individuelles, à protester contre les premiers internements de fumeurs appréhendés pour avoir allumé une clope de contrebande dans les toilettes d’une boîte de nuit. A ce stade, tout est possible...

Mais bon, je n’en suis pas là. Au contraire. Toujours séduit par l’idée de me fixer des défis à moyen-terme, je viens tout juste de m’engager à participer au Paris-Mantes-la-Jolie, une marche de nuit de 54 kilomètres organisée chaque début d'année depuis 1935. Le 28 janvier prochain, soit le lendemain de mon anniversaire, ce qui est probablement le signe de quelque chose mais quoi..., je prendrai le départ à minuit pour tenter d’arriver à Mantes le plus vite possible sans courir (c’est de la marche, on vous dit). Il paraît que c’est dur, que les gens craquent, que c’est encore plus éprouvant que le marathon. Mais ce dernier ne m’ayant pas laissé sur les rotules, je ne vois pas pourquoi je ne me débrouillerais pas pour remporter ce défi-là.

En tout état de cause, ces quelques heures passées à battre le pavé glacial me laisseront le loisir de réfléchir au sens de  la vie ou, à tout le moins, au sens de la circulation, les voies empruntées restant accessibles aux voitures et les risques d’accidents s'ajoutant à ceux des malaises cardio-vasculaires. Mais un sportif qui réfléchit au sens de quoi que ce soit est-il vraiment un sportif ?

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lundi 10 avril 2006

Chirac peut encore faire un tabac

Et si Chirac profitait de cette pathétique fin de mandat pour interdire la cigarette dans les lieux publics ? Perdu pour perdu, il me rendrait bien service.

Cig_napLe dernier épisode du feuilleton du CPE est en cours de tournage et devrait, espérons-le, être diffusé dans les jours qui viennent. Et franchement, que Villepin survive encore quelques semaines à cette débâcle est devenu très secondaire, le bouillant maréchal d'Empire pouvant toujours se reconvertir dans l’écriture rap en cas de licenciement, son talent en la matière étant au moins aussi frappant que celui de Monsieur R. (en plus littéraire, évidemment).

Reste la question de la survie de Chirac lui-même, dont la capacité à glisser sans encombre jusqu’à la présidentielle n’est plus vraiment avérée. Loin de moi, pourtant, l’idée d’exiger sa démission, même si c’est la mode. Je ne passe tout de même pas mon temps à voler au secours des usages de la République, usages régulièrement bafoués par les tenants de la démocratie participative permanente, pour proposer une mise au rancart du vieux grigou par la contrainte. Bon, comme tout le monde, j’imagine bien que la situation s'améliorerait s’il se montrait raisonnable et s’installait à plein temps dans son petit cottage de Colombey de Bity, permettant au pays de reprendre son destin en main et lui épargnant une agonie institutionnelle aussi pénible que ridicule... Douze mois, c’est court, c’est sûr. Mais ça peut aussi être très long.

Car tiens, imaginons qu’une fois Villepin reconverti dans le showbiz, Chirac installe Michèle Alliot-Marie à Matignon, histoire de surfer sur le thème, actuellement porteur, de « la femme en politique » en créant l’une de ces diversions sans substance dont il a le secret. Si les interminables tribulations de ce bon vieux Clemenceau à travers les océans sont l’indice de quoi que ce soit, c’est sans doute du risque que représenterait l’arrivée de la martiale biarrote aux commandes. Qui sait si une nouvelle crise majeure ne serait pas déclenchée par inadvertance, en Iran, en Côte d’Ivoire ou ailleurs ? Ceci dit, il pourrait tout aussi bien jeter son présidentiel dévolu sur Jean-Louis Debré. Le plus fidèle de ses grognards, après tout, mériterait bien cet ultime renvoi d’ascenseur. Mais là-aussi, la menace d’un nouveau séisme politique ne serait pas écartée, le moindre froncement de sourcil d’une certaine catégorie de personnel étant susceptible de déstabiliser le charismatique président du Parlement. Reste Douste-Blazy (hum !). Ou Borloo (re-hum !)… Non, vraiment, sacrée impasse. Pour nous comme pour lui.

Mais quels que soient ses choix, et même s’il décidait, pourquoi pas, tout est possible, de conserver sa confiance à Villepin jusqu’au terme de cet affligeant quinquennat, les chances de Chirac d’entrer dans l’histoire autrement que comme le gaffeur de la dissolution, le bonimenteur de la fracture sociale, le glouton de la mairie de Paris, sont assez réduites. Et pourtant, aussi étonnant que cela paraisse, le successeur de François Mitterrand aura laissé la France en meilleur état qu’il ne l’avait trouvée sur au moins un point : la sécurité routière. Longtemps lanterne rouge de l’Europe en matière de mortalité automobile, l’Hexagone se situe désormais dans une honnête moyenne, étant passé de 10 500 tués en 1992 à moins de 5 000 l’an dernier. Bon, ce n’est pas encore le 3 000 + de nos voisins britanniques, voire le « petit » 6 000 des Allemands — qui sont tout de même légèrement plus nombreux que nous —, mais ça reste très honorable.

Le secret de cette incroyable réussite, au milieu de l’océan de médiocrité symbolisant ce double mandat ? La mise en place de radars sur les autoroutes et une sévérité plus grande à l’égard des amateurs d’alcool au volant. Du point de vue de n’importe quel terrien non-français, il s’agit manifestement de leviers assez conventionnels, l’idée qu’il ait fallu attendre l’installation à l’Elysée du spécialiste de la poignée de main agricole pour en arriver là pouvant sembler surprenante. Mais c’est que nous avons tendance, nous les Gaulois, à penser que notre exceptionnalisme est une donnée de base, applicable à n’importe quelle problématique, à n’importe quelles circonstances. Des années durant, c’est donc à une « spécificité française » indéfinissable que fut attribuée cette terrible surmortalité, le fait que les autres aient réglé le problème en distribuant des PV ne nous semblant pas pertinent...

Il n’empêche. Sur ce point, sur ce seul point, la réussite de Chirac est incontestable. Et d’avoir sauvé la vie de milliers de personnes, d'avoir permis à des dizaines de milliers d’autres d’éviter de finir leurs jours sur un fauteuil roulant, ce n’est quand même pas rien. A fortiori dans un pays où, il n’y pas si longtemps, avoir bu avant de prendre le volant était considéré comme une circonstance atténuante en cas d’accident grave : « Vous comprenez, monsieur le Président, j’étais complètement bourré. C’est pour ça que je n’ai pas vu la petite vieille qui traversait la rue… »

La question de l’interdiction de la cigarette dans les lieux publics, dont on nous dit qu’elle est à nouveau d’actualité et que Villepin lui-même en étudierait, entre deux conseils de guerre, les modalités, me semble donc un très bel enjeu de fin de mandat pour notre Jacquot national. Après tout, les 60 000 Français qui meurent chaque année d’un cancer du larynx ou du poumon valent bien ceux qui s’encastrent dans un camion sur l’autoroute des vacances.

Encore, que d’une certaine manière, la problématique tabagique soit plus sociétale que sanitaire. De mon point de vue d’ancien fumeur reconverti dans la pratique sportive obsessionnelle, les gens qui souhaitent continuer à fumer doivent en effet avoir le droit de le faire. Si engraisser une multinationale dont la plupart des board members ne touchent jamais, god forbid, une clope et passent tout leur temps libre à la salle de gym est leur idée de la rébellion, grand bien leur fasse. De fait, ce serait plutôt l’incapacité dans laquelle je me trouve, en tant que non-fumeur, à dénicher un restaurant ou un bistrot qui ne soit pas totalement emboucané (la table bancale près de la porte des toilettes ne compte pas) qui commence à me peser.

Dans un monde idéal, la loi Evin de 92 serait appliquée, fumeurs et non-fumeurs partageant salles de restaurants et comptoirs de manière harmonieuse et civilisée. De leur côté, les gargotiers respecteraient les 70% de clients préférant ne pas être métamorphosés en cendrier froid pour avoir le droit de siroter un express et se doteraient d’extracteurs d’air efficaces… Bref, les uns et les autres feraient des efforts pour qu’une loi somme toute modérée soit respectée et qu’une interdiction pure et simple de la cigarette ne devienne pas nécessaire — l’hygiénisme radical à l'américaine nous allant mal au teint (que nous avons cireux, clope oblige).

Mais ça, ce serait dans un monde idéal, l’un de ces alter mondes que nous savons si bien théoriser dans les AG mais dont les contours demeurent difficiles à saisir au niveau du plancher des vaches. Et cet hygiénisme US qu’il fallait fuir en deviendrait presque attirant, le succès de Starbucks en France étant directement corrélé à l’impossibilité, pour un non-fumeur, d’aller prendre un café ailleurs que dans ces établissements en plastoc, sans charme ni atmosphère, mais propres et débarrassés du nuage toxique qui est notre ordinaire. Moi-même, en dépit de mon statut d’ex-fumeur prosélyte et militant, j'avoue ne pas repousser, parfois, comme ça, en fin de repas, et plus particulièrement lorsque je déjeune avec mon ami Michel B., qui en est toujours pourvu, la tentation d'un de ces petits habanitos si sympathiques. Mais je veux bien m’en passer si c’est la rançon d'un greater good, voire le crapoter en terrasse si le temps le permet...

En tout état de cause, le couple Chirac-Villepin, ou Chirac-MAM, ou Chirac-Debré, ou Chirac-Dutreil (c'est ça, marrez-vous, marrez-vous... ), qui émergera de la crise en cours pourrait réaliser qu’après avoir accommodé sans trop de heurts plusieurs dizaines de millions d’adolescents en crise, les rues de Paris supporteraient aisément le passage de quelques milliers de buralistes en colère, le versement d’une aide exceptionnelle étant d’ailleurs susceptible de les calmer dès les premières vitrines brisées. La France suivrait donc enfin le chemin tracé par la plupart de ses voisines — Espagne et Italie en tête — en instaurant une loi qui, comme de juste, commencerait pas n’être pas appliquée mais finirait, tout arrive, par entrer progressivement dans les mœurs, allumer une cigarette dans un lieu public devenant aussi incongru que péter, cracher ou roter en société. Allez, Chi-chi, un bon mouvement. Si tu ne le fais pas pour moi, fais-le au moins pour l'Histoire.

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