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mardi 18 mars 2008

Commentaires

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Je ne vois pas les choses comme vous, il me semble en effet que le parallèle à faire est avec l'avortement. Avant sa légalisation, quiconque aidait une femme à avorter courait le risque d'être poursuivi comme criminel par la justice d'état. L'avortement était donc le plus souvent une pratique solitaire honteuse et non dénuée de risque.
Comme vous le dites, Chantal Sébire souhaite tout simplement mourir rapidement, entourée de ses proches et dans la dignité. Mais le suicide ne le lui permettrait pas car comme l'avortement autrefois, le suicide se doit d'être un acte honteux et solitaire. Si ses proches participaient à son "suicide", même passivement (accompagnement au mourant), ils seraient susceptibles d'être poursuivis au pénal comme la mère de Vincent Humbert l'avait été.
Ce que souhaite Chantal Sébire en fait, ce n'est pas tant que l'état s'implique mais bien plutôt qu'il cesse de s'impliquer dans ce type de décisions, comme pour l'avortement!

Damien,
Franchement, cette comparaison suicide / avortement me semble totalement impossible. L'avortement nécessite une équipe médicale, un lieu spécifique, des moyens. La personne qui avorte ne peut pas faire ça toute seule dans son coin et elle a besoin d’être prise en charge dans tous les cas... D'ailleurs, les seuls qui se risqueraient normalement (mais je comprends bien que ce n'est pas ton cas) à faire ce parallèle sont les opposants à l'un comme à l'autre -- généralement pour des raisons religieuses.

Le suicide (et l'on parle bien ici de suicide lié à un état de santé ne laissant aucun espoir et pas du suicide en général), peut bien entendu nécessiter l'appui d'un tiers si la personne n'est pas physiquement en mesure de s'administrer le produit qui la tuera. Mais dans la plupart des cas, il s’agit d’une affaire intime, privée et je ne vois pas en quoi un besoin existe d’en appeler à l’Etat.

Mais c’est moins le cas de Chantal Sébire qui m’interpelle que la facilité avec tout le monde, moi compris, entonne immédiatement le couplet du « l’Etat doit intervenir pour régler ce problème ». Il faut un cadre juridique empêchant les abus et les suicides qui n'en seraient pas vraiment par des médecins trop bien intentionnés (ça arrive), mais l'Etat n'est pas concerné par la décision de mourir d'un individu capable de raisonner.

Hughes,
Les choses ont tellement changé depuis que l'avortement a été légalisé que tu en es venu à penser que "l'avortement nécessite une équipe médicale, un lieu spécifique, des moyens" et que "la personne qui avorte ne peut pas faire ça toute seule dans son coin et elle a besoin d’être prise en charge dans tous les cas..." Certes, mais avant, dans la majorité des cas, l'avortement était une initiative individuelle, les recettes de cocktail abortif se transmettant sous le manteau, comme les méthodes de suicide encore maintenant, puisque la censure s'exerce dans ce domaine. Mais pour des raisons humaines, un très très léger changement de perspective nous permettrait aussi de considérer que (je reprend à dessein tes propres mots en remplaçant avortement par suicide) le suicide nécessite une équipe médicale, un lieu spécifique, des moyens. La personne qui se suicide ne peut pas faire ça toute seule dans son coin et elle a besoin d’être prise en charge dans tous les cas...
Limitons-le si tu veux au suicide lié à un état de santé ne laissant aucun espoir et pas au suicide en général, mais personnellement, je ne ferais même pas cette limitation.
Mais quelles que soient les structures ( ou leur absence) mises en place pour accompagner les candidats au suicide, le couplet « l’Etat doit intervenir pour régler ce problème » est inévitable dans la mesure où l'état est aujourd'hui à la fois le problème et le garant de l'absence future de problème. Il est le problème dans la mesure où il ne permet pas l'existence de procédures de suicide accompagné, même extra-institutionnelles, même dans un cadre strictement familial. D'autre part, il est le garant de l'absence future de problème dans la mesure où il lui revient d'encadrer l'exercice de telles structures. Même en Suisse, les associations d'accompagnement au suicide exercent dans un cadre légal extrémement strict, et si l'état a l'air de ne pas y toucher, je pense qu'on peut affirmer sans risque d'erreur que le contrôle de ces pratiques existe bien.

Hugues, je te signale que ma réaction à ton précédent billet te faisait une observation dont tu sembles ne remarquer la pertinence que quand elle vient de Genève. Tu as assurément le droit de lire des blogs suisses, mais tu pourrais aussi essayer de comprendre ce que disent les lecteurs de ton propre blog écrivant depuis Paris 10e, ce me semble. D'ailleurs, s'il faut absolument être suisse pour t'intéresser, je te signale que ma famille est originaire d'une commune frontalière avec le Valais, que j'ai une tante et des cousins genevois ainsi qu'un arrière-grand-père vaudois... Moi, ce que je trouve de très français dans ta façon de réagir, c'est cette incapacité à remarquer la pertinence d'une remarque quand elle n'est pas originaire d'un paradis fiscal (oui, c'est une attaque un peu gratuite, mais ça t'apprendra à me lire sur le fond au lieu de systématiquement penser que je ne dis que des conneries, méchant garçon). :-)

Poil de lama,
Une attaque gratuite qui viendrait d'un paradis fiscal ? Mais ça n'aurait aucun intérêt !

Juste au passage, ladite Chantale Sébire est allergique aux antidouleurs, et ça fait plusieurs années qu'elle vit avec sa tumeur. Elle est donc en phase terminale, sauf qu'elle souffre atrocement car pas d'antalgiques. Et justement le fait qu'elle ne soit pas invalide à cause de la localisation de ladite tumeur lui "interdit" la voie classique de l'euthanasie faite silencieusement dans de nombreux hopitaux. Sauf que les médecins le font sans cadre légal.

Elle s'est peut-être dit que quitte à claquer, autant se rendre utile, éveiller les consciences, que sais-je ? Et franchement, quand je lis ceux qui expliquent qu'elle n'a qu'à se tuer dans son coin, je veux bien mais tous ceux qui sont dans des lits d'hopitaux ou trop faibles même pour pouvoir exercer cette volonté, ils font quoi ?
Rien à voir avec un type un peu déprimé qui va voir son médecin pour prendre une gélule après avoir rempli un formulaire, comme on pourrait croire à lire certains.

pour ajouter à ton billet, Le Parisien titre aujourd'hui : "Chantal se voit refuser le droit de mourir". (vivre est sans doute un droit, mais mourir ?). Encadré : "Pour la justice, la compassion ne fait pas loi" (Il faudrait s'en plaindre ?).

Le monde n'est plus ce qu'il était quand les prophètes ont trouvé bon de faire dire à J.C. que l'avortement et le suicide étaient condamnables.
Non pas pour les questions d'éthique, de dogme ou de déclarations (fussent t’elle des -droits de l’homme- adorée par ceux que çà arrange), mais pour des questions de survie.
A l’époque, le nombre d’enfants qui arrivaient à l’adolescence était critique et les grandes épidémie courantes.

Je suis cependant d’accord avec Hughes: Ce ne devrait jamais être à l’état de prendre la place de la conscience humaine.

Les lois concernant la punition de l'euthanasie ne devrait elles pas simplement être assouplies, en milieu médical !

Juste une question : si on a la connaissance de la volonté de suicide de quelqu'un, et qu'on ne fait rien pour l'empêcher y a-t-il des risques judiciaires ? Si quelqu'un tente de se suicider et peut-être sauvé, y a-t-il non assistance à personne en danger si on laisse la personne mourir ?

Pour Tom,

Code Pénal article 223-6
Quiconque pouvant empêcher par son action immédiate, sans risque pour lui ou pour les tiers, soit un crime, soit un délit contre l'intégrité corporelle de la personne s'abstient volontairement de le faire est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 500 000 F d'amende.

C'est la punition pour non-assistance à personne en danger, qui s'applique aussi pour les suicides.

Oops,
J'ai oublié la moitié de la loi, mais j'ai trouvé un lien de synthèse sur les textes de loi français ayant trait à ce problème :
http://www.aapel.org/textesdeloi.html

Je suggèrerais bien d'innover en tentant le premier cop-assisted suicide en France, mais je suis sûr qu'il s'en trouvera pour trouver ça taquin.

Bon, ok, à coups de flashballs, ça risque d'être long et douloureux...

cop-suicide? Y a bien un marin pêcheur qui s'y est essayé en présence de Sarko, mais ça n'a pas eu l'effet escompté

Nous voudrions que l'Etat puisse "tout" pour nous, collectivement voire individuellement. Et le pouvoir, fut-il estampillé rupture, de nous répondre qu'il ne peut pas tout. Dont acte. Qu'il aille au bout de sa logique : s'il ne peut pas, qu'il nous en accorde le droit individuel, sans renier notre devise républicaine. Plutôt que pour un ministère du suicide, je vote pour un ministère des libertés individuelles, qui veillerait à ce qu’elles ne nuisent à rien d’autre qu’à notre part de conscience collective profondément conservatrice. Une vraie rupture, quoi.

Si je ne me trompe pas, l'assistance à suicide est un délit dans notre pays, non ? Je trouve donc assez normale que madame Sébire ait pu vouloir mourrir entouré. Cela ne s'est pas fait. Le problème est que la loi Léonetti ait été obsolète dès son entrée en vigueur.

Si l'Etat ne peux pas tout, il pourrait a&u moins laisser quelques libertés dans certains domaines comme celui là. cela montre bien que chacun ne retient du concept "libéral" que ce qu'il veux bien (moi le premier). Ceci étant, certains concepts me semble surprenant. il a été question du droit à la vie ces derniers mois. Mais droit de vivre ne signifie pas devoir de vivre. En l'occurence, ne vaut il pas mieux l'assistance au suicide que le suicide dans la solitude, avec n'importe quoi, au risque de se rater ou d'agoniser lentement ?

Il est des cas que la loi ne peut prévoir, ne peux toucher. c'est là que la justice dans les pays civilisé doit dire le droit. Chez nous, en tout cas, il ne sert à rien d'attendre ça ...

Je souscris totalement à la réponse de pikipoki (voir son blog). Votre attitude très hautaine m'a beaucoup choquée sur ce sujet qui ne se réduit pas à des catégories simples. Les explications de Damien sont très intéressantes sur ce point.

Par ailleurs croire que la démarche de Chantal Sébire procède de la franchouillardise qui voudrait que l'Etat puisse tout me laisse perplexe.

Je ne crois pas que la Suisse ou la Belgique, qui autorisent l'euthanasie, croient que l'Etat peut tout.

C'est plutôt la réaction des gens "autorisés" en France qui me semble profondément franchouillarde. Un parallèle peut être fait avec la surdité du corps médical français, pendant des décennies, à la problématique de la douleur. Il a fallu un forcing pas croyable de groupes de patients (ceux-là même, je suppose, qu'on soupçonne de vouloir jouer avec l'émotion), pour obtenir une prise en compte de la douleur en FRance.

Pour finir, on a beaucoup parlé de "dictature de l'émotion" concernant le cas de Chantal Sébire. Mais c'est la seule voie raisonnable dans ce cas de figure : les émotions sont souvent une boussole efficace pour le genre humain (confer les travaux de la psychologie évolutionniste, si, si).

Le problème n'est pas de prendre en compte nos émotions dans la prise de décision, surtout dans le cas de Chantal Sébire. Le problème est que, dans tous les autres cas, nous avons banalisé l'émotion comme critère exclusif de décision, si bien qu'elle arrive totalement discrédité là où, au contraire, elle avait toute sa place.

à lire sur ce sujet la note de pikipoki, je le cite: "on se suicide parce que l'on va mal, pas parce qu'on est libre de le le faire"

Dans les infos cette semaine :
"Le parquet de Dijon vient de confirmer qu'il a ouvert une enquête préliminaire, en fin de semaine dernière, pour 'provocation au suicide'. Une procédure destinée à savoir si un tiers a encouragé Chantal Sébire à passer à l'acte, sachant que le Pentobarbital, le médicament qu'elle a absorbé, n'est pas délivré en pharmacie.
La 'provocation au suicide' est un délit passible de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende en France."

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